Marie-Noëlle Thabut lit et commente l’Évangile du 3e dimanche du temps ordinaire, année C : Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 1, 1-4 ; 4, 14-21.
Étiquette : 14-21
26.01.2025 – HOMÉLIE DU 3ÈME DIMANCHE ORDINAIRE – LUC 1,1-4.4,14-21

Membres du corps du Christ
Homélie par le Fr. Laurent Mathelot
Dans les couvents de formation, l’Évangile d’aujourd’hui est souvent cité en exemple, comme archétype de l’homélie parfaite. C’est le sabbat, Jésus va à la synagogue. Il fait la lecture de la Bible puis en donne un commentaire tout simple, laconique : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture. ». Tous les homélies, au fond, ne visent à dire que cela, à proposer une actualisation des textes sacrés. Chacun peut faire l’exercice pour lui : ouvrir la Bible, lire un passage et dire « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture. » Ensuite méditer sur comment accomplir aujourd’hui le texte lu.
Évidemment l’Évangile va plus loin. Le rouleau que lit Jésus est celui du Livre d’Isaïe, un des livres les plus lus de son époque. Et le propos de Luc, au tout début de son récit, est de proclamer que le Christ est lui-même l’accomplissement de la prophétie d’Isaïe : il est le messie attendu par Israël. Peut-être savez-vous d’ailleurs que le Livre d’Isaïe est le livre ancien le plus cité dans le Nouveau Testament. Dans la liturgie, nous le lisons pendant Noël et l’Avent, à l’Épiphanie, aux Rameaux, à Pâques, notamment le merveilleux Cantique du serviteur souffrant [ Is 42:1-9, 49:1-7, 50:4-11, 52:13-53:12 ]. L’intention de Luc est de souligner d’emblée l’importance de ce livre pour le Christianisme, et donc pour nous.
Mais je voudrais m’attacher aujourd’hui à la seconde lecture, celle de la Première épître aux Corinthiens et à la théologie du Corps du Christ développée par saint Paul. Allons-y pour un peu de théologie fondamentale.
Saint Paul nous dit : tous les baptisés – c’est à dire l’Église universelle – constituent un seul corps et ce corps c’est le Corps du Christ. C’est une image qu’on retrouve souvent dans la Bible, et qui est un fondement du Judaïsme, et du Christianisme à sa suite : tout groupe social, toute tribu notamment le Peuple d’Israël, le Peuple de Dieu, fonctionnent comme un seul corps, avec à sa tête un chef (c’est d’ailleurs l’étymologie du mot), avec des membres qui exécutent chacun des fonctions spécifiques et répercutent les informations. C’est encore bien souvent notre image de la société d’aujourd’hui, que l’on retrouve dans des expressions telles que « le corps social », « être membre d’une association », « agir comme un seul homme » ou dans l’idée que le Roi incarne, quelque part, le peuple Belge.
Pour l’Église, la place du chef est vite attribuée : à la tête de l’Église se trouve le Christ qui lui parle, et lui seul. Le chef de l’Église n’est ni le pape, ni le clergé, ni la volonté démocratique du peuple de Dieu. A proprement parler, l’Église est une pure théocratie : celui qui la dirige c’est l’Esprit Saint. Tous – pape, prêtres, laïcs – nous sommes des exécutants. Remarquons d’emblée que ça ne signifie pas que les membres de l’Église n’ont pas une certaine autonomie : nous avons tous notre libre arbitre et sommes priés d’en user, précisément de chacun discerner les attentes de l’Esprit Saint, de l’amour de Dieu qui nous parle et nous touche le cœur. Ainsi, véritablement, la seule direction que pourra prendre l’Église, c’est de suivre la volonté de Dieu, la volonté d’aimer comme Dieu.
L’idée de l’Église comme un seul corps dont aucun de nous n’est le chef, mais seulement un membre singulier, nous assigne à tous une fonction particulière. Nous avons tous à trouver notre place dans l’Église et dans le monde, au sein de nos familles, parmi nos amis.
Et puisque nous prétendons agir sous la direction de l’Esprit Saint, nous avons tous une vocation religieuse. Certains sont appelés à vivre une vie de contemplation et de prière, d’autres à s’engager plus socialement. Certains se sentent appelés à se donner à Dieu dans le célibat, d’autres en fondant une famille.
Tous, comme le rappelle saint Paul, nous sommes appelés à une fonction spécifique au sein du corps ecclésial : certains sont appelés à devenir apôtres c’est à dire à témoigner, d’autres sont appelés à enseigner, guérir, prophétiser ou interpréter.
Remarquons aussi qu’entre ces fonctions spécifiques, il n’y pas particulièrement de hiérarchie. Tous les membres sont interdépendants : « L’œil ne peut pas dire à la main : ‘Je n’ai pas besoin de toi’ ; la tête ne peut pas dire aux pieds : ‘Je n’ai pas besoin de vous’ ». Aussi, toutes les fonctions dans l’Église reçoivent la même dignité. Et même, comme le souligne saint Paul : « Celles qui passent pour moins honorables, ce sont elles que nous traitons avec plus d’honneur. »
Finalement, la seule hiérarchie qui prévaut dans l’Église, c’est celle de la sainteté, c’est à dire de la pureté du cœur. Et le Christ est prompt à souligner qu’il y a plus de sainteté à faire un travail humble qu’à occuper les premiers rangs. Sainte Thérèse de Lisieux l’a aussi très bien expliqué.
Ainsi, au sein de l’Église, la seule ambition qu’il convient d’avoir c’est cette de la sainteté. Et la sainteté est accessible à tous les états de vie. Ainsi, personne n’a à revendiquer de place mais tout le monde a à trouver la sienne.
Avez-vous trouvé votre place dans l’Église, votre vocation chrétienne ? Au fond, quel est le passage de l’Évangile que vous pourriez citer en pensant : c’est en moi que cette parole s’accomplit ?
Trouver sa place dans l’Église et dans le monde est essentiel parce que notre vocation est le lieu de notre sainteté, notre manière de répondre à l’appel de Dieu et d’incarner la présence de l’Esprit Saint aujourd’hui.
Mais la place que nous occupons dans l’Église et dans le monde est bien relative et de peu d’importance face à celle que nous occupons dans le cœur de Dieu. Parce que quels que soient le lieu où nous sommes, la place que nous occupons, il est toujours possible d’aimer comme Dieu aime. Je pense ici, notamment, aux personnes joyeuses de prières dans les maisons de repos.
Trouver sa place est important puisque c’est là que nous exerceront au mieux nos talents. Mais plus importante encore est la conviction que, quelque soit notre place, le bonheur est toujours authentiquement possible et la sainteté à portée de main.
Dans quelque condition que l’on soit, il est toujours possible d’exercer notre talent d’aimer. Amen

Source : RÉSURGENCE.BE, le 22 janvier 2025
26.01.2025 – HOMÉLIE DU 3ÈME DIMANCHE ORDINAIRE – LUC 1,1-4.4,14-21

« Aujourd’hui s’accomplit la parole
que vous venez d’entendre »
Homélie par le Père Jean Compazieu
Pistes pour l’homélie
Textes bibliques : Lire
En ce dimanche, nous lisons le début de l’Évangile selon saint Luc. Dès le départ, il précise qu’il désirait affermir la foi de Théophile dont le nom signifie “ami de Dieu”. Voilà déjà un appel qui nous rejoint aujourd’hui. Ce récit s’adresse aussi à chacun de nous pour que, nous aussi, nous le communiquions à d’autres. C’est pour nous une manière de faire grandir l’Église. Nous ne mesurons sans doute pas assez le cadeau qui nous est fait : Cela vaudrait la peine d’entreprendre cette semaine une lecture continue de l’évangile de Saint Luc en nous rappelant que le plus important c’est de nous en nourrir et d’y rencontrer le Christ.
Le texte de ce dimanche nous présente le début du ministère de Jésus. Peu de temps après son baptême, il commence à enseigner en Galilée. Tous les gens parlent de lui. Ce jour-là, il revient à Nazareth, le village où il a grandi. Comme il en a l’habitude, il va à la synagogue et il se lève pour faire la lecture. Cette lecture, c’est lui qui la cherche et il la trouve. “L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers qu’ils sont libres, et aux aveugles qu’ils verront la lumière, apporter aux opprimés la libération, annoncer une année de bienfaits accordée par le Seigneur”.
En écoutant Jésus proclamer ce texte, nous pouvons déjà imaginer son grand amour pour les Écritures. Qu’en est-il pour nous ? Aujourd’hui, le même Christ voudrait nous apprendre à prier en ouvrant la Bible avec soin et en lisant les textes proposés pour ce dimanche. Il est indispensable que toute prière, tout témoignage et toute prédication s’appuient sur la Parole de Dieu. Il est heureux de constater que l’Écriture retrouve toute sa place dans la liturgie. De plus en plus de familles prennent du temps dans la semaine pour se préparer à mieux accueillir les textes qui seront proclamés le dimanche. Cette Parole doit être accueillie avec le même respect que l’Eucharistie.
En ce jour, le Christ a une bonne nouvelle à nous annoncer : l’Écriture devient Parole parce qu’elle est proclamée ; c’est une bonne nouvelle pour les pauvres et les exclus de tous les temps ; c’est une annonce de libération et de guérison. Dieu s’intéresse aux petits, aux pauvres, aux captifs, aux malades et aux pécheurs. Alors, n’ayons pas peur de nous tenir devant lui pour nous reconnaître petits, pauvres, aveugle et pécheurs. C’est ainsi que nous pourrons accueillir la libération que le Christ est venue apporter et en être les messagers dans le monde d’aujourd’hui.
Vingt siècles après, le mal, les injustices, les souffrances de toutes sortes sont toujours là. Des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants sont profondément meurtris par les catastrophes, et les épreuves de toutes sortes. Et bien sûr, nous n’oublions pas ceux et celles qui sont victimes de la haine et de la violence des hommes. Et même tout près de nous, des personnes peuvent être en grande difficulté et ne pas avoir de quoi se nourrir. Quand nous voyons tant de malheurs, nous risquons de nous sentir dépassés. Et beaucoup en viennent à se poser la question : “Où est-il cet aujourd’hui de la bonne nouvelle ?”
Pour répondre à cette question, il suffit de regarder les nombreux témoignages vécus autour de nous et dans le monde : Cette bonne nouvelle, nous la voyons se réaliser dans cet immense élan de générosité des chrétiens et des non chrétiens à l’égard de ceux qui ont tout perdu. Elle est aussi à l’œuvre quand nous allons visiter un malade sur son lit d’hôpital, quand nous partageons avec celui qui a faim.
Il nous appartient de faire en sorte que cette Parole de Dieu se réalise aujourd’hui dans nos divers milieux de vie. Cela ne sera possible que si nous nous en imprégnons pour en devenir les serviteurs fidèles. Comme les gens de la synagogue, nous fixons notre regard sur Jésus pour accueillir son message libérateur. Et comme lui, nous sommes ensuite envoyés pour rejoindre les gens là où ils vivent. Cette bonne nouvelle doit être annoncée dans les églises mais aussi dans les divers lieux de vie, de travail et de loisirs. C’est en vue de cette mission que l’Esprit du Seigneur nous est donné. Aujourd’hui comme autrefois, il nous conduit vers les pauvres, les exclus, ceux et celles qui ont perdu ou oublié leur dignité.
L’exemple du Christ nous invite aujourd’hui à rendre la parole de Dieu vivante et vraie dans notre vie de tous les jours. Cette parole devient alors «lumière pour nos pas», «chemin, vérité et vie», «création d’un ciel nouveau et une terre nouvelle». Cette parole, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit.

Source : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 18.01.2025
10.03.2024 – HOMÉLIE DU 4ÈME DIMANCHE DE CARÊME – JEAN 3,14-21

La perspective de la joie
Par le Fr. Laurent Mathelot
Je ne sais pas si vous le savez, mais le psaume 136 que nous venons de prier est devenu un tube planétaire en 1978. « Au bord des fleuves de Babylone, nous étions assis et nous pleurions », ce sont exactement les paroles de « By the rivers of Babylon » du groupe Boney M qui chantait ce psaume, quasi mot à mot, sur un air joyeux. Excellente entrée en matière que cette chanson, ce psaume pour célébrer ce dimanche de Lætare.
Lætare est le premier mot du chant d’entrée traditionnel de la messe de ce matin, en fait le premier mot de la version latine d’un verset du Livre d’Isaïe : « Réjouis-toi, Jérusalem ! Exultez en elle, vous tous qui l’aimez ! Avec elle, soyez pleins d’allégresse, vous tous qui la pleuriez ! Alors, vous serez nourris de son lait, rassasiés de ses consolations ; alors, vous goûterez avec délices à l’abondance de sa gloire. » (Isaïe 66, 10-11)
Notre exercice spirituel – notre carême – consiste à nous rendre volontairement au désert ; à organiser en nous la faim ; à vouloir nous pencher sur nos manques et la vivacité de nos désirs, pour mieux savourer ensuite le don de Dieu, la joie dont rayonne Jérusalem et, pour nous, la joie de la Résurrection.
Nous sommes aujourd’hui à mi-chemin. Il reste moins à parcourir que ce que nous avons déjà parcouru. Réjouissez-vous, la délivrance est plus proche de nous que notre entrée au désert. La mi-carême symbolise cette frontière où l’on passe des larmes, de la soif et de la récrimination – c’est à dire de la souffrance au désert – à la joie de trouver bientôt la Terre promise, la délivrance, la guérison.
Je le disais, le psaume illustre à la perfection ce moment charnière. Historiquement, il se situe au milieu de la première lecture : Nabuchodonosor a ravagé la Terre d’Israël, ruiné le Temple. Le peuple a été déporté à Babylone et ils sont là, prisonniers, à se demander comment encore trouver la joie et chanter Dieu, face à tant de désolations. « Comment chanterions-nous un chant du Seigneur sur une terre étrangère ? » dit le texte. Comment, en effet, trouver à se réjouir au milieu des souffrances ?
Puis, la première lecture reprend l’histoire : les Babyloniens sont eux-mêmes défaits par les Perses, 70 ans plus tard, et leur roi, Cyrus, permet aux Juifs de retourner dans leur pays, finançant même la reconstruction du Temple. Voilà la délivrance.
L’image de Jésus comme le serpent de bronze élevé par Moïse dans le désert, que nous présente l’Évangile, renforce cette idée de moment charnière. Le serpent est une figure ambiguë dans la Bible, tantôt mauvais, vénéneux et perfide, comme dans la Genèse ou dans l’Apocalypse ; tantôt symbole de guérison comme le représente le caducée des médecins. C’est le cas ici. Le serpent permet, en une image, de cerner le paradoxe de la Croix – celui de la vie donnée de Jésus –, qui est souffrance d’une part et qui pourtant nous sauve.
Le dimanche de Lætare symbolise cet instant de toutes les traversées du désert dans notre vie ; ce moment où la délivrance apparaît enfin en vue, comme la vigie d’un navire qui crie enfin « Terre » ; ce moment où notre cœur entrevoit à nouveau un avenir paisible ; quand l’espérance reprend subrepticement le dessus sur la tristesse ; quand revient, au milieu des larmes, la perspective de la joie. Précisément, ce qu’on fête aujourd’hui c’est la joie de la délivrance, la joie de Pâques, en vue.
Aujourd’hui, les temps ne sont certainement pas à la joie, qui voient d’intenses conflits surgir dans le monde, une crise migratoire d’ampleur planétaire, une corruption économique sans précédent se développer et des tensions émaner de toutes parts, sans parler de l’urgence climatique qui, pour certains, se mue en peur. C’est aussi la fin de l’hiver et les esprits sont plus sombres.
La joie est un état d’esprit qui dépend fort de l’orientation de notre regard : vers la souffrance ou vers la délivrance. C’est ce que nous célébrons aujourd’hui, ce changement de regard sur nos vies qui passe de la désolation sur notre sort, à la joie de lendemains heureux qu’on entrevoit.
La mi-carême, cependant, n’est pas une question de géométrie, à strictement parler un mi-parcours. Ce changement de regard sur la traversée du désert et les efforts qu’il reste à faire peut survenir très tôt. Certains, dès le surgissement d’une difficulté, trouvent rapidement la joie de se mettre en chemin pour la résoudre, témoignant ainsi d’un élan fondé sur une espérance de salut qui prend, chez eux, plus rapidement le pas sur la désolation. A cet égard, notre exercice de trouver la joie parmi les privations du carême est une préparation à cet état d’esprit. Face aux problèmes du monde, c’est l’anticipation d’un salut qui nous délivre de nos angoisses ; c’est l’élan confiant – et joyeux déjà – vers une résurrection en laquelle on a foi, qui exorcise nos découragements et nos peurs.
Lætare, c’est quand la joie d’une délivrance l’emporte sur la désolation du moment.
Réjouissez-vous ! L’issue de notre vie est heureuse.

Source : RÉSURGENCE.BE, le 6 mars 2024
10.03.2024 – HOMÉLIE DU 4ÈME DIMANCHE DE CARÊME – JEAN 3,14-21

SAUVÉ PAR L’AMOUR
Pistes pour l’homélie par l’Abbé Jean Compazieu
Textes bibliques : Lire
Dans les lectures bibliques de ce dimanche, nous trouvons plusieurs fois le mot “sauvés”. Le premier texte (livre des Chroniques) est une relecture des événements du passé. Les chefs des prêtres et tout le peuple multipliaient les infidélités. Ils imitaient les sacrilèges des nations païennes. Cette conduite a été la cause de leur perte. Le temple de Jérusalem a été détruit ; le peuple a été déporté en exil. Mais Dieu reste éternellement fidèle à son alliance alors que l’homme ne cesse de la trahir. Il envoie des messagers car il a pitié de son peuple. Il ne cesse de lui offrir son amour généreux.
C’est important pour nous aujourd’hui. Nous vivons dans une société qui cherche à se construire en dehors de toute référence religieuse. Dieu y est le grand absent. En dehors de lui, nous courons, nous aussi, à la catastrophe. Mais Dieu ne cesse de vouloir nous sauver. Il nous appelle inlassablement à revenir vers lui de tout notre cœur : “Convertissez-vous et croyez à la bonne nouvelle.” Notre Dieu ne veut pas la mort du pécheur mais qu’il se convertisse et qu’il vive. Voilà cet appel que nous sommes invités à accueillir. Dieu est amour ; il n’a jamais cessé de nous aimer.
C’est aussi cette révélation que nous trouvons dans la lettre de saint Paul aux Éphésiens : “Dieu est riche en miséricorde : à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions esclaves par suite de nos fautes, il nous a donné la vie dans le Christ.” C’est la bonne nouvelle qui nous est annoncée tout au long de ce Carême : Dieu est amour ; il nous aime tous d’un amour passionné. Tout ce qui nous arrive par le Christ vient de cette miséricorde de Dieu ; cela ne vient pas de nous ni de nos actes. Saint Paul qui a rencontré le Christ sur le chemin de Damas sait de quoi il parle. Il sait ce qu’est la vie renouvelée par l’amour.
Dans l’Évangile, nous retrouvons également ce mot “sauvés”. En dehors de Dieu, nous sommes des naufragés. Et c’est pour ramener tous les hommes à Dieu que l’apôtre Pierre a reçu la mission de “pêcheur d’hommes”. Aujourd’hui, saint Jean nous invite à lever les yeux vers un signe. Il nous parle de Jésus “élevé” en croix comme le serpent de bronze avait été “élevé” par Moïse sur le peuple. Celui qui tournait les yeux vers le serpent élevé était guéri. Il n’était pas guéri par l’objet mais par le sauveur de tous les hommes.
L’évangéliste multiplie les expressions qui parlent de délivrance : “Obtenir la vie éternelle… être sauvés… échapper au jugement…” Le grand projet de Dieu c’est d’apporter son salut à tous les hommes. Il envoie son Fils pour réaliser ce projet. Il nous a montré son immense amour en nous donnant son Fils. C’est par la croix que se révèle cet amour unique. L’évangéliste nous demande de nous déterminer face au crucifié qui nous révèle l’amour de Dieu. “Celui qui croit en lui échappe au Jugement, celui qui ne croit pas est déjà jugé”.
Il nous faut le dire et le redire : jamais nos péchés ne seront plus grands que cet amour-là. C’est une certitude inébranlable de l’Église : nous sommes sauvés par ce Jésus qui a livré son Corps et versé son sang sur une croix. Jamais aucune faute ne pourra venir à bout de cet amour. Pour ceux qui savent regarder, la croix est un signe de salut et non de condamnation. Malheureusement, nous regardons trop souvent ailleurs. Quand nous organisons notre vie en dehors de Dieu, c’est la catastrophe, le naufrage.
Tout au long de ce Carême et tout au long de notre vie, nous sommes donc invités à lever les yeux vers la croix du Christ. Par sa mort et sa résurrection, le Christ Jésus nous fait passer vers la vraie Lumière. Avec lui, nous pourrons faire un pas ce plus. Il nous invite à regarder le monde avec lui et comme lui. Par sa croix, il guérit les blessures du monde. Il est la Lumière plus forte que la nuit, l’amour plus fort que la mort. Alors oui, levons les yeux, élevons nos cœurs ! Profitons de ces derniers jours du Carême pour ouvrir les yeux sur la Vérité et renaître à la Lumière de la vie.
Esprit de Dieu, attire nos regards vers Celui qui a été “élevé de terre”. Répands en nous l’Esprit du Christ et fais-nous revivre avec lui. Amen

Source : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 2 mars 2024