Guerre en Ukraine : le métropolite orthodoxe en France s’oppose au patriarche de Moscou

La guerre en Ukraine divise le monde orthodoxe. Le patriarche de Moscou, qui a affiché son soutien à Vladimir Poutine, se retrouve de plus en plus isolé. Dans une interview à France Inter, le métropolite Jean de Doubna, archevêque à Paris des églises orthodoxes russes en Europe occidentale dénonce « une erreur ».

Le métropolite Jean de Doubna, lors d'une célébration en la cathédrale Saint Alexandre Nevsky à Paris
Le métropolite Jean de Doubna, lors d’une célébration en la cathédrale Saint Alexandre Nevsky à Paris © Yefimov Vladimir (c) Archevêché des églises orthodoxes de tradition russe

Depuis le début de la guerre en Ukraine, les divisions se montre au grand jour au sein du monde orthodoxe, troisième branche religieuse de la chrétienté. Le patriarche de Moscou, Kirill, que l’on dit proche de Vladimir Poutine, a pris ouvertement position en faveur de la guerre, dénonçant des « forces du mal« , « qui combattent l’unité » entre Ukraine et Russie. Depuis, les églises orthodoxes rattachées à Moscou expriment leurs critiques. 

C’est le cas des églises orthodoxes de tradition russe en Europe occidentale. Leur archevêque, le métropolite Jean de Doubna, basé à Paris, a écrit une lettre ouverte au patriarche de Moscou pour s’opposer à la guerre. Il explique pourquoi pour la première fois lors d’une interview, à France Inter.

FRANCE INTER : Vous avez écrit au patriarche Kirill de Moscou, dont dépend votre archevêché ici à Paris et en Europe occidentale, suite à l’invasion russe le 24 février. Que lui avez-vous exprimé dans cette lettre ouverte ? 

JEAN DE DOUBNA : « Tout d’abord, nous avons écrit cette lettre face au silence qui devenait très pesant de notre patriarche qui ne condamnait pas cette guerre et cette invasion de l’Ukraine par la Fédération de Russie. Et petit à petit, nous avons découvert que le patriarche, à travers certains propos qu’il tenait soit dans des prédications, soit dans des conversations, qu’il soutenait implicitement cette invasion, au nom de cette idée de rassembler la Russie, ce monde imaginaire de la Russie qui s’étende de Moscou à Kiev en passant par la Biélorussie. Ce que nous avons demandé spécialement au patriarche, c’est d’intervenir auprès de la Fédération de Russie de façon à ce que cesse cette guerre et ce massacre de tous ses enfants, ces femmes, ces hommes, ces soldats qui s’entretuent et qui sont eux mêmes issus du même baptême de la Russie. »

Selon vous, pourquoi le patriarche Kirill évoque la « résistance au consumérisme » occidental, la résistance aux tentatives d’imposer des gay pride en Ukraine ? 

« Il y a en Russie, à l’heure actuelle, le développement d’un anti occidentalisme effréné où le monde occidental est considéré comme dépravé. Mais, en Russie, le consumérisme est pire que chez nous. Il suffit d’aller à Moscou pour le voir. Tout n’est pas blanc, tout n’est pas noir. Mais il y a cette idéologie que la Russie est persécutée par l’Europe, par l’Occident. Mais ici, personne n’est contre la Russie. Tout le monde est contre la guerre, mais pas contre la Russie. La Russie est toujours le pays que nous portons dans notre cœur, nous aimons la tradition spirituelle de la Russie, la tradition littéraire, tout ce qui fait la richesse de la Russie. Nous l’aimons, mais nous ne voulons pas de cette guerre. »

Vous avez donc écrit cette lettre ouverte au patriarche de Moscou dont vous dépendez. Avez vous eu une réponse? 

« Non, je n’ai pas eu de réponse. » 

Aujourd’hui, d’autres églises orthodoxes en Europe se positionnent assez clairement en désaccord avec le patriarche de Moscou… 

« Toutes les églises orthodoxes à l’heure actuelle ont pris position contre cette guerre. On ne veut pas qu’on utilise le mot guerre. Or, c’est une guerre et une invasion d’un pays frère, d’un pays ami. Pourquoi ? Parce que ce pays veut vivre la démocratie. Parce que ce pays veut se rapprocher de l’Europe. Donc, c’est une agression. Et tout ça est dément. »  

Y a-t-il dans le discours et les prises de position du patriarche de Moscou un dévoiement du message religieux ?

« Par certains côtés, oui. Par certains côtés, le fait d’approuver cette invasion, cette guerre, comme il l’a dit, cette guerre « métaphysique », c’est pour nous très difficile à vivre. Il n’y a pas de guerre métaphysique. La guerre métaphysique c’est la guerre spirituelle, celle du jeûne, de la prière, guerre de l’amour du frère. Ça, c’est la guerre métaphysique de chaque chrétien. En même temps, le chrétien doit être un homme de paix. À chaque liturgie, nous chantons. « bienheureux les artisans de paix ». Le chrétien doit être un artisan de paix. Qui plus est un prêtre, qui plus est un évêque, qui plus est un patriarche. Mais prêcher et soutenir une vision nationaliste d’agressivité vis à vis à vis d’un peuple qui, dans le fond, cherche sa voie, qui veut vivre selon sa propre dynamique, l’empêcher de vouloir vivre ça et le tuer par la guerre ? Personne ne peut justifier ça. Aucun chrétien ne peut justifier ça. »

L’Église orthodoxe d’Amsterdam a annoncé qu’elle ne mentionnerait plus le nom de Kirill lors des célébrations, mais aussi qu’elle quittait le patriarcat de Moscou. Êtes vous prêt à quitter le patriarcat de Moscou ? 

« Pour l’instant, il n’est pas question pour nous de quitter le patriarcat de Moscou. Nous sommes dans un lien canonique avec le Patriarcat de Moscou. Nous restons en lien canonique avec le Patriarcat de Moscou. Nous ne partageons pas certaines visions du patriarche de Moscou. Mais autour de lui, il y a beaucoup de personnes qui ne partagent pas cette vision. Et notre humble lettre a permis à beaucoup d’autres voix d’écrire et de demander au patriarche qu’il intercède pour que la paix revienne en Ukraine. Qu’on arrête ce massacre d’innocents en Ukraine, c’est un massacre au nom d’une vision nationaliste et et qui n’a aucune justification. » 

Y a-t-il un risque pour le patriarche Kirill de Moscou de se retrouver isolé ? 

« Je pense que c’est un grand risque d’isolement. Et au niveau de toutes les églises orthodoxes. C’est un grand risque. Le patriarcat de Moscou fait autorité. Nous gardons des liens avec les théologiens, avec ses pères spirituels de très grande valeur, avec ses monastères, des lieux de prière, de charité. Nous gardons le lien avec tous, mais nous ne partageons pas cette vision de conquête par la violence. » 

Est ce qu’il y a un risque de scission aujourd’hui de certaines églises? Est-ce que la situation risque de déstabiliser l’organisation des églises orthodoxes? 

« Les églises orthodoxes étaient déjà dans une situation difficile à cause de l’Ukraine, à cause de la création de cette Eglise ukrainienne dans le cadre du patriarcat de Constantinople. Cela a été très mal fait et très mal ficelé. Moi, je n’ai jamais approuvé. Même quand j’étais dans le patriarcat de Constantinople, je n’ai jamais approuvé cette façon de faire. Mais maintenant,  toutes les églises sont bloquées. Et maintenant, qu’est ce qui va se passer en Ukraine ? Imaginez. Imaginez que l’Église ukrainienne se détache du patriarcat de Moscou. Le patriarcat de Moscou va perdre plus des deux tiers de ce qui fait sa vie, de son être profond. 

L’Église d’Ukraine est la première à souffrir. Elle est sous les bombes. Les hiérarques ont coupé la commémoration du patriarche de Moscou. Le métropolite Onuphre, qui est le chef de cette Eglise qui est une grande église, avec 12 500 paroisses, est dans une situation épouvantable. Nous lui avons envoyé une lettre de soutien pour lui dire notre amitié. Cette Église va probablement échapper au patriarcat de Moscou et va se reconstituer en Ukraine. C’est une erreur à la fois la Fédération de Russie et de notre patriarcat. C’est une erreur d’appréciation. C’est une erreur historique monumentale, ce qui se passe en ce moment. » 

Source: FRANCEINTER, le 28 mars 2022

La guerre sainte du patriarche Kirill, espion trouble

Le patriarche Kirill de Moscou partage beaucoup avec Vladimir Poutine... / Keystone/EPA/Maxim Shipenkov

La guerre sainte du patriarche Kirill, espion trouble

Entre un passé d’espion pour le KGB à Genève, de la contrebande de cigarettes avec l’Irak et son chalet en Suisse, qui est Kirill de Moscou, le patriarche de l’Église orthodoxe russe, qui soutient Poutine dans sa guerre en Ukraine?

Alors que le monde entier tournait ses regards vers le patriarche Kirill de Moscou, l’invoquant de faire entendre raison au président Poutine, le chef de l’Église orthodoxe russe a délivré, dimanche dernier, un sermon glaçant, ne laissant plus aucun doute quant à sa position personnelle. Mais que sait-on de ce personnage aussi influent que mystérieux, dont les propos bellicistes ont choqué jusque dans ses rangs? Entretien avec Antoine Nivière, professeur à l’Université de Lorraine, spécialiste de l’histoire culturelle et religieuse russe.

Comment décryptez-vous l’attitude du patriarche Kirill depuis le début de l’invasion russe en Ukraine?

Celle-ci est dans la lignée d’une longue tradition du patriarcat de Moscou, qui manifeste des liens étroits avec les autorités, autrefois de l’Union soviétique et aujourd’hui du régime du président Poutine. Malgré les affirmations qu’il s’agit d’une Russie nouvelle, le patriarche Kirill est resté dans le prolongement de l’URSS et de ses services secrets, dont il est lui-même issu.

Tout comme Poutine, le chef de l’Église orthodoxe russe vient du KGB?

Tout à fait. Quand les archives du KGB ont été brièvement accessibles à une commission d’enquête parlementaire de la Douma au début des années 1990, celui qui n’était alors que l’archevêque Kirill (Goundiaev) y apparaissait sous le nom de code «Mikhailov» en tant qu’agent recruté par le KGB au sein du clergé du patriarcat de Moscou. Et cela notamment en raison de ses fonctions comme représentant du patriarcat auprès du Conseil œcuménique des Églises (COE) à Genève. Cela avait été publié dans la presse russe de l’époque.

On serait donc toujours dans une forme d’union sacrée entre l’État et l’Église?

On est dans une double union. Premièrement, il y a cette tradition de soumission de la hiérarchie de l’Église orthodoxe au pouvoir politique, qui remonte jusqu’au Moyen Âge, mais qui a été renforcé à l’époque soviétique par un contrôle absolu et une utilisation de l’Église au profit des intérêts politiques de l’URSS, notamment sur la scène internationale à partir de la Seconde Guerre mondiale.

Mais il y a une deuxième tradition, presque millénaire, qui est celle d’un nationalisme centré sur l’orthodoxie. Poutine a beaucoup joué là-dessus. Après la disparition de l’idéologie marxiste de l’époque soviétique, il fallait remplacer ce vide, ce vacuum, et la religion a été rapidement perçue comme un élément d’identification national fort qui permettait de se distinguer de l’Occident.

Kyrill a été recruté comme espion du KGB, notamment en raison de son rôle au COE à Genève

ANTOINE NIVIÈRE, SPÉCIALISTE DE L’HISTOIRE CULTURELLE ET RELIGIEUSE RUSSE

C’est donc ainsi qu’il faut comprendre l’ homélie du 6 mars,où le patriarche évoquait la notion de guerre sainte? 
Absolument. À l’instar de Poutine, le patriarche Kirill a fait sienne la théorie du choc des civilisations. Cela fait plusieurs années qu’il se fait le propagateur de ce qu’il appelle le «monde russe», soit un monde orthodoxe et nationaliste, mettant en avant les valeurs traditionnelles et s’opposant à l’Occident, perçu comme perverti, décadent et moralement dégénéré. D’où notamment sa grande diatribe sur les gay prides, qui relèveraient d’un plan des Occidentaux pour détruire la société russe. Pour lui, la responsabilité de ce conflit incombe aux Occidentaux, qui souhaitent imposer ce genre de comportements.

A-t-il toujours tenu cette ligne?

Non, il s’est progressivement radicalisé, un peu de la même façon que le président Poutine. Au départ, c’était un théologien plutôt libéral. Il était d’ailleurs le disciple du métropolite Nicodème de Léningrad, le métropolite de l’œcuménisme, celui-là même qui est mort dans les bras du pape Jean Paul 1er au Vatican. En 1989, il est devenu le président au Département des affaires étrangères du patriarcat de Moscou. Un poste sensible qui l’amenait à défendre les intérêts de l’État. Depuis qu’il est devenu patriarche en 2009, il s’est encore plus raidi dans une position conservatrice.

Comment vous expliquez-vous cette radicalisation?

Par sa proximité avec le pouvoir. À mesure que la relation entre la Russie et l’Occident se tendait, lui développait de plus en plus cette théorie d’un choc des civilisations. En même temps, en tant que patriarche, il est désormais à la tête de toute l’Église orthodoxe russe, et il doit donc prendre en considération l’essentiel de sa base. Or l’essentiel du clergé russe est quand même très traditionnaliste et conservateur. Tout comme la majorité de leurs ouailles: les vieilles dames appartenant à une génération déjà ancienne sont plutôt également de cette tendance, méfiantes face à l’œcuménisme et l’Occident.

Le «monde russe» s’oppose à un Occident perçu comme perverti, décadent et moralement dégénéré

Que peut-on dire de la personnalité même de ce patriarche?

C’est quelqu’un de très autoritaire et féru de pouvoir. Contrairement au pape dans le catholicisme romain, dans la théologie orthodoxe, le patriarche reste l’égal des autres évêques. Or ce patriarche se pense et se conduit comme s’il était au-dessus des autres. Son nom mériterait d’ailleurs de figurer dans la liste des oligarques sanctionnés par l’UE.

Comment cela?

Il a fait fortune dans les années 2000, quand il était le responsable des Affaires étrangères du patriarcat de Moscou et que l’Irak était sous embargo américain. La Russie avait alors soutenu l’Irak, en y envoyant des médicaments et autres produits de nécessité. Le commerce des cigarettes avait lui été confié à l’Église russe, qui prélevait une dîme dessus. Le patriarche Kirill a ainsi renforcé sa fortune personnelle. Il possède notamment un chalet en Suisse, apparemment dans le canton de Zurich: c’est un skieur invétéré depuis son enfance. Avec son frère, qui a longtemps été le représentant du patriarcat de Moscou au COE, ils ont tissé des liens profonds avec la Suisse. Il doit également y avoir des comptes en banque…

Il a fait fortune avec le commerce de cigarettes avec l’Irak, alors sous embargo américain

Quels sont les liens personnels qu’il entretient avec Poutine?

Dans les années 2000 et jusqu’au début des années 2010, il y avait une espèce bonne entente entre les deux. Ils aimaient bien se montrer ensemble, notamment au monastère de Valaam, sur une île du lac Ladoga, près de Saint-Pétersbourg, ville dont ils sont tous deux natifs. Poutine s’y est fait construit une de ses nombreuses datcha, et une autre datcha luxueuse a été construite à côté pour le patriarche.

Et aujourd’hui?

Les relations se sont un peu ternies. En cause, l’échec de Kirill à garder tous les orthodoxes ukrainiens dans le giron du patriarcat de Moscou, et ce malgré les promesses dont il avait bercé Poutine. Ces derniers temps, à l’instar du président russe, il s’est replié sur lui-même. Depuis deux ans, il vit reclus dans sa datcha de luxe des environs de Moscou, sous prétexte qu’il a peur du Covid. Il ne sort que très peu, pour les grandes fêtes ou des rencontres au Kremlin. Il est dès lors lui aussi déconnecté des réalités.

Source: PROTESTINFO, le 14 mars 2022

Russie : une rencontre entre le pape et le patriarche envisagée «cette année», annonce Moscou

Entretien du pape François et du patriarche Kirill, 16 mars 2022 © Vatican Media

Entretien Du Pape François Et Du Patriarche Kirill, 16 Mars 2022 © Vatican Media

Russie : une rencontre entre le pape et le patriarche envisagée «cette année», annonce Moscou

Interview du métropolite Hilarion

Le métropolite Hilarion de Volokolamsk, président du département pour les relations ecclésiastiques externes du patriarcat de Moscou et un des plus proches collaborateurs du patriarche orthodoxe russe Kirill, affirme « qu’une rencontre se prépare entre le pape et le patriarche » qui, il « l’espère, aura lieu au cours de cette année ». « Ce sera une rencontre personnelle », ajoute-t-il.

C’est ce que le métropolite Hilarion a dit dans une interview à l’émission « Église et monde » de la chaîne russe Russie 24 le 27 mars 2022. Le texte intégral de l’interview a été publié sur le site du patriarcat de Moscou le 29 mars.

Le métropolite russe a souligné que l’entretien du 16 mars dernier, en vidéo-conférence entre le pape François et le patriarche Kirill a été « très important » : « Pour les relations entre l’Église orthodoxe russe et l’Église catholique romaine, de telles négociations, de telles rencontres personnelles, bien que dans un format à distance, sont très importantes. Et le fait que le format à distance ait été choisi … est dû aux circonstances de l’époque actuelle et à l’urgence des négociations qui ont eu lieu. »

« Comme les événements se déroulent très rapidement, a-t-il expliqué, il était nécessaire, sans attendre cette rencontre (la rencontre personnelle qui se prépare, ndlr), que les deux primats communiquent entre eux et discutent de ce qui se passe. »

Le métropolite Hilarion a indiqué que c’est lui qui avait « en quelque sorte préparé ces négociations ». Elles étaient « consacrées au sujet de l’Ukraine, car le pape s’est prononcé à plusieurs reprises à ce sujet récemment, et le patriarche s’est prononcé à ce sujet, a noté le métropolite. Il était très important que les représentants des plus grandes Églises chrétiennes communiquent entre eux précisément à ce moment critique ».

En ce qui concerne la consécration par le pape François de la Russie et de l’Ukraine au Cœur immaculé de Marie, vendredi dernier, 25 mars, le métropolite Hilarion a déclaré que « c’est un événement qui compte avant tout pour l’Église catholique, où il existe une tradition qui remonte à l’apparition de la Mère de Dieu à Fatima ». Il a rappelé que « de tels actes de consécration solennelle ont déjà été accomplis par d’anciens pontifes romains, notamment par le pape Jean-Paul II ». « Dans le contexte de la crise actuelle, du conflit en Ukraine, a-t-il poursuivi, de nombreuses conférences épiscopales de l’Église catholique ont lancé un appel au pape pour qu’il reprenne cet acte de consécration du monde entier, y compris la Russie et l’Ukraine, à la Vierge Marie. »

Selon le métropolite, « quelque chose de similaire se produit dans l’Église orthodoxe, car il n’y a pas si longtemps, Sa Sainteté le patriarche Kirill s’est adressé à tout le troupeau de l’Église orthodoxe russe avec un appel à lire quotidiennement un canon de prière à la Très Sainte Mère de Dieu, en y ajoutant une prière pour le rétablissement de la paix en Ukraine, c’est-à-dire, selon le métropolite Hilarion, que les croyants catholiques à leur manière et les croyants orthodoxes à leur manière se tournent » vers Dieu.

Lors de l’entretien du 16 mars, le communiqué du Vatican avait souligné à la fois les points de convergence et de divergence entre le patriarcat de Moscou et Rome sur la guerre en Ukraine. Le pape n’a pas hésité à condamner comme un « sacrilège » ce qu’il appelé « la monstruosité » de la guerre, sa « cruauté sauvage ». Jusqu’ici le patriarcat de Moscou a, pour sa part, trouvé des justifications à l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Source: ZENIT, le 31 mars 2022

Commentaire:

En faisant l’apologie de l’invasion russe en Ukraine et donc de tous les crimes qui en résultent, Kirill est devenu un suppôt de satan. Comme l’a dit le pape à l’Angélus du 27 février dernier, l’utilisation de pareille violence est diabolique.

Aussi, une rencontre avec le pape François serait très mal perçu par bon nombre de catholiques !

On ne discute pas avec le diable ou ses suppôts (Angélus du 01.03.2020).

Reste à voir si telle rencontre se fera.

« Kirill suivra Poutine dans sa chute »

UKRAINE WAR ECUMENISM
Shutterstock / Le patriarche Kirill et Vladimir Poutine.

Le théologien Jean-François Colosimo analyse les conséquences des relations ambiguës entre le patriarche Kirill et Vladimir Poutine. Pour lui, les deux hommes sont condamnés à chuter ensemble.

Aleteia : Vous rappelez que Poutine et Kirill sont de la même génération. En dehors de leur âge, qu’ont en commun ces deux hommes ?


Jean-François Colosimo :
En Russie, après 1989, deux institutions seulement sortent des décombres du communisme : le KGB et l’Église, qui ont de vieilles accointances. Kirill entre immédiatement dans la course pour devenir patriarche, but auquel il parvient en 2009. Alors qu’il a une réputation initiale de progressiste et d’œcuméniste, il prend le pli d’un anti-occidentalisme typique du nouveau régime autoritaire et endosse la politique étrangère de Poutine. Il devient en quelque sorte son ministre des affaires religieuses. De la même façon que Poutine dirige une fédération multiethnique, multiconfessionnelle et multilinguiste, Kirill, au nom de l’orthodoxie, préside le Conseil religieux de Russie qui réunit le grand rabbin pour le judaïsme, le grand mufti pour l’islam, le grand lama pour le bouddhisme, que la Douma, le parlement, a consacrés comme les représentants des religions « authentiquement russes » au détriment de tout autre culte étranger. À l’extérieur précisément, le pontife et le despote professent la même idéologie de l’unité du « monde russe », autrement dit d’une Russie englobant toutes les populations russophones. Ce pan-russisme impérial a été rendu possible par le fait qu’il n’y a pas eu de Nuremberg du communisme. Poutine et Kirill sont deux survivants de l’homo soviéticus. Ils s’accordent sur l’oubli du Goulag, le refus de l’ordre international et la négation des droits de l’homme.

Le patriarche cherche à affirmer la grandeur de l’Église russe comme le président entend réaffirmer la grandeur de l’État russe. 

Que s’apportent-ils l’un l’autre ?


Kirill et Poutine sont animés par un même projet de restauration. Le patriarche cherche à affirmer la grandeur de l’Église russe comme le président entend réaffirmer la grandeur de l’État russe. À l’intérieur, l’Église reprend le rôle dévolu autrefois au Parti communiste. Elle est en charge du patriotisme, de la moralité, des normes sociales et du recrutement des élites. Kirill entend dans ce contexte imiter la représentation qu’il se fait d’un catholicisme du XIXe siècle qui n’a jamais existé, une Église-caserne régissant la société. Il veut lui faire jouer, à contretemps, les grands combats contre la Modernité avec une dimension inquisitoriale qui n’est pas traditionnellement orthodoxe. À l’extérieur, Kirill apporte son concours diplomatique à Poutine. Le patriarcat de Moscou est la seule institution russe à couvrir encore l’intégralité de l’ancienne URSS. Il y appuie les manœuvres géopolitiques du régime actuel. Les représentations du patriarcat de Moscou en Biélorussie, en Ukraine mais aussi dans les pays baltes, au Kazakhstan et dans les Républiques d’Asie centrale sont en fait des ambassades bis. Avec ses extensions dans les anciens pays satellites et les anciennes républiques sœurs, mais aussi en Europe et dans les Amériques, le patriarcat de Moscou pèse à peu près 50% du monde orthodoxe et bénéficie des importantes ressources diplomatiques et financières que lui réserve l’Etat russe. Les deux hommes marchent donc main dans la main en politique intérieure comme en politique extérieure. Le goupillon bénit le sabre et, désormais, l’encensoir légitime le missile.

Comment Kirill tente-il de s’affirmer dans le monde orthodoxe ?


Pour asseoir son hégémonie, Kirill a engagé un bras de fer avec le patriarche de Constantinople Bartholomée. Or le primat de tous les orthodoxes à l’échelle planétaire, qui est résolument inscrit dans une démarche œcuménique et qui est le premier chef spirituel à avoir promu l’écologie comme le reconnaît le pape François, incarne une orthodoxie à rebours de celle chauvine, conservatrice, moralisatrice et cléricale de Kirill. Deux conceptions de l’humanité, du monde et du christianisme s’opposent. Comme Staline, Kirill a tendance à mesurer la puissance au nombre de divisions et donc à sous-estimer Bartholomée. Il ne voit pas que ce dernier a pour lui l’histoire, la mesure, l’expérience et la primauté. Kirill décide donc de ne pas venir au Grand Concile panorthodoxe que Bartholomée réunit en Crète en 2016 et il embarque dans son refus le patriarcat d’Antioche, l’Église de Bulgarie et l’Église de Géorgie. L’élan conciliaire est atteint. Kirill surestime cependant ses capacités, d’autant plus que l’Ukraine est devenue un problème entre lui et Poutine.

Si le patriarcat de Moscou représente 50% du monde orthodoxe, l’Ukraine constitue 40% du patriarcat de Moscou. 

Pourquoi ?


Si le patriarcat de Moscou représente 50% du monde orthodoxe, l’Ukraine constitue 40% du patriarcat de Moscou. Or le choc frontal entre Poutine et l’Occident a pour terrain l’Ukraine, principalement la Crimée et, à l’Est, la province de Donetsk. La tension monte après 2014 et la révolution de Maïdan. Mais Poutine sous-estime déjà grandement l’existence de la nation ukrainienne : en 1991, l’indépendance est votée par 92% de la population. Les orthodoxes sont majoritaires mais divisés ; outre l’Église de Moscou, il existe deux Églises schismatiques : l’une qui poursuit le mouvement des catacombes apparu sous le communisme, l’autre qu’a créée Philarète de Kiev, ancien disciple de Nicodème pour satisfaire son ambition personnelle. Or, être à la fois orthodoxe et ukrainien devient de plus en plus difficile : comment relever d’un centre d’autorité spirituelle allié à un pouvoir politique hostile ?

Cette indépendance ecclésiastique ukrainienne est-elle advenue ?


En 2019, le patriarcat de Constantinople accorde à l’Église d’Ukraine le statut d’autocéphalie, autrement dit d’autogouvernement. Kirill rompt la communion avec Bartholomée, le déclare schismatique et lui dénie tout droit de primauté. L’affaire affecte l’entière orthodoxie, les Églises locales étant sommées de choisir leur camp. Kirill va utiliser tous les moyens de pression que lui permet la politique étrangère du Kremlin. Fin 2021, tandis que Poutine se projette en Afrique de l’Ouest, entre autres au Mali, à travers la tristement célèbre division Wagner, Kirill déclenche un schisme au sein du patriarcat d’Alexandrie qui exerce sa juridiction sur le continent africain et qui est favorable à l’indépendance de l’Église d’Ukraine.

Sans l’Ukraine, le patriarcat de Moscou est une Église parmi d’autres dans le monde orthodoxe.

Les destins de Vladimir Poutine et Kirill sont-ils à ce point liés qu’ils risquent de sombrer ensemble ?


Pour Poutine, l’Ukraine existe uniquement intégrée à la Russie. Il n’a pas vu que les populations ethniquement ou linguistiquement russes feraient bloc avec la résistance patriotique. Kirill n’a pas saisi, lui non plus, que les évêques de l’Église autonome qu’il a maintenue contre l’Église indépendante se désolidarisaient peu à peu de lui pour entrer à leur tour dans l’union sacrée. En justifiant une guerre inique, fratricide de surcroît, Kirill s’est fait un sujet de scandale pour les orthodoxes, mais aussi pour les catholiques et les protestants. Il suivra Poutine dans sa chute, même si celle-ci n’est pas forcément pour tout de suite. Le meilleur ennemi de la Russie aujourd’hui est Poutine et le meilleur ennemi de l’orthodoxie est Kirill. Sans l’Ukraine, le patriarcat de Moscou est une Église parmi d’autres au sein du monde orthodoxe. Il ne peut plus faire valoir son règne quantitatif pour acter un renversement politique de la primauté spirituelle et il ne lui reste qu’à se soumettre et à se réformer.

Existe-t-il une fracture entre le clergé et les fidèles en Russie ?


L’Église russe est aujourd’hui constituée à l’inverse du modèle pyramidal qui régente habituellement les communautés humaines : les fidèles valent mieux que les prêtres qui valent mieux que les évêques. Pour des raisons d’intérêts, la hiérarchie partage l’idéologie de Kirill. De la même manière que Poutine a muselé la presse libre et a persécuté l’opposition, Kirill n’a cessé de purger le corps ecclésiastique de tous les éléments contestataires. Une opposition subsiste néanmoins en interne. Les pétitions contre l’actuel patriarche se multiplient. Nous sommes moins loin que l’on ne pourrait penser d’un réveil de la spiritualité russe et slave conforme à l’esprit de Gogol, de Dostoïevski et de Soljenitsyne.

Quelles opportunités le monde orthodoxe peut-il tirer des événements actuels ?


Nous avons assisté à un renversement spectaculaire d’image en l’espace d’un demi-siècle. D’une Église spirituelle, quasi immatérielle, de la contemplation, de la prière et de la liturgie, nous sommes passés à une espèce de survivance archaïque, menaçante, incapable de comprendre la modernité, confondant le politique et le religieux. N’en restons pas aux apparences. La question, désormais, est celle de savoir comment les orthodoxes reviendront à l’essentiel, qui est l’Évangile, en se nettoyant des scories de l’Histoire. Le patriarcat œcuménique y est disposé car il sait la valeur ultime, par sa propre expérience, des tragédies historiques. Il a su transformer ses difficultés en royaume, comme on le dit au Mont-Athos, à l’image du Dieu qui se rend impuissant pour que se manifeste la véritable puissance, celle de la Résurrection. L’orthodoxie a beaucoup à apporter aux dialogues œcuménique, interreligieux, à la civilisation planétaire de l’échange. La vision constantinopolitaine est très proche du catholicisme issu de Vatican II, celle d’une Église qui invite à reconnaître dans le Christ le Sauveur du monde parce qu’il est le Serviteur de l’humanité.

Propos recueillis par Laurent Ottavi

Source: ALETEIA, le 28 mars 2022

Russie: « Approfondir la connaissance mutuelle, avancer sur le chemin de l’unité »

Le pape François signant un document © Vatican Media

Le Pape François Signant Un Document © Vatican Media

Russie: « Approfondir la connaissance mutuelle, avancer sur le chemin de l’unité » (traduction complète)

« Un pèlerinage commun vers le but de la communion »

Le pape François lance un appel à l’unité aux catholiques de Russie, dans un message où il recommande de « demander l’aide du Seigneur pour approfondir la connaissance mutuelle et avancer pas à pas sur le chemin de l’unité ».

A l’occasion du 30e anniversaire de la création des Administrations apostoliques pour les catholiques de rite latin en Russie, le pape a adressé ce message, en date du 16 septembre, qui sera lu par Mgr Giovanni d’Aniello, nonce apostolique en Fédération de Russie, le 109 octobre 2021.

Le pape a invité les catholiques de Russie à prier à cette intention: « En priant pour tous et en servant ceux avec lesquels nous partageons la même humanité, que Jésus a unie à lui de manière inséparable, nous nous retrouverons comme frères et sœurs dans un pèlerinage commun vers le but de la communion, que Dieu nous indique dans chaque célébration eucharistique. »

Voici notre traduction rapide, de travail du message du pape François publié en italien, au moment où le patriarcat de Moscou entrevoit une nouvelle rencontre entre le pape François et le patriarche Cyrille, après la rencontre du 12 février 2016 à Cuba, et alors que le métropolite Hilarion a été reçu au Vatican par le pape François et par le cardinal Kurt Koch.

AB

Discours du pape François

Chers frères et sœurs,

A l’occasion du 30e anniversaire de l’établissement des Administrations apostoliques pour les Catholiques de rite latin dans cette terre bien-aimée, avec joie je suis présent spirituellement parmi vous par l’intermédiaire de mon représentant, S.E. Monseigneur Giovanni d’Aniello, dans le désir de fortifier la communion ecclésiale qui nous unit dans le Christ. Je vous exprime à tous ma proximité dans la prière, avec reconnaissance pour votre témoignage de foi et de charité.

Ce que vous célébrez n’est pas tant la mémoire d’actes juridiques ni de réalités formelles. C’est plutôt le moment de faire mémoire, avec humilité et gratitude, du bien reçu du Seigneur et de tant de frères et sœurs qui, en véritables « saints de la porte à côté », vous ont soutenus sur votre chemin. C’est aussi une occasion propice pour se proposer, avec l’aide de la grâce, de grandir selon l’Évangile, aspirant à devenir des communautés toujours plus dociles à la Parole de Dieu, animées par l’espérance et soutenues par la force consolante de l’Esprit ; ouvertes, en obéissance au commandement suprême de l’amour, à la rencontre et au partage solidaire avec tous, spécialement avec nos frères et sœurs de l’Église orthodoxe

La conscience de soi ecclésiale a constamment besoin de moments forts, comme celui que vous vivez, pour se renouveler et se purifier, notamment pour écarter, avec l’aide de Dieu, toute tentation d’auto-référence et d’auto-célébration, pour mieux adhérer à les sentiments mêmes  du Christ Jésus (cf. Ph 2, 5). En Lui qui, en se faisant serviteur de nous, nous a aimés jusqu’au bout (cf. Jn 13, 1), nos comportements personnels et communautaires sont régénérés ; avec Lui nous pouvons devenir, comme l’a souhaité l’Apôtre Paul, « heureux dans l’espérance, forts dans les tribulations, persévérants dans la prière, soucieux des besoins des frères, attentifs à l’hospitalité » (Rm 12, 12-13)

Mon voeu c’est que cette commémoration stimule toute la communauté catholique de la Fédération de Russie à être une semence évangélique qui, avec joie et humilité, offre une transparence limpide du Royaume de Dieu. Je vous souhaite d’être une communauté d’hommes et de femmes, d’enfants et d’adultes, de jeunes et de personnes âgées, de prêtres et de laïcs, de personnes consacrées et de personnes en recherche vocationnelle visant à la communion avec tous, pour témoigner avec simplicité et générosité, dans la vie de famille et dans tous les milieux de la vie quotidienne, le don de grâce reçue. Cela plaît tellement à Dieu et cela contribue au bien commun de toute la société. En particulier, le témoignage chrétien excelle à prendre en charge les autres, en particulier les plus nécessiteux et les plus délaissés

Chers amis, « nous avons tous été baptisés dans un seul Esprit pour former un seul corps » (1 Co 12, 13) : dans le contexte de la tradition chrétienne orientale dans laquelle vous vivez, il est important de continuer à cheminer avec tous vos frères et sœurs chrétiennes, sans se lasser de demander l’aide du Seigneur pour approfondir la connaissance mutuelle et avancer pas à pas sur le chemin de l’unité. En priant pour tous et en servant ceux avec lesquels nous partageons la même humanité, que Jésus a unie à lui de manière inséparable, nous nous retrouverons comme frères et sœurs dans un pèlerinage commun vers le but de la communion, que Dieu nous indique dans chaque célébration eucharistique.

Restons unis dans le Christ : que l’Esprit Saint, répandu dans nos cœurs, puisse nous faire sentir enfants du Père, frères et sœurs entre nous et avec tous. Que la Sainte Trinité, source incessante d’amour, augmente la cohésion et le désir de la promouvoir dans tous les milieux. Par l’intercession de la Sainte Mère de Dieu et de saint Joseph, j’envoie à chacun, avec une pensée spéciale pour les malades, ma Bénédiction, en vous demandant la faveur de prier pour moi.

Rome, Saint-Jean-du-Latran, 16 septembre 2021, mémoire des saints Corneille et Cyprien.

François

Source: ZENIT.ORG, le 9 octobre 2021