11.09.2022 – HOMÉLIE DU 24ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – LUC 15,1-32

Évangile de Luc 15, 1-32 – Homélie

Par le Fr. Laurent Mathelot

Ce qui était perdu

Vous avez méprisé votre frère, ou votre sœur ? Bienvenue en cette Église. Vous avez médit d’unetelle ou d’untel ? Bienvenue en cette Église. Vous éprouvez parfois un sentiment de révolte ou de haine envers autrui ? Bienvenue en cette Église.

Il vous arrive de vous comporter médiocrement ; comme le fils prodigue vous disputez parfois leur nourriture aux cochons ? Bienvenue en cette Église. Vous avez de mauvais penchants dans lesquels vous retombez souvent ; des assuétudes, des addictions, des esclavages ? Bienvenue en cette Église.

Vous vous êtes éloigné de Dieu, et peut-être êtes vous pratiquement en rupture avec Lui ? Bienvenue en cette Église. Vous ne priez pas souvent, voire jamais ? Bienvenue en cette Église. Vous avez adoré des idoles, que ce soit vous-même, l’argent ou un fantasme ? Bienvenue en cette Église.

Bienvenue aux justes aussi ; pour peu qu’il y en ait parmi nous.

Bienvenue à vous qui avez soif d’amour, qui en manquez ou qui en avez manqué. Bienvenue à nous tous, pêcheurs, au pied de cet autel, à la table du Dieu-Amour que, quotidiennement pourtant, nous négligeons. Bienvenue à nous tous qui avons parfois fait le mal ; Dieu n’en finit pas de contenir sa joie de nous revoir.

C’est le thème du jour – la brebis perdue – alors, allons-y gaiement.

Dans la première lecture, celle du Livre de l’Exode, Dieu vient à peine de donner les tables de Loi à Moïse que le peuple, resté au pied de la montagne, se tourne vers l’idolâtrie – c’est l’épisode du Veau d’Or. L’idolâtrie c’est adorer comme Dieu, ce qui n’est pas Dieu. Quelles sont les idoles aujourd’hui ? Quelles sont ces faux-dieux auxquels nos contemporains rendent un culte ? La richesse ? La célébrité ? La réussite ? Le plaisir ?

Et quelles sont mes idoles à moi ? Ne suis-je pas parfois le dieu de mon propre ego ? Pour quelles idoles suis-je prêt à accepter des soumissions, des dépendances voire des esclavages ? Celles et ceux dont je désire l’affection ? L’idée que j’ai de moi-même, ma vie fantasmée ? Qu’est ce qui m’attire le plus ? Dieu ?

L’idolâtrie est sans doute le pire péché au regard de la Bible. Toutes les peines de mort que prononce l’Ancien Testament ont quelque part trait à l’idolâtrie. Se tromper de Dieu, que peut-il y avoir de pire aux yeux de la religion ? Jésus lui-même la dénonce avec force : le culte de soi, le culte de la reconnaissance par autrui, le culte de l’argent, le culte de la rigueur, le culte de la Loi …

La conséquence de l’idolâtrie, c’est la destruction de l’humanité – spirituellement, l’idolâtre court à sa perte. Mais il suffit qu’un seul homme, en l’occurrence Moïse, fasse mémoire de l’amour de Dieu pour que celui-ci renonce à sanctionner. Dieu fond de miséricorde dès qu’on se retourne vers Lui.

Ne vous inquiétez pas si vous avez fait des bêtises : saint Paul a fait pire que vous. Il massacrait des chrétiens à cause de leur religion – aujourd’hui on parlerait de crime contre l’humanité, si ce n’était anachronique. Selon ses propres mots, Paul était « blasphémateur, persécuteur, violent ». « Voici une parole digne de foi, et qui mérite d’être accueillie sans réserve : le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs ; et moi, je suis le premier des pécheurs. » dit-il à Timothée, dans la lettre fugueuse qu’il lui écrit.

Comme Paul, j’ai un lourd passé de pécheur. Avant de devenir religieux et prêtre, j’ai été patron de bar et de boite de nuit. J’ai longtemps mené une vie nocturne avec tous ses excès. Dans mon souvenir, « Sex & Drugs & Rock & Roll » [Ian Dury] c’est du très concret. Longtemps, en effet, j’ai idolâtré la jouissance – comme le font sans doute toutes celles et ceux qui ont un lourd chagrin à anesthésier – et c’est pourtant là, dans cette vie de toutes les perditions que le Christ est venu me chercher. Comme Paul, j’ai vécu une conversion radicale, une nuit dans ce bar qui aura été pour moi un véritable Chemin de Damas. Je connais la patience et la miséricorde de Dieu, autant que je sais ce que c’est que se perdre jusqu’à aller disputer leur nourriture aux porcs.

Ne vous inquiétez pas si vous avez fait des bêtises, si vous avez commis des actes que votre conscience réprouve, si vous vous êtes perdus : je suis, comme Paul, tombé sans doute plus bas que vous et Dieu, pourtant, dans le caniveau où j’avais sombré, est venu me chercher et m’a relevé.

Le Fils prodigue est pour moi une des plus belles parabole ; l’archétype de toutes les conversions. C’est d’abord l’arrogance d’un fils – et tout le monde comprend que le père, ici, c’est Dieu – l’arrogance d’un fils qui assume son père déjà mort et revendique son autonomie : « Père donne-moi ma part d’héritage » … qu’il s’en va aussi tôt dilapider en débauches. C’est l’histoire d’un fils qui finalement dispute leur nourriture aux porcs – dans l’Orient ancien, un animal répugnant. C’est l’histoire d’un fils qui se comporte comme un porc et qui décide, au fond du désespoir, de revenir vers son père, se souvenant de son amour. « Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. » Comme Moïse, il aura suffit au fils prodigue de faire mémoire de l’amour du Père pour susciter sa miséricorde.

Pour Dieu c’est alors la fête. La parabole nous montre autant la conversion du fils que la joie exubérante – presque caricaturale – du père qui le voit revenir de loin. Il court se jeter à son cou et le couvre de baisers. Il dit : « Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller, mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds, allez chercher le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons, car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé. ». Cette joie exubérante on la trouve en creux, dans l’Évangile d’aujourd’hui, dans l’inquiétude du Christ qui court à la recherche de la brebis perdue.

Cette joie exubérante de Dieu que reflète ici l’inquiétude du Christ, c’est bien sûr celle qu’il éprouve chaque fois que nous revenons à lui, à chacune de nos conversions – dans le sacrement de la réconciliation lorsque nous avons un poids sur la conscience, dans l’eucharistie ou lorsque nous revenons à la prière.

Ne vous inquiétez pas si vous avez de grands péchés, je vous assure que les miens, comme ceux de saint Paul, ont sans doute été bien plus grands. Inquiétez-vous plutôt du Christ qui nous cherche dès que nous nous égarons et de la joie de Dieu qui nous voir revenir à lui. Il n’y a que cela qui compte.

Souvenez-vous qu’à chaque fois que, dans la prière ou dans les sacrements, comme le fils prodigue, nous revenons à Dieu, il court vers nous pour nous couvrir de baisers.

« Il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit que pour nonante-neuf justes qui persévèrent » [Lc 15 , 7].

Fr. Laurent Mathelot, dominicain

Source: RÉSURGENCES, le 6 septembre 2022

11.09.2022 – HOMÉLIE DU 24ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – LUC 15,1-32

HOMÉLIE

Par Jean Compazieu


Textes bibliques : Lire

Dans la Bible et dans la liturgie, nous trouvons des formules qui sont répétées trois fois : le Kyrie, le Sanctus, l’Agnus. Pierre qui avait renié Jésus doit s’y prendre à trois fois pour accueillir son pardon. Et aujourd’hui, nous avons trois paraboles de la miséricorde qui sont intimement liées. Ces répétitions veulent donc souligner l’importance du message. Ces trois paraboles nous disent la joie et la conversion : “ce qui était perdu est retrouvé”.

Jésus se trouve se trouve devant des gens qui viennent à lui pour l’écouter. D’autres ne sont là que pour récriminer : “Tu te rends compte, il va chez des gens de mauvaise vie ! Pourquoi s’intéresser à eux ? Ils ne valent pas la peine qu’on aille s’occuper d’eux… Ils sont irrémédiablement perdus…” Alors Jésus élève la voix pour qu’on l’entende bien. Et il se met à leur parler en paraboles.

Un homme avait cent brebis. Un soir, il s’aperçoit qu’il lui en manque une, celle qui est un peu folle et qui n’en faisait qu’à sa tête. Il laisse là le troupeau et part à sa recherche. Il finit par la trouver prise dans les épines. Rentré fou de joie à la bergerie, il invite ses amis pour faire la fête car la brebis perdue est retrouvée. Une femme perd une pièce d’argent, sans doute une des rares qu’elle possédait. Elle part à sa recherche : quand elle l’a retrouvée, elle invite ses amies pour faire la fête car la pièce est retrouvée.

Le plus jeune des fils demande sa part d’héritage et quitte la famille. Il se perd, il s’égare, il jouit des plaisirs faciles de la vie. Mais un jour, il a tout perdu ; il décide alors de revenir vers son père. Et le père invite ses amis à faire la fête car l’enfant perdu est retrouvé.

“Cet homme fait bon accueil aux pécheurs”. Jésus regarde un à un ceux qui récriminent contre lui. Il voudrait leur faire comprendre que le Père est semblable à ce berger. Son bonheur c’est d’avoir retrouvé sa brebis, c’est un fils qui se convertit, un fils qui revient vers son Père. Tout cela est pour lui un trésor inestimable ; chaque enfant de Dieu est unique. Chacun a autant d’importance que tous les autres. Les pécheurs qui reviennent vers lui sont le trésor de Dieu, sa préférence, même ceux qui ont commis le pire. Ceux qui se croient justes ne le comprennent pas. Il est difficile pour eux d’accepter que ceux qui ont péché puissent se retrouver avec eux enfin réunis.

Tout cela n’est autre qu’une question de pardon Nous pensons tous à ceux qui se sont fourvoyés dans des idéologies qui les ont poussés vers la violence. Il faut savoir que certains ont reconnu leurs égarements et se sont convertis à Jésus Christ. Rien n’est impossible pour Dieu. La miséricorde c’est cette faculté d’accueillir la demande de pardon de l’autre et de pardonner.

La première lecture nous révèle à sa manière la miséricorde de Dieu, plus grande que les infidélités de son peuple. Dieu demeure toujours fidèle à ses promesses. Toute la Bible nous met en face des infidélités de son peuple mais surtout du pardon et de la miséricorde de Dieu. C’est cela l’histoire de l’alliance entre Dieu est son peuple : un partenariat pour œuvrer ensemble à une cause commune.

Mais il nous faut aller plus loin : si Dieu offre son pardon, il offre aussi sa confiance. Saint Paul en est un bel exemple : lui qui était un grand pécheur a été pardonné ; et surtout, il a été chargé de mission ; il a reçu un ministère ; il est devenu un grand témoin de la foi. Cela, nous le voyons aussi dans notre monde d’aujourd’hui : des gens qui persécutaient les chrétiens se convertissent et se mettent à témoigner de leur rencontre avec Jésus Christ. Ce qui est impossible aux yeux des hommes est toujours possible pour Dieu.

Dieu ne veut qu’aucun ne se perde. S’il a envoyé son Fils, c’est pour aller à la rencontre des hommes. Il est venu chercher et sauver ceux qui étaient perdus. Sa miséricorde est bien plus grande que tous les péchés de ce monde. Dieu veut croire à la capacité de chacun de se convertir. Il n’enferme personne dans son passé. Il nous prend par la main pour nous sortir des chemins de perdition et nous conduire vers la vraie vie.

Ces trois paraboles nous disent l’amour démesuré de Dieu. Il est comme ce berger qui abandonne son troupeau pour aller à la recherche de la brebis folle. Il est comme ce père qui a les bras grands ouverts pour accueillir son fils perdu. Chaque retrouvaille est source d’une grande joie. Nous devons nous réjouir de ce visage de miséricorde de Dieu, de sa patience, de son immense bonté toujours à la recherche de ce qui est perdu.

Comme le frère aîné de la parabole, certains se révoltent de ce qu’ils considèrent comme une injustice. Mais Dieu dira : “Toi mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi”. En ce jour, nous faisons nôtre les paroles de ce chant : “Dieu nous accueille en sa maison, Dieu nous invite à son festin, jour d’allégresse et jour de joie, Alléluia”

Abbé Jean Compazieu

Source: DIMANCHEPROCHAIN. ORG, le 4 septembre 2022