« Le mystère de l’Eucharistie dans la vie de l’Église » : ce que les évêques américains ont réellement dit à Baltimore

Un évêque examine des documents lors d’une session du 17 novembre 2021 de l’assemblée générale d’automne de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis à Baltimore. (Photo CNS/Roll Bob)

« Le mystère de l’Eucharistie dans la vie de l’Église » : ce que les évêques américains ont réellement dit à Baltimore

De George Wigel sur The Catholic World Report :

Ce que les évêques ont vraiment dit à Baltimore

Les catholiques qui doutent de ce qu’ils lisent dans la presse sur pratiquement tous les autres sujets ne devraient pas mordre à l’hameçon lancé par les médias et penser que les évêques ont esquivé la « question de l’avortement » au moment crucial.

18 novembre 2021

Après que les évêques des États-Unis ont adopté « Le mystère de l’Eucharistie dans la vie de l’Église » le 17 novembre, il a fallu moins d’une heure au Washington Post pour déformer ce que le document enseignait, puisque l’article en ligne du Post était intitulé « La Conférence des évêques catholiques des États-Unis approuve le document sur la communion sans pointer du doigt les politiciens qui soutiennent le droit à l’avortement. »

Le Wall Street Journal, qui a eu toute la journée pour réfléchir à la déclaration des évêques, s’est lui aussi complètement trompé, en titrant le lendemain : « Les évêques évitent la question de l’avortement dans les directives sur la communion ».

Si je peux emprunter la formule à un païen, Jeremy Bentham, c’est un non-sens sur des échasses.

Pour ceux qui s’intéressent à cette facette particulière d’une déclaration finement élaborée destinée à raviver l’étonnement et la vigueur eucharistiques dans l’Église, voici les paragraphes clés avec leurs notes de bas de page :

38. Le Pape François nous a prévenus que dans notre « culture du jetable », nous devons combattre la tendance à considérer les gens comme « jetables » : « Il semble que certaines parties de notre famille humaine puissent être facilement sacrifiées pour le bien d’autres personnes considérées comme dignes d’une existence insouciante. En fin de compte, « les personnes ne sont plus considérées comme une valeur primordiale dont il faut prendre soin et qu’il faut respecter, surtout lorsqu’elles sont pauvres et handicapées, « pas encore utiles » – comme les enfants à naître, ou « dont on n’a plus besoin » – comme les personnes âgées ».(1) En tant que chrétiens, nous avons la responsabilité de promouvoir la vie et la dignité de la personne humaine, d’aimer et de protéger les plus vulnérables parmi nous : les enfants à naître, les migrants et les réfugiés, les victimes de l’injustice raciale, les malades et les personnes âgées.

39. Le Concile Vatican II souligne l’importance de la révérence envers la personne humaine. « Chacun doit considérer son prochain sans exception comme un autre soi-même, en tenant compte avant tout de sa vie et des moyens nécessaires pour la vivre dignement, afin de ne pas imiter l’homme riche qui n’a pas eu le souci du pauvre Lazare.(2) Le Concile poursuit en disant que

« tout ce qui s’oppose à la vie elle-même, comme tout type de meurtre, de génocide, d’avortement, d’euthanasie ou d’autodestruction volontaire, tout ce qui viole l’intégrité de la personne humaine, comme les mutilations, les tourments infligés au corps ou à l’esprit, les tentatives de contraindre la volonté elle-même ; tout ce qui porte atteinte à la dignité humaine, comme les conditions de vie infrahumaines, les emprisonnements arbitraires, les déportations, l’esclavage, la prostitution, la vente de femmes et d’enfants, ainsi que les conditions de travail indignes, où les hommes sont traités comme de simples outils pour le profit, plutôt que comme des personnes libres et responsables ; toutes ces choses et d’autres semblables sont des infamies. Elles empoisonnent la société humaine, mais elles font plus de mal à ceux qui les pratiquent qu’à ceux qui en souffrent.  » (3)

48. Nous devons également garder à l’esprit que « la célébration de l’Eucharistie présuppose que la communion existe déjà, une communion qu’elle cherche à consolider et à porter à sa perfection ».(4) L’Eucharistie est le sacrement de la communion ecclésiale, car elle signifie et réalise pleinement la communion avec le Christ qui a commencé au Baptême. Cela inclut la communion dans sa « dimension visible, qui implique la communion dans l’enseignement des Apôtres, dans les sacrements et dans l’ordre hiérarchique de l’Église ».(5) De même, la réception de la Sainte Communion entraîne la communion avec l’Église dans cette dimension visible. Nous répétons ce que les évêques américains ont déclaré en 2006 :

« Si un catholique, dans sa vie personnelle ou professionnelle, devait sciemment et obstinément rejeter les doctrines définies de l’Église, ou sciemment et obstinément répudier son enseignement définitif sur les questions morales, il diminuerait cependant sérieusement sa communion avec l’Église. La réception de la sainte communion dans une telle situation ne serait pas en accord avec la nature de la célébration eucharistique, de sorte qu’il devrait s’en abstenir. « (6)

La réception de la Sainte Communion dans une telle situation est également susceptible de provoquer un scandale chez les autres, en affaiblissant leur volonté d’être fidèles aux exigences de l’Évangile(7).

49. La communion avec le Christ et son Église implique donc à la fois la « communion invisible » (être en état de grâce) et la « communion visible ». Saint Jean Paul II a expliqué :

« Le jugement sur l’état de grâce n’appartient évidemment qu’à la personne concernée, puisqu’il s’agit d’un examen de conscience. Cependant, dans le cas d’un comportement extérieur gravement, clairement et résolument contraire à la norme morale, l’Eglise, dans sa préoccupation pastorale pour le bon ordre de la communauté et par respect pour le sacrement, ne peut manquer de se sentir directement concernée. Le Code de droit canonique fait référence à cette situation de manque manifeste de dispositions morales appropriées lorsqu’il affirme que ceux qui « persistent obstinément dans un péché grave manifeste » ne doivent pas être admis à la communion eucharistique « (8).

Il est de la responsabilité particulière de l’évêque diocésain de travailler à remédier aux situations qui impliquent des actions publiques en désaccord avec la communion visible de l’Église et la loi morale. En effet, il doit veiller à l’intégrité du sacrement, à la communion visible de l’Église et au salut des âmes.

C’est-à-dire

1) Faciliter le grave mal moral de l’avortement est un acte public qui nous éloigne (pour utiliser le terme du Pape François lors d’une récente conférence de presse) de la pleine communion avec l’Église.

2) Ceux qui ne sont pas en pleine communion avec l’Église en raison de leurs actions publiques ne devraient pas se présenter à la sainte communion. Se présenter à la sainte communion, c’est déclarer publiquement que l’on est en pleine communion avec l’Église. Si ce n’est pas le cas, alors le mensonge de se présenter pour la sainte communion aggrave le mal des actes publics qui nous éloignent de l’Église.

3) Les évêques ont l’obligation solennelle d’informer les catholiques éloignés de leur situation et de travailler à les catéchiser dans la vérité. Si cette catéchèse échoue et que le catholique éloigné continue obstinément à faciliter le mal grave, il faut alors lui dire de ne pas se présenter à la sainte communion.

Ce sont là des vérités bien établies de la foi catholique, et ce que propose « Le Mystère de l’Eucharistie » aurait dû être une pratique pastorale catholique établie de longue date. Les évêques se sont maintenant réengagés dans le dur labeur d’amener les fonctionnaires catholiques dévoyés à la vérité et ils devraient être soutenus dans ces efforts par le peuple de l’Église – qui a sa propre responsabilité de corriger, dans la charité et la franchise, les collègues catholiques dont le travail au sein du gouvernement facilite la méchanceté de tuer des êtres humains innocents au nom des « soins de santé génésique » (une formulation orwellienne s’il y en a une). Les évêques qui s’efforcent d’amener les fonctionnaires à la vérité, et qui appliquent ensuite les mesures disciplinaires appropriées si ces efforts échouent, devraient être soutenus par leurs frères évêques. Les évêques qui refusent de s’acquitter de ce devoir pastoral devraient être corrigés fraternellement par leurs frères évêques. Et les catholiques qui doutent de ce qu’ils lisent dans la presse sur pratiquement tous les autres sujets ne devraient pas mordre à l’hameçon lancé par des médias comme le Post et le Journal et penser que les évêques ont esquivé la « question de l’avortement » au moment crucial.

Pourquoi une si grande partie des médias ont-ils bâclé cette histoire ? L’assistant d’un éminent évêque américain a trouvé une partie de la réponse lorsqu’il m’a écrit que « les médias laïques sont venus pour écrire un article sur l’avortement et ne se sont pas laissé décourager ». C’est assez vrai, je suppose. Mais une opération de communication compétente et alerte à la Conférence des évêques catholiques des États-Unis aurait anticipé une telle manipulation – et immédiatement après l’adoption du « Mystère de l’Eucharistie », aurait organisé un point de presse pour expliquer ce qui vient d’être expliqué ci-dessus.

Ainsi, et ce n’est pas la première fois, un travail important réalisé par les évêques pendant de nombreux mois a été sapé par ce qui ne peut être décrit que comme un travail de personnel inepte ; la charité interdit de suggérer toute autre explication.

Et maintenant ? En dépit des autres absurdités médiatiques, il n’a jamais été du ressort de l’USCCB d' »interdire » aux politiciens catholiques pro-avortement de recevoir la sainte communion. C’est aux évêques locaux qu’il incombe de s’occuper des fonctionnaires catholiques en rupture de ban. Cette responsabilité a maintenant été clairement établie. Il est donc impératif que chaque Ordinaire diocésain, à son retour de la réunion annuelle de Baltimore, veille à la diffusion à grande échelle du « Mystère de l’Eucharistie dans la vie de l’Église », explique ses implications pour tous les catholiques, puis s’attelle au dur travail pastoral consistant à faire comprendre aux fonctionnaires catholiques dont il a la charge la vérité de leur situation et ses implications, si ces fonctionnaires sont objectivement éloignés de l’Église. Cette politique a été réaffirmée par la conférence des évêques des États-Unis. Il incombe à tous les évêques, mais peut-être surtout à ceux qui soutiennent le plus vocalement la collégialité et la synodalité, de mettre en œuvre cette politique.

Les évêques ont appelé les catholiques de tous les états de vie à être plus centrés sur l’eucharistie, plus engagés dans l’eucharistie et plus cohérents dans l’eucharistie. C’était l’intention de ce document dès le début. « Le Mystère de l’Eucharistie dans la vie de l’Église » mérite donc une lecture attentive de la part de chacun. Et chacun d’entre nous devrait faire un examen de conscience sur sa relation au sacrement dont, comme l’a enseigné Jean-Paul II, l’Église tire sa vie.

Quelques réflexions supplémentaires sur les événements de ces derniers jours à Baltimore s’imposent.

Le nonce apostolique, Mgr Christoph Pierre, ne s’en est probablement pas rendu compte, mais il n’a pas rendu un bon service au mouvement pro-vie lorsque, dans son discours aux évêques, il a déclaré qu’il était important que les catholiques saisissent et fassent quelque chose au sujet des problèmes sociaux qui conduisent les femmes à recourir à l’avortement – comme si cela n’avait pas été le cas dans le passé et ne l’est pas maintenant. Mais c’est précisément ce que font les catholiques qui ont donné du temps, des trésors et d’innombrables actes de compassion et d’amour aux femmes qui se sont présentées dans les centres de crise de grossesse au cours du demi-siècle qui a suivi l’arrêt Roe v. Wade. Comme l’a récemment dit Kevin D. Williamson, « Nous savons ce qui se passe avec les femmes qui entrent dans les abattoirs humains » des « cliniques » de Planned Parenthood. « Elles sont terrifiées, elles sont pauvres, elles sont seules, elles ont été écartées, elles ont reçu une nouvelle variable écrasante dans leur vie, qui ne comportait pas beaucoup de confort ou de certitude au départ… » Les personnes pro-vie qui travaillent avec des femmes en situation de grossesse critique savent tout cela depuis longtemps ; elles réagissent à ces circonstances horribles comme le Christ l’aurait fait ; et elles n’ont pas besoin d’être instruites sur la nécessité putative d’élargir leurs horizons.

Le conseil de l’archevêque Pierre aux évêques de valoriser l' »unité » par-dessus tout était également inutile. L’unité comprise comme une unanimité virtuelle signifie que le plus petit dénominateur commun détermine le cours de l’enseignement d’une conférence épiscopale. Ce n’est pas ainsi que la collégialité et la synodalité étaient vécues lors des grands conciles de l’ère patristique. Ce n’est pas ainsi que saint Charles Borromée a mis en œuvre les réformes du Concile de Trente à Milan. Et si le pape saint Paul VI a veillé à ce que les documents du concile Vatican II soient adoptés par le plus grand consensus possible, il a refusé de sacrifier la vérité à une fausse conception de l’unité comme unanimité sur des questions aussi âprement disputées que la collégialité épiscopale ou la liberté religieuse.

Enfin, il serait instructif de savoir à qui Mgr Pierre pensait lorsqu’il mettait en garde ceux qui sont tentés « de traiter l’Eucharistie comme quelque chose à offrir à quelques privilégiés…. ». Je ne peux pas penser à un seul évêque ou prêtre qui souffre de cette tentation, et je serais surpris que l’archevêque puisse en citer un. Alors pourquoi réitérer la vision caricaturale du catholicisme américain que l’on trouve trop souvent dans La Civiltà Cattolica et d’autres cercles romains ces dernières années ? Il n’est pas utile d’entretenir les fantasmes d’un catholicisme américain trempé dans le jus de la pharisaïsme donatiste.

La crise pastorale d’une Église américaine dans laquelle d’éminents laïcs catholiques agissent publiquement au mépris des vérités morales qui peuvent être connues à la fois par la raison et par la révélation, tout en s’imaginant dignes de recevoir la sainte communion, va se poursuivre. Les évêques ont maintenant réaffirmé leur responsabilité de faire face à cette crise, et « Le Mystère de l’Eucharistie dans la vie de l’Eglise » explique encore une fois les pratiques pastorales appropriées à déployer pour répondre à une facette importante du défi de la cohérence eucharistique. Les laïcs catholiques doivent soutenir les évêques dans leurs efforts.

Mais les laïcs catholiques doivent également s’atteler à leur propre travail de correction fraternelle de leurs coreligionnaires qui facilitent le travail des « abattoirs humains » auxquels Kevin Williamson fait référence – et doivent tenir les responsables publics responsables devant les urnes s’ils ne changent pas leurs habitudes. Ce ne sont pas les évêques qui ont mis en place le président Biden, le président de la Chambre des représentants Pelosi, le sénateur Durbin, le représentant DeLauro, et le reste de l’Amen Corner des mécréants catholiques de Planned Parenthood. Ce sont leurs collègues laïcs catholiques. Et cela doit changer.

Notes en fin de texte :

1 Pape François, Fratelli tutti, no. 18.

2 Concile Vatican II, Gaudium et spes, n° 27.

3 Concile Vatican II, Gaudium et spes, n° 27.

4 Pape Jean-Paul II, Ecclesia de Eucharistia, no. 35.

5 Pape Jean-Paul II, Ecclesia de Eucharistia, no. 35 ; voir aussi Code de Droit Canonique, c. 205 et Code des Canons des Eglises Orientales, c. 8.

6 USCCB, « Heureux ceux qui sont appelés à sa Cène » : Sur la préparation à recevoir dignement le Christ dans l’Eucharistie, p. 11 ; voir Code de droit canonique, can. 916 : « Une personne consciente d’un péché grave ne doit pas célébrer la Messe ou recevoir le corps du Seigneur sans confession sacramentelle préalable, à moins qu’il n’y ait une raison grave et qu’il n’y ait pas d’occasion de se confesser ; dans ce cas, la personne doit se rappeler l’obligation de faire un acte de contrition parfaite qui inclut la résolution de se confesser le plus tôt possible. »

7 Voir Catéchisme de l’Église catholique, n° 2284.

8 Pape Jean-Paul II, Ecclesia de Eucharistia, no. 37 ; voir Code de droit canonique, can. 915 : « Ceux qui ont été excommuniés ou interdits après l’imposition ou la déclaration de la peine et les autres qui persévèrent obstinément dans un péché grave manifeste ne doivent pas être admis à la sainte communion. » De même, le Code des Canons des Églises orientales affirme que « ceux qui sont publiquement indignes sont interdits de recevoir la Divine Eucharistie » (c. 712).

Source: The Catholic World Report, le 18 novembre 2021

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s