27.02.2023 – SAINT DU JOUR

Saint Grégoire de Narek

Saint Grégoire de Narek, miniature, 1173

« Un jour, une tempête te secoua, et tes eaux… déchirées par la foudre, élevèrent un chant étrange, frénétique et harmonieux, noblement dur et doucement terrible… comme s’il était entonné par la trompette d’un archange saisi d’effroi et de pitié devant les horreurs de l’enfer ouvert. C’était l’âme du moine de Narek qui passait sur toi ».

(Ode à la langue arménienne, 1908)

Les mots que l’écrivain Archag Tchobanian dédie à Grégoire de Narek dans ce poème, écrit à l’un des moments les plus terribles de l’histoire arménienne, révèlent le creuset où le moine a forgé un nouveau verbe théologique profondément ancré dans la tradition de sa terre.

Je ne cherche pas le calme, mais le Visage de Celui qui l’accorde (Lamentations)

Grégoire de Narek est né entre 945 et 951 à Vaspurakan (Arménie historique) dans une famille de lettrés. Après la mort prématurée de sa mère, son père, Khosrov, est nommé archevêque d’Andzevatsik et confie son éducation à son oncle Ananias, médecin, philosophe et abbé du monastère basilien de Narek, célèbre école d’Écriture Sainte et de patristique. Grégoire y étudia, outre la Bible, les poètes et philosophes hellénistiques, fut ordonné prêtre, puis abbé et réforma Narek.

Contemplatif, mais pas isolé des événements politiques et ecclésiastiques de son pays et de son époque, sa renommée dépassa les murs du monastère. Ainsi, à la demande du prince Gurgen d’Andzevatsik, il a écrit son Commentaire sur le Cantique des Cantiques ; et à la demande de l’évêque Stepanos, l’Histoire de la Sainte-Croix d’Aparank. Il a consacré des sermons et des hymnes à l’enseignement du peuple.

Ses éloges à la Sainte Vierge, dans lesquels il proclame l’immaculée conception de Marie dans un style touchant où l’on sent sa nostalgie de la figure maternelle, sont particulièrement importants pour la compréhension de ses enseignements mariaux. 

À la fin de sa vie, il a écrit Le livre des lamentations, si populaire et aimé en Arménie que sa lecture était obligatoire pour les écoliers une fois qu’ils avaient appris l’alphabet. Il est mort vers 1010 à Narek où sa tombe, lieu de pèlerinage depuis huit siècles, fut détruite en même temps que le monastère lors du génocide de 1915-1916.

Dieu est caché dans le langage

Écrite il y a 1 200 ans, l’œuvre de Narek reste un modèle universel de littérature et de spiritualité. Grégoire invente un genre, une sorte de treno (oraison funèbre grecque) sur une âme en péril extrême; et un type de livre, une chaîne de prières. «Le rythme et le nombre auxquels j’ai eu recours dans le poème précédent, dit-il dans les Lamentations, n’avaient d’autre but que d’aiguiser la douleur, la complainte, les soupirs, l’amère litanie des larmes….. Je prendrai donc ici, dans chaque phrase, la même forme que l’anaphore et l’épistrophe, et je veillerai à ce que la répétition représente fidèlement l’esprit, la force vivifiante de la prière». 

Saint Grégoire est un innovateur parce qu’il libère la parole intérieure de tous les canons d’expression réglementés par la tradition philosophique ou religieuse de son temps, et ce faisant, il rend à l’esprit son droit de s’exprimer sans restriction, en entrant dans un dialogue direct avec Dieu qui exclut tout dogmatisme, sauf celui de la liberté. Un dialogue où la solitude de l’être humain et le silence expressif de Dieu s’entremêlent et se répondent ; une «venue de Dieu dans le langage» qui montre aussi les limites du langage pour approcher le divin.

Dans les 95 chapitres ou prières des Lamentations, le moine-philosophe devient un représentant solidaire de tout le genre humain, perdu dans le labyrinthe du péché et angoissé par le besoin d’amour, en tension constante vers quelque chose qui n’appartient pas au monde qu’il habite, jusqu’à ce qu’il s’abandonne à la miséricorde du Dieu de la lumière, dont il ressent alors la proximité comme immédiate.

Son héritage a été repris par les poètes arméniens du XXe siècle, à une époque où il était extrêmement difficile de faire passer l’être humain avant tout système.

Un cri qui devient une prière

Le 12 avril 2015, à l’occasion de sa proclamation comme docteur de l’Église, le Pape François a écrit dans son message aux Arméniens: «Saint Grégoire de Narek, moine du Xe siècle, plus que tout autre, a su exprimer la sensibilité de votre peuple, en donnant une voix au cri, qui devient une prière (…) Interprète formidable de l’âme humaine, il semble prononcer pour nous des paroles prophétiques: «J’ai pris volontairement sur moi tous les péchés, depuis ceux du premier père jusqu’à ceux du dernier de ses descendants, et je m’en suis tenu pour responsable» (Livre des Lamentations, LXXII). Combien ce sentiment de solidarité universelle nous frappe ! Comme nous nous sentons petits devant la grandeur de ses invocations: «Souviens-toi, [Seigneur,] … de ceux qui, dans le genre humain, sont nos ennemis, mais pour leur bien : pardonne-leur et prends pitié d’eux (…) N’extermine pas ceux qui me mordent : transforme-les ! Extirpe leur conduite terrestre vicieuse et enracine le bien en moi et en eux»’ (ibid., LXXXIII)».

Saint Grégoire de Narek priez pour nous !

27.02.2021 – SAINT DU JOUR

St Grégoire de Narek

MOINE, DOCTEUR DE L’ÉGLISE († V. 1005)

Grégoire de Narek, Livre des Lamentations, monastère de Skevra

Né en Arménie près du lac de Van, le jeune Grégoire perd sa mère; son père décide alors d’entrer au couvent, confiant son fils au monastère de Narek, où il est élevé par son grand-oncle. Passionné pour l’étude, le jeune moine lit les Pères de l’Église arménienne ainsi que les traductions des Pères grecs. Des jaloux l’accusent d’hérésie. Pour lui tendre un piège, on lui apporte un pâté, un jour de jeûne. Il rend la liberté aux oiseaux cuits et ceux-ci s’envolent emportant avec eux sa réputation d’hérétique. Sa renommée se répand. On lui demande de nombreux écrits. Actuellement encore, ses ‘Élégies sacrées’ où s’exprime son expérience mystique, constituent le principal livre de prière de l’Église arménienne.


– Le moine «chanteur» de Marie, le 2 février 2021, décret inscrivant la mémoire facultative de trois docteurs de l’Église: Grégoire de Narek, Jean d’Avila et Hildegarde de Bingen au Calendrier romain.
– Saint Grégoire de Narek, qui a vécu au Xe siècle, est une figure centrale de l’histoire arménienne; ses abondants écrits, composés de poèmes, hymnes et de commentaires bibliques, tiennent encore aujourd’hui une place prépondérante dans la littérature nationale. Théologien, mystique, il est également le 36e docteur de l’Église; proclamé comme tel par le Pape François lors d’une messe célébrée en la Basilique Saint-Pierre pour les fidèles de rite arménien, le 12 avril 2015, à l’occasion du centenaire du Metz Yeghern, le ‘grand mal’, qui a frappé le peuple arménien, première nation chrétienne de l’Histoire. Cette célébration, intense et émouvante, avait mis en évidence la fraternité entre l’Église catholique et les différentes Églises de l’Arménie. Saint Grégoire de Narek, fêté le 9 octobre dans l’Église arménienne, le 27 février dans l’Église latine, est le deuxième docteur de l’Église à provenir de l’Orient, après Saint Ephrem Le Syrien, proclamé en 1920 par le Pape Benoît XV.


Le Pape François, entouré de Karékine II et d’Aram Ier, inaugure la statue de St Grégoire de Narek dans les jardins du Vatican, le 5 avril 2018.


– Ce moine mystique arménien du Xe siècle est connu pour son recueil de prières de près de 20 000 vers… Il devient le second docteur de l’Eglise à provenir d’une Eglise orientale après Ephrem le Syrien, élevé au doctorat en 1920 par Benoît XV.
Saint Grégoire de Narek, nouveau docteur de l’Eglise (Radio Vatican le 11 avril 2015)


– L’architecture du Livre de Lamentation de Grégoire de Narek 
Au monastère de Narets en Arménie, vers 1005, saint Grégoire, moine, docteur des Arméniens, illustre par sa doctrine, ses écrits et sa connaissance mystique.

Martyrologe romain

Si, malgré l’attention des gardes, quelqu’un s’égare dans la solitude, 
Que ce livre lui permette d’attendre ton retour vivificateur !Livre de Lamentation de Grégoire de Narek

Saint Grégoire de Narek priez pour nous !

La première mémoire liturgique de saint Grégoire de Narek célébrée au Vatican

Une représentation de saint Grégoire de Narek en mosaïque.Une représentation de saint Grégoire de Narek en mosaïque. 

La première mémoire liturgique de saint Grégoire de Narek célébrée au Vatican

Le cardinal Sandri, préfet de la congrégation pour les Églises orientales, présidera ce samedi 27 février une messe à la basilique Saint-Pierre, en la mémoire liturgique de ce Docteur de l’Église, reconnu comme un pilier de la spiritualité des Églises d’Arménie.

Suite à la publication du décret du Pape François de fixer au 27 février la mémoire liturgique de saint Grégoire de Narek, Docteur de l’Église, la congrégation pour les Églises orientales et le conseil pontifical pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens organisent une célébration au Vatican ce samedi, en collaboration avec l’ambassade d’Arménie près le Saint-Siège.

Le cardinal Leonardo Sandri, préfet de la congrégation pour les Églises orientales, présidera une messe à 10h30 à la basilique Saint-Pierre. Il concélèbrera avec Mgr Lévon Bogos Zékyian, archevêque d’Istanbul des Arméniens et délégué pontifical pour la Congrégation arménienne mekhitariste, et Mgr Brian Farrell, secrétaire du conseil pontifical pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens.

Une prière œcuménique se tiendra ensuite devant la stature de saint Grégoire de Narek qui avait été inaugurée en 2018 dans les jardins du Vatican. Elle sera présidée par Son Éminence Khajag Barsamian, représentant de l’Église arménienne apostolique à Rome, en présence du cardinal Kurt Koch, président du conseil pontifical pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens.

L’ambassadeur d’Arménie près le Saint-Siège, Garen Nazarian, contacté par la rédaction arménienne de Vatican News, a expliqué que «les célébrations de samedi en l’honneur de saint Grégoire de Narek sont vouées à continuer le voyage fraternel et le dialogue global sur l’échange des trésors sacrés, dans un esprit d’amour et d’estime, de respect et de confiance réciproque». Il a expliqué que saint Grégoire de Narek est un «pont entre l’Orient et l’Occident, capable d’unir les nations et les Églises».

Qui est saint Grégoire de Narek?

Saint Grégoire de Narek a été proclamé Docteur de l’Église le 12 avril 2015 par le Pape François, lors de la messe organisée à la basilique Saint-Pierre à l’occasion du centenaire du génocide des Arméniens. Il est ainsi devenu le 36e Docteur de l’Église et le 2e à provenir d’une Église orientale, après saint Ephrem le Syrien en 1920, proclamé Docteur par Benoît XV.

Grégoire de Narek est une figure très connue et vénérée par les Arméniens, qu’ils fassent partie de l’Église apostolique, largement majoritaire en Arménie comme dans la diaspora, ou de la minorité catholique, présente notamment au Liban, en France, en Turquie et en Italie, et dans quelques paroisses en Arménie.

La date de naissance de saint Grégoire de Narek (entre 945 et 951) et celle de son décès (entre 1003 et 1010) sont incertaines, mais ce moine est considéré comme un fondateur de l’identité arménienne. Son chef d’œuvre, Le Livre des Lamentations est un ouvrage très connu et massivement lu et étudié, y compris actuellement, plus de mille ans après sa rédaction. Son œuvre poétique et littéraire a fait sortir la langue arménienne du seul cadre liturgique pour en faire progressivement une langue parlée et diffusée dans la vie courante. De nombreux poètes et écrivains, ainsi que des compositeurs, se sont revendiqués de sa filiation. Son aura est aujourd’hui comparable dans le monde arménien à celle de saint François d’Assise dans l’Église latine.

Source: VATICANNEWS, le 26 février 2021