Le Pape aux jésuites slovaques: la proximité avec le peuple de Dieu

Le Pape François à la nonciature apostolique de Bratislava, lors de la rencontre avec les jésuites slovaques, le 13 septembre 2021.Le Pape François à la nonciature apostolique de Bratislava, lors de la rencontre avec les jésuites slovaques, le 13 septembre 2021. 

Le Pape aux jésuites slovaques: la proximité avec le peuple de Dieu

La peur d’être libre, les dangers de ce qui est abstrait par rapport à la vie concrète. Ce sont quelques-uns des points abordés par le Pape François lors de sa conversation avec les jésuites slovaques, rapportée mardi par la revue jésuite La Civiltà Cattolica.

Debora Donnini – Cité du Vatican

C’est une atmosphère cordiale et familière qui caractérise les rencontres du Pape François avec les jésuites lors de ses voyages apostoliques. Ce fut également le cas en Slovaquie où, le 12 septembre, à la nonciature apostolique de Bratislava, il s’est entretenu pendant une heure et demie avec ses confrères du pays visité. La revue Civiltà Cattolica rapporte le contenu de cette conversation. Il y en a eu une autre avec les jésuites, le 14 septembre dernier, après la Divine Liturgie, mais elle a été très brève : il a rendu visite au personnel de la Maison des Exercices Spirituels qui n’a pas pu assister à la célébration car il était occupé à préparer l’accueil des évêques présents.

L’opération et la santé

Lors de la réunion du dimanche 12 septembre, le dialogue s’est déroulé dans un langage franc, comme le montre la réponse à la question sur sa santé. «Toujours en vie. Malgré le fait que certaines personnes voulaient ma mort», dit François en nuançant avec ironie, ajoutant qu’il est conscient qu’il y a eu «même des réunions entre prélats, qui pensaient que le pape était dans un état plus grave que ce qui était dit»«Ils préparaient le conclave», faisant référence à l’opération de juillet dernier, rappelant que c’est un infirmier qui l’a convaincu de la subir.

Le style pastoral de proximité

De la santé à la pastorale, les mots du Pape couvrent quatre types de proximité pour les jésuites dans leur travail en Slovaquie. Proximité avec Dieu. Proximité entre les frères, proximité avec l’évêque et le Pape -parler directement et ne pas s’exprimer- et proximité avec le peuple de Dieu. À cet égard, il fait référence à ce qu’il appelle «la plus belle chose qu’un pape ait dite aux jésuites», à savoir le discours de saint Paul VI à la XXXIIe Congrégation générale sur le fait que là où il y a des carrefours, il y a des jésuites. «Nous allons créer des problèmes. Mais ce qui nous évitera de tomber dans des idéologies stupides, c’est la proximité avec le peuple de Dieu»

Peur des carrefours

Répondant à une question, le Pape s’attarde sur la souffrance de l’Église en ce moment, la «tentation du retour en arrière»«Une idéologie qui colonise les esprits», dit-il. Ce n’est pas un problème universel mais spécifique aux Églises de certains pays. «Dans un monde tellement conditionné par les addictions et la virtualité, cela nous fait peur d’être libres», dit-il, rappelant qu’il en a parlé lors de sa première réunion publique à Bratislava, en utilisant le Grand Inquisiteur de Dostoïevski comme exemple. «Cela nous fait peur d’aller de l’avant dans les expériences pastorales», dit-il, en pensant au travail effectué lors du synode sur la famille «pour faire comprendre aux gens que les couples en seconde union ne sont pas déjà condamnés à l’enfer»«Nous avons peur d’accompagner les personnes ayant une diversité sexuelle. Nous avons peur de la croisée des chemins dont Paul VI nous a parl黫Ceci, explique-t-il, est le mal de ce moment. Chercher la voie dans la rigidité et le cléricalisme, qui sont deux perversions».

Pour le Pape, le Seigneur demande aujourd’hui à la société d’être libre, dans la prière et le discernement. Il ne s’agit pas d’un «éloge de l’imprudence»: ce que François souligne, c’est que «reculer n’est pas la bonne voie», alors qu’«avancer dans le discernement et l’obéissance» l’est.

Sur le sujet, donc, du manque de ferveur, il nous exhorte à comprendre s’il s’agit d’une désolation personnelle ou communautaire, rappelant aussi l’importance de mieux connaître les Exercices.

L’idéologie du genre est dangereuse

L’une des questions concerne la colonisation idéologique et le genre. «L’idéologie a toujours un charme diabolique, comme vous le dites, parce qu’elle n’est pas incarnée», a répondu le Pape, soulignant que nous vivons dans une civilisation d’idéologies et que «nous devons les démasquer à la source»«L’idéologie du  » genre  » dont vous parlez est dangereuse, oui. Selon moi, elle est dangereuse parce qu’elle est abstraite par rapport à la vie concrète d’une personne, comme si une personne pouvait décider abstraitement et à volonté si et quand elle sera un homme ou une femme. L’abstraction est toujours un problème pour moi», a souligné le Pape, rappelant toutefois que «cela n’a rien à voir avec la question homosexuelle». S’il y a un couple homosexuel, «nous pouvons faire de la pastorale avec eux, aller de l’avant dans la rencontre avec le Christ». Quand il parle d’idéologie, explique-t-il, il parle «de l’abstraction par laquelle tout est possible, et non de la vie concrète des gens et de leur situation réelle».

« Préférer prêcher »

En ce qui concerne le dialogue judéo-chrétien, il faut éviter qu’il ne se brise «par des malentendus, comme cela arrive parfois», déclare-t-il ensuite. Puis, dans l’une des questions, on demande à François comment il traite les personnes qui le regardent avec suspicion. À cet égard, il affirme qu’il existe une grande chaîne de télévision catholique qui ne cesse de déblatérer sur lui. «Personnellement, je peux mériter des attaques et des insultes parce que je suis un pécheur, dit-il, mais l’Église ne mérite pas cela : c’est l’œuvre du diable.» Le Pape sait qu’il y a aussi des clercs qui font des commentaires désagréables sur lui, et il confie qu’il manque parfois de patience, surtout lorsqu’ils portent des jugements sans entrer dans un véritable dialogue. Il assure cependant qu’il va de l’avant sans entrer «dans leur monde d’idées et de fantasmes»«Je préfère prêcher», dit-il. Il rappelle également que certains l’accusent de ne pas parler de sainteté mais toujours de questions sociales et d’être «un communiste»«Et pourtant, souligne-t-il, j’ai écrit toute une exhortation apostolique sur la sainteté, Gaudete et Exsultate».

La décision sur le vetus ordo

Il s’attarde ensuite sur sa décision, fruit d’une consultation de tous les évêques du monde, de mettre fin à l’automatisme de l’ancien rite afin de revenir «aux véritables intentions de Benoît XVI et de Jean-Paul II». Désormais, ceux qui veulent célébrer avec le vetus ordo doivent demander la permission de Rome. Il rappelle ensuite l’expérience d’un cardinal auquel deux prêtres nouvellement ordonnés sont allés demander d’étudier le latin afin de pouvoir célébrer correctement. Le Pape se souvient des mots avec lesquels le cardinal leur a répondu, avec un «sens de l’humour», les incitant à étudier d’abord l’espagnol, et aussi le vietnamien, compte tenu des fidèles présents dans le diocèse. «Je vais de l’avant, explique l’évêque de Rome, non pas parce que je veux faire une révolution. Je fais ce que je sens que je dois faire. Cela demande beaucoup de patience, de prière et de charité».

Comprendre les causes de la migration

Au sujet de l’immigration, il a réaffirmé qu’il est nécessaire non seulement d’accueillir les migrants, mais aussi de les protéger, de les promouvoir et de les intégrer, et qu’il est également nécessaire de bien comprendre les causes du phénomène, de comprendre ce qui se passe en Méditerranée et quels sont «les jeux des puissances qui surplombent cette mer pour le contrôle et la domination».

Source: VATICANNEWS, le 21 septembre 2021