06.09.2026 – HOMÉLIE DU 23ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – Matthieu 18, 15-20

La correction fraternelle

Homélie du Fr. Laurent Mathelot

Évangile selon saint Matthieu 18, 15 – 20

Il est difficile d’apprendre à faire des reproches par amour, de dialoguer charitablement autours d’un conflit. Souvent nous préférons le silence, qui est le lit du ressentiment, ou pire, l’énervement et les cris. Il est difficile à la personne blessée de faire des reproches mesurés. Et il est sans doute difficile à quiconque d’entendre des reproches. L’art du dialogue dans le conflit est subtil et délicat, à mesure d’ailleurs que les blessures sont vives.

Selon la manière dont nous abordons un offenseur, nous affirmons la finalité de notre désir, qu’il s’agisse de notre volonté de vengeance, de faire souffrir en retour, qu’il s’agisse de crier notre douleur, qu’il s’agisse d’un silence méprisant ou consterné ou qu’il s’agisse de restaurer la confiance et l’amour. Sans doute sommes-nous tous passés par ces états d’esprits : vouloir blesser en retour, s’enfermer dans le silence et le mépris ou désirer rétablir la paix. Peut-être même, à l’occasion d’un conflit, sommes-nous passés successivement par tous ces états, qui souvent cohabitent en notre âme dans un virulent combat spirituel entre désir de vengeance, lassitude et volonté d’apaisement. « Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère. »

La difficulté d’initier un dialogue avec une personne qui nous a offensé réside aussi dans l’inconnue de sa réaction, pouvant aller de l’admission de culpabilité, passant par la minimisation, le déni, le surcroît d’offense, jusqu’aux menaces et violences pour faire taire. D’autres difficultés peuvent surgir : la relation d’autorité – il est difficile de faire des reproches à ses parents, ses enseignants, par exemple – ; la volonté de préserver la paix à tout prix, de ne pas envenimer le conflit voire l’incapacité personnelle d’y faire face ou, pire, le terrassement par la peur.

Le Christ nous invite à toujours préférer le dialogue personnel pour régler nos conflits. L’objectif d’une réconciliation est de regagner la fraternité. C’est d’abord et avant tout un problème entre deux. Dialoguer, c’est maintenir la primauté de l’humanité des parties en conflit. D’abord celle de la victime que l’offense avait déshumanisée et qui reprend ainsi la main. Mais aussi celle de l’offenseur qui se retrouve digne d’approche. Il s’agit ensuite de faire à deux le chemin allant de la reconnaissance du fait coupable à la restauration de l’amitié. On retrouve ici, en filigrane, les commandements d’aimer ses ennemis (Mt 5, 44) et de tendre l’autre joue (Mt 5, 39), à savoir, a minima, rendre de la considération à son agresseur, malgré l’agression. Jésus ne nous invite pas ici à nous soumettre à la violence – pour le dire franchement, à un masochisme religieux. Il nous invite, au contraire, à trouver la force d’offrir la possibilité d’un baiser de paix.

A cet égard, je voudrais faire un aparté sur les états de sidération, qui sont clairement une limite à la possibilité de dialogue, une incapacité intrinsèque à tendre l’autre joue. A mesure de la violence des offenses surgissent en effet consternation, peur et sidération, à savoir un enfermement de la victime dans le traumatisme. On pourrait penser que le Christ ne considère pas positivement cet état, qu’il s’agisse au contraire, dès l’offense, de trouver la volonté d’embrasser son ennemi. Ils sont d’ailleurs nombreux, les passages évangéliques affirmant que le Christ nous délivre de tout enfermement dans la peur jusqu’à nous permettre de marcher sur les eaux (Mt 14, 22-33). C’est sans doute un peu vite oublier que le Christ crucifié est d’abord passé par un sentiment d’abandon (Mt 27, 46) avant de ressusciter. La sidération fait partie de l’action traumatisante, elle est violence toujours en cours. Il s’agit d’abord, comme l’affirme notre credo, que le Christ descende délivrer la victime de son enfer. La force surnaturelle de pardonner les offenses vient de Dieu. C’est un processus dynamique, qui demande du temps. A cet égard, les offenses qui éloignent de Dieu, c’est à dire du sentiment personnel d’être fondamentalement aimé, d’avoir encore intrinsèquement de la valeur humaine, sont les plus sidérantes. La volonté de pardon, qui est déjà lumière de Dieu, ne peut surgir qu’à la sortie des enfers. Si nous parvenons à tendre l’autre joue, c’est que le Christ déjà nous a relevé.

Si cela ne suffit pas, si notre volonté christique de dialogue est à son tour méprisée, si notre joue tendue se trouve à nouveau frappée, alors le soutien communautaire devient indispensable, faisant appel à témoins, voire à l’Église s’il le faut. Ainsi, au-delà du temps nécessaire pour se relever, ce qu’on appelle « loi de la correction fraternelle » – d’abord entre deux, puis à quelques-uns, enfin devant tous – est avant tout une loi limitant la propagation du désamour, qui demande de trouver d’abord, en nous-même, la force de résoudre nos conflits. Il s’agit de trouver d’abord Dieu intérieurement avant de solliciter les autres.

Il faut cependant reconnaître que, bien souvent, nous agissons à l’inverse : nous commençons par nous plaindre à autrui des offenses qui nous sont faites, nous faisons tapage de nos blessures, cherchant à susciter la compassion des autres bien avant de rechercher celle de Dieu. Souvent, nous manquons de courage pour résoudre nos conflits d’abord dans notre cœur, avec Dieu, et ensuite en personne. Nous préférons, parfois largement, décauser nos offenseurs. Il est d’ailleurs consternant de constater que c’est un mode de fonctionnement habituel et trop souvent assumé de notre Église, où les médisances vont bon train. Le Christ demande tout l’inverse : que la volonté de réconciliation précède la volonté de dénonciation.

Frères et sœur, il est difficile de trouver, dans son cœur, la volonté personnelle de résoudre ses conflits avant de s’en plaindre alentour. C’est avant tout une mesure de notre proximité avec le Christ, qui peut tout apaiser en nous. Amen.

Fr. Laurent Mathelot

Source : RESURGENCE.BE, le 2 septembre 2026

06.09.2026 – HOMÉLIE DU 23ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – Matthieu 18, 15-20

La correction fraternelle

Homélie de l’Abbé Jean Compazieu

Textes bibliques : Lire


Les lectures bibliques de ce dimanche nous rejoignent en période de rentrée. Beaucoup d’activités communes, scolaires ou autres, reprennent leur cours. À cette occasion, il nous est utile de réfléchir à nos responsabilités. Qu’est-ce qui doit nous guider dans nos relations avec les autres ? Cette question se pose depuis toujours et elle occupe une place importante dans la liturgie de ce jour.

C’est ce qui se passe avec le prophète Ézéchiel au temps lointain de l’exil à Babylone. Nous le voyons se sentir responsable de sa communauté. Il s’entend appelé par le Seigneur et reçoit la mission de « guetteur » pour la maison d’Israël. Dieu ne lui demande pas de surveiller ses proches mais d’être un gardien qui veille sur eux ; il doit tout faire pour les empêcher de prendre le mauvais chemin. Le psaume qui suit nous montre la route à suivre : « Écoutez la voix du Seigneur ; ne fermez pas votre cœur.

Quelques siècles plus tard, saint Paul viendra apporter un éclairage nouveau. S’adressant aux chrétiens de Rome, il leur rappelle les éléments essentiels de la loi : pas d’adultère, pas de meurtre, pas de vol, pas de convoitise… Mais il invite à aller plus loin : » Ces commandements et tous les autres se résument dans cette parole : Tu aimeras ton prochain comme toi-même… Le plein accomplissement de la Loi, c’est l’amour. »

L’Évangile vient préciser un aspect important de cette loi de l’amour, notamment en ce qui concerne les relations dans la communauté des disciples. Pour comprendre ce message, nous devons nous rappeler que nous sommes tous membres de la famille de Dieu et qu’il ne veut pas qu’un seul se perde. Il veut ramener à lui tous ses enfants dispersés. Il nous invite à partager son souci en nous aidant mutuellement à vivre en enfants de Dieu. Notre mission n’est pas d’épier le péché de notre frère mais de lui montrer le chemin qui peut le sauver.

Nous ne devons jamais oublier que celui qui a péché est d’abord notre frère. Avant d’être un coupable, il est un frère qu’il faut aimer, un malade qu’il faut soigner et guérir. Il ne s’agit plus d’accuser ou de dénoncer mais d’avoir un regard fraternel qui accueille et redonne confiance. C’est cette attitude qu’a eu Jésus envers la Samaritaine. Il a eu une qualité d’écoute et un regard qui ont provoqué en elle ce retournement et cette conversion.

Si cette rencontre individuelle n’aboutit pas, Jésus nous invite à faire comme le médecin qui fait appel à un confrère : “Prends avec toi deux ou trois personnes…” A deux ou trois, on y voit plus clair. On arrivera à mieux le persuader. Puis en cas de refus, on va le dire à la communauté de l’Église. Elle va tout faire pour le porter dans sa prière et le ramener à Dieu.

“S’il n’écoute pas l’Église, considère-le comme un païen et un publicain.” Non, ce n’est pas la condamnation finale qui exclut le pécheur. C’est lui qui s’est mis en dehors. Tout doit être entrepris par l’ensemble de la communauté pour ramener celui ou celle qui s’est égaré en prenant une mauvaise orientation. Nous connaissons tous la parabole de la brebis perdue. Son maître fait tout pour la retrouver. On peut dire qu’actuellement, c’est tout le troupeau qui est perdu. Nous sommes tous concernés. Personne n’a le droit de dire que ce n’est pas son problème. Nous sommes tous responsables les uns des autres : un jour, Dieu nous posera la question : “qu’as-tu fait de ton frère ?”

Cet Évangile se termine par un appel à nous unir dans la prière. Quand nous sommes réunis en son nom, Jésus est là. Il est présent aujourd’hui dans l’Eucharistie qui nous rassemble. Il nous rejoint pour mettre son amour en nos cœurs. C’est avec lui que nous pourrons refaire la communion qui est cassée. Et surtout, n’oublions jamais que pour gagner tous ses frères, Jésus s’est donné jusqu’au bout, jusqu’à la mort sur une croix. Alors “aujourd’hui, ne fermons pas notre cœur mais écoutons la voix du Seigneur. Amen

Abbé Jean Compazieu

Source : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 29 août 2026