Entendre la « clameur des pauvres »

© Élodie Perriot – Lazare Lyon – Mars 2017

Une semaine avant la Journée mondiale des pauvres, ce sont les évêques de France qui ont reçu lors de leur assemblée plénière des personnes ayant vécu une grande précarité. Notre chroniqueuse Véronique Fayet, ancienne présidente du Secours catholique, tire les enseignements de cette rencontre exceptionnelle.

L’Assemblée plénière des évêques, la semaine dernière à Lourdes, a été riche de rencontres, d’émotions, de paroles fortes et il faut s’en réjouir pour l’Église ! Les médias ont surtout retenu ce qui portait sur les suites du rapport de la Ciase mais un autre événement est passé un peu inaperçu : pour la première fois dans cette noble assemblée, des personnes qui vivent la grande précarité et l’exclusion sociale se sont exprimées et ont dialogué avec les évêques. Cette rencontre était une étape du parcours de réflexion voulu par le Conseil permanent sur l’écologie intégrale. 

Le témoignage de Désirée

Démarré en 2019, ce parcours a abordé les questions de la crise écologique mondiale et de l’avenir de la planète, les thèmes de l’agriculture et de l’alimentation, de l’économie et de la production de richesses… Les évêques et leurs invités ont pu dialoguer et se laisser interpeller par des militants écologistes et des acteurs engagés dans la transition écologique. Avant le travail de synthèse de ce parcours qui aura lieu à l’Assemblée plénière de mars 2022, il fallait entendre la « clameur des pauvres », entendre leurs cris et leurs propositions pour un monde plus juste, entendre ce qu’ils attendent de l’Église pour construire et protéger la « maison commune ». Pendant deux mois, une douzaine de groupes de personnes en précarité ont travaillé, réfléchi, écrit et deux représentants de chaque groupe étaient invités à Lourdes. 

Désirée, qui a connu la prostitution en arrivant en France, est membre du groupe de partage de l’association Aux captifs la libération. Elle a rappelé que c’est « l’indifférence qui fait mal, comme les barrières, les préjugés. Il y a des barrières invisibles dans la société », ou encore que « la vie est difficile quand on n’a pas sa place dans la société ». Aux “Captifs”, dit-elle « le fait d’être ensemble, entourée d’amis, dans de bonnes réunions à la recherche de Dieu, ce sont des moments éphémères de bonheur, créés par nous, qui nous apportent de la joie. Tu te sens plus aimée. Tu es moins rejetée grâce aux Captifs ! » ! Et dans tous les groupes (Lazare, Œuvre d’Orient, Réseau Saint-Laurent, Secours catholique…) c’était le même cri, le même désir d’être reconnu, aimé, écouté. Le même désir de contribuer par son expérience et son intelligence à la construction d’un monde plus juste et plus fraternel, moins centré sur l’avoir, la possession et le pillage de la nature. 

Des demandes très simples

De nombreux évêques ont été touchés par ces échanges vrais. Ils ont été invités à prendre des initiatives concrètes et simples pour que les personnes pauvres trouvent leur place dans l’Église. Tous les intervenants ont dit à quel point ces petits groupes dans lesquels ils vivent la confiance, la fraternité, l’entraide, une parole libre autour de la Parole de Dieu sont essentiels pour ceux qui se sentent si loin de l’Église. Ils ont évoqué des pèlerinages qui permettent des rencontres vraies et des échanges en profondeur. Des demandes très simples que nous pouvons tous mettre en pratique dans nos diocèses, nos paroisses, nos quartiers : créer un groupe, une petite fraternité, ouverte en priorité aux personnes qui vivent la pauvreté et l’exclusion, pour vivre un partage de vie autour de l’évangile et petit à petit retrouver une place dans l’Église. Désirée en témoigne : « Grâce aux “Captifs” on est mieux. Accueillis à la messe, on se sent moins extérieurs. »  

Ce que vivent ces groupes de partage, c’est bien une Église qui marche au pas des plus petits, qui va chercher aux périphéries ceux qui se sentent jugés, oubliés.

Sans préjuger de ce que les évêques et leurs invités tireront comme enseignements de ces rencontres, de ce qu’ils voudront impulser dans leur diocèse, il est évident que ces échanges viennent nourrir notre démarche synodale. Ce que vivent ces groupes de partage, c’est bien une Église qui marche au pas des plus petits, qui va chercher aux périphéries ceux qui se sentent jugés, oubliés. Une Église qui comprend que les petits ont beaucoup à nous enseigner et qui se souvient que par amour, Dieu a voulu « cacher aux sages aux savants et révéler aux tout petits » sa sagesse et beaucoup d’autres choses… (Lc 10, 21) Au moment où le Pape nous invite à chercher les voies d’une Église plus synodale et qui tourne le dos à toutes formes d’abus, il serait fou de ne pas écouter et mettre en pratique cette parole de Jésus qui nous invite à la Joie.

Source: ALETEIA, le 13 novembre 2021

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