Un rapport de l’AED alerte sur le risque de disparition des chrétiens en Irak

CNS photo/Archdiocese of IrbilUne église catholique détruite par l’État islamique à Karamdes (Irak) en 2016.

Dans un rapport détaillé de 80 pages, basé sur les résultats d’une série d’enquêtes menées pendant un an en Irak, l’Aide à l’Église en Détresse (AED) affirme que « sans réaction politique immédiate, la plupart des chrétiens quitteront le pays sous peu ».

C’est un titre volontairement alarmiste. Peut-être un peu trop, selon l’aveu-même de Benoît de Blanpré, directeur de l’AED France. Mais il vise à alerter sur le manque de sécurité et de perspectives auquel sont confrontés les chrétiens d’Irak. Au terme d’une enquête de terrain réalisée tout au long de l’année 2019 par les équipes de l’AED présentes sur place, celles-ci publient leur rapport « sur la vie des chrétiens après l’État islamique ». Pour elles, le constat est sans appel : 100% des chrétiens interrogés affirment qu’ils se sentent en insécurité.

L’exode des chrétiens continue

Pour Benoît de Blanpré, le constat est simple : « Aujourd’hui, on parle moins de l’Irak, donc beaucoup de gens pensent que la situation s’est apaisée, que cela revient à la normale ». Pourtant, il pointe clairement du doigt le risque d’une disparition pure et simple des chrétiens dans le pays si rien n’est fait : « Quand on regarde les chiffres, il y a une réalité : beaucoup ont fui. Il faut que cette hémorragie s’arrête parce que si on ne les aide pas, il y a un risque de disparition ». Selon le rapport, les chrétiens étaient en effet 1,5 million dans le pays avant 2003, contre 150.000 aujourd’hui.

« Si la tendance continue, ce chiffre pourrait continuer de fondre et atteindre 23.000 d’ici quatre ans, faisant passer la communauté chrétienne de la catégorie des “vulnérables” à la catégorie critique des “menacés d’extinction” ».

D’après les estimations de l’AED, si la tendance continue, ce chiffre pourrait continuer de fondre et atteindre 23.000 d’ici quatre ans, faisant passer la communauté chrétienne de la catégorie des « vulnérables » à la catégorie critique des « menacés d’extinction ». Rien que dans la plaine de Ninive, les chrétiens étaient 102.000 en 2014, contre 36.000 aujourd’hui. Parmi les 36.000 restants, « 57% ont envisagé d’émigrer, principalement pour des raisons de sécurité, 36% prévoient de quitter l’Irak dans les cinq prochaines années, et 64% ont au moins un membre de leur famille proche qui vit déjà dans un autre pays », affirme le rapport. Des chiffres qui s’expliquent par le terrible exode causé depuis le début de la guerre, mais aussi parce que peu de chrétiens sont retournés dans leur ville d’origine depuis la prise de la plaine de Ninive par l’État islamique, durant l’été 2014 : « En 2014, l’émigration des chrétiens s’est accélérée pour atteindre un niveau record, et cela continue presque sans relâche. Dans les plaines de Ninive […], seuls 40% des 102.000 déplacés chrétiens sont revenus ».

Sur place, peu de perspectives

Il faut dire que sur place, les perspectives ne sont pas réjouissantes : insécurité due à l’activité violente des milices locales, peur d’un retour de l’État islamique, manque de perspectives d’emplois, corruption financière, discrimination religieuse… « Les perspectives sont inévitablement sombres parce que les chrétiens ont le sentiment d’avoir atteint un tournant en termes de viabilité de leur présence dans la région », affirme à ce propos le père Andrzej Halemba, chef du département Moyen-Orient de l’AED international, qui a dirigé le rapport. Si tous ont peur de l’insécurité, 70% des chrétiens interrogés par l’AED affirment également que le manque de perspectives d’emploi les pousse à migrer. 39% d’entre eux affirment qu’ils pourraient quitter le pays à cause des discriminations religieuses.

« S’il y a une résurgence de l’État islamique, ils seront en première ligne. »

Pour Benoît de Blanpré, ces chiffres sont « un cri d’alerte », même s’ils n’ont évidemment pas vocation à être une prophétie auto-réalisatrice. « Les chrétiens que l’on a interrogés ne se sentent pas protégés par les autorités. S’il y a une résurgence de l’État islamique, ils seront en première ligne », regrette-t-il. Outre une prise de conscience de la communauté internationale, l’AED appelle à « une représentation permanente des chrétiens au sein des autorités nationales et locales pour assurer la défense de leurs droits fondamentaux, en particulier le droit à l’égalité de citoyenneté ».

Source: Aleteia, le 29 juillet 2020 par Timothée Dhellemmes

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