Laissez-vous attirer par votre « famille d’âmes » !

Fred de Noyelle / Godong

Laissez-vous attirer par votre « famille d’âmes » !

Fr. Jean-Thomas de Beauregard, op 

Les saints du Ciel nous sont donnés par Dieu comme une famille pour nous attirer à Lui, chacun selon leur chemin spirituel. Le jour de la Toussaint, c’est leur fête et la nôtre !

Le romancier catholique Georges Bernanos écrivait un jour : « Notre Église est l’Église des saints. Qui s’approche d’elle avec méfiance ne croit voir que des portes closes, des barrières et des guichets, une espèce de gendarmerie spirituelle. Mais notre Église est l’Église des saints. […] Qui ne voudrait avoir la force de courir cette admirable aventure ? Car la sainteté est une aventure, elle est même la seule aventure. Qui l’a une fois compris est entré au cœur de la foi catholique, a senti tressaillir dans sa chair mortelle une autre terreur que celle de la mort, une espérance surhumaine. Notre Église est l’Église des saints. Mais qui se met en peine de saints ? »

Notre Église est l’Église des saints. Le malheur, c’est que nous l’oublions parfois.

Confesser la sainteté de l’Église, et affirmer que la sainteté est le cœur vibrant de l’Église n’exigeait pas moins de foi surnaturelle de la part de Bernanos en 1934 que de notre part à nous en 2020. À cette époque comme aujourd’hui, la médiocrité et le péché des chrétiens, et trop souvent des prêtres ou des évêques, défiguraient hideusement le visage de l’Église. Mais Bernanos en avait la conviction, notre Église est l’Église des saints. Le malheur, c’est que nous l’oublions parfois. Le glissement de sens qui fait que la Toussaint est synonyme chez nos contemporains déchristianisés de mémoire des morts plutôt que de fête des vivants et de célébration des saints, est un chef d’accusation : qui se met en peine de saints ?

Une chose est sûre : les saints, eux, supplient sans cesse à notre intention le bon Dieu qu’ils contemplent pour l’éternité. Thérèse de Lisieux nous le rappelle, qui promettait qu’elle passerait son Ciel à faire du bien sur la terre. Fort heureusement, elle n’est pas la seule à s’acquitter de cette mission, et des milliers de saints célèbres ou anonymes occupent leur éternité à intercéder pour nous auprès de Dieu, en attendant que nous puissions les rejoindre. La fête de la Toussaint est l’occasion de manifester pleinement cette communion mystérieuse.closevolume_offhttps://www.dailymotion.com/embed/video/x7o5dfs?ads_params=main&api=postMessage&autoplay=true&controls=false&id=sw_infeed_v_el_x7o5dfs&mute=true&origin=https%3A%2F%2Ffr.aleteia.org&sharing-enable=false&syndication=273773

Une communion sans confinement

Cette réalité de la société invisible des saints et des anges m’est d’un grand soutien, puisqu’aujourd’hui comme tous les jours depuis une semaine et pour encore quelques jours, je célèbre la messe dans la solitude de ma cellule. La quarantaine qui m’est imposée m’empêche de célébrer cette solennité au milieu des frères de mon couvent. Mais les restrictions sanitaires du moment ne peuvent m’empêcher de célébrer l’Eucharistie en communion avec toute l’Église au Ciel et sur la terre.

La communion des saints s’expérimente donc avec une acuité particulière dans ces temps étranges que nous vivons.

C’est aussi l’occasion de prier en intercession pour tous ceux qui expérimentent cette solitude de manière plus douloureuse : il en est pour qui la quarantaine ou le confinement n’ont rien changé à leur quotidien, privé de véritable contact humain et de la chaleur d’une présence amicale. Quelle que soit la pertinence du reconfinement national qui s’appliquera dès demain, il importe que la fête de la Toussaint, peut-être la dernière à pouvoir être célébrée ensemble dans une église avant un moment, nous rappelle cette réalité mystérieuse de la communion des saints qu’aucun confinement ne peut entamer.

Des « familles d’âmes »

La communion des saints s’expérimente donc avec une acuité particulière dans ces temps étranges que nous vivons. Mais même ainsi, c’est un mystère qui nous dépasse infiniment. L’Apocalypse suggère une foule immense, innombrable, d’hommes et de femmes réunis autour du Trône et devant l’Agneau pour une louange éternelle (Ap 7, 2-4.9-14). Si le voyant de l’Apocalypse, qui réussit à unir dans une même vision des siècles d’histoire sainte et une multitude de lieux différents ne parvient pas à dénombrer cette foule des saints, a fortiori nous risquons d’être un peu perdus. La communion des saints est un ensemble tellement vaste que l’esprit humain peine à s’y retrouver.

Pour éviter que l’immensité du mystère nous décourage d’y entrer de tout notre cœur, Dieu a voulu qu’il existe des familles d’âmes. Jésus le suggère : « Dans la maison de mon Père, il y a beaucoup de demeures. » Une famille d’âmes se reçoit, se découvre, par des lectures, par des rencontres, par la prière. Dans chaque famille d’âmes, celles qui sont déjà au Ciel ont pour mission d’y attirer celles qui sont encore en chemin sur la terre. Les âmes saintes attirent, non pas à elles, mais à Dieu. C’est la loi de l’attraction céleste, bien plus puissante que la terrestre. Les saints attirent, mais ne séduisent pas : la séduction est toujours ambiguë, tandis que l’attraction connote une simplicité sans détours. Parce qu’ils vivent de la charité même de Dieu, les saints attirent les cœurs sans les violenter, ils aiment les âmes sans les tenir enchaînées. C’est aussi un critère de discernement pour le choix d’un accompagnateur spirituel…

Choisir les saints qui vous attirent

La bienveillance des saints à notre égard sait rester délicate et discrète. Ils ne s’imposent pas. Ils savent par expérience qu’il y a, dans notre cœur, de la résistance à la grâce. Parce qu’ils nous précèdent là où nous voudrions atteindre, les saints pourraient nous imposer leur voie particulière. Mais ils savent que l’aventure de la sainteté emprunte toujours un chemin unique, façonné par les chutes et les relèvements. Ce serait d’ailleurs une illusion que de vouloir imiter un saint dans le détail de sa vie ; c’est de son esprit qu’il faut se nourrir pour affronter des situations toujours nouvelles avec les ressources d’une physionomie spirituelle qui nous est propre.

Certains saints peuvent être les compagnons d’une vie, d’autres les compagnons d’un instant ; leur humilité n’en prend pas ombrage, et ils ne s’en vexent pas.

Les saints savent aussi que les contours et la composition d’une famille d’âmes peut évoluer. Une famille d’âmes est chose mouvante autant que fragile. Certains saints peuvent être les compagnons d’une vie, d’autres les compagnons d’un instant ; leur humilité n’en prend pas ombrage, et ils ne s’en vexent pas. En effet, les saints véritables se réjouissent qu’une âme choisisse un autre saint pour maître ou pour ami. La famille d’âmes est inclusive et supporte les adoptions soudaines comme les éloignements progressifs avec la souplesse que donne la grâce. Elle n’est pas cette « cellule de base » de la société céleste, expression trop souvent appliquée par les chrétiens à la famille humaine sans voir que sa note de protection chaleureuse sonne à certaines oreilles blessées comme une note d’enfermement — pour ceux qui sont à l’intérieur — et d’exclusion — pour ceux qui sont à l’extérieur –. Non pas cellule de base, donc, mais foyer de communion. 

Une affinité secrète

Pour un religieux d’un ordre ancien, une famille d’âmes est donnée d’emblée. Souvent, c’est précisément l’affinité secrète avec les âmes des saints de l’ordre qui détermine, pour un jeune que Dieu appelle à se donner entièrement, le lieu dans lequel il pourra se donner. En entrant chez les Prêcheurs, le dominicain entre en conversation avec Dominique, Thomas d’Aquin, Catherine de Sienne, Fra Angelico, Pier-Giorgio Frassati et tant d’autres, qui le soutiendront de leur présence et de leurs enseignements aux heures dures de sa vocation. Mais sa famille d’âmes pourra s’étendre bien au-delà des frontières de l’Ordre : Journet, Bernanos, Élisabeth de la Trinité et Thérèse de Lisieux, Jean Bosco, Vincent de Paul, Marie-Madeleine… Ma famille d’âmes dessine un portrait spirituel aux contours mouvants, dont Dieu seul connaît les exactes proportions, la part de ressemblance et la part de dissemblance. Une famille d’âmes est une escorte vers le Ciel.À chacun de découvrir la sienne, pour vivre des Béatitudes dès ici-bas et jusque dans l’éternité. Amen.

Source: ALETEIA, le 1er novembre 2020

Fête de la Toussaint: les catholiques de France en quête de consolation

Un homme dépose une bougie devant la basilique Notre-Dame de l'Assomption à Nice, le 30 octobre 2020.Un homme dépose une bougie devant la basilique Notre-Dame de l’Assomption à Nice, le 30 octobre 2020. 

Fête de la Toussaint: les catholiques de France en quête de consolation 

La fête de la Toussaint est célébrée ce week-end en France avec une gravité particulière, dans le contexte doublement douloureux du reconfinement et de la menace terroriste qui est de nouveau apparue au grand jour avec l’attentat survenu jeudi matin dans une église de Nice. Les catholiques ont reçu de nombreux signes de soutien et la sécurité des lieux de culte et des cimetières a été renforcée.

Cyprien Viet – Cité du Vatican

L’attentat qui a coûté la vie à trois personnes jeudi matin dans la basilique Notre-Dame de l’Assomption à Nice a suscité une onde de choc en France et au-delà. Venu sur les lieux dans l’après-midi, le président de la République Emmanuel Macron a félicité les forces de l’ordre pour leur intervention efficace, qui a probablement permis de limiter le nombre de victimes, et il a exprimé «le soutien de la Nation toute entière aux catholiques de France et d’ailleurs». Il a tenu à souligner que même si chacun est libre de croire ou non, «toutes les religions doivent pouvoir s’exercer librement», et que les catholiques doivent pouvoir se rassembler en toute sécurité durant les messes de la Toussaint. Au lendemain de cette tragique attaque, le président français s’est entretenu par téléphone avec le Pape François.

Le chef de l’État a annoncé le renforcement du dispositif de protection pour les lieux de culte, ainsi que pour les écoles en vue de la rentrée scolaire ce lundi, avec notamment le passage de 3 000 à 7 000 militaires mobilisés dans le cadre de l’opération Sentinelle. Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a demandé aux préfets de renforcer la protection des lieux de culte afin de prévenir le risque d’actes de mimétisme, comme cela est souvent le cas après des attentats très médiatisés. Les policiers municipaux sont invités à exercer une surveillance renforcée près des églises et des cimetières.

Peu après l’attentat de la basilique Notre-Dame de l’Assomption, nous avons interrogé le père dominicain Yves-Marie Lequin qui vit à Nice où il est aumônier des artistes. Une …

Honorer les défunts emportés durant la pandémie

Le recueillement dans les cimetières prend cette année un relief particulier compte tenu des frustrations engendrées par la limite de 20 personnes fixée pour les cérémonies d’obsèques durant le premier confinement, au printemps dernier. De nombreux proches de personnes victimes du coronavirus, ou décédées de toute autre cause durant cette période de crise, n’ont pas pu leur rendre hommage au moment de leur enterrement. Beaucoup vivent donc ces traditions de la Toussaint et de la Commémoration des défunts, le 2 novembre, comme une étape importante dans leur processus de deuil.

Dans son discours du 28 octobre, tout en annonçant la mise en place d’une nouvelle période de confinement sur l’ensemble du territoire métropolitain à partir de la nuit de jeudi à vendredi, le président de la République avait précisé que les célébrations religieuses et les visites dans les cimetières resteraient possibles en ce week-end de la Toussaint, incluant le 2 novembre, jour de la commémoration des fidèles défunts. Répondant favorablement à une demande du président de la Conférence épiscopale, l’exécutif en France, bien que le pays régi par le principe de la laïcité, a donc adopté paradoxalement une position plus souple que la Pologne, dont le gouvernement, qui revendique un attachement aux valeurs catholiques, a ordonné la fermeture des cimetières ce week-end au nom du principe de précaution.

Par ailleurs, la nouvelle jauge dérogatoire pour les célébrations d’obsèques durant ce deuxième confinement en France sera de 30 personnes, ce qui laisse un petit peu plus de souplesse. Sur le plan religieux, les obsèques restent le seul motif de rassemblement autorisé, dans le respect toutefois des règles de distanciation sociale et en évitant toute effusion affective risquant de donner lieu à des contacts physiques.

Une messe pour la France célébrée vendredi soir à Reims

Dans ce contexte si particulier cette année, une messe pour la France retransmise par la chaîne KTO a été célébrée vendredi 30 octobre en la cathédrale de Reims, un lieu symbolique de l’histoire de France, puisqu’il a accueilli le sacre des rois mais aussi une messe pour la réconciliation franco-allemande en 1962, en présence du général de Gaulle et du chancelier Adenauer, quelques décennies après la destruction de la cathédrale par un bombardement allemand lors de la Première Guerre mondiale.

La messe de vendredi soir a été célébrée en présence des autorités politiques locales, mais aussi des principaux responsables du culte musulman à Reims. En signe de respect pour les victimes catholiques de l’attentat de Nice, le président du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) Mohammed Moussaoui avait demandé aux musulmans de France de s’abstenir d’organiser toute festivité pour la commémoration de la naissance du Prophète, ce vendredi 29 octobre.

Dans son homélie, Mgr Éric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims et président de la Conférence des évêques de France, a mis l’attentat de Nice en lien avec le ressentiment anti-français qui s’exprime dans certains pays majoritairement musulmans, dans le contexte de la publication des caricatures de Mahomet. «Si pour beaucoup de Français, l’Église catholique et la France sont deux réalités différentes, bien distinctes, qu’il faut tenir séparées l’une de l’autre le plus possible, pour beaucoup à l’étranger, l’Église, c’est la France et la France, c’est l’Église», a souligné l’archevêque. «Malgré nos petitesses, nos fautes, les erreurs et les crimes de notre pays s’il en a commis au cours de son histoire, par la grâce du Christ mort et ressuscité, retentit l’exclamation du vigneron qui est avant tout une promesse : « Peut-être donnera-t-il du fruit à l’avenir! » » «En demandant à Dieu de nous bénir, qu’il renouvelle nos forces d’engagement et de service. Qu’il nous donne un coeur ferme et droit», a-t-il conclu.

La condamnation et les condoléances exprimées par plusieurs conférences épiscopales européennes à la suite du tragique attentat de Nice, en France, sont unanimes. Cette attaque à …

Une Toussaint vécue dans un climat douloureux

C’est donc dans un climat d’une gravité particulière que les catholiques français se rassembleront ce week-end pour la dernière fois de l’année liturgique, puisque les messes publiques seront par la suite suspendues jusqu’à la fin du mois de novembre. La reprise des messes pour le temps de l’Avent est espérée, mais loin d’être acquise.

Pour sa part, l’évêque de Nice, Mgr André Marceau présidera dimanche à 18h la messe de la Toussaint en la basilique Notre-Dame de l’Assomption, en présence des curés de Nice et des paroissiens locaux. La messe sera précédée d’un rite de réparation, toute atteinte à la vie humaine dans une église étant, par définition, une profanation.

Le traumatisme est immense à Nice, où l’attentat du 14 juillet 2016 sur la Promenade des Anglais est aussi resté dans les mémoires. Vendredi, Jean-François Fouqué, catholique niçois et membre de l’Ordre des Chevaliers du Saint-Sépulcre, nous confiait ces quelques mots sur la réaction immédiate de la communauté catholique locale après ce nouvel attentat: «Comme le 15 juillet 2016, et comme pour le Père Hamel où nous étions restés ouverts pendant 24h de prière, hier, à partir de 17h, bravant l’interdiction municipale, nous avons accueilli à la cathédrale Sainte-Réparate celles et ceux qui voulaient se recueillir, celles et ceux qui, meurtris, voulaient prier et partager la prière des chrétiens, la prière de l’Église et l’adoration du Saint-Sacrement. Le maire avait fait fermer l’ensemble des édifices religieux comme une réponse instantanée utile à décourager tous les déséquilibrés du moment qui voudraient imiter l’abject terroriste et par là même permettre aux effectifs de police de se concentrer sur d’autres objectifs.J’ai dû expliquer au commissaire de police qui voulait que nous restions fermés que notre mission dans la tempête n’est pas de masquer la lumière, et que cette cathédrale ouverte et ces gens qui prient sont de frêles navires tournés vers l’unique phare. L’exemple de nos frères persécutés en Orient a été un soutien.»

Source: VATICANNEWS, le 31 octobre 2020