12.03.2023 – HOMÉLIE DU 3ÈME DIMANCHE DE PÂQUES – JEAN 4,5-42

La soif de Dieu

Par le Fr. Laurent Mathelot

Avez-vous remarqué que, dans cet Évangile où Jésus, exténué, demande à la Samaritaine : « Donne-moi à boire », jamais il ne boit ? Dans le récit, jamais sa soif à lui, n’est étanchée.

Et, avez-vous remarqué le contraste qu’il y a avec la première lecture ? Dans le désert, le peuple souffrait de la soif. Et Moïse récrimine contre lui : « Que vais-je faire de ce peuple ? Encore un peu, et ils me lapideront ! ». Et que fait Dieu ? Il leur donne à boire. Lui ne tergiverse pas : même si, comme le dit l’Écriture, le peuple assoiffé lui cherche querelle, Dieu fait immédiatement jaillir une source d’un rocher. Au-delà de nos mécréances, Dieu commence par combler nos besoins les plus immédiats. Ils me maudissent parce qu’ils ont soif ? Voici à boire …

On interprète souvent cet Évangile – et le texte nous y invite d’ailleurs – en présentant l’Esprit comme une source d’eau vive, qui étanche notre soif spirituelle : « celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle ». Et Paul nous incite à faire le lien avec le don de l’Esprit Saint à la Pentecôte : « l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné alors que nous n’étions encore capables de rien ». L’amour de Dieu, voilà l’eau vive que l’Esprit nous donne comme il donnait de l’eau sortie du rocher aux Hébreux dans le désert.

Mais qui se préoccupe de la soif de Dieu ?

Il y a un parallélisme troublant à faire entre le Jésus qui dit « Donne-moi à boire » à la Samaritaine et le Christ en croix dont Jean nous dit, plus loin, au chapitre 19, que « sachant que tout, désormais, était achevé, pour que l’Écriture s’accomplisse jusqu’au bout, il dit : « J’ai soif. »

En quoi l’étanchement de la soif de Jésus accomplit-il l’Écriture ? Est-ce simplement pour faire, au moment de la crucifixion, une référence parlante à la complainte du juste couvert d’insultes dans le psaume 70 ? ou est-ce véritablement l’étanchement de la soif de Jésus qui accomplirait les Écritures ?

L’Évangile d’aujourd’hui nous donne la réponse. Je vous ai quelque peu induit en erreur en vous disant que jamais la Samaritaine n’étanchait la soif de Jésus. Elle le fait, en tous cas elle lui donne à boire de cette eau vive qui est de le reconnaître comme Christ et de le glorifier comme Messie auprès des siens. Jésus dit alors à ses disciples : « Dès maintenant, le moissonneur reçoit son salaire : il récolte du fruit pour la vie éternelle, si bien que le semeur se réjouit en même temps que le moissonneur. » La moisson du jour c’est la foi de la Samaritaine. La reconnaissance, voilà ce qui étanche la soif de Dieu.

Jésus ajoute : « Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. » Si nous disons que l’eau vive est l’amour de Dieu que l’Esprit nous donne, étancher la soif de Dieu revient à lui rendre cet amour.

Nous apaisons la soif de Dieu lorsque nous l’aimons, nous sommes des sources d’eaux vives pour Dieu lorsque nous lui rendons témoignage. Chaque vie donnée au Christ est un flot étanchant la soif d’amour de Dieu. Chaque Eucharistie, chaque prière, chaque offrande, chaque don de soi est de l’eau pour la soif d’Humanité qu’éprouve Dieu.

Oh bien sûr, nos offrandes sont imparfaites, notre prière est faible et le don de nous-même est rarement limpide. La soif de Dieu n’est jamais pleinement étanchée des flots de notre amour que nous mêlons toujours quelque peu du fiel de notre péché.

Mais sur la croix, Jésus prit tout de même l’eau mélangée de vinaigre et dit « Tout est accompli ». Il suffit de ça : lui donner à boire de nous-même, même si notre breuvage est quelque peu amer ou corrompu.

Que le jaillissement de notre foi soit pour Dieu un étanchement véritable et que notre Carême nous aide à rendre la boisson un peu moins vinaigrée. Car Dieu a soif de notre amour.

Fr. Laurent Mathelot, dominicain.

Source : RÉSURGENCES.BE, le 7 mars 2023

12.03.2023 – HOMÉLIE DU 3ÈME DIMANCHE DE PÂQUES – JEAN 4,5-42

Montre-nous la route à suivre.

Homélie

Par l’Abbé Jean Compazieu


Textes bibliques : Lire


Les textes de l’Exode et l’Évangile nous parlent de l’importance de l’eau : on s’en aperçoit, surtout quand elle vient à manquer. La première lecture nous renvoie à l’histoire du peuple Hébreux. Il venait de quitter une vie d’esclavage en Égypte pour se rendre en terre de Canaan. Mais entre les deux, il y a le désert. C’est là qu’on voit à quel point l’eau est indispensable à la vie. En pleine chaleur, la situation peut devenir dramatique. C’est une question de vie ou de mort.

Malgré tous les bienfaits dont il a bénéficié, le peuple a du mal à s’abandonner en toute confiance. C’est bien ce qui nous arrive souvent : dès que notre vie semble en péril, nous doutons, nous crions à l’abandon. Nous oublions que le Seigneur n’a jamais cessé de nous aimer. Il n’a jamais cessé de nourrir et d’abreuver son peuple rebelle. La soif au désert est révélatrice d’une autre soif que Jésus apaisera chez la Samaritaine. Il se présentera à elle et à nous tous comme la Source d’eau vive.

La seconde lecture nous rappelle ce don que Dieu nous fait de sa vie et de son Esprit. Ce n’est pas une réponse à de supposés mérites de notre part ; il est offert à tous, gratuitement. Il devient agissant dès qu’il est accueilli avec foi. C’est bien de cela que témoigne l’Évangile de la Samaritaine. L’espérance ne déçoit pas. La grande priorité de Dieu, c’est que tous les pécheurs soient sauvés. Il n’a jamais cessé de les aimer. C’est pour nous tous que le Christ est mort sur la croix. C’est vrai qu’il est difficile de croire quand le manque d’eau nous tenaille. Mais il est inutile de nous précipiter vers des eaux qui nous laisseront sur notre soif. Dieu est l’unique et inépuisable source. Lui seul peut nous combler.

L’Évangile nous donne de méditer sur une scène absolument extraordinaire. Saint Jean nous y dévoile tout le mystère de Dieu. Il part de l’eau qui féconde la terre et donne la vie au monde. Cela se passe en Samarie, au puits de Jacob. C’est là que Jésus s’est arrêté car il est fatigué par la route. Et c’est là qu’il rencontre la samaritaine. Normalement, cette rencontre n’aurait pas dû avoir lieu. Les juifs et les samaritains évitaient de se rencontrer. Des rivalités très anciennes les opposaient.

Cette femme qui vient puiser est le symbole de notre humanité blessée. Dieu nous voit nous précipiter vers le danger et tomber dans le péché. Il fait tout pour nous en sortir. Il envoie son Fils pour “chercher et sauver ceux qui étaient perdus”. Quand le Christ demande à la Samaritaine “donne-moi à boire, nous comprenons qu’il a soif de la sauver. Il a soif de son affection et de la nôtre. La Samaritaine sera progressivement amenée à reconnaître en Jésus la Source d’Eau vive.

C’est important pour nous et pour notre monde. Une des caractéristiques de notre temps, c’est l’ignorance religieuse. On finit par s’installer dans le désert de l’indifférence, de l’incroyance, de la “mal-croyance”. La foi devient quelque chose de secondaire par rapport au métier, aux loisirs et à nos diverses activités de chaque jour. Dieu en est rejeté. Mais quand on veut chasser le religieux, il revient sous sa forme la plus perverse : c’est la montée des superstitions, des pratiques ésotériques, voyance, magie blanche ou noire… C’est dans ce désert que Jésus veut rejoindre le monde d’aujourd’hui. Il ne veut pas qu’un seul se perde. C’est pour nous et pour le monde entier qu’il a donné sa vie sur la croix.

Cet Évangile est un appel à découvrir quelle est notre véritable soif, notre désir profond. Le Christ ne cesse de nous proposer l’eau vive. Ses paroles sont celles “de la vie éternelle”. Quand nous acceptons de vraiment le rencontrer, tout est changé dans notre vie. C’est ce qui s’est passé pour la samaritaine. Porteuse d’eau, elle devient porteuse d’Évangile. Elle court alerter les siens ; elle les amène à rencontrer Celui qu’elle a reconnu comme le Messie. Les samaritains croient en Jésus : C’est lui le Sauveur du monde.

Le même Seigneur nous rejoint dans toutes les situations de notre vie, même les plus compliquées. Malgré nos faiblesses et nos péchés, il nous abreuve à la Source d’eau vive, celle de sa Parole et de son Eucharistie. Puis, comme la Samaritaine, nous sommes envoyés pour annoncer que Jésus est vraiment le “Sauveur du monde.” Nous faisons nôtres les paroles de ce chant : “Peuple de frères, peuple du partage, Porte l’Évangile et la paix de Dieu”. Amen

Abbé Jean Compazieu

Source : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 5 mars 2023