La nuit même où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. »Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. » (1 Corinthiens 11, 23-25)
Là, l’Écriture ne le dit pas, mais il n’y a pas à douter que la Mère de Dieu était présente. Sûrement elle est venue à Jérusalem comme toujours pour la fête de Pâques et a célébré le repas pascal avec tout le groupe qui suivait Jésus.
Elle qui gardait toutes les paroles de Jésus dans son cœur – combien elle aura dû accueillir en elle son discours d’adieu : « J’ai désiré ardemment célébrer ce repas pascal avec vous. » (Lc 22, 15)
Ne pensait-elle pas à ce moment-là aux noces de Cana (1) ? Maintenant, son heure était venue. Maintenant Il pouvait donner ce qu’alors Il ne pouvait suggérer qu’en symbole.
Le lavement des pieds : Il était parmi eux comme celui qui sert (Jn 13). Ainsi l’avait-elle vu durant toute sa vie. Ainsi avait-elle elle-même vécu et vivrait-elle encore. Elle comprenait le sens mystique du lavement des pieds (Cf. Jn 13, 2-11) : celui qui s’approche du saint repas doit être complètement pur. Mais seule Sa grâce peut donner cette pureté.
Ta communion, ma Mère ! N’était-elle pas comme un retour à cette unité insaisissable, lorsque tu Le nourrissais de ta chair et de ton sang ? Mais maintenant, c’est Lui qui te nourrit. Ne vois-tu pas en cette heure le corps mystique tout entier devant toi, celui qui doit croître par ce saint repas ?
Ne le reçois-tu pas déjà maintenant en tant que Mère, comme demain au pied de la Croix il te sera remis ? Ne vois-tu pas aussi toutes les offenses qui seront faites au Seigneur dans ces espèces, et n’offres-tu pas satisfaction pour cela ?
Ô Mère, apprends-nous à recevoir le Corps du Seigneur comme Tu l’as reçu.
Prions : Je vous salue, Marie pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. Amen.
Kateri Tekakwitha naît en 1656 d’une Algonquine et d’un chef Iroquois de la tribu de la Tortue, dans le village agnier d’Ossernenon, aujourd’hui Auriesville, dans l’État de New York. Sa mère avait vécu au poste français des Trois-Rivières et était chrétienne.
La fillette avait quatre ans quand une épidémie de vérole se déclare dans la bourgade, emporte ses parents et son jeune frère et la laisse les yeux malades et le visage grêlé. Elle est accueillie par un oncle et élevée par ses tantes. Comme elle ne peut pas supporter l’éclat de la lumière du jour, on la surnomme Tekakwitha : « celle qui avance en tâtonnant ».
En 1666, une expédition française contre les Agniers oblige sa tribu à se réfugier dans la forêt pour y passer l’hiver. Tekakwitha accompagne les siens sur la rive nord de la rivière Mohawk, à un endroit qu’ils nomment Kahnawaké. C’est là qu’elle rencontre pour la première fois des missionnaires jésuites. Elle est frappée de leurs manières affables et de leur piété. Elle s’occupe des travaux domestiques et est habile à manier l’aiguille pour décorer les mocassins et les chemises et confectionner des colliers. Elle participe aux travaux des champs, aux cueillettes de fruits et à la récolte de légumes.
Elle doit subir les heurts de sa famille lorsqu’elle refuse l’époux qu’on lui propose. Quand le jésuite Jacques de Lamberville lui rend visite à l’automne 1675, elle demande le baptême. Après un catéchuménat de six mois, elle est baptisée le jour de Pâques 1676, sous le nom de Kateri. Pendant plus d’un an, sa famille continue de la persécuter et la prive de nourriture parce qu’elle ne veut pas travailler le dimanche. On lui lance des pierres quand elle se rend à la chapelle pour prier et une de ses tantes l’accuse même d’avoir une liaison avec son oncle.
Le Père de Lamberville lui conseille alors d’aller vivre à la mission Saint-François-Xavier, sur la rive sud du Saint-Laurent, en face de Montréal.
Dans ce village, elle retrouve d’autres chrétiens et les Jésuites qu’elle avait rencontrés en 1666. Kateri fait sa première communion le jour de Noël 1677. Elle passe des heures en prière à la chapelle. Durant la chasse d’hiver, elle continue ses exercices de piété tout en se livrant aux travaux communs, et se fait un oratoire d’une croix taillée dans un arbre, près d’un ruisseau.
D’autres épreuves fondent sur elle quand elle est accusée d’avoir couché avec l’époux d’une Indienne et que ses parents veulent la forcer à se marier. Elle ne peut réaliser son désir de fonder une communauté de religieuses autochtones, mais elle fait vœu de chasteté le 25 mars 1679. Accablée de migraines, d’une fièvre lente et d’un grand mal d’estomac, elle meurt le 17 avril 1680, à l’âge de 24 ans.
Kateri Tekakwitha a été déclarée :
Vénérablele 3 janvier 1943 par le vénérable Pie XII (Eugenio Pacelli, 1939-1958);
Bienheureuse le 22 juin 1980 par saint Jean-Paul II (Karol Józef Wojtyła, 1978-2005) ;
Sainte le 21 octobre 2012 par le pape Benoît XVI (Joseph Ratzinger, 2005-2013).
Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 13,1-15.
Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout. Au cours du repas, alors que le diable a déjà mis dans le cœur de Judas, fils de Simon l’Iscariote, l’intention de le livrer, Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est sorti de Dieu et qu’il s’en va vers Dieu, se lève de table, dépose son vêtement, et prend un linge qu’il se noue à la ceinture ; puis il verse de l’eau dans un bassin. Alors il se mit à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture. Il arrive donc à Simon-Pierre, qui lui dit : « C’est toi, Seigneur, qui me laves les pieds ? » Jésus lui répondit : « Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ; plus tard tu comprendras. » Pierre lui dit : « Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! » Jésus lui répondit : « Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi. » Simon-Pierre lui dit : « Alors, Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ! » Jésus lui dit : « Quand on vient de prendre un bain, on n’a pas besoin de se laver, sinon les pieds : on est pur tout entier. Vous-mêmes, vous êtes purs, mais non pas tous. » Il savait bien qui allait le livrer ; et c’est pourquoi il disait : « Vous n’êtes pas tous purs. » Quand il leur eut lavé les pieds, il reprit son vêtement, se remit à table et leur dit : « Comprenez-vous ce que je viens de faire pour vous ?
Vous m’appelez “Maître” et “Seigneur”, et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. »
Acclamons et partageons la parole de Dieu !
COMMENTAIRE :
Saint Nersès Snorhali (1102-1173)
patriarche arménien
Deuxième partie, § 701-704 ; SC 203 (Jésus Fils Unique du Père, trad. I. Kéchichian, éd. du Cerf, 1973; p. 175-176)
Daigne me rendre participant à la Table et dirige-moi vers le Ciel !
Le mystère salvifique de la Croix, Tu l’as révélé et montré le soir ; Et ton corps, source de vie, Tu l’as distribué et donné comme la Coupe. Daigne avec la sainte Assemblée Me rendre moi aussi participant à la Table, À ton Pain de Vie dont je suis affamé, Et à ton Breuvage dont je suis altéré. Tu as lavé dans le bassin Avec tes mains pures leurs pieds, Et Tu as enseigné l’humilité D’abord en parole, à cette heure-là en acte. Lave aussi la fange de mes méchancetés Par les supplications de la sainte Compagnie Et dirige la marche de mes pieds Par la voie de l’humilité vers le Ciel.
LECTURES :
Livre de l’Exode 12,1-8.11-14.
En ces jours-là, dans le pays d’Égypte, le Seigneur dit à Moïse et à son frère Aaron : « Ce mois-ci sera pour vous le premier des mois, il marquera pour vous le commencement de l’année. Parlez ainsi à toute la communauté d’Israël : le dix de ce mois, que l’on prenne un agneau par famille, un agneau par maison. Si la maisonnée est trop peu nombreuse pour un agneau, elle le prendra avec son voisin le plus proche, selon le nombre des personnes. Vous choisirez l’agneau d’après ce que chacun peut manger. Ce sera une bête sans défaut, un mâle, de l’année. Vous prendrez un agneau ou un chevreau. Vous le garderez jusqu’au quatorzième jour du mois. Dans toute l’assemblée de la communauté d’Israël, on l’immolera au coucher du soleil. On prendra du sang, que l’on mettra sur les deux montants et sur le linteau des maisons où on le mangera. On mangera sa chair cette nuit-là, on la mangera rôtie au feu, avec des pains sans levain et des herbes amères. Vous mangerez ainsi : la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main. Vous mangerez en toute hâte : c’est la Pâque du Seigneur. Je traverserai le pays d’Égypte, cette nuit-là ; je frapperai tout premier-né au pays d’Égypte, depuis les hommes jusqu’au bétail. Contre tous les dieux de l’Égypte j’exercerai mes jugements : Je suis le Seigneur. Le sang sera pour vous un signe, sur les maisons où vous serez. Je verrai le sang, et je passerai : vous ne serez pas atteints par le fléau dont je frapperai le pays d’Égypte. Ce jour-là sera pour vous un mémorial. Vous en ferez pour le Seigneur une fête de pèlerinage. C’est un décret perpétuel : d’âge en âge vous la fêterez. »
Psaume 116(115),12-13.15-16ac.17-18.
R/ J’élèverai la coupe du salut, j’invoquerai le nom du Seigneur. (Ps 115, 13)
Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu’il m’a fait ? J’élèverai la coupe du salut, j’invoquerai le nom du Seigneur.
Il en coûte au Seigneur de voir mourir les siens ! Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur, moi, dont tu brisas les chaînes ?
Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce, j’invoquerai le nom du Seigneur. Je tiendrai mes promesses au Seigneur, oui, devant tout son peuple.
Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 11,23-26.
Frères, moi, Paul, j’ai moi-même reçu ce qui vient du Seigneur, et je vous l’ai transmis : la nuit où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. » Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne.
La messe chrismale est célébrée en la cathédrale Notre-Dame de Paris et présidée par Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Paris. Durant cette célébration, l’évêque bénit les huiles saintes et consacre le saint chrême utilisé pour les baptêmes de Pâques, puis tout au long de l’année pour les sacrements du baptême, de la confirmation et de l’ordre. Dans chaque diocèse, cette messe est aussi l’occasion pour tous les prêtres de renouveler leurs promesses sacerdotales.
L’Année Sainte inspire le thème du cierge Pascal du Sanctuaire de Fatima
Le bougie de Pâques qui sera allumé à la Veillée pascale a une croix d’ancrage comme élément central d’une composition qui plonge dans le symbolisme du mystère pascal.
La nouvelle bougie de Pâques, qui sera allumée lors de la célébration de la Veillée pascale, à 22h00, dans la basilique de la Sainte Trinité, a pour principale inspiration le Jubilé de 2025 et son thème : « Pèlerins de l’Espoir ».
L’image qui ressort dans la peinture de Sílvia Patrício est une croix d’ancre, qui « prend le centre de la composition et fait un point gravitationnel d’un banc composé de poissons de couleur blanche, faisant allusion à ceux qui, par le mystère pascal, avec le Christ renaissent des eaux du baptême ».
La feuille d’argent appliquée sur chacun des poissons fait allusion « à l’éclat que les « fils dans le Fils », dans l’expression des Pères de l’Église, transportent à partir de Pâques du Christ », peut-on lire dans la description iconographique de l’œuvre, qui présente d’autres éléments symboliques qui renvoient à l’image de l’Église du Christ, à savoir une croix, qui, dans un décor apothéotique, émerge des eaux.
La référence mariale est concrétisée par une étoile, « marque mariale qui fait allusion à la Mère du Ressuscité, l’étoile du matin ou l’étoile de mer qui, en tant que femme pascale, illumine, plus brillante que le Soleil, à chaque fois, la barque de l’Église vers l’espérance ».
Le programme iconographique du nouveau cierge Pascal est l’œuvre de Marco Daniel Duarte, directeur du Musée du Sanctuaire de Fatima. Dans la réalisation plastique, Sílvia Patrício a eu recours à une technique mixte sur la cire dans une pièce de 90 centimètres de haut et de 10 centimètres de diamètre.
La Veillée pascale, célébrée aux dernières heures du samedi 19 avril, est composée de cinq éléments : la Liturgie de la Lumière, qui marque le début de la célébration par la bénédiction du feu nouveau, encore en dehors de l’église, et se prolonge avec l’allumage du Cire Pascal, dans un moment qui représente le passage des ténèbres à la lumière ; la Liturgie de la Parole, qui évoque l’histoire du salut et culmine avec la proclamation de l’Évangile de la Résurrection ; la bénédiction de l’eau, qui sera utilisée pour le rite de renouvellement des promesses baptismaux, symbole de renouveau et d’engagement chrétien, et la Liturgie Eucharistique, qui célèbre la résurrection du Christ, en mémoire de son sacrifice pascal.
L’intention de prière du Pape François pour le mois d’avril, rendue publique mardi 1er, est consacrée aux nouvelles technologies: le Saint-Père demande de prier «pour que l’utilisation des nouvelles technologies ne remplace pas les relations humaines, mais respecte la dignité des personnes et aide à affronter les crises de notre temps».
Jean-Benoît Harel – Cité du Vatican
«Combien j’aimerais que nous regardions moins les écrans et que nous nous regardions davantage dans les yeux!» C’est avec ce souhait que le Pape invite l’Église universelle en ce premier jour du mois d’avril à prier pour une bonne utilisation des nouvelles technologies.
Un tiers de la population mondiale sans Internet
Le Saint-Père ne fustige pas la technologie en elle-même, au contraire pour lui, «la technologie est le fruit de l’intelligence que Dieu nous a donnée». «Mais elle doit être utilisée à bon escient», met-il en garde.
D’abord dans les relations entre les personnes, entre utilisateurs de la technologie. «Si nous passons plus de temps avec nos téléphones portables qu’avec les personnes, c’est que quelque chose ne va pas», assure François, qui demande de ne pas oublier que derrière les écrans, «il y a des personnes réelles qui respirent, rient et pleurent».
Ensuite, les nouvelles technologies ne doivent pas être source de discriminations, insiste le Pape, pointant ainsi l’inégalité d’accès au numérique dans le monde. Selon l’agence web Novius, il y aurait plus de smartphones actifs sur la Terre que d’êtres humains (8,2 milliards de personnes contre 8, 6 milliards de smartphones). Toutefois, encore un tiers de la population mondiale est privée d’Internet d’après les chiffres des Nations unies.
«Pour unir et non pour diviser».
Le Souverain pontife donne ensuite des pistes pour une utilisation de la technologie «à bon escient», «pour unir et non pour diviser». Par exemple, en améliorant la vie des personnes fragiles, des pauvres, des personnes en situations de handicap. Ou encore en inventant des solutions pour «prendre soin de la maison commune».
Toutes ces pistes reviennent à se «rencontrer en tant que frères et sœurs», résume François. «Parce que lorsque nous nous regardons dans les yeux, nous découvrons ce qui compte vraiment: que nous sommes frères, sœurs et enfants du même Père».
Le sujet des nouvelles technologies et notamment de l’intelligence artificielle n’est pas nouveau pour le Saint-Siège. Le Pape François a par exemple dédié de nombreux messages et textes au bon usage de l’intelligence artificielle. En février dernier, à l’occasion du «Sommet pour l’action sur l’IA» à Paris, le Saint-Père avait demandé aux dirigeants rassemblés pour l’occasion de s’engager dans «le sens de la protection de l’humanité contre une utilisation de l’intelligence artificielle» pouvant être dévoyée.
Tout au long du mois d’avril, le Pape propose donc de prier pour que «l’utilisation des nouvelles technologies ne remplace pas les relations humaines, mais respecte la dignité des personnes et aide à affronter les crises de notre temps».
Texte de l’audience générale: Jésus nous libère d’une fausse vision de l’amour
Dans sa catéchèse publiée mercredi 16 avril, le Pape François a proposé une réflexion sur la parabole du fils prodigue. Face à l’égoïsme des deux fils, l’un ayant fui la maison de son père et l’autre étant resté, le Saint-Père assure que «l’amour est toujours un engagement, il y a toujours quelque chose à perdre pour rencontrer l’autre».
Jean-Benoît Harel – Cité du Vatican
Pour cette catéchèse du mercredi publiée par la Salle de presse du Saint-Siège, le Pape poursuivant sa convalescence, le Saint-Père inaugure un nouveau chapitre de son cycle jubilaire intitulé «Jésus-Christ notre espérance».
Le Pape a décidé de proposer quelques méditations sur les paraboles racontées par Jésus. Ces histoires reprennent «des images et des situations de la réalité quotidienne» et force chacun à se positionner, souligne-t-il, en se demandant: «où suis-je dans cette histoire?»
Pour ce mercredi de la Semaine Sainte, François s’arrête sur la parabole «la plus célèbre», celle appelée du fils prodigue, lorsqu’un fils cadet demande sa part d’héritage à son père, dilapide son argent avant de rentrer chez son père qui le reçoit en festoyant, provoquant la colère du fils aîné. L’évangéliste Luc précise que Jésus raconte cette parabole aux pharisiens et aux scribes, qui récriminent contre le Christ lorsqu’il mange chez les pêcheurs, un signe pour François que cette parabole est adressée «à ceux qui sont perdus mais qui ne le savent pas et qui jugent les autres».
«Dieu vient toujours nous chercher»
Pour le Saint-Père, cette parabole est avant tout un profond message d’espérance, car «où que nous soyons perdus, […] Dieu vient toujours nous chercher», citant l’image de la brebis égarée à cause de la fatigue, ou d’une pièce de monnaie tombée par terre que l’on ne retrouve plus. Mais dans la parabole, les deux fils sont perdus, le plus jeune car «lassé d’une relation qu’il jugeait trop exigeante» et l’aîné par «l’orgueil ou la rancœur dans son cœur».
“L’amour est toujours un engagement, il y a toujours quelque chose à perdre pour rencontrer l’autre.”
«Le fils cadet de la parabole ne pense qu’à lui», comprend le Pape François, qui dresse un parallèle avec l’égoïsme présent lors de la période de l’enfance et de l’adolescence, qui se poursuit parfois à l’âge adulte aujourd’hui. «Ces adultes s’imaginent qu’ils vont se trouver eux-mêmes et, au contraire, ils se perdent, car ce n’est que lorsqu’on vit pour quelqu’un que l’on vit vraiment», poursuit le Souverain pontife.
Une fausse vision de l’amour
«L’amour est un don précieux, il doit être traité avec soin», poursuit François, contrairement au fils cadet qui cherche l’amour mais «le gaspille, le dévalorise». Avec cette fausse vision de l’amour, le risque est de mendier l’affection «au premier maître venu» et de vivre une relation comme un serviteur, «comme si nous devions expier une faute ou comme si l’amour véritable ne pouvait pas exister». À l’image du fils cadet au moment de famine qui veut revenir chez son père comme serviteur.
«Seul celui qui nous aime vraiment peut nous libérer de cette fausse vision de l’amour», assure le Saint-Père, qui évoque le célèbre tableau de Rembrandt, la tête du jeune homme ressemblant à un enfant, symbole que «ce fils est en train de renaître».
Le Retour du fils prodigue par Rembrandt.
La rancœur du fils aîné
Terminant sa réflexion sur l’attitude du fils aîné, François estime qu’il est «distant de cœur», qu’il aurait peut-être voulu quitter son père mais est resté «par peur ou par devoir». «Quand on s’adapte contre son gré, on commence à nourrir en soi une colère qui, tôt ou tard, explose», prévient-il.
Alors qu’il refuse de célébrer le retour de son petit frère, et «de partager la joie de son père», le fils aîné reçoit la visite de son père qui veut simplement «lui faire ressentir son amour». L’image du père qui laisse la porte ouverte est celle de Dieu «qui nous attend, qui nous voit de loin et qui laisse toujours la porte ouverte».
François termine sa catéchèse en proposant aux fidèles de s’identifier aux deux fils de cette parabole et de demander à «Dieu le Père la grâce de retrouver nous aussi le chemin de la maison».
Chaque 25 mars, des fidèles des deux religions célèbrent ensemble la mère de Jésus, grâce à la ténacité d’un chrétien maronite. Reportage.
Une étudiante d’une école d’art chiite peint la Vierge à Raboueh.Lucienne Bittar
Raboueh, Liban, 25 mars 2025, jour de l’Annonciation qui célèbre l’annonce faite à Marie de la naissance de Jésus par l’archange Gabriel. Une foule bigarrée se présente aux portes de la salle de congrès du Patriarcat grec-catholique. Une flopée d’écoliers et d’écolières, voilées ou pas, entre en premier, devant une haie de scouts maronites et au son d’une fanfare de l’armée libanaise. Elle est suivie de chanteurs, de musiciens et de représentants de communautés chrétiennes (maronites, grec-catholiques, protestants, orthodoxes) et musulmanes (sunnites, chiites, druzes).
Les visiteurs sont accueillis par Nagy el-Khoury, lauréat 2010 du Prix international Sergio Vieira de Mello pour le dialogue entre les cultures, et par son compagnon d’œuvre, le cheikh Mohammad Nokkari, directeur général de Dar el-Fatwa, la plus haute instance religieuse sunnite du Liban. Dans le hall central, des jeunes filles d’une école d’art chiite peignent des tableaux représentant Marie ou le dialogue islamo-chrétien. La fanfare de l’armée ouvre alors les feux de la célébration avec l’hymne national, car cette fête, chrétienne à l’origine, est devenue en 2010 une fête nationale «islamo-chrétienne», symbolisant la coexistence entre chrétiens et musulmans.
Durant ce jour férié instauré par le premier ministre d’alors, Saad Hariri, un sunnite, toutes les communautés religieuses sont appelées à demander ensemble l’aide de Marie face aux épreuves que le pays traverse. L’édition 2025 ne déroge pas à la tradition. Aux premiers rangs de la salle, où près de 400 personnes sont réunies, des dignitaires religieux venus de toutes les régions du pays – aux confessions reconnaissables grâce à leurs costumes – assistent aux discours et aux chants.
Devant l’estrade trône l’icône de l’Annonciation, peinte en 2007 pour le premier événement du genre, avec d’un côté le texte de saint Luc (1,26-38) et de l’autre celui de la sourate Al-imran du Coran qui relate la visite d’anges à Maryam (Marie). Une entorse remarquée à l’interdiction de représentations des êtres animés en islam, et a fortiori des personnages saints. Se succèdent des témoignages de responsables d’œuvres religieuses, une chorale de filles chiites, un chœur d’hommes orthodoxes, des chorales druze et kurde… tous louant Marie dans une belle harmonie.
Une chorale de jeunes chiites se produit en l’honneur de Marie, derrière l’icône de l’Annonciation.Lucienne Bittar
La symbolique vise à endiguer les méfaits du communautarisme. Mais comment la fête de l’Annonciation a-t-elle pu se transformer en journée de dialogue interreligieux dans ce pays déchiré, il y a 35 ans à peine encore, par une guerre civile aux accents confessionnaux? Dans un Liban où la cartographie de la population résidente se décline souvent en quartiers chrétiens ou musulmans? Nagy el-Khoury, 75 ans, est l’initiateur de ce tour de force amorcé il y a 19 ans. Il était alors secrétaire général de l’amicale des anciens du Collège jésuite Notre-Dame de Jamhour.
Peuple divisé
«Le peuple libanais est très divisé, confirme-t-il. Notre but est d’essayer de rapprocher les gens humainement, au-delà de leurs origines communautaires. Comme ancien élève des jésuites, j’ai appris le sens de l’ouverture à l’autre, et comme professeur de français au Collège Jamhour, je l’ai transmis à mon tour durant 40 ans. Mieux encore, je suis né dans un quartier mixte, chrétien et musulman, et donc le contact avec l’autre est pour moi naturel», dit Nagy el-Khoury.
«Je suis originaire de Jezzine, une région du sud en majorité chrétienne, maronite et grecque catholique, mais qui se trouve tout près de Nabatiyé, la chiite, de Saïda, le sunnite (deux villes régulièrement pilonnées par les Israéliens depuis le 23 septembre 2024, ndlr), et du Chouf druze. Je réfléchissais depuis longtemps à organiser une rencontre spirituelle islamo-chrétienne dans le cadre de l’école.»
Depuis sa plus tendre enfance, ce juriste de formation, qui se destinait à la carrière diplomatique avant que la guerre civile (1975-1990) ne déchire son pays, voue en outre, comme bien des Libanais, une dévotion particulière à la Vierge Marie. Un rêve récurrent (qu’il attribue à l’intervention de Marie) s’invite dans ses nuits au début des années 2000.
Prière commune
«Dans une des immenses cours de récréation de l’école, il y avait un chapiteau, et sur les gradins circulaires, je voyais des prêtres et des religieux de toutes les communautés, même un juif, en train de prier. Et leur prière montait vers Dieu depuis l’ouverture centrale du toit, comme au travers d’un entonnoir. Chacun priait à sa façon, mais Dieu recevait toutes leurs invocations de la même manière.»
Nagy el-Khoury
Pour Nagy el-Khoury, pas de doute. «C’est comme si la Sainte Vierge me disait: Qu’est-ce que tu attends pour rassembler chrétiens et musulmans, toi qui animes des fêtes, qui organises des événements?» Il n’aura de cesse alors d’œuvrer pour que ce rêve devienne réalité, allant jusqu’à le présenter au président du pays, Michel Aoun, dont il est alors le conseiller. Celui-ci le chargera d’ailleurs de mission pour le dialogue islamo-chrétien en
Mais Nagy el-Khoury n’est pas seul dans sa quête. Le cheikh Mohammad Nokkari, un juge sunnite convaincu de l’importance de la Vierge en islam, s’allie à lui. «Nous sommes devenus comme deux doigts de la main», témoigne le maronite. Fatigué des groupes de dialogue théologique qu’il fréquente, qui tournent en boucle et «se gargarisent de belles paroles», Nagy el-Khoury, excédé, quitte l’une de ces réunions, aussitôt suivi de Mohammad Nokkari qui lui lance: «Il n’y a que la Vierge qui peut nous rassembler.»
Marie ou Maryam
S’entourant de quelques personnalités religieuses estimées, les deux hommes finissent par organiser une première rencontre de prière, le 25 mars 2007. Elle réunit plus de 1000 personnes dans l’église du Collège Notre-Dame de Jamhour. L’événement fait la une de la presse. «J’ai reçu des centaines de messages et de coups de fil de gens qui étaient en admiration devant ce qui se passait.» Il y a eu, bien sûr, des réactions plus négatives aussi: des musulmans qui pensaient que les organisateurs cherchaient à créer une nouvelle fête religieuse musulmane, des chrétiens qui ne comprenaient pas ce que la Vierge avait à voir avec les musulmans.
«Mais c’est la seule femme dont le nom (Maryam, ndlr) est évoqué dans le Coran, 37 fois plus exactement! s’exclame Nagy el-Khoury. Elle est considérée comme la première dame de l’humanité et les musulmans ont un respect fou pour elle, une dévotion spéciale. Son nom figure au-dessus des mehrabs (les lieux de prière) de toutes les mosquées du monde.» Pour le chrétien maronite et le cheikh sunnite, Marie représente la bonté, l’amour, l’acceptation, la dévotion à Dieu, la confiance, l’intégrité. Et à ceux qui disent que Marie et Maryam ne sont pas la même personne, ils rétorquent que là n’est pas l’essentiel. L’important est que Marie inspire les mêmes valeurs et sentiments chez les chrétiens et chez les musulmans.