ABUS SEXUELS: LETTRE DE NICOLAS BETTICHER AU PAPE FRANÇOIS

ABUS SEXUELS: LETTRE DE NICOLAS BETTICHER AU PAPE FRANÇOIS

Non satisfait de la réaction des évêques français au scandale des abus sexuels, l’abbé Nicolas Betticher, de la Paroisse Frère Nicolas, à Berne, a écrit une lettre ouverte au pape François. Il demande un signal clair de la part de l’Eglise.

La lettre de Nicolas Betticher est visible sur le site de sa paroisse de Bruder Klaus, à Berne. Elle sera aussi présentée à l’issue des messes. La démarche se veut participative et les fidèles sont appelés à signer ou/et à commenter, en bien ou en mal, le texte, précise-t-il à cath.ch. Une fois un certain nombre de signatures obtenues, la lettre sera envoyée au Saint-Père, à Rome. Chacun/e peut soutenir cette démarche sur le lien de sa paroisse.

Extrait de l’entretien de l’abbé Nicolas Betticher avec Kath.ch:

Que pensez-vous du débat actuel sur les abus en France?
Nicolas Betticher: Je suis choqué. Il y a au moins 330’000 cas d’abus – et rien ne se passe. Les évêques et les catholiques acceptent simplement le scandale. Comment se peut-il que les catholiques descendent dans la rue contre le «mariage pour tous» – mais restent silencieux face au fait que tant d’enfants et de jeunes ont été blessés? Il manque un signal fort qui dise: «ça suffit!»

Et il n’est pas possible que le président de la Conférence des évêques de France (CEF) puisse dire: «S’il vous plaît, donnez-nous de l’argent pour indemniser les victimes des erreurs commises par des évêques, dont certains sont encore en fonction. C’est absurde. Pour les victimes, c’est une gifle».

Dimanche dernier, à l’occasion de votre homélie, vous avez annoncé une initiative personnelle…
Le pape François a ouvert le processus synodal à Rome. Il me manque cependant un signe indiquant que quelque chose est vraiment en train de changer. J’ai annoncé dans mon homélie que j’allais écrire une lettre au pape. Ça ne peut pas continuer ainsi. Je perçois aussi que le processus synodal est en danger.

«Nous devons mettre en place des tribunaux et des organes de contrôle indépendants dans chaque pays»

Pourquoi?
Le processus est éclipsé par la crise des abus. Nous ne pouvons pas parler de manière crédible de la foi, de l’Évangile et de l’écoute du Saint-Esprit si nous n’abordons pas enfin la question du pouvoir. Pour cela, cependant, nous avons besoin d’un signal du pape indiquant qu’il ne veut pas seulement écouter, mais qu’il veut réellement introduire une séparation des pouvoirs dans l’Église. Un évêque ne peut pas être le juge suprême, le chef suprême du personnel, le premier stratège et, par-dessus le marché, un bon berger et un père spirituel. Il s’agit d’une erreur systémique qui porte préjudice aux évêques eux-mêmes. La situation légale doit être révisée de toute urgence.

SUITE SOUS: CATH.CH (traduction), du 14 octobre 2021

La lettre de Nicolas Betticher au pape

«Cher Saint-Père,

nous sommes membres d’une paroisse du diocèse de Bâle en Suisse. Elle est sous la protection du saint Frère Nicolas, un laïc, père de famille et mari qui a trouvé Dieu dans l’humilité, dans le silence de la prière eucharistique. Il était également un homme de paix et d’harmonie.

Nous vous remercions tous, Saint-Père, pour le processus synodal que vous avez initié. Nous nous joignons à lui et nous nous réjouissons ! Nous allons, avec notre évêque Felix Gmür et toutes les autres paroisses du diocèse, nous recueillir, prier, et donner le maximum d’espace à l’Esprit Saint afin de reconnaître les signes des temps. Que veut Dieu de nous aujourd’hui? Où veut-il mener son Église?

Vous voulez que le peuple de Dieu prie avec vous, qu’il ressente avec vous et qu’il pense avec vous. Nous le ferons.

Mais: dès que nous parlons de l’Église et du processus synodal avec d’autres chrétiens, la question des abus est immédiatement mise en avant. Elle fait de l’ombre à tout le Synode! Au lieu de parler de l’Évangile, du salut et de l’amour de Dieu, cette terrible question revient sans cesse sur le devant de la scène.

Nous pouvons très bien le comprendre car c’est précisément l’Église qui ne donne aucune réponse substantielle et profonde aux abus de pouvoir de toutes sortes dans l’Église.

Saint Père, nous vous demandons : donnez-nous un signe concret, même de manière rudimentaire, que nous devons changer les structures de l’Église autour du pouvoir dans celle-ci. Décider du principe d’une modification de la loi qui permettrait l’existence de tribunaux et d’autorités de contrôle indépendants dans le monde entier. Cela soulagerait les évêques et redonnerait une certaine crédibilité à l’Église.

Ce n’est qu’à cette condition que cette question dévastatrice de l’abus de pouvoir pourra être dédramatisée pour commencer vraiment le processus synodal.

Ce n’est qu’alors que nous vivrons vraiment un synode comme vous le souhaitez.

Nous sommes heureux de participer au processus synodal. Mais s’il vous plaît : envoyez un signal clair.

Merci!

Profondément unis dans la prière et l’espérance

Nicolas Betticher, prêtre»

(Traduit de l’allemand avec la validation de Nicolas Betticher)

Voir: CATH.CH, du 14 octobre 2021

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