14.01.2024 – HOMÉLIE DU 2ÈME DIMANCHE ORDINAIRE – JEAN 1,35-42

Aimer de tout son corps

Par le Fr. Laurent Mathelot

Aujourd’hui, la première lecture, du Premier livre de Samuel, le Psaume et l’Évangile nous invitent à méditer sur l’appel de Dieu. De Samuel qui dit à Dieu : « Parle, ton serviteur écoute », à la vocation de Pierre, en passant par le refrain du psaume qui chante : « Me voici, Seigneur, je viens faire ta volonté », après avoir célébré les mystères cachés de l’incarnation divine pendant le temps de Noël, nous entrons avec le Temps Ordinaire, dans la vie publique de Jésus, en méditant son appel à le suivre.

Une question que l’on peut se poser d’emblée est celle de l’a-propos de la Lettre de Paul aux Corinthiens parmi les lectures d’aujourd’hui, qui apparaît comme un vigoureux traité de morale charnelle, au milieu de textes évoquant le commencement de l’amitié personnelle avec Dieu. « Fuyez la débauche. (…) l’homme qui se livre à la débauche commet un péché contre son propre corps ». Comme si Paul se devait de doucher froidement, d’un flot de moralisme, la beauté simple de la rencontre primordiale avec le Christ …

A contrario, certains chrétiens se trouvent dérangés par les élans enflammés des mystiques. Notamment par s. Jean de la Croix quand il chante : « Ô vive flamme, ô sainte ardeur / Qui par cette douce blessure / Perce le centre de mon cœur » ou par la poésie de s. Thérèse de Lisieux « Jésus, mon seul Amour, au pied de ton Calvaire / Que j’aime chaque soir à te jeter des Fleurs ! », que certains ont pu dédaigneusement qualifier de « guimauve spirituelle ».

Les deux, Paul et les mystiques ont pourtant raison. Oui l’appel de Dieu est un appel à l’amour et cet amour s’entend jusqu’à sa plénitude charnelle.

Peut-être vous souvenez-vous du film « Des hommes et des Dieux », de Xavier Beauvois, sorti en 2010, qui raconte l’histoire des moines de Tibhirine, en Algérie. Au delà du récit, deux scènes m’ont particulièrement frappé – deux scènes spirituellement charnelles. La première est celle du frère Christophe, seul dans sa chambre qui supplie vers Dieu « Aide-moi ! Ne m’abandonne pas ! » et la seconde est celle du frère Luc, le médecin, soulageant le dos du frère Amédée, de gestes tendres et apaisés.

Il y a indéniablement un aspect charnel à l’amour de Dieu. Si désormais c’est par l’Esprit Saint que Dieu veut nous rejoindre, la parole de Dieu n’est pas qu’un ensemble d’idées et de mots que nous trouverions spirituellement éloquents. La parole de Dieu, c’est le Christ qui nous appelle à l’aimer – de tout notre esprit, de toute notre âme mais aussi de tout notre corps. Et c’est à mesure qu’il s’incarnera en nous que l’amour de Dieu nous emportera.

Êtes-vous épris d’amour pour Dieu ? Pourriez-vous lui dire dans un élan spontané : « Je t’aime » ?

L’amour de Dieu ne se dit pas que de mots ; notre Évangile n’est pas qu’une belle pensée pour mieux vivre. L’Esprit de Dieu qui nous parle doit s’incarner en nous sinon il reste de l’ordre de la théorie, du beau discours, voire de la simple philosophie de vie. Nous sommes appelés à bien plus qu’adhérer spirituellement à la parole de Dieu ; nous sommes appelés à aimer Dieu de tout notre être : corps et âme. Et même à l’aimer plus charnellement que tous ceux qui nous entourent.

A la question de Jésus aux deux disciples qui le suivent « Que cherchez-vous ? », ceux-ci répondent « Où demeures-tu ? » Et Jésus leur dit : « Venez, et vous verrez ». L’attitude du disciple c’est de demeurer avec le Christ, de vivre en amitié constante avec lui.

C’est ainsi que Paul peut dire « Votre corps est un sanctuaire de l’Esprit Saint ». En effet, si le Christ est Dieu et que la demeure de Dieu est un temple, alors ce temple c’est le corps avec lequel nous l’aimons. Loin de considérer notre chair sous l’angle de sa faiblesse, de sa pesanteur – comme dirait la philosophie Simone Weil – nous sommes invités à regarder notre corps comme le lieu béni de l’amour charnel pour Dieu, comme un temple où brûlent les flammes de son amour.

L’appel de Dieu est un appel à l’aimer de tout notre corps. De tout notre esprit, de toute notre âme, et donc finalement de tout notre corps. C’est la réponse charnelle à l’amour de Dieu qui est la réponse aboutie à son appel. Il ne s’agit pas seulement de se laisser séduire intellectuellement. Il s’agit de s’éprendre de l’amour de Dieu, jusqu’à l’élan charnel d’une réponse authentique.

Donne-nous, Seigneur, de tomber toute pudeur charnelle à te dire « Je t’aime ».

Fr. Laurent Mathelot

Source: RÉSURGENCE.BE, le 10 janvier 2024

14.01.2024 – HOMÉLIE DU 2ÈME DIMANCHE ORDINAIRE – JEAN 1,35-42

“Que cherchez-vous ?”

Textes bibliques : Lire


Pistes pour l’homélie par l’Abbé Jean Compazieu


Depuis lundi dernier, nous sommes entrés dans la période du Temps ordinaire. C’est une période moins festive mais elle reste très importante. C’est là que nous avons à grandir dans la fidélité et l’écoute de la Parole de Dieu. Mais la liturgie de ce dimanche reste dans l’atmosphère de l’Épiphanie. Nous nous rappelons que cette fête évoque la manifestation de Dieu aux mages. Aujourd’hui, il se manifeste en revêtant la forme de l’appel.

Dans la première lecture, nous avons entendu le récit de la vocation du jeune Samuel. Le mot important c’est le verbe “appeler” qui revient onze fois. Deux points importants doivent être soulignés : le triple appel et la promptitude de la réponse. Cette réponse repose sur un acte de foi : “Parle Seigneur, ton serviteur écoute.” Et le texte ajoute : “L’enfant grandit. Le Seigneur était avec lui et aucune de ses paroles ne demeura sans effet”. Comme pour le jeune Samuel, il y a de nombreux appels dans notre vie ; nous ne les entendons pas toujours ; il nous faut l’aide et le discernement d’autres personnes.

Quand on a rencontré le Seigneur et entendu son appel, plus rien ne peut être comme avant. C’est ce que rappelle l’apôtre Paul aux chrétiens de Corinthe. Il dénonce les divisions et les abus qui existent dans la communauté : les divisions entre fidèles, les atteintes à la chasteté chrétienne, les recours aux tribunaux païens, tout cela n’est pas tolérable. Notre rencontre avec le Christ doit être le point de départ d’une vie entièrement nouvelle. Nous chrétiens, nous pouvons être soumis à toutes sortes de tentations. Mais le Seigneur est là ; il ne cesse de nous appeler. Comme Samuel, nous sommes invités à écouter sa parole et à nous laisser guider par lui.

L’Évangile nous rapporte la vocation des premiers disciples. Ces hommes avaient commencé par suivre Jean Baptiste. Sur la parole de leur maître qui désigne Jésus comme “l’Agneau de Dieu”, ils s’empressent de le suivre. Jésus s’en rend compte et il leur pose la question : “Que cherchez-vous ?” C’est une manière de les inviter à creuser leur désir. Cette quête d’absolu qu’ils n’ont pas assouvie chez Jean, ils doivent la comprendre de l’intérieur.

La même question nous est posée à tous aujourd’hui : que cherchons-nous ? C’est vrai que, bien souvent, nous ne cherchons pas du bon côté. Beaucoup s’engagent sur des chemins de perdition. Mais le Seigneur est toujours là pour nous dire : “Venez et vous verrez !” Ce que vous verrez dépasse tout ce que vous pouvez imaginer. Comme les premiers disciples, nous sommes invités à entendre cet appel de Jésus et à demeurer avec lui. En l’écoutant, nous découvrirons que ses paroles sont celles de la Vie éternelle.

L’Évangile insiste donc sur l’importance de la rencontre avec le Christ. Mais pour que cette rencontre soit rendue possible, il a fallu des intermédiaires. C’est d’abord Jean Baptiste qui désigne Jésus. Puis c’est André qui lui amène son frère. Philippe qui a été personnellement appelé par Jésus lui amènera Nathanaël. Les chemins des uns et des autres sont différents, mais tous sont appelés à une même vocation : “disciples-missionnaires” comme dit le pape François.

C’est également vrai pour nous : si nous avons rencontré le Christ et si nous avons répondu à son appel, c’est grâce à des médiateurs. Il y a eu sur notre route des prêtres, des religieux et religieuses et des laïcs qui nous ont fait partager leur expérience de foi. C’est ensemble, les uns avec les autres que nous marchons à la suite du Christ. Il n’a pas besoin des hommes mais il veut nous associer tous à son œuvre. Il compte sur chacun de nous pour être les “médiateurs” et les “messagers” dont le monde a besoin.

La bonne nouvelle de l’Évangile doit être annoncée à tous, enfants, jeunes et adultes. Il ne s’agit pas de convertir ni de convaincre mais de témoigner et de favoriser la rencontre personnelle avec le Christ. Relayé par les uns et par les autres, l’appel du Seigneur se fait entendre de génération en génération. C’est par nos réponses personnelles et collectives que s’édifie le Corps du Christ, Sanctuaire de l’Esprit Saint. Comme André, nous pourrons dire : “Nous avons trouvé celui que nous cherchions”.

Abbé Jean Compazieu

Source : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 7 janvier 2024