08.10.2023 – HOMÉLIE DU 27ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – MATTHIEU 21,33-43

Retrouver la proximité de Dieu

Vous l’avez compris, le propriétaire du domaine, c’est Dieu. Le domaine c’est son Royaume, les ouvriers de sa vigne sont ceux qui se sont engagés à faire sa volonté.

Jésus s’adresse ici aux grands prêtres et aux anciens. Ce sont eux les vignerons de la parabole. Dieu a confié sa vigne aux dirigeants d’Israël. Ensuite, il leur a envoyé des prophètes que Jésus présente ici comme des serviteurs venus recueillir les fruits de la vigne de Dieu. L’évangéliste Matthieu l’explique un peu plus loin, dans un verset très poétique : « Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants comme la poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous n’avez pas voulu ! » (Mt 23, 37).

On comprend enfin que le fils du propriétaire c’est le Christ lui-même, que ceux-là mêmes auxquels il s’adresse finiront par vouloir tuer. Dès lors Jésus les prévient : « Le royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à une nation qui lui fera produire ses fruits. » Et on comprend qu’il évoque ici un transfert de la présence réelle de Dieu, du Peuple d’Israël à l’Église.

Clairement, Jésus évoque ici la destruction du Temple de Jérusalem, qui était considéré par tout le peuple hébreu comme le lieu de la présence réelle de Dieu sur Terre – la Shekhinah – qui demeurait dans le Saint des Saints, la partie la plus sacrée du Temple, dans laquelle le grand-prêtre n’entrait, avec force précautions, qu’une fois par an, à l’occasion de la célébration du Grand Pardon – le Yom Kippour. Le Temple sera en effet détruit par les armées romaines de Titus en 70. Il n’en reste aujourd’hui, comme vestige, que les murs de soutènement de l’esplanade construite par Hérode – le mur occidental dit « des lamentations ».

On peut faire deux lectures de cet Évangile.

La première, littérale, est de considérer qu’avec cette parabole, Jésus prononce ici une prophétie, qu’il annonce la destruction à venir du Temple et la disparition de la présence réelle de Dieu du Saint des saints. C’était en effet alors une grande crainte que Dieu déserte son temple à force de dégoût du péché du peuple. D’où l’importance des rites des purification, à mesure que l’on s’approche du sacré. C’est une lecture que vous pouvez parfaitement faire : Jésus apparaît alors comme un prophète qui annonce le transfert de la présence réelle de Dieu à l’Église. Et il est certain que le Christ est prophète.

Mais une autre lecture est tout à fait possible : celle qui reconnaît derrière cet Évangile l’intention de son auteur. L’auteur de l’Évangile selon Matthieu produirait ici une actualisation, pour son époque, du message de Jésus. Il ne parlerait pas tant de faits passés – Jésus qui aurait prophétisé la destruction du Temple – que de son interprétation personnelle de cette destruction, mise rétrospectivement sur les lèvres de Jésus. On sait en effet qu’au moment où l’Évangile de Matthieu est écrit, dans les années 80, le Temple d’Israël est détruit et que son auteur s’adresse à un auditoire judéo-chrétien très sensible sur cette question. On sait en outre que c’est un procédé littéraire classique à l’époque, que d’attribuer ses propres réflexions à un personnage illustre pour leur donner du poids. C’est ainsi qu’on trouve dans les premiers temps de l’Église de nombreuses lettres faussement attribuées à Paul, dont on ignore tout des véritables auteurs sinon qu’ils sont de ses disciples (Épîtres aux Éphésiens, aux Colossiens, deuxième épître aux Thessaloniciens, première et deuxième épîtres à Timothée, épître à Tite).

Quelque soit la lecture que l’on fasse de ce passage de l’Évangile selon Matthieu, on peut en tirer le même enseignement, à savoir que ce qui fait fuir la présence divine, c’est notre volonté de souiller, de profaner, de tuer le divin.

L’Évangile poursuit (Mt 23, 38-39) : « Voici que votre temple vous est laissé : il est désert. En effet, je vous le déclare : vous ne me verrez plus désormais jusqu’à ce que vous disiez : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » Voilà la clé pour toucher désormais à la présence réelle de Dieu, bénir le Christ qui vient à nous sous deux espèces, l’Eucharistie et notre prochain.

Quelle que soit l’interprétation religieuse que l’on donne à la destruction du Temple de Jérusalem en 70, c’est un fait que le Judaïsme lui-même a dû alors se réinventer, cherchant plus intérieurement lui aussi, la présence de Dieu.

Le Christ est venu nous dire que cette présence réelle de Dieu s’est approchée tout près de nous ; que nos corps, nos esprits, nos âmes sont eux-mêmes des temples saints que Dieu veut habiter. Au fond, ce que proclame le Christ c’est l’extension du Saint des saints, le lieu le plus sacré de la Terre, à toute l’Humanité.

Si nous voulons faire de nos existences un paradis, un lieu divin, c’est possible. Le Christ est venu à notre rencontre, le Royaume de Dieu s’est effectivement approché tout près de nous puisqu’il nous a embrassés. Certes, le Temple de Jérusalem n’existe plus, mais Dieu, à l’image du Christ, peut encore régner dans nos cœurs.

A l’instar des Juifs qui craignaient que le péché fasse fuir Dieu de son temple, nous comprenons qu’il soit possible de souiller, de profaner un cœur au point de tuer en lui l’amour et ainsi le divin. C’est le même principe : le péché qui nous atteint finit par souiller notre capacité d’aimer, au point pour certains de se détourner de Dieu, ne croyant plus en l’idéal de l’amour.

La présence de Dieu dans le Saint des saint était une présence ténue, ineffable mais bien réelle, comme l’est en nous le sentiment d’amour divin, léger comme un souffle subtil que le moindre désamour risque d’étouffer.

Si ce n’est déjà fait, je vous souhaite de trouver à l’intérieur de vous-même ce souffle discret d’amour divin, léger comme la bise qui pourtant emporte tout. On le trouve en expulsant une à une toutes les contrariétés de son cœur. On a alors l’impression véritable de rayonner de l’intérieur. On sait alors que Dieu est là, en nous présent et qu’il procure la paix.

Fr. Laurent Mathelot OP

Source : RÉSURGENCES.BE, le 3 octobre 2023

08.10.2023 – HOMÉLIE DU 27ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – MATTHIEU 21,33-43

Dieu neutralise le mal et le retourne en bien

Pistes pour l’homélie par l’Abbé Jean Compazieu


Textes bibliques : Lire


Cette semaine encore, la liturgie nous parle de la vigne. La vigne ce n’est pas seulement une récolte comme les autres. C’est surtout une passion. Le plus grand bonheur d’un viticulteur c’est de nous faire visiter sa vigne et sa cave ; sa plus grande peine c’est de voir une vigne abandonnée, livrée aux ronces, aux épines et aux sangliers.

Cette déception est d’autant plus grande que cette culture demande beaucoup de travail. Il faut s’en occuper toute l’année. Puis c’est l’attente impatiente de la vendange ; on a toujours peur que la grêle ne vienne tout ravager en quelques minutes. Les vignerons de chez nous en parleraient mieux que moi.

Le prophète Isaïe part de cette relation du vigneron et de sa vigne pour nous parler de Dieu et de son peuple. Pour le prophète cette vigne c’est le peuple d’Israël. Dieu nous est présenté comme un maître qui a tout fait pour elle. Mais cet amour passionné de Dieu est déçu. Il attendait de son peuple le droit et la justice. Or voilà qu’il se trouve pourri par le mensonge, la violence et la trahison. Les menaces dont il parle ne cherchent qu’à éviter le châtiment. Cette conversion n’a pas eu lieu et les menaces se sont réalisées.

Ce texte biblique nous rejoint aujourd’hui. Tout au long de notre vie nous sommes invités à reconnaître la tendresse de Dieu à notre égard. Dieu nous aime tous d’un amour passionné. Mais notre réponse n’est pas toujours à la mesure de cet amour. La violence, le mensonge, la trahison sont bien là. Cette l’attitude est un affront à celui qui nous a aimés jusqu’à mourir sur une croix. Mais cet amour du seigneur est bien plus fort que tous nos péchés. Il ne cesse de nous appeler à revenir vers lui de tout notre cœur. C’est à cette condition que notre vie pourra produire du fruit de bons fruits.

Dans la seconde lecture, nous avons le témoignage de Paul. Nous le voyons souvent porter un regard sévère sur le comportement des païens. Mais il sait aussi reconnaître leurs qualités. Il y a chez eux, des gestes d’accueil, de partage et de solidarité. Le premier devoir d’un missionnaire c’est de reconnaître tout ce qu’il y a de beau et de grand chez les hommes à qui il annonce Jésus-Christ. Il découvrira alors avec émerveillement que l’Esprit Saint l’a précédé dans le cœur de ceux et celles qu’il a mis sur sa route. Ce changement de regard nous rendra plus humbles. Il nous aidera à porter les fruits que Dieu attend de nous.

L’Évangile nous parle aussi de la vigne. Mais il y a une différence. Le problème ne vient pas de la récolte mais des vignerons. Ils ont oublié qu’ils ne sont que de simples gérants. Or voilà qu’ils se comportent comme des propriétaires. Ils gardent pour eux toute la récolte du vignoble.

Cet Évangile est aussi pour chacun de nous. Le Seigneur nous a confié les biens du Royaume. Il nous a confié la bonne nouvelle du Royaume de Dieu. Nous sommes envoyés pour en être les messagers. Mais nous ne devons pas oublier que nous ne sommes pas à notre compte. La mission n’est pas d’abord notre affaire mais celle du Seigneur. Nous vivons dans un monde qui cherche à le mettre dehors. Mais son amour crucifié sera plus fort que tout. C’est avec lui que notre vie portera du fruit.

Pour répondre à cet appel, nous avons besoin de l’aide du Seigneur. Dans nos vies, il y a toujours le péché qui nous détourne de lui. Mais à partir d’un mal, Dieu peut toujours faire surgir un bien. Il a retourné le triple reniement de Pierre pour en faire l’occasion d’une triple déclaration d’amour. Et c’est ainsi qu’il a pu donner à Pierre une confiance encore plus grande. Le même Christ est capable de retourner les pires criminels pour en faire des saints. Il est également capable de faire de nous ses amis.

C’est ainsi que le Seigneur nous renouvelle sa confiance. Il nous appartient de nous en montrer digne. Depuis le concile Vatican II, les baptisés redécouvrent précisément cette dignité de membres du peuple de Dieu. Cela vaut la peine de lire les textes qui parlent du sacerdoce commun des baptisés. Il importe que chacun de nous se montre digne de la confiance que Jésus nous fait. C’est à nous qu’il confie la gérance de sa vigne. En ce jour, nous te prions, Seigneur : Donne-nous d’être de bons serviteurs de ton Royaume. Amen

Abbé Jean Compazieu

Source : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 1er octobre 2023