Au Soudan du Sud, les chrétiens dans l’attente de la visite du cardinal Parolin

Des fidèles prient pour la santé du Pape François lors d'un rassemblement oecuménique au Soudan du Sud, le 21 juin 2022.  Des fidèles prient pour la santé du Pape François lors d’un rassemblement oecuménique au Soudan du Sud, le 21 juin 2022. (South Sudan Catholic Bishops Conference)

Au Soudan du Sud, les chrétiens dans l’attente de la visite du cardinal Parolin

Mgr Christian Carlassare, évêque de Rumbek (centre du pays), revient sur la visite imminente du Secrétaire d’État, du 5 au 7 juillet prochain. Alors que le Soudan du Sud est encore secoué par la violence, le message porté par l’Eglise «fait sentir à la population qu’elle n’est plus divisée entre ses appartenances ethniques, mais appartient à un chemin commun», affirme-t-il.

Francesca Sabatinelli – RumbekSoudan du Sud

La paix au Soudan du Sud doit être promue et vécue en actes. C’est pourquoi le Pape François y envoie, du 5 au 7 juillet, son représentant, le cardinal Secrétaire d’État Pietro Parolin, qui visitera la capitale Juba, après un passage en République Démocratique du Congo.

Le pays a besoin d’être encouragé et soutenu dans le fragile processus de paix en cours après la guerre fratricide qui, de 2013 à 2018, a provoqué des milliers de morts et des millions de déplacés. «Le cardinal Parolin arrive à un moment important», confirme ainsi l’évêque de Rumbek, le combonien Christian Carlassare. «Même si le Pape n’a pas pu être présent avec sa visite pastorale, il faut quand même promouvoir cette paix qui a été signée, mais qui doit être vécue. Il faut aller de l’avant». Le cardinal Pietro Parolin rencontrera dans cette optique les dirigeants politiques pour leur apporter le soutien du Pape, afin qu’ils amènent le Soudan du Sud à une sortie de crise, dans le respect de l’armistice signé en 2018 par le président Salva Kiir et son vice-président Riek Machar.

Un moment propice pour la paix

Mgr Carlassare a été nommé évêque du diocèse de Rumbek (à 410 kilomètres de Juba) le 8 mars 2021. En prévision de la venue du Pape, il avait lancé avec une centaine de jeunes un pèlerinage à pied depuis son diocèse jusque la capitale. La visite du Secrétaire d’Etat intervient à un moment propice pour les autorités, estime-t-il. «Les institutions sont très favorables à la paix: il y a une volonté, mais les blessures restent ouvertes. Les déplacés et les réfugiés ne sont pas encore rentrés dans leurs territoires. Beaucoup d’entre eux sont encore peu sûrs en raison de la présence de tribus ennemies, de l’impossibilité de se réintégrer, mais aussi de la présence de nombreuses armes et milices».

À ce jour, le Soudan du Sud nécessite ce que lui appelle «une paix d’en bas»: celle menée par la population, et que les institutions des différents États du pays n’ont pas été en mesure de mettre en œuvre. «Il faut s’arrêter et faire confiance, ajoute-t-il, en laissant de côté la violence des années précédentes, même s’il n’est pas facile de tourner la page».

Le rôle de l’Église et des ONG

Revenant sur la place de l’Église catholique dans le pays, Mgr Carlassare souligne que l’institution a aujourd’hui «le don d’être présente parmi toutes les communautés du pays et en tout lieu». L’Eglise y porte un message unique, «qui est celui de l’Evangile, et qui fait sentir à la population qu’elle n’est plus divisée entre ses appartenances ethniques – qui deviennent un peu une malédiction pour le pays – mais qu’elle appartient à un chemin commun (…), une humanité finalement réconciliée et qui seul peut donner un avenir au pays». À travers la prédication, les célébrations eucharistiques ou encore un travail d’éducation -une priorité sur place-, l’évêque espère que «les choses changeront peu à peu».

Les organisations non gouvernementales occupent également un rôle central dans la société sud-soudanaise. Parmi elles, Médecins avec l’Afrique CUAMM, qui tient l’unique hôpital de référence dans l’État des Lacs. «Les gens ont une grande confiance dans l’Église ainsi que dans les organisations non gouvernementales qui offrent un service important qui n’est pas fait par les institutions», rappelle le prélat. «Les gens doivent apprendre à faire leur part, ils doivent trouver la force de changer aussi en regardant l’engagement de la communauté internationale, précisément à travers les ONG.»

Attente du Pape François

L’Église est donc un maillon dans cet engagement de tous au Soudan du Sud, engagement amené à devenir communion. «Le [pays] est bien évidemment heureux de la visite de Pietro Parolin», conclut Mgr Carlassare. «Il attend encore le Pape François, et cette arrivée du Secrétaire d’État sera un pas supplémentaire, et un rappel de la nécessité de marcher sérieusement, afin que le Pape, à son arrivée, trouve un peuple qui attend non pas assis, mais debout».

Source: VATICANNEWS, le 2 juillet 2022

François en RDC et au Soudan du Sud: le programme du voyage

Logo officiel du voyage du Pape François en RDC. Logo officiel du voyage du Pape François en RDC.

François en RDC et au Soudan du Sud: le programme du voyage

Pour son 37e voyage apostolique, le Pape François se rendra en République démocratique du Congo du 2 au 5 juillet puis au Soudan du Sud du 5 au 7 juillet. Deux pays où le Souverain pontife a manifesté de nombreuses fois le désir de se rendre, deux pays martyrs sur le continent africain.

Samedi 2 juillet, le Pape François partira à 9h30 de l’Aéroport international de Rome-Fiumicino pour Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo. L’arrivée est prévue à 16h, avec un accueil officiel puis une cérémonie de bienvenue au Palais de la Nation, la résidence officielle du président. À 17h45, le Pape François rencontrera le président congolais, Félix Tshisekedi, avant la rencontre avec les autorités et le corps diplomatique dans le jardin du Palais de la Nation. La journée s’achèvera avec une rencontre privée à 19h15 avec les membres de la compagnie de Jésus, à la nonciature apostolique de Kinshasa.

Dimanche 3 juillet, le Pape présidera la messe à l’aéroport de Ndolo à Kinshasa. En fin de journée à 18h, il rencontrera les évêques, prêtres, religieuses, religieux et séminaristes à la cathédrale Notre-Dame du Congo, dans la capitale.

Lundi 4 juillet, départ à 6h45 de l’aéroport international de Kinshasa pour se rendre à Goma, à l’est du pays vers la frontière rwandaise où l’arrivée est prévue à 10h15. Le Pape célébrera la messe dans le camp de Kibumba. En fin d’après-midi, à 17h, il se rendra auprès des victimes de la violence à Béni dans l’est du pays, au centre d’accueil du diocèse de Goma. Le départ de Goma est prévu à 18h30 pour une arrivée à 20h à Kinshasa.

Mardi 5 juillet, la journée commencera à 8h40 avec une rencontre avec les jeunes et les catéchistes au stade des Martyrs, toujours dans la capitale congolaise, avant une cérémonie de départ à 10h10 à l’aéroport international de Kinshasa, d’où le Pape s’envolera pour Djouba, la capitale sud-soudanaise. Il effectuera le voyage vers le Soudan du Sud avec l’archevêque de Canterbury et le modérateur de l’Assemblée générale de l’Église d’Écosse. Ce voyage est intitulé «pèlerinage œcuménique de paix aux terres et au peuple sud-soudanais». Comme le veut le protocole, cérémonie de bienvenue à 15h à l’aéroport de Djouba, puis visite de courtoisie au président de la République, Salva Kirr, au palais présidentiel, avant une rencontre avec les vice-présidents du pays, dont le premier est Riek Machar. La journée se terminera à 17h avec une rencontre avec les autorités, la société civile et le corps diplomatique, toujours au palais présidentiel.

Mercredi 6 juillet, le Pape François se rendra dès 8h45 dans un camp de déplacés internes, le camp IDP à Djouba. Une rencontre privée avec les membres de la compagnie de Jésus est prévue à 11h30 à la nonciature apostolique de la capitale. Enfin à 17h, François ira rencontrer les évêques, les prêtres, religieuses, religieux et séminaristes à la cathédrale Sainte-Thérèse de Djouba. A 18h30, une prière œcuménique se déroulera au mausolée John Garang, toujours à Djouba. John Garang était l’ancien responsable du mouvement rebelle du Soudan du Sud, investi vice-président en juillet 2005, il est mort 21 jours plus tard dans un accident d’hélicoptère.

Enfin, le jeudi 7 juillet, pour sa dernière journée au Soudan du Sud, le Souverain pontife présidera une messe au mausolée John Garang à 8h. La cérémonie de départ aura lieu à 10h45 à l’aéroport international de Djouba, décollage prévu à 11h15 pour une arrivée à 18h05 à Rome-Fiumicino.

Deux pays martyrs

La République démocratique du Congo est le 2e État le plus vaste du continent africain. Certaines de ses provinces – du centre et de l’Est – sont en proie depuis des années à une instabilité propice à la prolifération de groupes armés, qui commettent de nombreuses exactions contre les populations. On estime à des milliers le nombre de morts et à des centaines de milliers celui des déplacés.

Le Soudan du Sud, plus jeune État du monde, a quant à lui basculé dans une terrible guerre civile en 2013, deux ans après son indépendance. Ce conflit, qui a prospéré sur des fractures ethniques et religieuses internes, a fait au moins 380 000 morts et des millions de déplacés. Un cessez-le-feu est en vigueur depuis février 2020, mais la situation sécuritaire y reste très précaire.

En RDC – ancien Zaïre -, François s’inscrira dans les pas de saint Jean-Paul II, qui s’y était rendu à deux reprises, d’abord en 1980 puis en 1985. Le Soudan du Sud, en revanche, accueillera pour la première fois sur son sol un Successeur de Pierre.

Source: VATICANNEWS, le 28 mai 2022

Soudan du Sud : appel du pape François, de Justin Welby et Jim Wallace

Le pape à genoux devant les leaders du Soudan du Sud © Vatican Media
Le Pape À Genoux Devant Les Leaders Du Soudan Du Sud © Vatican Media

Soudan du Sud : appel du pape François, de Justin Welby et Jim Wallace (traduction complète)

10 ans après l’Indépendance du pays

Bâtir une nation juste et prospère « peut exiger des sacrifices personnels de votre part en tant que dirigeants », affirment le pape François et des représentants de l’Eglise anglicane dans un message adressé aux responsables politiques du Soudan du Sud ce vendredi 9 juillet 2021.

Le pape François, l’archevêque de Canterbury, Justin Welby, et le modérateur de l’Eglise d’Ecosse, le Révérend Jim Wallace, ont adressé un message signé conjointement aux chefs politiques du Soudan du Sud, à l’occasion du 10ème anniversaire de l’Indépendance de ce pays d’Afrique de l’Est.

Les signataires du message invitent les dirigeants à « intensifier leurs efforts » et à « être plus généreux au service du peuple » : que les promesses faites lors de la rencontre au Vatican, en 2019, exhortent-ils, « façonnent vos actions » !

En dépit de « quelques petits progrès », les signataires du message observent que le « peuple continue de vivre dans la peur et l’incertitude » et qu’il « n’a pas confiance dans la capacité de la nation à apporter réellement la “justice, la liberté et la prospérité“ ».

Voici notre traduction du message en anglais.

HG

Message aux responsables politiques du Soudan du Sud

Excellences,

En ce jour qui marque le 10ème anniversaire de l’Indépendance du Soudan du Sud, nous vous adressons tous nos vœux les plus cordiaux, conscients que cet anniversaire vous rappelle vos combats passés et vous permet d’envisager l’avenir avec espoir. Votre nation est dotée d’un immense potentiel et nous vous encourageons à intensifier encore vos efforts afin de permettre à votre peuple de profiter pleinement des fruits de l’indépendance.

La dernière fois que nous vous avons écrit, à Noël, nous avons prié pour que vous puissiez faire l’expérience d’une plus grande confiance entre vous et être plus généreux au service de votre peuple. Depuis, nous avons été heureux de constater quelques petits progrès. Malheureusement, votre peuple continue de vivre dans la peur et l’incertitude et il n’a pas confiance dans la capacité de la nation à apporter réellement la « justice, la liberté et la prospérité », célébrées dans votre hymne national. Il reste beaucoup à faire au Soudan du Sud pour façonner une nation qui reflète le royaume de Dieu, où la dignité de tous soit respectée et où tous soient réconciliés (cf. 2 Corinthiens, 5). Cela peut exiger des sacrifices personnels de votre part en tant que dirigeants – l’exemple du Christ en matière de leadership le montre avec force – et aujourd’hui, nous désirons que vous sachiez que nous sommes à vos côtés alors que vous regardez vers l’avenir et cherchez à discerner à nouveau comment servir au mieux le peuple tout entier du Soudan du Sud.

Nous nous souvenons avec joie et gratitude de la rencontre historique des dirigeants politiques et religieux du Soudan du Sud au Vatican, en 2019, et des promesses importantes faites à cette occasion. Nous prions pour que ces promesses façonnent vos actions, afin qu’il soit possible pour nous de vous rendre visite et de célébrer personnellement avec vous et votre peuple en honorant votre contribution à une nation qui réalise les espoirs du 9 juillet 2011. D’ici là, nous invoquons sur vous et sur tous les habitants du Soudan du Sud les bénédictions divines de fraternité et de paix.

© Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

Source: ZENIT.ORG, le 9 juillet 2021