Pourquoi ai-je obéi à cette impulsion contraire à ma volonté ?

Pourquoi ai-je obéi à cette impulsion contraire à ma volonté ?

Durant la Seconde Guerre mondiale, mon père rapporte comment une force mystérieuse l’a conduit à sauver un homme. Il attribue cette force à l’intercession de la Vierge Marie. Sous la pression de l’avancée de l’armée soviétique, la colonne de prisonniers avait quitté le camp de Stablack en Prusse Orientale ce mois glacial de février 1945. Avec un ami, mon père cherchait à s’évader et avait récupéré un brassard de médecin de l’armée allemande. Il écrit ces lignes :

« Mon compagnon Robert et moi avons décidé de nous éclipser pendant la traversée du petit village vers lequel se dirige le cortège des prisonniers. Nous devons nous retrouver dans la grange d’une ferme que l’on distingue vaguement sous la faible clarté de la lune et c’est maintenant le moment le plus favorable. Je suis du regard la haute silhouette de Robert montant vers le village. À un moment donné, je le vois se pencher sur le corps d’un camarade, affalé sur le côté de la route et tenter sans succès de le ranimer.

Tout à mon idée d’évasion, je me mets à maugréer. Cet idiot de Robert va attirer l’attention sur lui ; ensuite, il ne pourra plus s’enfuir. La seule chance d’en sortir est de s’occuper exclusivement de soi. J’éprouve un soulagement égoïste lorsque je vois Robert abandonner le pauvre bougre et continuer sa route.

Quelques instants plus tard, je passe auprès du malheureux que Robert a vainement tenté de ranimer. Il est allongé sur le dos dans la neige, les yeux à demi révulsés. Il est foutu ! Pensai-je et je continue mon chemin, uniquement préoccupé par mon plan d’évasion.

Brusquement, j’éprouve une curieuse impression comme si quelqu’un me donnait le pressant conseil de retourner vers le gars. Pourquoi ai-je obéi à cette impulsion irraisonnée et contraire à ma volonté ? Aujourd’hui encore je ne le comprends pas. Quand je suis près de lui, je le saisis à plein bras et me mets à hurler devant son visage livide et inconscient : – Marche !  Marche !  Marche ! A ma stupéfaction, je vois le gars reprendre ses sens, remuer les yeux. Je le saisis aux épaules et crie à trois centimètres de son visage : – Tu marches ! Tu tiendras !

Les sentinelles ont entassé leurs paquets dans une charrette et s’accrochent de la main au véhicule pour se faire tirer. Je guide mon type jusqu’au char à banc. Là, je commande à mon malade de s’accrocher et de tenir bon. Le gardien, dérangé, grogne furieux : – Pas de prisonniers ici ! – Fais lui place, lui dis-je avec autorité. L’Allemand fit le geste de dégager le fusil qu’il porte en bandoulière. J’ai alors une inspiration : – Je suis médecin et le devoir d’un médecin est de s’occuper des malades quelle que soit leur nationalité, compris ?

– Médecin ? reprit le soldat incrédule. – Voilà mon insigne et je tire de ma poche le brassard volé à Stablack, et le montre au gardien. Un médecin, dans des situations comme celle-ci, après tout, qui peut se vanter de ne pas en avoir besoin avant longtemps ? Le gardien n’insiste pas et en bougonnant laisse le prisonnier titubant s’accrocher au véhicule. »

Extrait de Charles Belbéoc’h, Le Feu sur la Neige (Mon carnet d’évasions) Editions du Panthéon – Nov 2018

Lectures de la messe du jour

Prions :
Je vous salue, Marie pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort.
Amen.

Source : une minute avec Marie