Les écrits spirituels inédits de Céline Martin

L’autobiographie spirituelle de Céline Martin, la sœur la plus proche de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, est un bijou offert par les Éditions du Carmel. Explications du Frère Baptiste de l’Assomption qui a édité ce texte.
 

<img src="https://www.famillechretienne.fr/sites/default/files/dpistyles/ena_16_9_extra_big/node_38175/78889/public/thumbnails/image/celine_martin.jpg?itok=XV1AfgqD1649940177&quot; alt="<p>Artiste et <em>« intrépide »</em>, comme disait son père, Céline a un tempérament fougueux qui nous la rend très proche.<br />  

Artiste et « intrépide », comme disait son père, Céline a un tempérament fougueux qui nous la rend très proche.

C’est l’histoire d’une résurrection. Celle d’un manuscrit qui dormait depuis plus d’un siècle à l’ombre du carmel de Lisieux et qui vient d’être exhumé. Il s’agit de l’autobiographie spirituelle de Céline Martin, la plus proche des sœurs de la Petite Thérèse. Elle l’a rédigée en 1909, à la demande de sa prieure, avant qu’il soit enterré. Ignoré de tous sinon des initiés. Il a fallu qu’un carme tombe sur cette pépite. Ce trésor inestimable, le Frère Baptiste ne voulait pas le garder pour lui. C’est peu dire que Céline s’est imposée aux Éditions du Carmel comme une évidence. Céline est une âme enflammée. Elle a vécu plusieurs années dans le monde avant la mort de son père en 1894. La jeune femme est artiste, se lance dans la peinture. Elle goûte un moment la vie de château et reçoit même une demande en mariage. Mais elle retrouve sa petite sœur Thérèse au carmel, à 25 ans, quittant tout sauf… son matériel de photographie.

« Carmélite jusqu’au bout des ongles ! »

Son style direct et sans chichis a de quoi séduire non seulement des religieux carmes aguerris, mais aussi un large public avide d’une spiritualité authentique. Il faut dire que la vie intérieure de Céline a un goût très pascal, celui des victoires acquises à grand prix. « Sa vie est accompagnée de souffrances qui, parce qu’offertes à Jésus, deviennent des sources de vie pour le monde, insiste Frère Baptiste. La mort de sa mère, l’humiliante maladie de son père, ses tentations contre la chasteté, ses premières années difficiles au carmel, ses défauts persistants – qui pourtant me plaisent bien quand elle en parle avec humour –, le décès prématuré de sa sœur, la Petite Thérèse, avec qui elle ne fait qu’une âme, les vexations du démon, etc. Avec Céline, toute la souffrance est transfigurée et traversée par la vie du Ressuscité. C’est cela qui donne à son manuscrit une telle fraîcheur. » 

Ce manuscrit est donc une bouffée d’oxygène pur. Céline, en ouvrant les secrets de son cœur, nous rend accessible le meilleur de la tradition carmélitaine : « Elle est carmélite jusqu’au bout des ongles ! » Une religieuse digne de Thérèse d’Avila ou Jean de la Croix« Elle passe par des purifications qui, à la fin, lui donnent d’être unie à Jésus comme à un époux, estime le Frère Baptiste. Le 8 septembre 1895, elle reçoit une grâce qui, à mon avis, relève de ce que l’on appelle, dans le jargon carmélitain, l’union transformante : “Après cette donation à l’Amour, mon union avec Jésus devint plus étroite encore et le 8 septembre suivant, dans une grâce tout intime qui me fut accordée pendant mon oraison du soir, Jésus me fit sentir qu’Il prenait possession de mon âme pour y vivre […]. Je sentis que j’étais possédée de Jésus.”»

Le Frère Baptiste note un autre trait propre au carmel, celui de cette vive flamme d’amour qui illumine l’existence des saints de l’ordre : « Elle est une “Élie” incarnée ! Elle brûle de zèle pour le Salut des âmes. Je la cite encore : “Ô mon Jésus !, donnez-moi des âmes, la quantité de mes frères ne m’effraie plus. Qu’ils soient cent ou dix mille et avec eux toutes les âmes qu’ils vous gagneront, il y a place pour tous. Encore ! encore !” » Difficile d’être plus carmélite que par ce cri. 

« L’intrépide »

Son tempérament fougueux, qui nous la rend très proche, la pousse à défendre la patrie, la famille ou l’Église. « Généralement, nos défauts persistants sont le revers de potentialités que la grâce purifie et perfectionne, explique Frère Baptiste. C’est le cas chez Céline. Comme le disait son père, Louis Martin, elle est une “ intrépide”. Lorsque, au retour de Rome, dans l’ascenseur d’un hôtel à Lyon où elle est avec Thérèse, elle discute avec un homme qui se moque de la “sénilité” de Léon XIII, elle lui répond du tac au tac : “Il serait à souhaiter, monsieur, que vous eussiez son âge, peut-être auriez-vous en même temps son expérience qui vous empêcherait de parler inconsidérément de choses que vous ne connaissez pas !” Ce qui jette un froid dans l’ascenseur ! »

Son zèle peu à peu se fait intérieur. « Quand elle entre au couvent, c’est avec cette force d’âme qu’elle entreprend un autre combat, autrement plus rude, de mort à soi. Pour parler de ses premières années au carmel, elle utilise le terme de “ruine”. Sa maison intérieure s’effondre pour être refondée sur le Christ. Comme elle l’écrit : “Avant d’être victorieux, il faut aller à la bataille et verser son sang ; pour s’enrichir il faut travailler sans craindre sa peine et si nous trouvons superbe la nature agreste de nos montagnes il faut se souvenir qu’elle n’a acquis sa beauté que par le soulèvement douloureux de ses profondeurs embrasées.” »

« Jésus n’opère en moi qu’en démolissant »

Sa vie est une montée vers Pâques qui ne fait pas l’économie du désert des tentations ni de la nuit de Gethsémani« Son “ oui” total à Jésus est un “non” définitif au démon, résume le carme.Comme elle l’écrit : “Jésus n’opère alors en moi qu’en démolissant.” Elle laisse donc Jésus lui ôter tout ce qui l’éloigne encore de Lui. » Son combat principal sera étonnamment celui de la chasteté (voir p. 29). Ce thème est le fil rouge de son autobiographie qu’elle nomme « Histoire d’un tison arraché du feu ». « Le tison, c’est elle ; le feu, ce sont les tentations contre la chasteté, décrypte le Frère Baptiste. Elle a été “arrachée” – le terme est fort ! – de ce feu par la main puissante de Jésus. Elle en parle d’autant plus volontiers qu’elle déplore le fait que ce thème reste tabou dans l’enseignement de la vie chrétienne : “Et nous, nous, sous le prétexte d’une réserve de bon ton, nous faisons le silence autour de cette importante question, laquelle intéresse presque tout le monde, et les pauvres âmes se perdent faute de conseil, faute d’espérance. Ah ! si je pouvais ! […] Que mes désirs sont grands de voler auprès des pauvres âmes tentées, des pauvres cœurs séduits. Je leur raconterai mes peines, mes petits efforts, et la victoire qu’a remportée Jésus.” »

Pour Céline, le combat se déroule en deux temps. « Le premier temps, avant qu’elle n’entre au carmel, elle est assaillie de tentations contre la pureté. Elle en parle avec pudeur dans son manuscrit. Pour terrasser le démon de l’impureté, explique-t-elle, il faut unir la prière aux petits sacrifices. Jésus offre à Céline sa grâce. Mais pour que la grâce opère en elle, Céline doit l’accepter. Le démon peut donc s’acharner, l’effrayer, etc., il reste impuissant. » Le deuxième temps, plus mystérieux, fait suite à son entrée au Carmel.

« De même que Thérèse est plongée dans les ténèbres des tentations contre la foi, Céline se voit plongée dans le feu des tentations contre la pureté, insiste le Frère Baptiste. À partir de ce moment, elle sent bien qu’elle souffre mais pour d’autres personnes. Elle entre dans une “nuit rédemptrice”. Ce qu’elle en écrit est bouleversant. Je lui laisse la parole :“Chaque soir, j’allais pendant le silence m’agenouiller au pied du calvaire du préau, je me mettais sous la croix et je demandais à Jésus de faire couler sur moi son sang rédempteur, de m’inonder de cette divine rosée et de purifier toutes les âmes souillées.” »

La victoire de Céline a quelque chose de prophétique au regard de notre époque où l’éloge de « l’impureté » est presque devenu une marque de vertu. « Céline a combattu pour notre génération à nous. Comme elle l’écrit à la suite de Thérèse : “Je veux passer mon Ciel à faire du bien sur la terre… Je planterai partout des lys [des vertus de pureté, Ndlr], j’en ferai germer même sur les tisons enflammés !” » Céline a de quoi jardiner.

Céline, premier disciple de Thérèse 

Les liens unissant Céline à sa petite sœur Thérèse ont toujours été très forts. Inséparables dans leurs jeux d’enfants, elles deviennent totalement soudées dans la prière. « Notre union d’âmes devint si intime que je n’essayerai même pas de la dépeindre dans le langage de la terre, ce serait la déflorer », écrira Thérèse. Séparées par l’entrée au couvent de Thérèse, elles échangent une abondante correspondance spirituelle. Lorsque Céline arrive à son tour au carmel, Thérèse la prend sous son aile et lui enseigne sa « petite voie ». Après la mort de cette dernière, Céline se donne pour mission de faire rayonner sa doctrine spirituelle dont elle se fait l’exégète à travers plusieurs écrits et productions iconographiques. Elle prendra part avec énergie au procès de canonisation de sa sœur.

Source: FAMILLECHRETIENNE, le 18 avril 2022

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