11.02.2024 – HOMÉLIE DU 6ÈME DIMANCHE ORDINAIRE – MARC 1,40-45

Journée mondiale des malades

Je crois qu’il y a une manière de vieillir heureux, qui parvient, au-delà de tous les aléas de la vie, à trouver encore la joie d’aimer. Je crois que, malgré le corps qui se délite, les maladies et les maux qui prennent de l’importance, malgré les possibilités qui se réduisent parfois drastiquement et même quand vient le sentiment d’approcher de la fin, il reste de la place pour l’espérance et la joie parce que, jusqu’au bout, nous gardons intacte notre capacité d’aimer.

Je crois qu’il reste dans la souffrance, au fond de la maladie ou de la dépendance, toujours la possibilité d’aimer de tout son cœur ; qu’il y a moyen que la douleur ne prenne pas toute la place, à force d’amour : l’amour pour l’époux ou l’épouse d’une vie, l’amour pour ses parents, pour ses enfants, l’amour pour Dieu. Il y a, même au fond d’un lit d’hôpital, invalide ou en grande fragilité, la possibilité intacte d’éprouver toujours de l’amour et donc, quelque part encore, la joie d’aimer.

Je me souviens d’une religieuse franciscaine, plus que centenaire. Elle vivait dans une maison de repos à Embourg. Elle avait le cœur tellement fragile, qu’il était interdit de frapper à sa porte avant d’entrer. On entrait à pas feutrés, attendant silencieusement qu’elle vous remarque. Je garde comme un trésor ce qu’elle m’a dit dans la pénombre de sa chambre : « Je suis prête, je n’ai pas peur. Au contraire, je suis pleine de joie. Je vais rejoindre l’Amour que toute ma vie j’ai espéré. ». Et elle s’est éteinte en paix quelques jours plus tard.

Je me souviens aussi de Véronique, au pèlerinage du Rosaire à Lourdes. Elle n’avait plus aucune force musculaire ; elle ne pouvait plus parler, ni manger, ni boire. Je l’accompagnais à la messe pour veiller sur elle, lui passer de temps en temps un linge humide sur le visage et prier ensemble, essentiellement en se tenant la main, et en se regardant profondément dans les yeux. C’est tout ce qu’il nous restait pour communiquer et, tous les deux nous avons pleuré. De tristesse, sans doute, mais le regard plein de joie. Je n’ai jamais entendu le son de sa voix, mais j’ai la certitude d’avoir été regardé du plus bel amour et d’en avoir eu le cœur bouleversé.

On comprend souvent négativement la notion de sacrifice – l’idée d’offrir à Dieu ses souffrances, par exemple – comme s’il s’agissait du désir pervers de souffrir pour expier ou pire d’aimer la douleur en soi, au fond comme un suicide sur l’autel de Dieu. C’est un peu vite oublier que le Christ en agonie a supplié : « Éloigne de moi cette coupe » (Lc 22, 42).

Mais, il y a une vision positive du sacrifice, non pas comme amour de la souffrance mais au contraire comme sacrifice de la souffrance pour se donner encore à l’amour, un amour qui précisément transcende la douleur, qui va au-delà ; un sacrifice qui trouve la force de détourner ses pensées de la souffrance, pour les maintenir dans l’amour.

En effet, ça demande une certaine force spirituelle. Qui parvient, pétri de douleur, à malgré tout centrer son cœur sur l’amour ? à penser à ceux qu’il aime plus fort qu’à son corps malade ? à rendre encore grâces à Dieu alors qu’il se sent dépérir ?

Les visiteurs qui les accompagnent vous rapporteront, comme je viens de le faire, quantité de témoignages de cette force qui émane de personnes malades, de la puissance d’amour qu’elles transmettent, parfois dans la plus grande fragilité. Beaucoup de visiteurs de malades vous diront qu’ils ont, dans bien des cas, infiniment plus reçu qu’ils ont donné. C’est de cette force dont je parle.

Aujourd’hui, alors que nous commémorons la Journée mondiale des malades, je voudrais simplement remercier toutes celles et ceux qui, dans la maladie, restent des petites lumières brillantes d’amour : les époux qui jusqu’à la fin s’embrassent, les vieilles mamans fatiguées qui ont encore des gestes tendres et le cœur brûlant, les vieux papys qui partagent leur tendresse par des regards affectueux, toutes celles et ceux qui, malades, restent épris d’amour.

Peut-être ne mesurez-vous pas à quel point votre affection, votre tendresse, vos paroles, vos regards pour vos proches sont précieux ? Ce sont pourtant des jalons d’éternité. Parce qu’ils portent en eux, avec force, l’espérance que, jusqu’au bout et malgré tout, l’amour se maintient toujours.

Fr. Laurent Mathelot OP

Source : RÉSURGENCE.BE, le 7 février 2024

11.02.2024 – HOMÉLIE DU 6ÈME DIMANCHE ORDINAIRE – MARC 1,40-45

Dimanche de la Santé

Pistes pour l’homélie de l’Abbé Jean Compazieu


Textes bibliques : Lire


En ce dimanche de la santé, la 1ère lecture et l’Évangile nous parlent de ces gens qui sont atteints par la lèpre. Cette maladie contagieuse était considérée comme la conséquence du péché. C’était une raison de plus pour s’en éloigner. Pour éviter toute contamination, les lépreux devaient être tenus à l’écart. Ils vivaient entre eux dans la souffrance de l’exclusion, sans domicile et sans revenu.

En lisant ces textes bibliques, nous pensons à toutes les personnes malades et handicapées qui vivent en marge de la société et qui souffrent de la solitude. Mais ce dimanche de la santé est aussi destiné à rendre visible l’ensemble des soignants, les chercheurs, les aidants, les visiteurs des malades, les aumôneries et toutes les associations qui prennent en charge les personnes malades, âgées ou handicapées.

Ce service auprès des plus fragiles n’est pas que l’affaire de quelques uns. Il nous concerne tous. Et pour remplir cette mission c’est vers le Christ que nous nous tournons. L’Évangile de ce jour nous montre qu’il se préoccupait de tous les exclus. C’était même sa priorité. Avec lui, le mal n’a pas le dernier mot. Il ne craint pas de braver les interdits en touchant le lépreux. Cette liberté qu’il prend trouve sa source dans son amour pour Dieu et pour le prochain. C’est un amour sans frontière qui ne craint pas de bousculer les règlements. C’est ainsi qu’un jour, il guérit un infirme le jour du Sabbat. Il explique à tous que le Sabbat est fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat. C’est dans le même esprit que saint Augustin donne ce conseil : “Aime et fais ce que tu veux.” La liberté est servante de l’amour. C’est l’amour qui la rend authentique et vraie.

Quand l’amour n’est entravé par rien ni personne, c’est lui qui devient contagieux. Et c’est ce qui arrive. Non seulement Jésus n’est pas contaminé par la lèpre mais c’est lui qui contamine le lépreux. L’humanité de Jésus est porteuse de vie divine. Elle est instrument du salut. Sa sainteté agit dans toute la race humaine. En touchant le lépreux, il met sa chair saine en contact avec la chair pourrie de l’excommunié.

Du coup, c’est cette humanité qui est contaminée par la vie, la santé et la sainteté de Dieu. La contagion est inversée. Elle a joué dans le sens contraire. C’est la santé qui met en péril la maladie, la vie qui contamine la mort. L’amour l’emporte sur la haine. C’est de cette bonne nouvelle que nous avons à témoigner en allant vers les plus fragiles. Comme ce lépreux, tous peuvent s’approcher de Jésus et le supplier : “Seigneur, prends pitié !” Et il sera toujours là pour nous dire : “Je le veux, sois purifié.”

L’homme a donc été purifié. Sa lèpre a disparu. Il ne sera plus un exclu. Son être profond est réorienté et réhabilité. Il ne lui reste plus qu’à rencontrer le prêtre pour être réintégré dans sa communauté. Le grand message de cet Évangile c’est un appel à nous laisser toucher par cet amour infini du Christ. Devant lui, nous nous reconnaissons défigurés par le péché. Mais il ne se lasse jamais de nous accueillir et de nous pardonner. Son amour pour nous dépasse infiniment tout ce que nous pouvons imaginer.

En lisant cet Évangile, nous comprenons que Jésus a pris la place du lépreux. Il prend notre place mais pas notre lèpre. Au jour de sa Passion, il prendra la place de Barabbas. Désormais c’est lui qui se trouve dans l’univers des lépreux, dans les lieux déserts. Un jour, il sera rejeté de tous ; on le conduira hors de la ville et on le fera mourir sur une croix. Mais son amour est bien plus fort que la mort et le péché. C’est cette victoire que nous célébrons le jour de Pâques.

L’Évangile de ce dimanche nous apprend à nous tourner vers le Seigneur et à nous laisser toucher par son amour infini. Et il nous envoie vers les autres en nous recommandant de nous aimer les uns les autres « comme il nous a aimés » (autant qu’il nous a aimés). C’est à notre amour des plus fragiles que nous serons reconnus comme ses disciples

Saint Paul a passé une partie de sa vie à persécuter les chrétiens. Mais il s’est laissé toucher par lui sur le chemin de Damas. Il s’est efforcé de l’imiter. Avec lui, la bonne nouvelle a été annoncée à tous ceux qui étaient loin de Dieu. Les païens sont introduits dans la communauté au même titre que les autres. Comme Paul et bien d’autres après lui, nous avons à réorienter notre vie vers le Christ. Le Carême qui s’annonce pour mercredi prochain nous donnera l’occasion de nous mettre en chemin et de tomber à genoux. Nous ferons nôtre cette prière : “Si tu le veux, tu peux me purifier”. Oui, que toute notre vie soit imprégnée de ton amour afin que nous puissions le communiquer à tous, en particulier aux plus fragiles. Amen

Abbé Jean Compazieu

Source : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 4 février 2024