Fratelli tutti : le pape François ou la vertu d’utopie

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Antoine Mekary | ALETEIA

Fratelli tutti : le pape François ou la vertu d’utopie

Comment « changer le cours de l’histoire en faveur des pauvres » ? Loin du rationalisme des Lumières, explique l’abbé de Tanoüarn, auteur du “Prix de la fraternité”, le grand dessein du pape François est de montrer que les hommes doivent découvrir leur unité à travers la conscience retrouvée d’une foi naturelle commune.

Le pape François a choisi de mettre sa troisième encyclique, Fratelli tutti, comme la précédente, Laudato si’, sous le signe de saint François d’Assise. Il invoque celui qu’il a choisi comme patron dans le ministère apostolique et il exalte « son cœur sans limites, capable de franchir les distances liées à l’origine, à la nationalité, à la couleur ou à la religion » (n. 3). Il me semble que d’emblée il dévoile ses batteries. L’encyclique commence par François d’Assise et se conclut par une évocation du bienheureux Charles de Foucauld, celui qui, dans son désert, voulait être « le frère universel ». On sent bien, à travers cette double référence que le premier objectif du pape François est de présenter l’Église catholique comme « la sœur universelle » justement, celle qui accompagne tout être humain, aussi bien le migrant sans papier que le mâle blanc hétérosexuel, dont on dit aujourd’hui tant de mal. Cette encyclique, qui comporte tout un chapitre de réflexion sur la parabole du Bon Samaritain, unit étroitement la charité et la politique jusqu’à les identifier : « La charité, écrit le pape François, est le cœur de l’esprit de la politique » (n. 187).

L’amitié politique

Autant que de fraternité, il entend donc nous parler d’« amitié politique » conformément au sous-titre de son encyclique . Qu’est-ce que l’amitié politique ? Un concept qui provient d’Aristote, repris par saint Thomas d’Aquin et que l’on peut identifier à une autre expression souvent utilisée dans l’encyclique : celle du bien commun. C’est à ma connaissance la première fois qu’un pontife se montre aussi ambitieux dans sa description du bien commun politique mondial. Pour lui, l’Église a une mission politique, qui n’est pas la mission pragmatique des hommes politiques, mais une sorte d’aiguillon, qui les pousserait à aller plus outre : « Si l’Église respecte l’autonomie du politique, elle ne limite pas sa mission au domaine privé » (n. 276) déclare François. Et il ajoute, rappelant que toute société doit faire sa place à Dieu : « Lorsqu’au nom d’une idéologie on veut expulser Dieu de la société, on finit par adorer les idoles. L’homme s’égare lui-même, sa dignité est piétinée, ses droits violés » (n. 274). Non à la société sans Dieu ! Non au libéralisme qui fait bon marché de toutes valeurs qui n’est pas marchande : François est ici très proche du discours ecclésial antilibéral du XIXe siècle. Certes il ne parle pas de libéralisme mais d’individualisme, ici par exemple : « L’individualisme indifférent et impitoyable n’est-il pas le résultat de la paresse à rechercher les valeurs les plus élevées, qui, elles, sont au-dessus des besoins et des circonstances » (n. 209).

« Il y a de la place pour tout le monde »

C’est au nom de ce rôle métapolitique conféré à l’Église de gardienne des valeurs sociales, que François est entré dans la bataille des migrants, en s’attirant, comme on sait, amour et haine. Son idée sur le sujet est extrêmement simple : « Il y a de la place pour tout le monde » (n. 99). « Tant qu’il y aura une seule personne mise à l’écart, la fête de la fraternité n’aura pas lieu » (n. 110).

Comment parvient-il à une telle radicalité ? En établissant l’alliance entre l’Évangile, conçu comme manuel politique, et la philosophie des droits de l’homme, le pape formalise un nouveau droit : « le droit de se réaliser intégralement comme personne » (n. 128), ce qui implique « la pleine citoyenneté pour tous les migrants » (n. 129-130). Se réaliser intégralement comme personne ? Au nom de l’égale dignité de tous les hommes, chacun a droit au maximum de développement. Il peut changer de pays pour accéder au plus de privilèges possibles. C’est toujours un devoir de l’accueillir, même s’il n’est pas à proprement parler un réfugié, mais simplement un humain qui cherche un développement optimal.

Source: ALETEIA, le 8 octobre 2020

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