Grâce au saint curé d’Ars, être renouvelé dans le sacerdoce reçu

Saint Jean-Marie Vianney, curé d'Ars. Saint Jean-Marie Vianney, curé

Grâce au saint curé d’Ars, être renouvelé dans le sacerdoce reçu

Le 4 août, l’Église universelle fête saint Jean-Marie Vianney, le curé d’Ars, proclamé en 1929 par Pie XI “patron de tous les curés de l’univers”. Le père Rémi Griveaux, recteur du sanctuaire d’Ars nous parle de l’importance du témoignage du saint français pour les prêtres d’aujourd’hui.

Entretien réalisé par Adélaïde Patrignani – Cité du Vatican

«Ce qui est semé sans honneur ressuscite dans la gloire; ce qui est semé faible ressuscite dans la puissance» ( 1Cor 15, 43). Le rayonnement de saint Jean-Marie Vianney, curé d’Ars (1786-1859), durant sa vie et après sa mort, fait écho aux mots de l’apôtre saint Paul. Issu d’un milieu modeste, si peu doué pour les études que l’on doutait de son aptitude à devenir prêtre, il fut finalement ordonné en 1815. Son ministère, exercé dans le bourg d’Ars et sa campagne environnante, connut une grande fécondité, en particulier à travers la confession. Sa vie de prière et sa charité marquent aussi ceux qu’ils rencontrent. Pendant les dernières années de sa vie, jusqu’à 100 000 pèlerins viennent chaque année vers ce fidèle serviteur du Christ et de son Église.

Aujourd’hui, le sanctuaire d’Ars continue d’attirer les foules, notamment des prêtres venus de tous les continents se recueillir auprès de la tombe de leur saint patron.

Le Pape François a largement parlé du curé d’Ars dans une lettre adressée aux prêtres il y a deux ans, à l’occasion des 160 ans de la mort du saint français.

Le père Rémi Griveaux, recteur du sanctuaire d’Ars et prêtre du diocèse de Paris, nous explique ce que saint Jean-Marie Vianney peut dire aujourd’hui aux prêtres quant à la manière de vivre leur sacerdoce :

Sa grande marque, c’est l’union à Dieu et le souci apostolique de sauver toutes les âmes, toutes les personnes qu’il rencontrera. Donc deux facettes: une union à Dieu constante, ça n’a rien de mystico-particulier, c’est véritablement le don de soi à Dieu et se recevoir de Dieu, un acte de foi éminent et de confiance, une disponibilité à Dieu ; et puis le souci de tous, la miséricorde, la bonté, l’accueil. Et ça, ça peut toucher tous les prêtres d’aujourd’hui.

Quand je vois ceux qui passent, ils sont tout d’abord marqués par les situations politiques, économiques, sociales et culturelles en France, mais aussi en Allemagne, ou en Amérique. Mais ce qu’on voit, c’est leur amour de Dieu et du ministère qui leur est confié.

Au sanctuaire d’Ars, vous êtes évidemment au contact de nombreux prêtres. Que percevez-vous de leur état d’esprit dans cette période où la barque de l’Église traverse des tempêtes? Comment vont les prêtres aujourd’hui?

D’abord, ils sont consciencieux, ils sont conscients de leur charge. Ils sont marqués par le mépris qu’ils ont autour d’eux et en même temps l’attente.

C’est bizarre, mais c’est comme ça, une attente d’une vérité qui se dit, d’un amour qui se dit, d’une bonté qui se dit… Mais surtout ce que les gens attendent, c’est un chemin de bonheur. Et eux sont marqués par ce gouffre qu’il y a entre l’attirance ou le don de soi, l’attirance de la part des autres, le don de soi de la part du prêtre. Et puis du grand écart avec la vision que la société peut avoir. Ce n’est pas la question de la reconnaissance : reconnu ou pas reconnu, ce n’est pas grave. C’est le ministère, est-il reçu? Ça, ça me paraît beaucoup plus grave. C’est leur inquiétude, et en même temps, ils savent que c’est Dieu qui sauve. Mais voilà, comment être disponible à ce que Dieu attend de nous aujourd’hui? C’est une vraie question. Je vois véritablement de vrais soucis de pasteur pour rejoindre les hommes de toutes conditions aujourd’hui.

On attire aussi souvent l’attention sur la solitude, voire l’isolement des prêtres et l’importance de vivre la fraternité. Comment se manifestaient ces dimensions chez le curé d’Ars?

On mangeait bien à la table du curé d’Ars. Curieux comme situation… lui mangeait si peu, et on parle toujours de ses pommes de terre moisies. Lui mangeait peu, c’est vrai, et il mangeait des pommes de terre cuite huit jours avant, d’accord. Mais on savait qu’on mangeait très bien à la table du curé d’Ars. Il savait recevoir. Et jamais il ne disait de mal de ses confrères. Et ça, c’est aussi monumental.

Jamais il ne disait de mal de ses confrères, à tel point qu’un jour, on lui a donné un second à côté de lui, qui était un peu insupportable ou qui veillait à redresser les choses pour que ça tienne debout, et on lui a même proposé de demander à l’évêque de le lui retirer, puisque c’était un peu pénible pour lui.

Sa réponse a été: «qu’est ce qu’on pourrait penser de deux prêtres qui ne s’entendent pas?» C’est extraordinaire. Qu’est ce qu’on pourrait penser? Qu’est ce qu’on pourrait penser de l’œuvre de Dieu si ça ne réagit pas d’abord pour les prêtres entre eux?

La solitude du prêtre est dans le face à face avec Dieu. Et il faut bien ça, il faut prendre ce temps seul.

Après, la solitude sociale peut exister, bien sûr, mais on peut aussi choisir, malheureusement, de se mettre à l’écart. Mais il y a une vraie fraternité qui peut exister, même dans les campagnes où on est un petit peu perdu à droite, à gauche. Vous voyez bien que ce n’était absolument pas le cas pour le curé d’Ars. Donc en ville, on peut vivre en effet en fraternité avec d’autres, sans que ce soit une situation de religieux, qui ont d’autres raisons de le vivre. Le prêtre diocésain a toute sa place dans la fraternité avec ses frères, toute sa place, et c’est important.

Et les gens voient quand dans un presbyterium, on s’entend bien, il y a un rejaillissement de la grâce et de la fraternité. C’est énorme, et ça fait beaucoup plus que tous nos discours.

Comment percevez-vous le fait de proposer un modèle du XIXᵉ siècle à des prêtres du XXIᵉ siècle, surtout à l’heure où l’on parle de décléricalisation, de la place des laïcs par rapport aux prêtres, etc. ?

C’est extraordinaire, parce que là, le curé d’Ars donne une réponse sans s’en rendre compte, et sans l’avoir choisie. Par exemple, savez-vous que, à l’époque, on confiait toutes les maisons d’éducation à des religieux et religieuses ? Lui a commencé par s’appuyer sur les laïcs du coin. Il a eu cette idée géniale de confier ces maisons-là, cet orphelinat, cet accueil, cette école – ces écoles -, à des laïcs. C’est quinze ou vingt ans plus tard que l’évêque va demander que ça passe entre les mains de religieux et religieuses.

Maintenant, le côté désuet, le côté dépassé, le côté vieillot, ou le côté un peu poussiéreux… il suffit de voir la souplesse et la disponibilité du curé d’Ars.

D’abord, pour lui, Dieu est premier. Il commence sa journée à 4 h du matin en priant, et il passe du temps pour ça. Les gens s’en rendent compte.

Deuxièmement, il a passé son temps aux périphéries dans son territoire. Il a vécu sur place ce que nous, nous voyons comme misère éparpillée autour de nous. Il a vécu aussi sur place une chose qui nous manque beaucoup entre prêtres en ce moment, c’est la charité entre prêtres.

Il s’est fait connaître en confessant oui, mais pas en confessant à Ars au début. C’est parce qu’il allait confesser dans les paroisses environnantes qu’on s’est aperçu que le petit prêtre qui était dans la chapelle – ce n’était qu’une chapelle au début, à Ars – confessait drôlement bien. Donc on est venu à Ars pour retrouver ce prêtre qui avait si bien confessé dans les missions environnantes, où on ne lui confiait évidemment pas la charge de mission puisqu’on le prenait pour un nul et pour quelqu’un qui n’avait pas assez d’instruction. Il faut entendre son évêque dire de lui: «il n’est peut-être pas instruit, mais il est éclairé». Et ça, c’est monumental et ça renverse, ça bouleverse le regard des gens et l’avancée vers Jésus-Christ, l’avancée vers Dieu, l’avancée au sein de l’Église telle qu’elle est aujourd’hui.

«Donnez-nous Dieu et nous avancerons», pourrait-on résumer. C’est extrêmement motivant pour un prêtre aujourd’hui, jeune ou plus ancien, pour renouveler le sacerdoce qu’on lui a confié. Parce que c’est véritablement redécouvrir le Christ en premier, le Christ aimé, rencontré, reconnu, adoré et livré aux âmes.

Un des grands mots du curé d’Ars, c’était «gagner des âmes à Dieu».Mais comment pouvoir gagner des âmes à Dieu si soi-même on n’est pas gagné à Dieu? C’était le cas pour lui. Après, le Seigneur fait son œuvre à travers le serviteur. C’est un émerveillement constant chez les prêtres quand ils redécouvrent ça. Le côté 19ᵉ disparaît complètement.

Et en quoi cette sainteté vécue par le curé d’Ars peut-elle être une réponse aux crises que traverse un prêtre?

La sainteté, c’est Dieu qui la donne, [et c’est] aux prêtres de se convertir – c’est Dieu qui donne la conversion aussi. La sainteté, c’est la communion avec Dieu, la disponibilité à Dieu, l’amitié avec Dieu, c’est la nourriture de sa Parole, c’est le fait de vivre et de donner les sacrements, vivre des sacrements. Et c’est la réponse : vivons en ami de Dieu et la grâce passera. Si on ne se convertit pas pour entrer dans le chemin de Dieu, comment voulez-vous permettre à Dieu de faire son œuvre? Il la fera, mais mieux vaut ne pas être un barrage et un écran, mieux vaut être serviteur.

Donc, la conversion à l’amour de Dieu, la conversion à la justice, à la vérité, à la bienveillance, à la Providence de Dieu, c’est vraiment notre vrai chemin.

Dans le cadre de cette fête, vous avez célébré une messe pour les vocations. Que diriez-vous à un jeune homme qui se pose la question du sacerdoce, que vous auriez aimé entendre avant de faire ce choix?

D’abord, je ne sais pas si c’est celle qu’il faudrait lui dire, parce que à chacun revient une parole qui devrait lui être attribuée en propre. Ce que je reconnais comme important et fondateur peut-être, c’est qu’il ne craigne pas de vivre avec l’Évangile. C’est d’abord là que Dieu se révèle et nous parle – ce n’est pas pour rien que c’est la Parole. L’Évangile proclamé, l’Évangile médité, l’Évangile lu et relu, qu’on finit par savoir par cœur, c’est quand même là que Dieu parle, c’est bien de personne à personne.

Évidemment, la vie des sacrements est importante, la charité fraternelle entre chrétiens et entre prêtres est importante. Mais la première rencontre est véritablement, me semble-t-il, avec la lecture de la Parole de Dieu.

Si jamais des jeunes se posent la question ou qu’un petit murmure au fond de la conscience se fait, qu’ils ne craignent pas de garder la porte ouverte au Seigneur et même de Le laisser entrer chez eux. Ils ne seront jamais déçus.

Source: VATICANNEWS, le 4 août 2022

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