12.04.2026 – HOMÉLIE DU 2ÈME DIMANCHE DE PÂQUES – JEAN 20, 19-31

Voir pour croire

Homélie par le Fr. Laurent Mathelot

Lectures : Évangile selon saint Jean 20, 19-2

Thomas devait voir pour croire. Il voulait savoir. Il lui fallait des preuves concrètes pour accepter la Résurrection de Jésus. A cet égard, le Caravage, dans son tableau intitulé L’Incrédulité de saint Thomas a superbement montré cette volonté auscultatrice, qui dépeint un geste essentiellement médical. Littéralement, cette œuvre présente l’autopsie du Ressuscité, par saint Thomas.

De ceci, nous pouvons tirer quelques premiers enseignements. D’abord, la Résurrection, c’est du concret. « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté. » Le Christ ressuscité apparaît avec ses plaies, désormais non sanglantes, non douloureuses. Il se laisse toucher. Il est vivant tandis que ses plaies restent visibles. Ainsi, toutes nos résurrections n’effacent-elles pas le passé et laissent-elles même encore nos plaies visibles, qui ne font cependant plus mal. On est ressuscité d’un deuil, d’une blessure du passé quand ils ne font plus souffrir alors qu’on y repense. Le souvenir reste. Il n’est simplement plus douloureux.

Ainsi, puisque nous sommes appelés à témoigner, s’agit-il de n’avoir aucune honte à montrer nos blessures guéries, nos deuils consolés, notre passé apaisé. On donne de la valeur concrète à la Résurrection quand on témoigne des souffrances dont le Christ nous a guéris, des abîmes au bord desquelles il est venu nous abreuver, des tombeaux scellés qu’il a ouverts. La transmission de la foi est avant tout le témoignage du concret de l’action résurrectionnelle de Dieu dans notre vie. Avant toute théologie, avant toute doctrine.

Autre réflexion qu’il est légitime de faire d’emblée : pourquoi donc Thomas a-t-il besoin de voir les plaies du Christ ? Son visage ne suffit-il donc pas à le reconnaître ? Thomas pense-t-il que le Christ lui aussi puisse avoir un jumeau ? En creux, on retrouve ici la difficulté constante qu’éprouvent les disciples à reconnaître Jésus, dans les apparitions du Ressuscité. Cette difficulté, issue de la Transfiguration des douleurs, on la retrouve dans les changements radicaux de vie dont témoignent les personnes ayant vécu une rencontre mystique avec le Christ. La Résurrection concrètement nous transforme.

Tout le monde, cependant, ne vit pas une expérience mystique, une rencontre personnelle avec le Christ qui bouleverse son existence. Tout le monde ne passe pas par un Chemin de Damas. Le Ressuscité se rencontre aussi dans la lecture des Évangiles, principalement à la messe. Il se rencontre encore dans l’amour que donnent les personnes blessées. Évidemment, dans tout ce que nous appelons communion. Mais même alors que la foi en Résurrection nous imprègne subtilement, les récits d’apparitions du Ressuscité sont là pour nous dire : il y a un avant et un après. La Résurrection transfigure la vie.

« Heureux ceux qui croient sans avoir vu » dit Jésus finalement à Thomas. Les expériences mystiques, pour ceux qui les vivent comme telles, sont des preuves concrètes de la Résurrection du Christ. Elles sont un bonheur divin que l’on vit et qui jalonne une vie. Mais n’est-il pas plus heureux encore celui qui n’a pas besoin d’expérience concrète pour avoir la foi ?

Pourquoi cherche-t-on des preuves en matière d’espérance et d’amour ? Pourquoi faut-il des témoignages concrets, des signes visibles sinon pour se rassurer, se réconforter, se consoler d’un doute – précisément, parce qu’on est soi-même, à cet égard, blessé ?

Les preuves d’affection et d’amour ne sont nécessaires qu’à ceux qui en manquent ou en doutent. C’est la personne qui désespère qui nécessite des signes concrets du divin. Quelque part, l’exigence de Thomas reflète son désespoir. Comme l’exigence de preuves de l’existence de Dieu traduit la désespérance athée. « Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »

On comprend ainsi que la démarche auscultatrice, qui scrute la Résurrection, qui exige des preuves concrètes pour croire – le regard rationnel visant à disséquer le phénomène mystique – est avant tout une démarche désespérée, une auscultation des signes pour y déceler enfin l’amour divin. De même, l’exigence de preuves d’amour, au sein des couples ou entre amis. Celui qui nécessite des preuves concrètes pour asseoir sa foi en un amour transcendant n’en vit pas déjà. C’est le défaut d’expérience amoureuse qui exige des preuves. La foi en l’amour, quant à elle, se contente de l’interprétation de signes, qu’elle transcende.

Heureux êtes-vous si vous croyez que Dieu est effectivement ressuscité alors que vous n’en n’avez d’autre signe que le témoignage de l’Église. Heureux êtes-vous si ne vous nécessitez aucune preuve d’amour, ni de Dieu, ni de proches. Heureux êtes-vous si vous n’êtes pas exigeant de résurrection concrète. C’est sans doute qu’elle est déjà à l’œuvre en vous.

Fr. Laurent Mathelot

Source : RESURGENCE.BE, le 8 avril 2026

12.04.2026 – HOMÉLIE DU 2ÈME DIMANCHE DE PÂQUES – JEAN 20,19-31

Dimanche de la divine Miséricorde

Pistes pour l’homélie par l’Abbé Jean Compazieu

Textes bibliques : Lire


En ce 2ème dimanche de Pâques, l’Église nous invite à tourner notre regard vers le mystère de la « divine miséricorde ». Parmi les textes de ce jour, nous avons surtout la seconde lecture, la lettre de saint Pierre qui nous en parle explicitement. Elle nous invite à louer Dieu qui, « dans sa grande miséricorde… nous a fait renaître grâce à la résurrection de Jésus pour une vivante espérance ». Mais en y regardant de plus près, nous voyons bien que cette miséricorde divine transparaît également dans les autres textes bibliques de ce jour. Toute la liturgie de la Parole prolonge la bonne nouvelle de la résurrection par l’amour miséricordieux du Père.

La première lecture nous donne le témoignage de l’Église primitive. Elle ne cesse de s’agrandir dans la force de l’Esprit Saint. Par la bouche des apôtres, le Christ annonce la bonne nouvelle. Il guérit et il chasse le mal. Le même Esprit Saint continue à agir dans l’Église d’aujourd’hui. Il nous précède dans le cœur de ceux qu’il met sur notre route.  Comme les premiers chrétiens, nous sommes tous envoyés pour annoncer que le salut en Jésus Christ est là, mais le principal travail, c’est lui qui le fait dans le cœur de chacun.

Avec le psaume 117, nous rendons grâce au Seigneur dont l’amour est éternel. Cet amour est plein de miséricorde. Dieu ne cherche qu’à nous combler, non à cause de nos mérites mais parce qu’il nous aime. Il veut nous associer tous à sa victoire sur la mort et le péché. Il veut nous faire participer à la joie du Salut. Au jour de notre baptême, nous avons été plongés dans cet océan d’amour qui est en lui. Alors oui, plus que jamais, nous pouvons chanter et proclamer : « Rendez grâce au Seigneur, il est bon, éternel est son amour. »

L’évangile nous invite à faire un pas de plus dans la découverte de cette miséricorde divine. C’était au soir du premier jour de la semaine, c’est-à-dire le dimanche soir. Les disciples avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient car ils avaient peur ; en raison du climat de haine et de violence qui régnait sur Jérusalem depuis la mort de Jésus, ils craignaient pour leur sécurité. Cette peur, nous la connaissons bien : Dans certains pays, les chrétiens sont massacrés. Ailleurs, ils sont tournés en dérision. Nous vivons dans un monde imprégné par l’indifférence, l’incroyance et la « mal croyance ». Or c’est dans ce monde tel qu’il est que nous sommes envoyés pour témoigner de notre foi en Jésus Christ.

Comme il l’a fait pour les apôtres puis pour Thomas, le Seigneur ressuscité nous rejoint dans nos enfermements. Pour lui, toutes les barrières qui nous enferment, ça ne compte pas. Il est toujours là, et il ne demande qu’à nous rejoindre au cœur de nos vies et de nos déroutes. Il reste Emmanuel, « Dieu avec nous ». Nous avons vu que Thomas a eu beaucoup de mal à croire en cette bonne nouvelle. Pour lui, ce n’était pas possible. Il avait vu Jésus mort sur la croix et enfermé dans son tombeau. Il ne pouvait pas imaginer qu’il ressusciterait. Nous n’avons pas à sourire de son incrédulité. Si nous avions été à sa place, nous n’aurions pas fait mieux.

Mais voilà que Jésus lui-même rejoint ses apôtres au cœur même de leurs doutes et de leur détresse. Sa première parole est un message de paix. Cette paix, c’est la joie retrouvée, c’est la miséricorde et le pardon, c’est la réconciliation. Au moment de les envoyer en mission, il veut les libérer de cette angoisse qui les obsède. Il veut leur redonner force et courage car ils auront une longue route à parcourir. Ils seront envoyés pour annoncer au monde entier que tous sont appelés à se convertir à Jésus Christ et à accueillir la miséricorde qu’il ne cesse de vouloir nous offrir.

Nous chrétiens d’aujourd’hui, nous sommes les héritiers de ce témoignage des apôtres et nous sommes envoyés, nous aussi, pour le communiquer autour de nous, dans nos familles, nos lieux de travail et nos divers milieux de vie. Notre foi ne sera vraiment vivante que si elle rayonne. Le Seigneur nous attends dans notre monde, à l’endroit où il nous a placés pour que nous portions du fruit. Il aime réaliser des merveilles dans notre vie ordinaire et rien ne peut nous séparer de son amour.

En ce jour, notre regard se porte une fois de plus vers la première communauté des croyants. Comme eux, nous sommes invités à appuyer notre vie chrétienne sur quatre piliers :
– Fidélité à l’enseignement des apôtres pour approfondir notre foi et permettre à la bonne nouvelle de transformer notre vie de baptisés.
– Fidélité à la communion fraternelle pouvant aller jusqu’au partage des biens.
– Fidélité à la fraction du pain et donc à l’Eucharistie.
– Fidélité à la prière, soit à la maison, soit en communauté.
Ces quatre fidélités sont nécessaires. C’est grâce à elles que nous pourrons donner le vrai témoignage de notre vie de baptisés.

Chaque dimanche, le même Seigneur ressuscité rejoint les communautés rassemblées en son nom pour l’Eucharistie. Nous le prions ensemble, les uns pour les autres : Envoie sur nous ton Esprit pour aller vers les hommes d’aujourd’hui, leur apporter ta Parole qui éclaire, leur offrir ton amour. Sois avec nous, Seigneur, pour que nous soyons un instrument docile et fidèle de ton Esprit.

Abbé Jean Compazieu

Source : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 4 avril 2026