Geneviève, naît au village de Nanterre, vers l’an 422. C’est bien dans une vie comme la sienne que l’on reconnaît la vérité et que l’on trouve la réalisation de cette parole de St Paul : « Dieu choisit dans ce monde les instruments les plus faibles pour confondre l’orgueil et les prétentions des hommes. »
Elle était âgée de sept ans quand saint Germain, évêque d’Auxerre, traversa le village de Nanterre, où elle habitait. Éclairé par une lumière divine, le saint discerna cette modeste enfant parmi la foule accourue sur ses pas : « Béni soit, dit-il à ses parents, le jour où cette enfant vous fut donnée. Sa naissance a été saluée par les anges, et Dieu la destine à de grandes choses. » Puis, s’adressant à la jeune enfant, il la confirma dans son désir de se donner tout à Dieu : « Ayez confiance, ma fille, lui dit-il, demeurez inébranlable dans votre vocation ; le Seigneur vous donnera force et courage. »
Depuis ce moment, Geneviève se regarda comme consacrée à Dieu ; elle s’éloigna de plus en plus des jeux et des divertissements de l’enfance et se livra à tous les exercices de la piété chrétienne avec une ardeur bien au-dessus de son âge. Rarement on vit, dans une existence si humble, de si admirables vertus. Elle n’était heureuse que dans son éloignement du monde, en la compagnie de Jésus, de Marie et de son ange gardien.
Geneviève reçut le voile à quatorze ans, des mains de l’archevêque de Paris, et, après la mort de ses parents, elle quitta Nanterre pour se retirer à Paris même, chez sa marraine, où elle vécut plus que jamais saintement. Malgré ses austérités, ses extases, ses miracles, elle devint bientôt l’objet de la haine populaire, et le démon jaloux suscita contre elle une guerre acharnée. Il fallut un nouveau passage de St Germain de Nanterre pour rétablir sa réputation : « Cette vierge, dit-il, sera votre salut à tous. »
Bientôt, en effet, le terrible Attila, surnommé le Fléau de Dieu, envahissait la Gaule ; mais Geneviève prêcha la pénitence, et, selon sa prédiction, Paris ne fut pas même assiégé. La sainte meurt à quatre-vingt-neuf ans, le 3 janvier 512.
D’innombrables miracles ont été opérés par son intercession. Son tombeau est toujours entouré d’une grande vénération à l’église Saint-Étienne-du-Mont, à Paris. Elle est une des grandes patronnes de la France.
Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 1,29-34.
En ce temps-là, voyant Jésus venir vers lui, Jean le Baptiste déclara : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ; c’est de lui que j’ai dit : L’homme qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était. Et moi, je ne le connaissais pas ; mais, si je suis venu baptiser dans l’eau, c’est pour qu’il soit manifesté à Israël. » Alors Jean rendit ce témoignage : « J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et il demeura sur lui. Et moi, je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : “Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, celui-là baptise dans l’Esprit Saint.” Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. »
« C’est toi mon Fils bien-aimé ; en toi j’ai mis tout mon amour »
Sur les rives du Jourdain, Jésus se présente avec une humilité extraordinaire, qui rappelle la pauvreté et la simplicité de l’Enfant déposé dans la crèche, et anticipe les sentiments avec lesquels, au terme de ses jours terrestres, il arrivera à laver les pieds des disciples et subira l’humiliation terrible de la croix. Le Fils de Dieu, lui qui est sans péché, se place parmi les pécheurs, montre la proximité de Dieu sur le chemin de conversion de l’homme. Jésus assume sur ses épaules le poids de la faute de l’humanité tout entière et commence sa mission en se mettant à notre place, à la place des pécheurs, dans la perspective de la croix. Tandis que, recueilli en prière après le baptême, il sort de l’eau, les cieux s’ouvrent. C’est le moment attendu par la foule des prophètes. « Ah, si tu déchirais les cieux et descendais », avait invoqué Isaïe (63,19). A ce moment…, cette prière est exaucée. En effet, « le ciel s’ouvrit et l’Esprit Saint descendit sur lui » ; on entendit des paroles jamais entendues auparavant : « Tu es mon Fils bien-aimé, tu as toute ma faveur »… Le Père, le Fils et le Saint Esprit descendent parmi les hommes et nous révèlent leur amour qui sauve. Si ce sont les anges qui apportent aux bergers l’annonce de la naissance du Sauveur et l’étoile aux mages venus d’Orient, à présent c’est la voix du Père qui indique aux hommes la présence dans le monde de son Fils et qui invite à se tourner vers la résurrection, vers la victoire du Christ sur le péché et sur la mort.
LECTURES :
Première lettre de saint Jean 2,29.3,1-6.
Bien-aimés, puisque vous savez que lui, Jésus, est juste, reconnaissez que celui qui pratique la justice est, lui aussi, né de Dieu. Voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes. Voici pourquoi le monde ne nous connaît pas : c’est qu’il n’a pas connu Dieu. Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous le savons : quand cela sera manifesté, nous lui serons semblables car nous le verrons tel qu’il est. Et quiconque met en lui une telle espérance se rend pur comme lui-même est pur. Qui commet le péché transgresse la loi ; car le péché, c’est la transgression. Or, vous savez que lui, Jésus, s’est manifesté pour enlever les péchés, et qu’il n’y a pas de péché en lui. Quiconque demeure en lui ne pèche pas ; quiconque pèche ne l’a pas vu et ne le connaît pas.
Psaume 98(97),1.3cd-4.5-6.
R/ La terre tout entière a vu le salut de notre Dieu. (Ps 97, 3)
Chantez au Seigneur un chant nouveau, car il a fait des merveilles ; par son bras très saint, par sa main puissante, il s’est assuré la victoire.
La terre tout entière a vu la victoire de notre Dieu. Acclamez le Seigneur, terre entière, sonnez, chantez, jouez !
Jouez pour le Seigneur sur la cithare, sur la cithare et tous les instruments ; au son de la trompette et du cor, acclamez votre roi, le Seigneur !
Si vous êtes férus de grec, vous savez qu’Épiphanie signifie « apparaître au-dessus », « sur-briller ». L’Épiphanie, c’est la manifestation de Dieu au monde, le Christ qui devient reconnaissable.
Il est intéressant de remarquer que Catholiques et Orthodoxes ne célèbrent pas Dieu qui se rend manifestement visible avec les mêmes textes. L’Épiphanie, chez nous, est illustrée par l’arrivée des rois mages – les sagesses orientales qui viennent déposer leurs trésors aux pieds de l’Enfant-Dieu. Tandis que les Orthodoxes ont choisi le baptême du Seigneur – Jésus apparaissant manifestement comme le Christ, quand la voix du Père proclame des cieux : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie » (Mt 3, 17). On a ainsi deux visions du moment où l’incarnation de Dieu se révèle au monde : quand la sagesse s’incline devant le mystère de sa naissance et quand Dieu nous l’indique directement. Explorons ces deux voies qui nous intéressent parce que, nous aussi, nous cherchons à discerner l’incarnation de Dieu dans notre vie.
Les récits de la naissance de Jésus sont très imagés, très construits, qui reflètent la manière antique de raconter l’histoire, ne se gênant pas d’enjoliver les faits pour en souligner le sens. Ainsi n’a-t-on trouvé aucune trace d’un phénomène cosmique brillant – d’une étoile ou d’une comète – qu’auraient suivi les mages. Nous l’avions déjà relevé à Noël : nul n’a évidemment pris note de la naissance de Jésus. Et les récits évangéliques (Mt 1-2 ; Lc 1-2) ont été écrits quelque 80 à 90 années après les faits qu’ils rapportent, dans un but théologique : faire comprendre que Jésus est le Messie, que sa naissance est forcément extraordinaire.
Au-delà de ce qui s’est réellement passé lors de la naissance de Jésus et que la symbolique des textes estompe, les mages venus d’Orient, que la tradition a faits rois, symbolisent donc les sagesses qui viennent déposer leurs trésors devant le mystère de l’incarnation de Dieu. Ses trésors sont eux-mêmes porteurs de signification : l’or pour la royauté du Christ, l’encens pour sa divinité et la myrrhe pour évoquer sa mort. Le sens est de dire que toutes les richesses, toutes les sagesses s’inclinent devant le surgissement de la vie divine au monde.
S’agit-il de dire que nous devons renoncer à comprendre le mystère de l’incarnation ? S’agit-il d’abdiquer notre intelligence face à l’immensité de Dieu, face à l’extraordinaire de sa manifestation ? Au fond, pourrons-nous jamais comprendre ce qui s’est joué dans le sein de Marie ? N’en sommes-nous pas réduits à accepter le miracle et à le traduire comme dogme ? Ainsi, ne sommes-nous pas une communauté qui anone les faits incompréhensibles que nous rapportent les Évangiles sans jamais véritablement les comprendre ? Quelle preuve convaincante avons-nous que Dieu s’est véritablement manifesté parmi nous ? Qu’il se manifeste encore aujourd’hui ? Finalement, quelle foi accorder aux miracles ?
L’optique orthodoxe sur l’Épiphanie est plus adulte, qui célèbre l’adoption filiale par le Père, manifestée au baptême de Jésus, au début de son ministère public. Il ne s’agit plus ici de nous incliner devant le mystère de la naissance de Dieu mais d’accepter l’autorité du Père, qui le révèle.
Dans les deux cas, ce n’est pas par notre propre sagesse, notre propre intelligence, que nous acquerrons la certitude de l’incarnation de Dieu, de sa présence dans nos vies. Il semble plutôt qu’en toute circonstance, il s’agisse de se taire et d’écouter. A cet égard, Maître Eckhart OP (1260-1328) enseignait qu’il fallait aller jusqu’à « oublier Dieu » – en fait, oublier les idées préconçues que nous avons sur Dieu – pour le trouver véritablement. Pourtant, Thomas d’Aquin OP (1225-1274) affirme que la sagesse mène à Dieu. Alors que penser ?
Nous n’avons pas de thermomètre pour mesurer l’amour. Il n’y a pas de critère scientifique pour définir le beau, le parfait, le divin. L’essentiel ne se mesure pas. L’infini non plus. La preuve de l’existence de Dieu, la preuve de sa manifestation parmi les hommes, la preuve que les miracles sont miracles n’existent pas. Le mystère restera mystère quelle que soit l’intelligence que nous mettions en œuvre pour le comprendre. Ce n’est pas l’homme qui définit Dieu ; c’est Dieu qui définit l’homme.
Pour autant, cela ne signifie pas qu’il faille renoncer à comprendre. Le fait que le mystère divin nous échappera toujours n’est pas une invitation à abdiquer notre intelligence mais bien celle à toujours progresser dans sa compréhension, comme deux êtres qui s’aiment n’épuiseront jamais le mystère de leur amour. Nous le savons, il n’y a que dans le face à face personnel avec Dieu que tout s’éclairera, que c’est lui finalement qui se révélera à nous. Le mystère est ainsi le moteur de notre intelligence et non son étouffoir. Nous ne devons pas renoncer à chercher à comprendre l’incompréhensible, la rencontre avec Dieu est à ce prix.
Le mystère de l’incarnation de Dieu, comme celui de l’amour parfait, nous échappera toujours. Mais c’est aussi ce qui fait que Dieu, comme l’amour, sera toujours une découverte. N’est-ce pas cette quête de l’amour divin qui dynamise notre vie ?
Les trois lectures de ce dimanche de l’Épiphanie nous font comprendre que le salut de Dieu et pour tous, sans exception. C’est important car, depuis les origines de l’humanité, des frères ennemis ne cessent de s’affronter. Dès le début, l’histoire est faite de violence et de fureur. Or voilà que les textes bibliques d’aujourd’hui nous annoncent une bonne nouvelle : c’est la réconciliation et l’amour qui auront le dernier mot.
Le livre d’Isaïe (première lecture) annonce la fin d’une période sombre : “Debout, resplendis ! Elle est venue la lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi !” C’est le salut de Dieu qui est donné à son peuple. C’est une période nouvelle et heureuse qui commence. Même les contrées lointaines reconnaîtront le Seigneur. Ces foules qui se mettent en route vers la lumière nous font penser aux mages venus d’Orient. Comme eux, nous sommes tous appelés à aller vers celui qui est la lumière du monde.
L’apôtre Paul va dans le même sens. Son message fait suite au bouleversement extraordinaire qu’il a vécu sur le chemin de Damas. Il y a reçu une grande révélation : le salut de Dieu n’est pas réservé au seul peuple que Dieu s’est choisi. Il est également offert aux nations païennes du monde entier. Toutes « sont associées au même héritage ». Cette révélation extraordinaire fait exulter le cœur de Paul. En Jésus ressuscité, c’est l’amour universel de Dieu qui a le dernier mot sur la violence et le rejet.
Dans son Évangile, saint Matthieu nous propose des pages bien plus modestes. Il nous parle de ces mages venus d’Orient. Ils ont découvert une étoile qui annonçait la naissance d’un nouveau roi. Ils ont tout quitté, ils se sont mis en route pour se prosterner devant ce Roi. C’est ainsi que des païens sont les premiers adorateurs du Fils de Dieu. C’est déjà une annonce de ce qui se passera après la résurrection : la lumière qui brille dans la nuit de Bethléem rayonnera jusqu’aux extrémités de la terre.
Sur leur route, les mages ont rencontré les chefs des prêtres et les scribes. Ces derniers savent tout sur la Bible. Ce Messie qu’ils attendent de tous leurs vœux dans la prière doit naître à Bethléem ; cela, ils le savent mais ils ne bougent pas. Ils restent enfermés dans leurs certitudes, leur « intime conviction ». Ils ne laissent pas à Dieu la chance de se manifester comme il l’entend. Tout l’Évangile nous dit que le Seigneur est venu pour tous ; mais rien ne se passera si nous ne sortons pas de nos certitudes et de notre confort pour aller à la rencontre de celui qui est la lumière du monde.
Saint Mathieu nous parle également d’Hérode. C’est un roi violent, puissant et meurtrier. Il n’hésite pas tuer tous ceux qui s’opposent à lui, y compris ceux de sa famille. Quand il entend parler de ce roi qui vient de naître, il voit en lui un concurrent dangereux qu’il faut éliminer. C’est le premier acte de la guerre à Jésus qui va faire mourir des innocents. Et tout au long des siècles les disciples de ce roi seront persécutés, mis à mort ou tournés en dérision. Et comment ne pas penser à tous les intégrismes laïcs et athées qui font tout pour éliminer la foi chrétienne ?
Mais rien ne peut empêcher Dieu d’appeler à lui tous les hommes. Son salut est offert à tous. À travers les mages qui viennent au berceau de l’enfant roi, c’est tous les peuples qui sont appelés. Il est celui qui veut faire miséricorde au monde pécheur. Les étrangers, les païens ont toute leur place dans son cœur. Au soir de l’Ascension, lui-même s’adressera à ses apôtres pour les envoyer en mission : « Allez dans le monde entier, proclamez la bonne nouvelle à toute la création. »
Cette fête de l’épiphanie est donc celle de l’Église universelle. Sa mission n’est pas de se sauver elle-même mais d’être unie au Christ qui veut sauver le monde. Comme les mages, nous venons à Jésus pour nous prosterner devant lui et recevoir de lui l’amour dont il veut nous combler. Nous ne pouvons plus rester enfermés dans les limites de notre clocher et de notre paroisse ; il nous faut absolument en sortir. Sinon, nous serions comme les chefs des prêtres et les scribes qui ont manqué cette rencontre avec le Roi Messie.
Chaque année, notre prière et notre solidarité sont tout spécialement pour les communautés chrétiennes d’Afrique. Beaucoup souffrent de la pauvreté, de la guerre, de la famine et des persécutions. Elles ont besoin de la prière et du soutien fraternel des catholiques de France et d’Europe. Qu’en ce jour de fête, l’espérance l’emporte ! Que tous les peuples reconnaissent que le petit enfant trouvé par les mages est leur sauveur.
« Aujourd’hui la lumière a brillé tout le peuple l’a vue se lever, c’est un jour qui sera le premier d’une lumière d’amour et de paix. »
Suite à l’analyse de la note Mater Populi Fidelis parue dans la lettre de liaison n° 180, plusieurs d’entre vous nous ont fait part de leur satisfaction. Nous les remercions de nous encourager ainsi dans un travail souvent très prenant. Deux d’entre eux ont fait des remarques très pertinentes. Nous tenons à les remercier d’avoir pris le temps de formuler des objections bien construites, s’appuyant sur de véritables arguments et sur le ton charitable d’une véritable discussion, qualités hélas souvent absentes lors des discussions sur des sujets sensibles (notamment politiques), les opposants répondant trop souvent par des affirmations péremptoires, sans avancer d’argument contraire, ou par des invectives, quand ce n’est pas par des accusations directes. Il faut savoir analyser honnêtement de telles objections, car c’est un excellent moyen pour approfondir une question et ainsi s’approcher plus de la vérité. Que nos deux objecteurs soient donc remerciés de nous avoir permis de réfléchir plus à fond sur la question qui nous préoccupe. Il est intéressant de vous communiquer ces remarques ainsi que les réponses que nous leur avons faites ; car l’honneur de Notre-Dame est en cause. Et, surtout en pareille matière, il convient de suivre l’exemple de saint Thomas d’Aquin qui, pour traiter d’une question, commençait par recueillir tous les arguments pour et contre, puis après avoir donné sa solution, prenait le soin de répondre à chaque objection.
1re remarque
Dans le dernier paragraphe intitulé : La réponse du catholique fidèle, vous évoquez le fait de juger, ce qui requiert obligatoirement d’avoir été investi. Il en est ainsi depuis Moïse et les circonstances actuelles ne dissoudront jamais les préceptes divins donnés aux hommes par Dieu dans son immense sagesse. Mais, faute de pouvoir juger, on peut cependant constater : pour ce faire, la perspicacité et l’honnêteté suffisent. Pas de mandat à recevoir… Posons des actes de charité, oui, mais dans la limite de l’exercice de la charité qui est propre au laïc de base. Car il est des terrains sur lesquels il est aujourd’hui très (trop) risqué de s’aventurer, dont ceux qui concernent le champ d’action de ces prétendues autorités, que sont celles de Léon et de Fernandez… N’interférons pas, prudence !
Réponse
Le sujet abordé par cette remarque est particulièrement important, et on ne saurait trop y réfléchir, tant il est indispensable de bien l’avoir à l’esprit pour ne pas tomber dans l’erreur exposée par cette objection, à savoir juger des personnes.
En effet, il faut bien distinguer entre les personnes et les faits. On ne peut jamais juger une personne, sauf à avoir été investi d’une telle charge. C’est le cas des confesseurs notamment qui ont des grâces particulières pour juger les personnes qui se confessent. Notre-Seigneur enseigne : « Ne jugez pas afin que vous ne soyez pas jugé. » (Matthieu 7:1 ; Luc 6:37) Mais par ailleurs, Notre-Seigneur dit aussi : « Que votre parole soit : oui, oui ; non, non » (Matthieu 5:27), parole rapportée par saint Jacques de la façon suivante : « Que votre oui soit oui et que votre non soit non afin que vous ne tombiez pas sous le coup du jugement » (Jacques 5:12). Saint Jean disait également : « Parce que tu es tiède et que tu n’es ni froid ni chaud, je te vomirai de ma bouche ». (Apocalypse 3:16) Contrairement à ce qu’il pourrait paraître au premier abord, ces phrases ne sont absolument pas contradictoires. Car la première concerne les personnes et la seconde les faits ou les actes. Un grand prédicateur dont nous avons oublié le nom disait : par rapport à son prochain, le chrétien est le plus charitable des hommes ; mais par rapport aux actes et aux faits, il est le plus intransigeant. Toute la difficulté est de bien faire la différence entre les personnes et leurs actes. Si sur les personnes, il faut toujours éviter de porter des jugements, par contre, sur les faits, il est toujours possible, et c’est même souvent un devoir, de porter un jugement, en veillant à ne jamais glisser vers un jugement des personnes, tendance naturelle hélas trop souvent rencontrée, fruit du péché originel.
Ce sujet a déjà été longuement abordé dans la lettre de liaison n° 112, suite à une remarque analogue qui nous avait été faite à l’époque. Rappelons en quelques points essentiels. Dom Guéranger a sur ce sujet une appréciation très juste :
Quand le pasteur se change en loup, c’est au troupeau à se défendre tout d’abord. Régulièrement sans doute la doctrine descend des évêques au peuple fidèle, et les sujets, dans l’ordre de la foi, n’ont point à juger leurs chefs. Mais il est, dans le trésor de la Révélation, des points essentiels dont tout chrétien, par le fait même de son titre de chrétien, a la connaissance nécessaire et la garde obligée. Le principe ne change pas, qu’il s’agisse de croyance ou de conduite, de morale ou de dogme. Les trahisons pareilles à celle de Nestorius sont rares dans l’Église ; mais il peut arriver que des pasteurs restent silencieux, pour une cause ou pour l’autre, en certaines circonstances où la religion même serait engagée. Les vrais fidèles sont les hommes qui puisent dans leur seul baptême, en de telles conjonctures, l’inspiration d’une ligne de conduite ; non les pusillanimes qui, sous le prétexte spécieux de la soumission aux pouvoirs établis, attendent pour courir à l’ennemi, ou s’opposer à ses entreprises, un programme qui n’est pas nécessaire et qu’on ne doit point leur donner. (Année liturgique, à la date du 9 février, fête de saint Cyrille d’Alexandrie)
C’est aussi ce que dit le père Joseph de Sainte Marie :
S’il est des cas où seuls des théologiens solidement formés peuvent se prononcer – car la théologie est une science qui a ses principes et ses normes, et dans laquelle il est imprudent de s’aventurer sans la formation nécessaire, et plus encore sans une humilité et un sens de l’Église à la mesure de la difficulté des questions à étudier – il est, par contre, d’autres cas, et ils sont nombreux, où la connaissance du catéchisme et le bon sens chrétien suffisent.
Or tel est le cas ici. Les notions de “co-rédemptrice” et de “médiatrice de toutes grâces” font partie du dépôt de la foi (voir ci-après). En conséquence, tout catholique doit dénoncer une affirmation qui va à l’encontre de ce que contient ce dépôt de la foi.
2e remarque
Dans la compilation [il s’agit de la compilation des textes traitant de la co-rédemption et de la médiation de la Sainte Vierge mise en annexe de la lettre de liaison n° 180], rares sont les textes qui parlent de co-rédemption et aucun texte n’explique comment on doit comprendre cette notion indépendamment de la médiation par le mérite de congruo. Nos prières et nos sacrifices peuvent – par la grâce de Dieu – procurer un mérite de congruo comme celui dont parle saint Paul aux Colossiens (1, 24) : « ce qui reste à souffrir des épreuves du Christ dans ma propre chair, je l’accomplis pour son corps qui est l’Église. » Pour autant il semblerait incongru d’attribuer à saint Paul le titre de co-rédempteur. Pour appliquer le titre de co-rédemptrice à la Vierge Marie il faudrait une raison complémentaire qui manque dans la compilation. Cela explique la prudence de l’Église. Je maintiens que l’on peut prier la Vierge Marie, Médiatrice des grâces divines de congruo. Mais je préfère m’abstenir de la prier comme Co-Rédemptrice parce que la Sainte Église me le recommande.
Réponse
Il est parfaitement exact que les textes parlant de co-rédemption n’apparaissent qu’au XVe siècle. Ce n’est qu’à partir du Xe siècle que les prédicateurs ont commencé à parler de Marie Rédemptrice. Le texte le plus ancien que nous ayons retrouvé est de saint Albert Le Grand. Mais à partir du XVe siècle, le terme de co-rédemptrice a été utilisé pour signifier la distinction entre les deux opérations, pour bien marquer qu’il n’y a qu’un seul et unique Rédempteur le Christ, affirmation que tous les prédicateurs rappelaient depuis le début pour éviter toute confusion.
Car il y une distance infinie entre la rédemption opérée par le Christ et la co-rédemption opérée par Marie. Mais il y aussi une distance infinie entre la coopération de Marie à la rédemption et la coopération des autres hommes, y compris des saints aussi grands soient-ils. C’est pourquoi pour marquer cette différence entre notre propre participation à la rédemption, et celle de Marie, les théologiens ont forgé le mot de Co-rédemptrice. Et à partir du XVIIe siècle, il a complètement remplacé celui de Médiatrice. C’est pourquoi on peut dire qu’il n’y a qu’une seule et unique Co-rédemptrice : Marie. Même saint Paul n’est pas au niveau de Marie.
Il en va de même pour d’autres vérités, comme celle de l’Immaculée Conception, par exemple : l’expression n’apparaît que tardivement, mais le concept est déjà présent chez les premiers Pères, et c’est avec les franciscains au XIIIᵉ siècle que la doctrine commence à être formulée de manière formelle. À l’époque, saint Thomas d’Aquin ne la considère que comme probable. Cependant, elle a fini par faire l’objet d’un dogme.
Dire qu’aucun texte n’explique la notion de co-rédemption n’est pas exact. On en trouve de nombreux, notamment chez Léon XIII et saint Pie X. Et plusieurs articles récents montrent que les théologiens et les évêques du XXe siècle sont unanimes sur ce point. (Voir ci-après)
Enfin, on ne peut pas dire que la Sainte Église déconseille d’utiliser les titres de Médiatrice et Co-rédemptrice. Car elle ne l’a pas toujours déconseillé. Au contraire, pendant dix siècles elle l’a encouragé. Ce n’est que depuis très récemment (une cinquantaine d’années tout au plus) qu’elle le déconseille. Dire que la Sainte Église recommande de s’abstenir de prier Notre-Dame comme Co-rédemptrice ne serait possible qu’en précisant la Sainte Église depuis Vatican II. Car avant Vatican II, la Sainte Église a au contraire recommandé d’invoquer Marie comme Co-rédemptrice, comme le montre le décret du Saint-Office du 22 janvier 1914 qui accorde une indulgence pour la récitation d’une oraison dans laquelle Marie est appelée « Co-rédemptrice du genre humain ». C’est également l’avis du DTC (1929) qui consacre à ce sujet plusieurs pages et dit dans sa conclusion :
Le mot co-rédemptrice signifiant, par lui-même, une simple coopération à la rédemption de Jésus-Christ, et ayant reçu, depuis plusieurs siècles, dans le langage théologique, le sens très déterminé d’une coopération secondaire et dépendante, selon les témoignages précités, il n’y a point de difficulté sérieuse à s’en servir, à condition que l’on ait soin de l’accompagner de quelques expressions indiquant que le rôle de Marie, dans cette coopération, est un rôle secondaire et dépendant.
Et lors de la préparation du concile Vatican II, la commission chargée de rédiger le schéma sur la Sainte Vierge, document approuvé par Jean XXIII en novembre 1962, affirme clairement que les titres de Médiatrice et de Co-rédemptrice sont en soi très vrais (« licet in se verissima »), mais elle ajoute qu’ils « pourraient être mal interprétés par les protestants, par exemple “Corredemptrix humani generis” ». Ainsi, la “prudence” de l’Église est due non pas à une difficulté théologique mais parce que le concept déplait aux protestants.
L’unanimité des théologiens et des évêques
Ces deux remarques ont eu le mérite de nous pousser à poursuivre nos investigations sur la position de l’Église concernant ces deux notions. Et effectivement, plusieurs articles récents apportent des compléments très intéressants.
Le premier d’entre eux est un article de l’Association Mariale Internationale, association dont le siège est aux États-Unis et qui regroupe une centaine de membres (cardinaux, évêques, religieux, …) de 25 pays différents. L’association dispose en particulier d’une commission théologique de 40 membres dont le but est d’étudier et développer la mariologie. L’article que vient de publier cette commission fait une remarquable analyse critique de Mater Populi Fidelis, montrant en premier lieu l’origine très anciennes des concepts de co-rédemption et de médiation de la Sainte Vierge, puis la continuité de l’enseignement de l’Église jusqu’aux papes récents. L’article expose ensuite la faiblesse des arguments de la note du DDF ainsi que les graves conséquences que peut avoir un tel texte, et termine en demandant clairement que ces deux notions fassent l’objet d’une définition dogmatique. (Pour lire l’article, cliquer sur l’un des liens suivants : version originale en anglais, version traduite en français par DeepL)
En plus de ce premier article, trois articles du Courrier de Rome montrent l’unanimité des théologiens et des évêques sur ces questions avant le concile Vatican II. Deux articles sont consacrés à l’analyse de la position des évêques à la veille du concile : le premier présente les réponses des évêques qui demandaient que le concile définisse clairement la co-rédemption et la médiation de la Sainte Vierge ; le second présente celles des évêques qui y étaient opposés. En effet, cinq mois après l’annonce du concile par Jean XXIII, par une lettre datée 18 juin 1959, la commission pontificale préparatoire demanda aux évêques leurs avis et leurs vœux sur les questions à traiter par le prochain concile. Parmi les réponses reçues, nombre d’entre elles demandaient la définition d’un dogme sur la Co-rédemption et la Médiation universelle de Notre-Dame, notamment : 80 évêques européens (dont Italie : 41, Pologne : 11, Espagne : 9, Irlande : 5), 19 des Etats-Unis, 5 de l’Inde, 4 des Philippines, … Pour la France, 9 évêques sur 106 firent une demande analogue. Le premier article du Courrier de Rome compile les réponses de tous ces évêques qui demandaient que soit définie comme un dogme la Médiation universelle de Marie dans un sens élargi, c’est-à-dire incluant non seulement la Médiation au sens strict, à savoir que la Très Sainte Vierge Marie distribue à tous les hommes toutes les grâces acquises de la Rédemption, mais aussi la Co-rédemption, à savoir que, par l’offrande de ses souffrances au pied de la croix, la Très Sainte Vierge Marie a acquis avec le Christ toutes les grâces de la Rédemption. Ces évêques affirmaient en outre qu’une définition dogmatique, ou au moins une déclaration doctrinale concernant sur ces deux notions, aurait une grande efficacité pour susciter chez les fidèles une dévotion fervente envers la Très Sainte Vierge, et à travers elle envers Notre Seigneur. (Pour lire l’article, cliquer ICI)
Le deuxième article du Courrier de Rome analyse les avis de 10 évêques ayant exprimé une position inverse, dont 2 fermement opposés et 8 hésitants. Il montre que ces évêques n’étaient pas opposés pour des raisons théologiques, mais uniquement pour des raisons pastorales, y compris les 2 évêques fermement opposés. (Pour lire l’article, cliquer ICI)
Enfin, le troisième article du Courrier de Rome détaille la position des plus grands théologiens du XXe siècle : le cardinal Billot (s.j., 1846 – 1931), le père Garrigou Lagrange (o.p., 1877 – 1964), le père de Aldama (s.j., 1903 – 1980), le père Nicolas (o.p., 1906 – 1999), le cardinal Journet (1891 – 1975) et l’abbé René Laurentin (1917-2017). Il analyse également l’avis de trois grandes universités de théologie qui avaient envoyé une réponse à la demande de la commission préparatoire. Il analyse également les cours et les manuels publiés par les professeurs de théologie. L’analyse montre la parfaite unanimité de tous ces théologiens ainsi que la précision et la clarté des définitions auxquelles ils sont arrivés. (Pour lire l’article, cliquer ICI)
Cette unanimité, aussi bien des théologiens que des évêques, confirme que la co-rédemption et la médiation universelle de la Sainte Vierge font partie du dépôt de la foi, même si elles ne font pas encore l’objet d’un dogme. Voici, par exemple, l’avis du cardinal Richaud, évêque de Laval puis de Bordeaux, qui résume parfaitement la situation :
Une définition concernant la Médiation la bienheureuse Vierge pour la distribution des grâces ainsi que sa qualité de Co-rédemptrice me semble très souhaitable. En cette matière dogmatique, bien des points ont fait récemment l’objet d’études approfondies et d’un grand nombre de thèses, à l’occasion de plusieurs congrès et dans le cadre de maints travaux théologiques et il en est résulté un consensus assez unanime. Certes, une telle définition pourrait présenter un obstacle de poids à l’unité tant désirée de la sainte Église, spécialement en ce qui concerne les protestants et certains schismatiques. Cependant, on peut bien se demander si les précisions et les explications qui seraient fournies lors de la promulgation de ce dogme, en mettant une fois de plus en lumière la Maternité divine de la bienheureuse Vierge Marie sur laquelle tout le monde s’accorde et qui s’avère être comme l’origine et le fondement des prérogatives signalées, la Médiation et la Co-rédemption, n’apporteraient pas aux hérétiques et aux schismatiques un éclairage opportun en ce domaine.
Cette unanimité des évêques et des théologiens a été très bien exposée dans le schéma présenté au pape par la commission préparatoire au concile Vatican II (voir ce qui a été dit précédemment).
Quant à la crainte qu’une définition de la co-rédemption et de la médiation de la Sainte Vierge serait plutôt un obstacle qu’un appui pour ramener à l’Église les chrétiens séparés, plusieurs réponses affirment qu’elle n’est pas fondée pour diverses raisons, notamment :
les motifs de la séparation d’avec l’unité de l’Église (notamment le saint Sacrifice de la Messe, la primauté pontificale, le libre examen, …) sont des motifs bien plus radicaux que ceux sur les titres mariaux ;
la doctrine mettant en valeur les privilèges de Marie peut être au contraire un stimulant pour le retour des égarés ;
Toutes ces raisons font que la co-rédemption et la médiation de la Très Sainte Vierge font partie du dépôt de la foi et que nous pouvons donc sans hésiter continuer à invoquer la Sainte Vierge sous ses titres de Co-rédemptrice et Médiatrice de toutes grâces. Mère du Christ et Co-Rédemptrice du genre humain, priez pour nous. Mère de la divine grâce et Médiatrice de toutes grâces, priez pour nous.
En union de prière dans le Cœur Immaculé de Marie Yves de Lassus
Premiers samedis du mois
N’oublions pas de prier pour le futur consistoire des 7 et 8 janvier. Nous n’avons pas eu connaissance de réaction suite à notre dernière lettre de liaison. Mais continuons à prier pour que le Saint-Esprit intervienne et inspire aux cardinaux de parler des premiers samedis du mois au Saint-Père.
1er samedi du mois, 6 décembre prochain à Fatima
Sujet: 1er samedi du mois, 6 décembre prochain à Fatima De : Alliance 1ers samedis du mois < coordination@salve-corda.org› Date: 01/12/2025, 15:46 Pour : contact@fatima100.fr
IMPORTANT: CLÔTURE DU JUBILÉ 2025 DES 1ERS SAMEDIS REPORTÉE
Le pape a été sollicité en audience privé le 22 août dernier sur les 1ers samedis. Une lettre officielle de l’Alliance Salve Corda concernant l’acte demandé par la Sainte Vierge lui a été remise en main propre.
Pour obtenir la paix, Notre Dame a en effet demandé au pape deux actes: 1- la consécration de la Russie à son Cœur Immaculé; 2- la recommandation officielle dans toute l’Église des 1ers samedis.
Nous espérions avoir sa réponse pour le 10 décembre. Mais la charge l’en a sans doute empêché et à ce jour nous n’avons aucune nouvelle.
Cependant, la demande des 1ers samedis du mois a fait l’objet de deux apparitions à s œ u r L u c i e :
celle du 10 décembre 1925 à Pontevedra où la Sainte Vierge a demandé que nous réalisions les 1ers s a m e d i s
celle du 15 février 1926 à Pontevedra où l’Enfant Jésus a confirmé cette demande et fourni des explications complémentaires. Aussi, en raison des contraintes de calendrier, rien ne sera organisé à Rome pour le 10 décembre prochain et nous décalons au 15 février 2026 la clôture du Jubilé.