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L’amusant billet de (bonne) humeur de l’évêque de Tournai

GUY HARPIGNY

Capture d »écran YouTube / KTO – Mgr Guy Harpigny, évêque de Tournai.

L’amusant billet de (bonne) humeur de l’évêque de Tournai

Dans un court texte publié le 25 mai,

, évêque de Tournai (Belgique), s’offusque de ce qu’aucune date de reprise des cultes n’ait été donnée dans le pays alors qu’un parc animalier peut accueillir des visiteurs sous certaines conditions. Il dénonce avec humour cette différence de traitement. 

En Belgique, si obsèques et mariages peuvent être célébrés dans les lieux de culte depuis le 18 mai en présence de trente personnes maximum, la reprise des messes du dimanche et en semaine semble quant à elle reportée après le 8 juin. Pour le moment, aucune date officielle n’a été mentionnée par le gouvernement. Une décision que déplore Mgr Guy Harpigny, évêque de Tournai, qui s’étonne du silence des autorités et a écrit un billet d’humeur à ce sujet, se disant « abasourdi » de ce que Pairi Daiza, parc zoologique belge wallon situé dans la province de Hainaut, a été autorisé à accueillir du public. « Je me suis demandé s’il ne fallait pas que je demande au Conseil de fabrique de la cathédrale de Tournai de demander à Pairi Daiza de faire venir quelques chameaux, lions, girafes et ours à la cathédrale pour commencer des célébrations officielles de la liturgie catholique. Au moins, les fidèles (touristes) pourraient ”assister à la messe” », écrit-il avec une pointe d’humour. Difficile en effet de concevoir que des visiteurs se pressent autour de zèbres et de chimpanzés tandis que les catholiques attendent toujours pour franchir le seuil de leurs églises.

« L’État belge a-t-il les mêmes prérogatives que l’empereur Joseph II, le fils héritier de l’impératrice Marie-Thérèse, de la dynastie des Habsbourg ? », interroge le prélat. Celui-ci avait été surnommé le « roi sacristain » pour s’être immiscé dans différents domaines des cultes et avoir cherché à les rationaliser. « Dois-je m’attendre que, lorsque le déconfinement sera autorisé pour la célébration publique dans les lieux de culte, un nouveau Joseph II se lève pour imposer sa loi aux cultes de Belgique ? », questionne l’évêque. On espère qu’il lui sera plus facile de faire entendre sa voix qu’à un chameau de passer par le trou d’une aiguille.

Source: ALETEIA, le 28 mai 2020, par Domitille Farret d’Astiès

Mgr Jacob Muricken, un évêque du Kerala, demande à quitter son diocèse pour devenir ermite

Mgr Jacob Muricken

Mgr Jacob Muricken, un évêque du Kerala, demande à quitter son diocèse pour devenir ermite

Mgr Jacob Muricken, évêque auxiliaire de Palai, dans l’État du Kerala, au sud de l’Inde, avait déjà fait parler de lui en 2016, en donnant l’un de ses reins à un homme hindou de 31 ans d’une famille pauvre, quatre ans après avoir été nommé évêque. Né à Muttuchira, un village du diocèse de Palai, en 1963, il est entré au séminaire après des études d’économie. Il a été ordonné prêtre en 1993 et évêque en 2012. « Je me sens appelé à vivre ainsi », explique-t-il. Pour lui, « il ne s’agit pas de haine du monde, mais d’apprendre aux hommes à regarder le monde autrement, en contemplant seulement le Seigneur », ajoute l’évêque, qui attend une décision du synode de l’Église catholique syro-malabare et du Saint-Siège.

Mgr Jacob Muricken, évêque auxiliaire de Palai, dans l’État du Kerala, au sud de l’Inde, a demandé aux autorités ecclésiales de quitter sa charge épiscopale pour devenir ermite. L’évêque, qui a donné un rein il y a quatre ans, a choisi de mener une simple vie monacale. Mgr Murickan, âgé de 57 ans, explique qu’il a envoyé sa demande au synode de l’Église catholique syro-malabare il y a déjà deux ans, et qu’il attend encore leur décision. Le cardinal George Alencherry, archevêque majeur de l’Église catholique syro-malabare, a promis de prendre en compte sa demande, explique Mgr Muricken. La décision a été retardée car le synode en question a besoin de l’accord du Vatican avant d’autoriser l’évêque à quitter ses responsabilités. L’évêque auxiliaire de Palai confie qu’il est convaincu que sa décision est « inspirée par Dieu », et qu’il est déterminé à suivre cet appel à condition d’obtenir l’autorisation du synode et du Saint-Siège. « C’est un appel spécial dans l’appel, à devenir moine et à quitter ma vie officielle en tant qu’évêque et les autres tâches administratives dans le diocèse, en devenant plus proche de Dieu et de la nature », explique l’évêque. L’idée de mener une vie solitaire lui est venue en 2017, cinq ans après son ordination épiscopale. « Jusqu’alors, je n’en avais jamais ressenti le désir », assure-t-il. Il ajoute qu’il espère passer « le reste de ma vie en prière et en contemplation », et « vivre de façon écoresponsable et loin de l’agitation de la vie d’un évêque ».

Même en tant qu’évêque, il consacre chaque jour plusieurs heures à la prière et il est végétarien. Il se lève vers 2h30 du matin et commence ses journées par trois heures d’oraison avant de rejoindre les autres pour les laudes, racontent ses proches. Mgr Muricken confie qu’il ne désire pas rejoindre une congrégation monastique existante. Il souhaite vivre en ermite, une pratique qui s’est raréfiée mais qui était courante autrefois. « Je me sens appelé à vivre ainsi. Je pense que cela contribuera davantage à soutenir l’Église. » Pour lui, « il ne s’agit pas de haine du monde, mais d’apprendre aux hommes à regarder le monde autrement, en contemplant seulement le Seigneur ». S’il en obtient l’autorisation, il songe à s’installer au sommet de la colline de Nallathanni, dans le district d’Idukki, où se trouve déjà un monastère, Mar Thoma Sleeha. Il estime que ce n’est pas l’évêque qui est important, mais le service rendu : « Si je quitte mes responsabilités, Dieu choisira le plus capable pour cette charge. » Un autre évêque Mgr Sebastianappan Singaroyan, du diocèse de Salem, dans le sud de l’Inde, a également quitté sa charge épiscopale le 19 mars dernier pour vivre dans la paroisse d’un village. Connu pour sa simplicité, il vit aujourd’hui dans le même diocèse de Salem et sert la paroisse locale. En 2016, Mgr Jacob Muricken avait déjà fait parler de lui en donnant l’un de ses reins à un homme hindou de 31 ans d’une famille démunie, quatre ans après avoir été nommé évêque auxiliaire de Palai, le 24 août 2012. Il est né à Muttuchira, un village du diocèse de Palai, le 16 juin 1963. Il est entré au séminaire après avoir obtenu un master en économie et a été ordonné en 1993.

(Avec Ucanews et Asianews, Palai)

Source: Missions Etrangères de Paris, le 20 mai 2020

Entre cohérence et confiance, Charles de Foucauld vu par le père Ardura

Le futur saint Charles de Foucauld. En arrière plan, la carte de l'Algérie et la ville de Tamanrasset.Le futur saint Charles de Foucauld. En arrière plan, la carte de l’Algérie et la ville de Tamanrasset. 

Entre cohérence et confiance, Charles de Foucauld vu par le père Ardura

Charles de Foucauld sera bientôt saint. Ce prêtre parti vivre au coeur du Sahara au début du XXe siècle, a eu un parcours mouvementé, marqué par une conversion et le choix d’une vie radicalement ancrée dans le Christ. Le père Bernard Ardura, postulateur de la cause en canonisation du père de Foucauld, revient sur cette décision de la congrégation pour les Causes des Saints.

Entretien réalisé par Hélène Destombes – Cité du Vatican

Par le décret du 26 mai 2020 de la congrégation pour les Causes des Saints, le Pape François a autorisé la canonisation du bienheureux père Charles de Foucauld, béatifié le 13 novembre 2005 par Benoît XVI.

Ce futur saint de l’Église catholique est connu pour avoir mené une vie d’ermite au milieu des Touaregs dans le Sahara au début du XXe siècle, témoignant l’Évangile au coeur de populations musulmanes, dans un environnement hostile et particulièrement exigeant.

Cette figure qui dépasse de loin les frontières de l’Église, dont l’action s’inscrit aussi dans le contexte politique de son époque, celle de la colonisation française de l’Afrique du Nord et d’une grande partie du Sahara, est riche de significations tant sur plan de la spiritualité, du dialogue avec l’islam, de la mission évangélisatrice de l’Église et de la quête personnelle de Dieu.

Le père Bernard Ardura, président du comité pontifical des Sciences historiques, postulateur de la cause en canonisation de Charles de Foucauld revient sur le sens de cette annonce :

«C’est un événement très important pour la vie de l’Église en Algérie. Ne l’oublions pas, les chrétiens présents en Algérie sont une infime minorité, mais c’est une Église composée d’étrangers qui est extrêmement vivante et qui vit en quelque sorte les conditions même qu’a vécues Charles de Foucauld, non pas en prêchant dans les rues mais en donnant le témoignage de ce que signifie être chrétien, être disciples du Christ, être des missionnaires de son amour. Alors je crois que c’est un événement très important pour l’Église universelle.

En tout cas, en ce qui concerne l’Algérie, quand on reparcourt l’histoire de l’évangélisation de ce pays -l’envoi des missionnaires- on se rend compte qu’il s’agit ici et maintenant de semer par le témoignage de l’amour. Et puis, c’est le Seigneur qui fera croître cette moisson avec l’espérance qu’un jour cette Église de l’Algérie soit encore plus fleurissante qu’elle ne l’est aujourd’hui.

Lors de la messe célébrée en décembre 2016 à l’occasion du centenaire de l’assassinat de Charles de Foucauld, le Pape François avait salué son témoignage «qui a fait du bien à l’Église». Comment définir l’apport de Charles de Foucauld à l’Église universelle ?

D’abord, je dirai que Charles de Foucauld est un homme qu’on prend sérieux, et on prend son message au sérieux parce qu’il a vécu, au jour le jour, le contenu même de sa foi. Il ne s’est pas perdu dans d’innombrables paroles, bien qu’il ait beaucoup écrit. Il a été le porteur d’une grande cohérence de vie. C’est un thème que l’on retrouve beaucoup chez le Pape François : cohérence entre ce que l’on croit, ce que l’on professe et ce que l’on vit.

Et puis, Charles de Foucauld, à une époque où on ne parlait pas d’œcuménisme et encore moins de dialogue interreligieux, sans avoir à parler sur le plan théologique avec ceux qui ne partageaient pas sa foi, a été un interlocuteur qui a été l’homme de la charité. C’est bien cela, Charles de Foucauld frère universel.

La vie de Charles de Foucauld a été marquée par l’altérité, par de nombreuses résistances. Qu’a-t-on à apprendre de son charisme missionnaire radical ?

Charles de Foucauld nous enseigne qu’il ne faut pas nous attendre à avoir des résultats immédiats. De fait, il n’a baptisé personne. Mais Charles de Foucauld a vécu de cette vertu d’espérance très proche la foi, qui est cette confiance dans l’action de Dieu dans les âmes. Charles de Foucauld a su reconnaître cette action de Dieu et c’est ce qui lui a permis, sans se lasser, de continuer à être présent. Il nous rappelle aussi que c’est notre façon d’être qui est fondamentale dans le témoignage de notre foi et dans le témoignage missionnaire qui devrait être le nôtre.

Des différentes intuitions spirituelles de Charles de Foucauld, quelles est celle qui aujourd’hui décrit le mieux son charisme ?

Ce qui est le plus général et qui ne vieillit pas chez Charles de Foucauld, c’est cette rencontre du Christ dans l’écriture et dans l’eucharistie. Pour lui, la présence du Christ est centrale et donc c’est une invitation à nous qui venons d’être privés de la célébration de l’eucharistie pendant plusieurs mois, de recentrer toute notre vie sur cette rencontre du Christ dans l’Évangile et dans l’eucharistie. C’est un élément qui ne peut pas vieillir, qui fait partie de l’essence de notre vie chrétienne et qui était au cœur de la vie de Charles de Foucauld.

Pauvreté, pénitence mais aussi enfouissement ont caractérisé la vie de Charles de Foucauld. En cette période d’isolement liée à la pandémie, de quelle manière Charles de Foucauld peut-il nous aider à traverser cette épreuve ?

Charles de Foucauld a vécu cela lui-même dans son désert. Il est resté très longtemps sans pouvoir célébrer la messe et l’eucharistie. Alors je crois qu’en ce temps qui est le nôtre, il est très important de nous confier à l’intercession de ceux qui, comme Charles de Foucauld, ont été les témoins de cette présence du Christ et qui ont vécu réellement de cette présence, qui se sont nourris de l’eucharistie et de la médiation de l’Évangile.

Source: Vaticannews, le 28 mai 2020

La prière d’abandon de Charles de Foucauld

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Fred de Noyelle I GodongStatue de Charles de Foucauld à Strasbourg.

Écrite en 1896 par Charles de Foucauld, la « prière d’abandon » était initialement une méditation autour de la toute dernière prière de Jésus à son Père : « Père, entre tes mains je remets mon esprit » (Lc 23, 46). Elle est aujourd’hui récitée quotidiennement par des milliers de personnes à travers le monde.

C’est une prière qui touche le cœur autant que l’âme tellement la simplicité des mots employés lui confère une profondeur lumineuse. Écrite en 1896 par Charles de Foucauld alors qu’il était encore simple moine trappiste sur le point de quitter son monastère, celle qui est devenue la « prière d’abandon » était initialement une méditation de Charles de Foucauld autour de la dernière prière de Jésus à son Père : « Père, entre tes mains je remets mon esprit » (Lc 23, 46).

Mon Père, je m’abandonne à toi,
fais de moi ce qu’il te plaira.
Quoi que tu fasses de moi, je te remercie.

Je suis prêt à tout, j’accepte tout.
Pourvu que ta volonté se fasse en moi,
en toutes tes créatures,
je ne désire rien d’autre, mon Dieu.

Je remets mon âme entre tes mains.
Je te la donne, mon Dieu, avec tout l’amour de mon cœur,
parce que je t’aime,
et que ce m’est un besoin d’amour de me donner,
de me remettre entre tes mains, sans mesure,
avec une infinie confiance,
car tu es mon Père.

Source: ALETEIA, le 27 mai 2020