18.10.2026 – HOMÉLIE DU 29ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – MATTHIEU 22, 15-21

Soyons des disciples missionnaires à la foi active et la charité efficace

Pistes pour l’homélie par l’Abbé Jean Compazieu


Textes bibliques : Lire


En ce 29ème dimanche du Temps ordinaire, nous entendons des textes bibliques qui nous interpellent. Ils nous rappellent l’importance que nous avons aux yeux de Dieu et le rôle que nous avons auprès des autres ; ce sont les paroles de la première lecture : “Je t’ai appelé par ton nom. Je t’ai donné un titre ; je suis le Seigneur et il n’en est pas d’autre.” Cette bonne nouvelle a été annoncée à un peuple qui vient de passer 50 ans en exil sur une terre étrangère. Ce peuple anéanti et humilié va pouvoir retrouver sa dignité et sa fierté. Ce qui est extraordinaire, c’est que Dieu se sert d’un roi païen pour réaliser son projet de salut. Cyrus, roi de Perse est devenu l’homme providentiel qui permettra au peuple d’Israël de retrouver sa terre.

À travers ce texte du prophète, nous entrevoyons un autre libérateur : il s’agit de Jésus lui-même. Avec lui, ce n’est pas seulement Israël qui est sauvé. Il est venu pour tous les peuples du monde. Il nous voit plongés dans notre péché, loin de Dieu. Il a livré son Corps et versé son Sang pour nous et pour la multitude. Il veut associer tous les hommes à sa victoire sur la mort et le péché. La journée missionnaire est là pour nous appeler à être missionnaires.

Nous sommes envoyés pour annoncer “la joie de l’Évangile” ; c’est l’appel que nous adressait inlassablement le pape François : “la joie de l’Évangile remplit le cœur de ceux qui rencontrent Jésus.” C’est cette joie que nous avons à communiquer et à rayonner dans ce monde qui en a bien besoin. Devant ce désert spirituel, la tentation est grande de se décourager et de dire que ça ne sert à rien. Mais dans ce désert, “il faut des hommes de foi, qui par l’exemple de leur vie, montrent le chemin vers la Terre promise et ainsi, tiennent en éveil l’espérance”. (Pape François)

C’est de cette espérance que Paul témoigne dans la 2èmelecture ; il découvre chez les chrétiens de Thessalonique une foi active. Il a annoncé l’Évangile à des gens qui ne le connaissaient pas. Ces païens ont accueilli la Bonne nouvelle et se sont convertis à Jésus Christ. Mais il découvre que le principal travail, c’est Dieu qui le fait dans le cœur des hommes.

Cette annonce de l’Évangile n’a pas été facile pour les envoyés. Ils se sont trouvés affrontés à des gens qui ont cherché à le discréditer. C’est ce qui s’est passé pour Jésus tout au long de son ministère. Dans l’Évangile d’aujourd’hui, nous voyons les pharisiens et les partisans d’Hérode se mettre d’accord pour lui tendre un piège ; ils commencent par faire l’éloge de sa franchise, de sa rectitude et de son intégrité ; mais ce langage flatteur vire progressivement vers un complot contre Jésus : “Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à l’empereur César ?”

Ces oppositions à l’Évangile sont toujours d’actualité : la tentation est grande de mettre hors circuit ceux qui nous remettent en question et nous poussent à changer. Quand la parole de l’Église nous dérange, on fait tout pour la discréditer. Mais rien ne doit arrêter l’annonce de la bonne nouvelle. Le Christ compte sur chacun de nous pour être les témoins et les messagers de ces paroles de la Vie Éternelle.

Dans l’Évangile de ce jour, Jésus remet les choses “à l’endroit” : “Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu.” Certains pourraient croire que Jésus nous invite à un partage clair entre les deux domaines. Pour beaucoup c’est “la semaine à César et le dimanche à Dieu. » Mais ce n’est pas cela que Jésus nous demande. Rendre à Dieu ce qui est à Dieu, “c’est reconnaître, face à n’importe quel type de pouvoir que Dieu est le Seigneur de l’homme et qu’il n’y en a pas d’autre” (pape François). Rendre à Dieu ce qui est à Dieu, c’est s’ouvrir à sa volonté et coopérer à son Royaume de miséricorde, d’amour et de paix.”

Rendre à césar ce qui est à césar, c’est participer à l’organisation de la société dans laquelle nous vivons, c’est assainir les relations en les fondant sur la loyauté, c’est assumer nos tâches dans les divers domaines de la vie sociale, économique et familiale. Nous avons tous à lutter pour que la dignité des plus pauvres soit reconnue et respectée. C’est dans ce monde tel qu’il est que nous sommes envoyés comme messagers de l’Évangile. À l’occasion de cette semaine missionnaire, nous sommes mis devant nos responsabilités. Le Christ nous veut en état de mission quels que soient notre et notre situation.

En célébrant cette Eucharistie, nous voulons, Seigneur, te rendre ce qui te revient. Nous t’offrons tous les actes de foi, d’espérance et de charité qui émaillent de nos vies et de celles de tous nos frères. Avec toi nous nous engageons à tout faire pour que l’amour l’emporte sur la haine et la violence. Sois avec nous pour que l’Évangile soit annoncé dans le monde entier. Amen

Abbé Jean Compazieu

Source: DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 12 octobre 2026

18.10.2026 – HOMÉLIE DU 29ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – MATTHIEU 22, 15-21

La paix de César, la paix de Dieu

Homélie par le Fr. Laurent Mathelot

Source : Évangile selon saint Matthieu 22, 15 – 21

Coincée entre l’Égypte et la Mésopotamie, la Terre d’Israël a de tous temps été le jeu des empires. Elle l’est encore un peu aujourd’hui. On comprend dès lors que la question des impérialismes traverse la Bible, qui tantôt s’en prend à Pharaon, tantôt au roi de Babylone, selon que la menace vient du sud ou du nord. Sur les trois derniers millénaires, la Terre Sainte n’a connu que trois périodes d’indépendance : celle des royaumes bibliques, de Saül à Sédécias ; celle du royaume hasmonéen – les fameux Maccabées –, un siècle avant Jésus-Christ ; et la période moderne, depuis 1948. Le reste du temps, Israël est une terre occupée successivement par les empires assyrien, babylonien, perse, hellénistique, romain, byzantin, arabo-musulman, croisé, mamelouk, ottoman et, finalement, britannique. Cette question des impérialismes qui balayent la Terre Sainte resurgit dans l’Évangile d’aujourd’hui, sous une forme très pragmatique : « Faut-il payer l’impôt à César, l’empereur ? ».

On aurait tort de penser que la Bible dénonce unilatéralement l’impérialisme. La première lecture, tirée du Livre d’Isaïe, est là pour le démentir. On est en 538 av. J.-C., Cyrus le Grand, roi de Perse, vient de soumettre Babylone, libérant les Juifs que Nabuchodonosor y avait déportés. Le texte proclame que c’est Dieu qui est à l’œuvre. A Cyrus, il dit : « Je t’ai appelé par ton nom, je t’ai donné un titre, (…) je t’ai rendu puissant, alors que tu ne me connaissais pas ». Et le titre que Dieu donne à Cyrus est celui de messie, c’est-à-dire christ en grec. La Bible considère très favorablement l’impérialisme de Cyrus, parce qu’il est libérateur.

A l’époque de Jésus, la situation a radicalement changé. La Terre d’Israël est désormais sous le joug romain : une occupation dure, militaire, culturellement imposante et économiquement prédatrice. Le propos de l’impérialisme romain est la « PaxRomana », c’est à dire garantir à Rome la paix, au prix d’une soumission totale des peuples alentour. D’où la hantise romaine de la moindre sédition ou révolte ; d’où sa férule particulièrement féroce ; d’où, surtout, un assèchement économique des territoires conquis afin de nourrir l’Urbs et l’armée. L’impérialisme romain vise à garantir la paix de Rome au prix de l’asservissement des provinces. Dans ces conditions, « Faut-il payer l’impôt à César, l’empereur ? ».

Comme le relève l’Évangile, la question est piégée : si Jésus répond « non », il est un séditieux ; s’il répond « oui », il est un collabo. Par son impossible réponse satisfaisante, cette question révèle l’impuissance dans laquelle se trouve le peuple hébreu, contraint de payer l’impôt à son oppresseur. Et Jésus l’a parfaitement compris, qui répond précisément sur les enjeux de pouvoir : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu », séparant radicalement pouvoir mondain et pouvoir divin. A Pilate, qui cherchera à le condamner pour sédition – « Es-tu le roi des Juifs ? » –, Jésus répondra « Mon royaume n’est pas de ce monde » (Jn 18, 33-37).

La distinction qu’opère ici le Christ est celle de l’esprit avec lequel on gouverne. « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ». L’argent, le pouvoir coercitif, la prédation sont du côté de César ; le détachement, le pouvoir élévateur et la libération sont du côté de Dieu. « Faites la part des choses dans votre vie quotidienne », voilà l’enseignement du Christ aujourd’hui. Et, au-delà, comment souhaitez vous être gouvernés : par un pragmatisme qui cède, pour sa réassurance, au mépris d’autrui – en l’occurrence César – ou par l’idéalisme patient qui espère une paix de tous en Dieu ?

En cette vie, nous oscillons en permanence entre les deux, entre des solutions immédiates, spirituellement insatisfaisantes voire ultimement néfastes, qu’avidement nous mettons en œuvre pour faussement nous rassurer et, d’autre part, des espérances ultimes, que nous peinons à atteindre et qui, pourtant, nous offrent une perspective de salut véritable.

Le ressort de ce balancier sont les peurs que nous éprouvons. C’est elle, la peur de manquer de bien-être, de maîtrise et d’amour qui, à mesure qu’elle atteint notre espérance, focalise notre esprit sur les promesses immédiates des fausses réassurances.

Notre monde aujourd’hui s’affronte brutalement à cet esprit du repli apeuré sur soi, avide de solutions simples mais immédiates, qui voit les populations favoriser les discours extrêmes et des solutions politiques radicales voire violentes. L’individualisme exacerbé, qu’amplifient les réseaux sociaux, fait de beaucoup d’entre nous des petits Césars spirituels, de petits autocrates individuels soumis à la satisfaction immédiate de leurs émotions craintives. Ce faisant, les perspectives éternelles – le temps long de Dieu – s’éloignent, comme en témoigne le désenchantement spirituel de notre monde, qui n’agit plus que dans l’urgence des crises, tant individuelles que collectives.

Cette politique de l’apaisement aussi immédiat que temporaire des craintes, est ultimement vouée à l’échec. Rome, en effet, tombera finalement, en 410, sous les assauts des Wisigoths d’Alaric. La Pax Romana promise par César n’a pas tenu. Nos réassurances immédiates ne durent qu’un temps.

Frères et sœurs, le pouvoir mondain et le pouvoir spirituel nous sont à tous donnés. La question est celle de l’esprit qui nous gouverne. Pour chacune de nos décisions, il s’agit de discerner quel esprit nous pousse : celui de César, avide d’immédiateté fragile et de réassurance vaine ou celui de Dieu, qui nous pousse à agir dans la perspective de l’éternité ?

Quelle paix voulons-nous, immédiate et futile ou patiente et durable ? Amen.

Fr. Laurent Mathelot

Source : RESURGENCE.BE, le 14 octobre 2026

Thérèse d’Avila, piquée par le feu d’amour de Dieu (+1582)

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Thérèse d’Avila, piquée par le feu d’amour de Dieu (+1582)

Religieuse carmélite, Thérèse d’Avila (Thérèse de Jésus en religion) est la figure spirituelle espagnole la plus célèbre du XVIe siècle. Favorisée de dons mystiques extrêmement diversifiés, elle mène une vie chrétienne en tous points exemplaire. Elle entreprend, avec une réussite époustouflante et inexplicable sur le plan humain, à la fois la réforme de son ordre à l’échelle de l’Espagne entière et une œuvre intellectuelle de tout premier plan, dans laquelle elle analyse avec une précision psychologique encore jamais atteinte ses propres expériences mystiques. C’est en grande partie grâce à elle que la spiritualité moderne a pu éclore. La papauté l’a élevée pour cela au rang de docteur de l’Église.

Les raisons d’y croire

  • Thérèse ne fait jamais mention de ses états mystiques, hormis à ses confesseurs et à sa mère supérieure. Pourtant, sa vie mystique est d’une densité extraordinaire (extases, ravissements, visions…). En particulier, Jésus la visite et lui parle.
  • On ne peut soutenir rationnellement que Thérèse était une déséquilibrée. Toute sa vie démontre le contraire : fondation d’une vingtaine de couvents, relations épistolaires avec l’élite politique, sociale et culturelle de son époque, gestion humaine et économique exceptionnelle de ses communautés, écriture d’une œuvre de psychologie religieuse remarquablement intelligente, etc.
  • Ses visions ne pouvaient être non plus des symptômes hallucinatoires ou des indices neurologiques de l’épilepsie. D’une part, l’état d’une victime d’épilepsie est incompatible avec le rythme de travail, très soutenu et permanent, pendant des décennies, que s’impose Thérèse. D’autre part, Thérèse conserve jusqu’à son dernier souffle ses facultés cognitives sans, bien sûr, recevoir le moindre secours des médecins, qui n’auraient de toute manière pas eu les moyens de guérir des lésions ou des tumeurs cérébrales.
  • L’Inquisition de son temps la surveille, non pour des erreurs doctrinales dans ses écrits, mais à cause de la réalité des phénomènes surnaturels qui emplissent sa vie et au sujet desquels le clergé de l’époque est très méfiant.
  • Loin d’être crédule au merveilleux, Thérèse analyse avec détachement ce qui lui arrive. Elle affirme la vérité de ces phénomènes, mais les considère avec justesse comme marginaux dans le cadre de la vie mystique. Thérèse prouve ainsi qu’elle n’est pas avide de sensationnel, mais qu’elle recherche la véritable union à Dieu. Les écrits de Thérèse d’Avila synthétisent et illustrent avec brio la théologie catholique en matière de discernement spirituel.
  • Sapuissance de discernement éclaire aussi le domaine des rapports de l’homme avec le démon. Victime d’attaques dont on ne trouve pas d’origine naturelle, Thérèse réécrit, sans l’avoir étudiée factuellement, toute l’histoire des pièges tendus par le diable à l’encontre des moines et des moniales depuis saint Antoine d’Égypte (milieu du IVe siècle).
  • Au printemps 1560, elle vit la transverbération : son cœur est touché par une «  pointe de feu  » tenue par un «  ange  ». Loin d’être une hallucination, cette réalité a pu être attestée. Après sa mort, une autopsie succincte a permis la découverte d’une blessure des tissus du cœur qui est ainsi décrite : «  Les lèvres de la plaie sont dures et poêlées, tout comme c’est le cas lorsque le cautère est utilisé.   » Une telle lésion ne saurait avoir une cause naturelle.
  • Thérèse, encore jeune carmélite, tombe gravement malade un 15 août, jour de la fête de l’Assomption. C’est seulement quatre jours plus tard qu’elle sort de sa léthargie inexplicable, sauvée par saint Joseph, dont elle répand le culte depuis cette date.
  • Plusieurs témoins fiables ont bel et bien témoigné, et sans hésitation, avoir vu le corps de la sainte suspendu au-dessus du sol, sans aucun appui ni aide matérielle. Au sujet de ces lévitations, Thérèse témoigne : «  Je ne sentais plus pour ainsi dire mes pieds toucher le sol   » (Vie écrite par elle-même, chapitre 20).
  • Les réformes du Carmel espagnol par Thérèse s’échelonnent de 1562 à 1582. Dans ce laps de temps, la Madre parcourt l’Espagne, non avec des moyens dignes de ce nom, mais dans une carriole, bravant de nombreux dangers (brigandage, éboulements, accidents météorologiques, etc.), surmontant on ne sait comment une santé instable et continuant à accompagner l’ensemble de ses communautés en parallèle.
  • Neuf mois après sa mort, le 4 octobre 1582, une première exhumation a lieu : les vêtements de la sainte sont dégradés mais le corps est découvert incorrompu. Sans explication, le processus naturel de dégradation des tissus n’a pas fait son œuvre.

Auteur :

Patrick Sbalchiero, membre de l’Observatoire international des apparitions et des phénomènes mystiques.

Source : La foi chrétienne est vraie