09.02.2025 – HOMÉLIE DU 5ÈME DIMANCHE ORDINAIRE – LUC 5,1-11

Les eaux profondes

Homélie par le Fr. Laurent Mathelot

Évangile selon saint Luc 5, 1-11

Comme toute lecture biblique, l’Évangile de ce dimanche permet plusieurs niveaux de lecture. Je vais en présenter sommairement cinq. Puis nous en ferons une synthèse pour aujourd’hui.

Premièrement, la lecture littérale : il y a effectivement eu pour Simon-Pierre, une pèche miraculeuse sur les indications de Jésus après une nuit harassante à ne rien prendre, qui nous indique qu’embarquer le Christ dans nos entreprises est toujours source de prospérité. C’est une lecture simple, assez triviale, qui n’est pourtant pas dépourvue de sens.

Une autre lecture, sans doute plus proche de l’intention de l’Évangéliste, est celle qui comprend que ce miracle est une prophétie à propos de l’Église, symbolisée ici par la présence de Pierre, Jacques et Jean. L’Église a à s’avancer au large, c’est là qu’elle sera abondamment « pêcheuse d’hommes ». On voit ici se déployer l’intention universaliste de la mission chrétienne, dès le début de l’Évangile de Luc. Et on peut établir un parallélisme direct avec les incessants encouragements du pape à « aller vers les périphéries » de l’Église.

Troisième lecture possible : celle qui met en lumière la transition entre l’ancienne et la nouvelle alliance. Le peuple hébreux a, jusqu’alors, « peiné toute la nuit sans rien prendre » mais l’arrivée du Christ change radicalement les choses : « sur ta parole, je vais jeter les filets. » C’est la confiance en la parole du Christ qui renouvelle l’alliance de Dieu avec les hommes.

Toujours présente, et toujours à faire, la lecture spirituelle du texte. Le Christ nous invite à aller en eaux profondes, à nous avancer spirituellement là où nous pensons perdre pied, à aborder courageusement les tumultes de notre âme, à affronter la peur que nous avons de nos propres insécurités voire de nos ténèbres. La pêche sera alors miraculeuse et les profits spirituels abondants.

Enfin, on peut s’attacher à ce qu’éprouve personnellement Pierre, lorsqu’il perçoit l’inouï de la grâce de Dieu : « à cette vue, Simon-Pierre tomba aux genoux de Jésus, en disant : ‘Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur.’ » qui traduit le sentiment que l’on éprouve de ne pas mériter les grâces que Dieu nous donne. Il ne s’agit pas tant de s’abaisser devant Dieu – nous sommes tous pécheurs – que de reconnaître que l’abondance de son amour nous dépasse radicalement.

C’est un dimanche pour savourer la grâce abondante de Dieu, à travers l’histoire de son peuple, à travers la mission de l’Église, à travers les pêches miraculeuses de notre vie, à chaque fois que nous embarquons le Christ avec nous pour aimer le monde.

C’est un dimanche pour méditer la joie des interventions divines dans notre histoire, ce sentiment d’abondance et d’amour inouï de Dieu à notre égard, que j’espère nous avons tous eu l’occasion de vivre – qui en rencontrant l’amour, qui en donnant la vie, qui en renouvelant la sienne. Parce que c’est cette joie, ce sentiment d’abondance de la grâce de Dieu que pourtant nous ne méritons pas, qui nous pousse à laisser tout le reste pour suivre le Christ.

Les eaux profondes – aller vers l’inconnu, sonder les remous de notre âme – peuvent nous faire peur et il peut être tentant de vouloir rester au bord de la foi, de vivre d’une foi timide, peu profonde, qui n’oserait pas lâcher prise. Je pense important de lutter contre le confort spirituel, contre la religion chrétienne perçue comme un cocon, finalement contre la tiédeur de l’âme.

L’amour de Dieu doit bien sûr nous rassurer : il est pour nous un rempart puissant contre les troubles de l’existence, contre le sentiment de sombrer qui peut parfois nous gagner. Mais, précisément, parce que cet amour est au-delà de tout ce que nous pouvons imaginer, bien au-delà de notre propre mérite, il doit non seulement nous rassurer mais nous pousser à l’audace des eaux profondes. On retrouve ici l’exhortation de s. Jean-Paul II à l’inauguration de son pontificat : « N’ayez pas peur ! »

L’amour qu’a Dieu pour nous est surabondant comme la pêche miraculeuse, tellement surabondant qu’il devrait apaiser toutes nos craintes. Méditons sur nos audaces affectives, toutes ces fois où nous avons généreusement donné notre cœur – à l’audace que nous avons eue de nous marier, par exemple, l’audace de faire des enfants ou de donner notre vie à Dieu, à tous ces paris sur la vie que nous avons faits et à la surabondance des grâces que nous avons alors reçues en retour. Et à la suite de Marie, mesurons à quel point l’audace de la foi est toujours comblée de grâces.

Aujourd’hui les temps sont fort troublés, l’instabilité politique est très inquiétante, et la situation psychologique des peuples l’est autant. Partout la violence, le replis sur soi voire le rejet de qui nous inquiète vont croissant. C’est précisément le temps de l’audace spirituelle, le temps de ceux qui n’auront pas peur d’aller en eaux troubles et profondes. Aujourd’hui vient le temps de nous redire, et d’aller redire au monde : « N’ayez pas peur ! » de déborder d’amour, c’est notre seule planche de salut.

N’ayez pas peur des temps qui aujourd’hui se troublent. N’ayez pas peur des tensions qui désormais partout s’élèvent. N’ayez pas peur de l’avenir. Au contraire, laissons nous guider par l’Esprit de Dieu vers l’audace des eaux profondes. Et gardons confiance que, de cette audace spirituelle à affronter les défis actuels, surgira la surabondance miraculeuse que l’Évangile nous promet.

« N’ayez pas peur ! » « Avancez au large, et jetez vos filets.»

Fr. Laurent Mathelot

Source : RÉSURGENCE.BE, le 5 février 2025

09.02.2025 – HOMÉLIE DU 5ÈME DIMANCHE ORDINAIRE – LUC 5,1-11

Textes bibliques : Lire

Pistes pour l’homélie par l’Abbé Jean Compazieu


Les textes bibliques de ce dimanche nous montrent un Dieu qui appelle tous les hommes pour être ses messagers ; il s’est adressé à Isaïe qui n’avait que 20 ans ; et il lui pose cette question : « qui enverrai-je ? Qui sera notre messager ? » Et Isaïe a répondu : « Me voici, envoie-moi ! » C’est ainsi qu’Isaïe est devenu prophète du Seigneur auprès de son peuple.

« Qui enverrai-je ? » C’est aussi cette question qui a interpellé les acteurs de la Pastorale de la santé. Chacun à sa manière s’efforce de vivre au quotidien la Parole du Christ : « j’étais malade et vous m’avez visité… » Cette journée nous donne l’occasion de mettre à l’honneur toutes les personnes qui sont au contact des personnes malades, à domicile, dans les hôpitaux, les maisons de retraite, au Service Évangélique des malades…

Ce service auprès des plus fragiles n’est pas que l’affaire de quelques-uns. Il nous concerne tous. Nous sommes tous appelés et envoyés. Dans la seconde lecture, nous avons le témoignage de Paul. Ce qui a fait de lui un apôtre du Christ ce n’est pas d’abord ses qualités d’orateur ni ses voyages missionnaires, ni son souci des pauvres et des opprimés. Le vrai point de départ a été sa rencontre avec le Christ ressuscité sur le chemin de Damas. Il l’a vu vivant au milieu des siens. Le Christ l’a appelé à le suivre ; lui-même nous dit : “c’est par la grâce de Dieu je suis ce que je suis”. Nous aussi, nous sommes le fruit de cette grâce aussi bien par nos qualités humaines que par la foi que nous avons reçue. Le Christ est toujours avec nous ; comme Paul et bien d’autres nous avons la responsabilité de transmettre ce que nous avons reçu.

L’Évangile nous parle de l’appel des premiers disciples. Pressé par la foule, Jésus a besoin d’être aidé. C’est important car il faut que le filet de la Parole atteigne tous les hommes. Cette aide, il va la demander aux pêcheurs qui ont mis leurs barques à sa disposition. Il va d’abord les inviter à avancer au large et de jeter leurs filets pour prendre du poisson.

Simon qui avait peiné toute la nuit sans rien prendre répond à l’invitation du Maître : “Sur ta parole, je vais jeter les filets.” Simon joue gros sur la Parole de Jésus. Il joue son avenir mais il ne le sait pas encore. Un seul geste exécuté à la demande du Seigneur et le résultat est inespéré. Il doit même demander à ses compagnons de l’autre barque de venir l’aider sinon cette pêche extraordinaire aurait été perdue.

Aujourd’hui comme autrefois, le Christ nous invite à avancer au large. En ce jour, il nous envoie spécialement vers les plus fragiles. Le regard de la foi nous apprend à le reconnaître quand nous sommes réunis en son nom. Il est également présent au cœur de ce monde à travers les chrétiens qui s’engagent pour répondre à son appel : des catéchistes, des animateurs accompagnent les enfants et les jeunes. Des équipes s’organisent pour visiter des personnes malades. D’autres accompagnent les familles en deuil. A travers tous ces gestes de solidarité et bien d’autres, c’est le Seigneur ressuscité qui se manifeste à nous. Il compte sur nous pour que, à notre tour, nous devenions des apôtres.

A la suite de Pierre et des apôtres, nous sommes tous appelés et envoyés pour être des pêcheurs d’hommes. Comprenons bien : cette pêche n’a rien à voir avec une capture. C’est d’un sauvetage qu’il s’agit. Nous sommes un peu comme ceux qui se jettent à l’eau pour ramener celui ou celle qui risquait de se noyer. A travers nous, c’est le Seigneur qui agit car il veut que tous les hommes soient sauvés.

Mais nous ne devons jamais oublier que sans Jésus, ces filets resteront vides. Si nous abandonnons la prière et les sacrements, nos efforts resteront vains. On va peiner des jours et des jours pour rien. Le Christ nous invite à nous raccrocher à lui et à accueillir la nourriture qu’il nous propose pour nourrir notre foi, notre espérance et notre amour. Il nous assure de sa présence tous les jours et jusqu’à la fin de notre vie.

Nous t’en prions, Dieu notre Père, répands sur nous ton Esprit ; qu’il nous oriente sans cesse vers la Lumière. Qu’il nous donne la force de conformer notre vie à la Parole de ton Fils Jésus Christ, lui qui a été envoyé pour les pécheurs comme pour les justes. Amen

Abbé Jean Compazieu

Source : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 1er février 2025