
Quand l’embryologie éclaire les paroles du « Je vous salue Marie » (II)
Les paroles de sainte Élisabeth à la Vierge Marie, « Le fruit de tes entrailles est béni », que nous reprenons dans la prière de l’Ave, ne sont pas seulement une image biblique désuète. Bien au contraire : elles rejoignent une réalité scientifique profonde découverte au XIXe siècle.
À l’époque biblique et jusqu’à une époque récente, nous ne connaissions pas le déroulé biologique de « l’animation » de l’être humain dans le sein maternel. Il faut attendre le début du XIXe siècle et Karl Ernst von Baer (1792-1876) pour entrer véritablement dans l’embryologie moderne avec la découverte de l’ovule, du spermatozoïde et du rôle du blastocyste.
L’une des premières étapes fondamentales du développement embryonnaire, résulte directement des divisions successives du zygote en 2 cellules filles, puis en 4, puis 8 et 16 et ainsi de suite pour rapidement aboutir à une masse cellulaire que les scientifiques ont nommée morula.
Cette structure prend son nom du mot latin « morum », qui signifie « petite mûre », en référence à son apparence granuleuse évoquant de façon caractéristique le fruit des bois. Chez l’être humain le stade de morula est atteint au bout du quatrième jour après la fécondation avant même son implantation dans l’utérus qui a lieu vers le 7e jour.
Cette temporalité coïncide d’ailleurs de façon étonnante avec le moment où Élisabeth prononce les paroles lors de la Visitation. Après l’Annonciation, Marie part « avec empressement » (Lc 1, 39) voir sa cousine. Or le trajet entre Nazareth et Aïn Karim, en Judée, prenait environ 4 à 5 jours de marche. Au moment précis où Marie arrive chez Élisabeth et que celle-ci s’exclame « le fruit de tes entrailles est béni », l’embryon de Jésus a littéralement l’apparence d’une petite mûre. L’expression d’Élisabeth n’est donc pas seulement une métaphore poétique, mais une description biologique avant l’heure !
Vouloir remplacer « fruit » par « enfant » dans l’Ave Maria a d’ailleurs d’autres conséquences plus profondes sur le plan théologique. Dans la Genèse, il est dit qu’ Ève a saisi le « fruit défendu » (celui qui conduit à la mort). Le « fruit » évoqué par Élisabeth résonne profondément avec toute l’histoire biblique et la chute du péché originel. Jésus est le véritable « fruit » (celui de la Vie) qui vient effacer la faute de nos premiers parents. Remplacer ce terme brise ce miroir symbolique essentiel entre Ève et Marie.
En conclusion, il a fallu plus de 18 siècles pour que la science moderne, sans probablement faire de rapprochement biblique, découvre un « fruit » lors de la fécondation, celui-là même dont parlait déjà Élisabeth. Ainsi, l’Ave Maria que nous récitons souvent machinalement et qui provient directement de l’évangile de Luc est d’une richesse fascinante quand il affirme que Jésus était déjà bien incarné en Marie lors de la Visitation, à ce stade embryonnaire précoce que la science nomme morula !
René Sentis
Prions :
Je vous salue, Marie pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort.
Amen.
Source : une minute avec Marie