Carême: Dieu nous révèle que nous sommes éternels et non immortels

Exercices spirituels en Salle Paul VI.  

Carême: Dieu nous révèle que nous sommes éternels et non immortels

Nous publions ici le résumé de la septième méditation du prédicateur de la Maison pontificale qui conduit les exercices spirituels de Carême de la Curie romaine, en Salle Paul VI. Le père capucin Roberto Pasolini réfléchit ce mardi après-midi à la façon dont la société contemporaine s’est éloignée du concept de mort, alors que l’incarnation est au contraire un signe de l’amour radical de Dieu.

Notre époque a généré une illusion d’immortalité, alimentée par le progrès et par le bien-être, qui nous conduit à ignorer les limites de la condition humaine. L’Eglise elle-même peine parfois à se redimensionner pour offrir un témoignage crédible du Royaume de Dieu. Cette refoulement de la mort se manifeste par l’incapacité à vivre sereinement l’attente et par l’obsession de l’hyperactivité et d’une présence constante sur les nombreux fronts où la réalité nous sollicite. La peur de la mort a rendu difficile de faire des choix définitifs, encourageant le désengagement et l’illusion de pouvoir toujours revenir sur les décisions prises.

La société contemporaine a effacé les rituels et les mots qui nous aidaient autrefois à affronter le passage de la mort avec sens et courage. Aujourd’hui, la mort est souvent réduite à un spectacle médiatique ou à un problème technique qui concerne la science médicale. Cet éloignement du concept de mort nous empêche de comprendre le sens le plus profond de la vie et de l’espérance chrétienne. Saint François d’Assise, en l’appelant «sœur mort», propose une alternative radicale: accepter la finitude humaine comme partie d’un chemin qui mène à l’éternité.

Le péché, compris comme un usage erroné de la liberté, naît souvent de la tentative d’échapper à la précarité de la vie. Mais le seul véritable antidote est l’amour, vécu de manière concrète et profonde, comme le démontrent les paroles de saint Jean : «Nous, nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons nos frères» (1 Jn 3, 14). Aimer jusqu’au bout signifie accepter la limite et la transformer en une opportunité de se donner sans réserve.

Le Christ n’a pas éliminé la mort, mais il l’a traversée pour nous montrer qu’elle peut être habitée et transfigurée. L’incarnation n’est pas seulement une réponse au péché, mais un geste d’amour radical par lequel Dieu s’engage dans notre existence. L’Evangile de Marc met en lumière le paradoxe d’un Dieu qui sauve par la croix, nous révélant que, bien que nous soyons éternels, nous ne sommes pas immortels.

Paul met en garde les Galates contre le risque de revenir à une foi basée sur la peur et sur la loi, plutôt que sur la confiance dans le don gratuit de Dieu. Jean les exhorte à discerner les esprits, en reconnaissant l’incarnation non pas comme une idée, mais comme une manière concrète de vivre la réalité. L’incarnation nous demande de rester fermes dans la confiance que la réalité, malgré ses difficultés, est le lieu du Royaume de Dieu. Vivre comme enfants de Dieu et en tant que frères entre nous est un choix à renouveler chaque jour, dans la certitude que l’amour jusqu’au bout est non seulement possible, mais déjà témoigné par de nombreuses générations d’hommes et de femmes. Nous aussi, nous pouvons entonner ce chant d’amour, par nos vies.

Source : VATICANNEWS, le 12 mars 2025

Carême: le baptême est le «début d’un chemin de transformation»

Exercices spirituels en Salle Paul VI.   (VATICAN MEDIA Divisione Foto)

Carême: le baptême est le «début d’un chemin de transformation»

Résumé de la sixième méditation des exercices spirituels prêchés à la Curie romaine. Le père Roberto Pasolini, prédicateur de la Maison pontificale revient sur la nécessité de «renaître d’en haut», pour un «changement profond et radical». Le Pape François s’unit spirituellement depuis l’hôpital à cette préparation du temps de Carême.

Vatican News

Le chemin du salut se manifeste comme une renaissance spirituelle, illustrée dans l’Evangile de Jean à travers le dialogue entre Jésus et Nicodème. Jésus affirme que pour voir le Royaume de Dieu, il faut «renaître d’en haut», un concept qui déconcerte Nicodème et qui rappelle la nécessité d’un changement profond et radical. Cette transformation n’est pas simple et suscite souvent une crainte, car elle exige d’abandonner des certitudes et des schémas consolidés.

Jésus explique que la renaissance a lieu à travers l’eau et l’Esprit, non pas comme un retour biologique à l’enfance, mais comme une nouvelle ouverture à l’action de l’Esprit. Beaucoup craignent le changement et cherchent à s’agripper à des expériences passées, mais la véritable renaissance implique de se fier à Dieu et de se laisser conduire vers des horizons inexplorés. Ce passage rappelle l’Exode d’Israël dans le désert, où le peuple craignait la mort, mais trouvait le salut en cherchant du regard un signe offert par Dieu. Aujourd’hui, le signe du salut est le Christ élevé sur la croix.

Exercices spirituels en Salle Paul VI.
Exercices spirituels en Salle Paul VI. 

Le baptême représente le symbole de cette vie nouvelle: non pas un changement immédiat et visible, mais le début d’un chemin de transformation. Toutefois, dans l’histoire, l’efficacité du baptême s’est affaiblie, et il devient souvent un rite culturel plus qu’un choix de foi conscient. Cela a conduit à une crise de l’Eglise, dans laquelle la vie chrétienne apparaît distante et abstraite pour beaucoup.

Jésus invite à un choix radical: placer la relation avec Lui avant tout autre lien, non pas comme négation des liens d’affection, mais comme reconnaissance que ce n’est qu’en Dieu que se trouve la véritable vie. Cela demande d’avoir le courage de «perdre sa propre vie» dans le sens biologique et psychique, pour la retrouver dans la dimension éternelle.

Enfin, Jésus utilise la métaphore de l’accouchement pour expliquer que la renaissance spirituelle est un passage douloureux mais nécessaire. Chaque personne est appelée à sortir de son «sein» d’origine pour accueillir la plénitude de la vie éternelle. Saint François est un exemple de qui a abandonné toutes les sécurités pour embrasser pleinement la vie nouvelle dans le Christ.

En définitive, la véritable renaissance n’est pas une illusion, mais une réalité accessible à qui se laisse transformer par l’Esprit, en vivant dès à présent la promesse de l’éternité.

Source : VATICANNEWS, le 12 mars 2025

Carême: la vie éternelle n’est pas une récompense future, mais un choix du présent

Exercices spirituels en Salle Paul VI.   (VATICAN MEDIA Divisione Foto)

Carême: la vie éternelle n’est pas une récompense future, mais un choix du présent

Nous vous proposons ici une synthèse de la cinquième méditation du prédicateur de la Maison pontificale, le père Pasolini qui dirige les exercices spirituels de Carême de la Curie romaine qui se tiennent cette semaine en Salle Paul VI. Le religieux capucin souligne que l’on peut vivre le présent, en faisant l’expérience de la résurrection, si l’on confie ses souffrances et blessures au Christ, au lieu de chercher des remèdes dans de fausses idoles.

Vatican News

Le véritable défi de notre chemin n’est pas uniquement de traverser la mort, mais de reconnaître que la vie éternelle commence déjà ici. Souvent, nous nous leurrons qu’il existe uniquement deux catégories de personnes: les vivants et les morts. L’Évangile de Jean, avec la résurrection de Lazare, défie cette vision: les véritables morts ne sont pas uniquement ceux qui cessent de respirer, mais également ceux qui sont bloqués par la peur, la honte et le contrôle. Lazare, enveloppé de bandes qui limitent tout mouvement, nous représente tous lorsque nous nous laissons étouffer par des attentes et des schémas rigides, perdant ainsi le contact avec notre liberté intérieure.

Marthe et Marie, face à la mort de leur frère, expriment une foi conditionnée: «Si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort» (Jn 11, 21).  Cette mentalité reflète l’idée d’un Dieu qui devrait toujours intervenir pour nous épargner la douleur. Mais Jésus n’est pas venu pour éliminer la souffrance, mais pour la transformer: «Je suis la résurrection» (Jn 11, 25). La véritable question, donc, n’est pas de savoir si nous mourrons, mais si nous sommes déjà en train de vivre véritablement, dans la confiance dans le Christ et dans sa parole.

Le père Roberto Pasolini.

Le père Roberto Pasolini.

Ce défi apparaît également dans l’épisode de la femme hémoroïsse, une femme malade depuis douze ans qui, malgré tout, ose toucher le manteau de Jésus pour chercher la guérison (Mc 5, 25-34). Sa situation représente l’humanité tout entière: nous cherchons des remèdes, nous cherchons la vie, mais souvent nous nous confions à de fausses idoles qui nous laissent vides. Seul le contact avec Jésus peut apporter une véritable guérison, qui n’est pas uniquement physique mais intérieure: la capacité de se confier et de se sentir accueillis.

Jésus le dit: «Ma fille, ta foi t’a sauvée» (Mc 5, 34), montrant que le salut n’est pas une intervention extérieure de Dieu, mais s’exprime dans la capacité à nous ouvrir à sa présence. Il en va de même pour la confession et pour chaque expérience de réconciliation: un acte formel ne suffit pas, il faut que notre cœur redécouvre la confiance en un Dieu qui nous veut vraiment vivants.

Le signe de Lazare et la guérison de la femme hémoroïsse nous posent une question radicale: sommes-nous des mourants qui attendent la fin ou des vivants qui ont déjà commencé à faire l’expérience de la résurrection ? La vie éternelle n’est pas uniquement une récompense future, mais une réalité que nous pouvons choisir dès maintenant, en vivant avec liberté, espérance et confiance dans le Dieu qui nous appelle à la plénitude.

Source : VATICANNEWS, le 11 mars 2025

Carême: «vivre dans la foi sans être écrasé par la seconde mort»

Le père Roberto Pasolini, prédicateur de la Maison pontificale   (VATICAN MEDIA Divisione Foto)

Carême: «vivre dans la foi sans être écrasé par la seconde mort»

Dans la quatrième méditation des exercices spirituels prêchés à la Curie romaine, le père Roberto Pasolini, prédicateur de la Maison pontificale souligne que «Dieu n’attend pas notre mort pour nous donner la vie éternelle, mais qu’il nous l’offre déjà dans le présent, si nous accueillons son Esprit».

Vatican News

La Bible décrit l’histoire humaine comme une tension entre la promesse de la vie éternelle et la réalité de la mort, relève le religieux capucin, le père Roberto Pasolini. Dans la quatrième méditation des exercices spirituels qu’il propose ce mardi 11 mars, en communion avec le Pape François, il rappelle qu’Israël, avec ses fidélités et ses infidélités, incarne cette lutte, restant perpétuellement à la recherche de la terre promise. La «première mort» et la «seconde mort» sont ensuite abordés dans sa méditation.

«La première mort»

Plus clairement, le prédicateur de la Maison pontificale explique que «les ossements desséchés symbolisent la « première mort », la mort intérieure», qui «se manifeste par la peur, l’apathie et la perte d’espoir». C’est en effet ce qui est arrivé à Adam et Ève après le péché: leur corps était vivant, mais séparé de Dieu, ajoute-t-il: Seul l’Esprit de Dieu peut restaurer une vie authentique.

Parmi les prophètes, Ézéchiel dépeint cette condition dans la vision de la vallée des ossements desséchés (Ez 37): Israël apparaît comme un cimetière à ciel ouvert, dépourvu de vie et d’espérance. Dieu ordonne au prophète de parler aux ossements, qui sont recomposés et recouverts de chair, mais qui restent sans vie jusqu’à ce que son Esprit souffle sur eux. Cette vision ne concerne pas seulement le retour d’exil, mais reflète la condition humaine: «nous existons souvent sans vraiment vivre», note le père Roberto Pasolini.

«La seconde mort»

Soulignant ensuite l’existence d’une «seconde mort», souvent comprise comme la damnation éternelle, mais qui peut aussi être considérée comme une mort biologique, le religieux capucin explique que ceux qui ont déjà surmonté la première mort – c’est-à-dire la peur, l’égoïsme et l’illusion de contrôle – affrontent la seconde sans terreur. Saint François d’Assise l’exprime dans le Cantique de Frère Soleil, en faisant l’éloge de ceux qui accueillent la mort en Dieu.

 La foi et l’espérance 

L’Apocalypse, poursuit-il affirme que «le vainqueur ne sera pas frappé par la seconde mort» (Ap 2,11): celui qui vit dans la foi et l’espérance peut la traverser sans être écrasé par elle. «La vision d’Ézéchiel nous enseigne que la résurrection commence déjà maintenant: Dieu n’attend pas notre mort pour nous donner la vie éternelle, mais il nous l’offre déjà dans le présent, si nous accueillons son Esprit». Le père Roberto Pasolini invite pour terminer à se poser une vraie question en ce temps de Carême: «voulons-nous rester des ossements desséchés ou nous laisser ranimer par la vraie vie?»

Source : VATICANNEWS, le 11 mars 2025

Carême: «la mort intérieure», faite de fragilité, ouvre à la vie éternelle

p. Roberto Pasolini, prédicateur de la Maison pontificale
p. Roberto Pasolini, prédicateur de la Maison pontificale   (VATICAN MEDIA Divisione Foto)

Carême: «la mort intérieure», faite de fragilité, ouvre à la vie éternelle

Résumé de la troisième méditation du prédicateur de la Maison pontificale qui dirige les exercices spirituels du Carême dans la salle Paul VI. Le père Pasolini met l’accent sur la tentative constante de l’homme de dissimuler ses propres faiblesses, sans aborder le vide profond qui l’habite. Il souligne que la mort intérieure n’est pas la fin parce que Dieu ne la considère pas comme une défaite mais comme le point de départ d’une nouvelle existence.

Vatican News

Pourquoi avons-nous du mal à reconnaître que la vie éternelle a déjà commencé? La Bible suggère que l’être humain, dès le début, se révèle insensible et hostile à l’action de Dieu. Les prophètes de l’Ancien Testament dénonçaient l’incapacité du peuple à s’apercevoir des «choses nouvelles» que Dieu accomplit, tandis que Jésus lui-même, constatant l’incompréhension de son auditoire, parlait en paraboles. Non pas pour simplifier son message, mais pour souligner la dureté du cœur humain, fermé à la possibilité d’une vie pleine.

Le Nouveau Testament décrit cette condition à travers une affirmation paradoxale: nous sommes déjà morts, mais nous ne nous en apercevons pas. En effet, la mort n’est pas seulement l’événement final de la vie (mort biologique), mais aussi une réalité dont nous faisons l’expérience dès à présent, à travers une fermeture en nous-mêmes qui nous empêche de ressentir la vie comme quelque chose d’éternel que Dieu veut nous donner. La Genèse raconte cette perte de sensibilité à travers ce que la tradition a défini comme «péché originel»: l’homme, au lieu d’accueillir la vie comme un don, cherche à la contrôler, en dépassant la limite imposée par Dieu. Le résultat n’est pas l’autonomie promise par le serpent, mais un sentiment de honte et d’égarement.

Cette première «mort intérieure» se manifeste dans notre tentative constante de masquer les fragilités par des images, des rôles et des succès, sans affronter le vide profond qui nous habite. Pourtant, dans la Bible, Dieu ne semble pas alarmé par cette condition: sa première réaction est de chercher l’homme, en lui demandant «Où es-tu?» (Gn 3, 9). Cela montre que la mort intérieure n’est pas la fin, mais le point à partir duquel peut commencer un chemin de salut.

Cette logique apparaît également dans le drame de Caïn et Abel: Dieu n’intervient pas pour prévenir le fratricide, mais protège Caïn de son propre sentiment de culpabilité. Cela montre que notre «première mort»n’est pas un destin inéluctable, mais une opportunité pour redécouvrir la vie éternelle comme une réalité présente, et pas seulement future. Jésus lui-même invite à lire les tragédies de la vie comme des occasions de conversions, non pas comme des signes de condamnation (Lc 13, 4-5).

Dieu regarde notre mort intérieure non pas comme un échec, mais comme un point de départ pour une nouvelle existence. Le véritable obstacle à la vie éternelle n’est pas la mort biologique, mais notre incapacité à reconnaître que nous sommes déjà plongés dans une réalité qui dépasse le temps, à condition que nous choisissions de la vivre avec confiance et ouverture à Dieu.

Source : VATICANNEWS, le 11 mars 2025

Carême: l’accès à la vie éternelle dépend de l’amour vécu sans calcul

Les Exercices spirituels ont débuté dimanche 10 mars en salle Paul VI.   (VATICAN MEDIA Divisione Foto)

Carême: l’accès à la vie éternelle dépend de l’amour vécu sans calcul

Nous publions le résumé de la deuxième méditation des Exercices spirituels animés par le prédicateur de la Maison pontificale dans la Salle Paul VI. S’arrêtant sur le critère d’accès au Royaume, le père Pasolini souligne qu’il ne dépend pas de la performance morale mais de l’amour pour les autres. Le prédicateur souligne que la véritable surprise du jugement dernier sera de découvrir que Dieu n’avait aucune attente à notre égard, si ce n’est de nous reconnaître comme ses enfants.

Vatican News

La parabole du Jugement dernier, racontée dans l’Évangile de Matthieu et représentée dans la célèbre fresque de Michel-Ange, est généralement interprétée comme un appel à la charité. Cependant, une analyse plus approfondie révèle une perspective surprenante: il ne s’agit pas d’un jugement au sens traditionnel du terme, mais d’une déclaration qui révèle la réalité déjà vécue par chaque personne. Le critère d’accès au Royaume n’est pas l’appartenance religieuse, mais l’amour concret envers les frères et sœurs les plus petits, qui, dans la perspective évangélique, représentent les disciples du Christ. La responsabilité des chrétiens n’est donc pas d’abord de faire le bien, mais de permettre aux autres de le faire.

De plus, la parabole renverse le sens commun du jugement: les justes et les méchants manifestent tous deux de l’étonnement devant les paroles du Roi, signe que le bien accompli en eux a été vécu de manière naturelle et inconsciente. Cela suggère que l’accès à la vie éternelle ne dépend pas de la performance morale, mais de la capacité à vivre dans l’amour sans calcul.

Le Catéchisme affirme qu’à la fin des temps, le Royaume de Dieu sera pleinement manifesté, transformant l’humanité et le cosmos en «nouveaux cieux et nouvelle terre» (CEC 1042-1044). Cette espérance s’enracine dans la promesse du Christ, qui nous appelle à vivre dès maintenant dans cette perspective, sans souci de performance, mais avec la confiance que c’est Dieu lui-même qui transformera notre humanité à son image et à sa ressemblance, selon ce dessein d’amour qui remonte au commencement.

Jésus a annoncé la vie éternelle non pas comme une lointaine réalité future, mais comme une condition déjà accessible à ceux qui écoutent sa parole et croient au Père (Jean 5,24). L’Évangile nous invite à reconnaître que la vie éternelle a déjà commencé: elle se manifeste dans notre façon de vivre et d’aimer, en nous ouvrant à la présence transformatrice de Dieu. La vraie surprise du Jugement dernier sera de découvrir que Dieu n’attendait rien de nous, sinon de nous reconnaître pleinement comme ses enfants, déjà plongés dans son éternité.

Source : VATICANNEWS, le 10 mars 2025

Carême: la promesse de la vie éternelle est aujourd’hui ignorée

Début des Exercices spirituels de la Curie romaine  (VATICAN MEDIA Divisione Foto)

Carême: la promesse de la vie éternelle est aujourd’hui ignorée

Résumé de la première méditation du père Roberto Pasolini, prédicateur de la Maison pontificale par laquelle se sont ouverts au Vatican les Exercices spirituels pour la Curie romaine. Le Pape François s’unit spirituellement depuis l’hôpital à cette préparation de ce temps de Carême. 

Vatican News

La foi de l’Église, fondée sur la résurrection du Christ, a toujours offert au monde l’espérance de la vie après la mort. Au fil du temps, cette promesse s’est toutefois ternie et aujourd’hui elle est moins contestée qu’ignorée. Face à cette indifférence, les croyants sont appelés à redécouvrir la valeur et la beauté de la vie éternelle, à lui restituer son sens authentique. Une tâche encore plus urgente en cette Année Sainte du Jubilé et dans le moment de profonde souffrance que traverse le Saint-Père.

Le chemin d’exercices spirituels sur le thème de la vie éternelle que nous désirons entreprendre trouve son fondement dans la révélation chrétienne. Nous commençons par tirer quelques formulations synthétiques du Catéchisme de l’Église catholique, qui offre une synthèse accessible de la pensée théologique. Le Catéchisme présente la mort non pas comme une fin, mais comme un passage vers la vie éternelle, en communion avec le Christ. Ce concept trouve ses racines dans la Lettre aux Romains, où saint Paul affirme que, par le baptême, nous sommes unis à la mort et à la résurrection du Christ, accédant ainsi à une vie nouvelle.

La mort, selon le Catéchisme, est le moment où s’exerce le jugement particulier, qui évalue l’acceptation ou le rejet de la grâce de Dieu. Cependant, le salut n’est pas réservé seulement à ceux qui ont connu formellement le Christ: le Concile Vatican II reconnaît que ceux qui suivent leur conscience dans la recherche sincère de Dieu peuvent accéder à la vie éternelle. Le Catéchisme souligne que le jugement final ne se fonde pas sur de simples actes extérieurs, mais sur l’amour vécu, reprenant la pensée de saint Jean de la Croix : «Au soir de la vie, nous serons jugés sur l’amour.»

La destinée ultime de l’homme se divise en trois possibilités: le ciel, la damnation éternelle (l’enfer) et la purification finale (le purgatoire). Le ciel représente la pleine réalisation de l’être humain, une communion éternelle avec le Christ dans laquelle chacun trouve sa véritable identité. L’enfer, en revanche, est décrit comme la séparation définitive d’avec Dieu, mais l’Église n’a jamais déclaré avec certitude que quelqu’un y soit condamné. Le purgatoire, enfin, est considéré comme un processus de purification pour ceux qui, bien que dans la grâce de Dieu, ne sont pas encore prêts pour le ciel. Et c’est peut-être précisément dans ce dernier «destin» que se trouve l’originalité de la révélation chrétienne. La possibilité d’un «moment» final de purification est l’occasion de se réconcilier avec l’amour infini de Dieu.

La réflexion de l’Église sur l’éternité de la vie ne vise pas à générer de la peur, mais à nourrir l’espérance, en soulignant que notre destin dépend de la liberté avec laquelle nous choisissons de vivre dans l’amour. La véritable purification ne consiste pas à devenir parfait, mais à s’accepter pleinement à la lumière de l’amour de Dieu, en dépassant l’illusion de devoir être «autre» pour mériter le salut.

Nous sommes souvent obsédés par l’idée de devoir être parfait, mais l’Évangile nous enseigne que la véritable «imperfection» n’est pas la fragilité, mais un manque d’amour. Le purgatoire peut être vu comme la dernière chance de se libérer de la peur de ne pas être à la hauteur, d’accepter sereinement ce que nous sommes, en en faisant un lieu de relation et de communion avec les autres. Le purgatoire peut être compris comme le «moment» où nous cessons enfin d’essayer de prouver quelque chose à Dieu et nous nous laissons simplement aimer. L’éternité n’est donc pas seulement une récompense future, mais une réalité qui commence ici, dans la mesure où nous apprenons à vivre dans l’amour et la communion avec le Christ. En fin de compte, notre destin n’est pas écrit dans la peur, mais dans l’espoir. La mort n’est pas une défaite, mais le moment où nous voyons enfin le visage de Dieu et découvrons que la fin… n’était que le début.

Source : VATICANNEWS, le 10 mars 2025

Les cinq étapes de vie intérieure révélée par Jésus sur le Mont Thabor

Brooklyn Museum
La Transfiguration, détail d’une aquarelle de James Tissot.

Curé de la cathédrale Saint-Étienne de Toulouse, le père Simon d’Artigue commente l’évangile de la Transfiguration, pour le 2e dimanche de carême. Pour découvrir le sens de notre vie, il nous faut suivre le chemin du Thabor, une école de vie intérieure en cinq étapes indiquées par Jésus, que les apôtres ont suivie.

Nous cherchons tous le sens de notre vie… J’ai essayé la bière, mais ça n’étanche pas. J’ai essayé Instagram, mais ça ne fait pas rêver. J’ai essayé le rugby, mais ça ne ravit pas. J’ai essayé le travail, mais ça ne contente pas. J’ai essayé l’argent, mais ça ne suffit pas. J’ai essayé la télévision, mais ça ne satisfait pas. J’ai essayé les voyages, mais ça ne réjouit qu’un moment. J’ai essayé la montagne, mais ça ne rassasie pas. J’ai essayé la musique, mais ça n’enchante pas. J’ai essayé la poésie, mais ça ne comble pas… Parce qu’il y a une immense soif dans le cœur de l’homme, parce que le cœur de l’homme est à la taille de Dieu.

Jésus est venu pour combler le cœur de l’homme

Le cœur de l’homme est fait par Dieu. Le cœur de l’homme est fait pour Dieu. On essaie de le combler de mille manières et aucune ne fonctionne, toutes déçoivent. C’est pour cela que Jésus est venu : pour combler le cœur de l’homme. C’est pour cela que Jésus emmène Pierre, Jacques et Jean sur la haute montagne. C’est pour cela qu’il leur apparaît transfiguré. Pour combler leurs cœurs de la seule nourriture qui vaille, Lui, pour l’adorer, le contempler, l’écouter. Pour leur révéler le sens de leur vie : une vie unie à Dieu. Pour nous montrer le sens de notre vie, une vie unie à lui.

C’est cette union, cette intimité qui a transformé leur vie, c’est cette union qui va transformer notre vie. Pour cela, il faut suivre le même chemin que les apôtres, le chemin du Thabor, qui est une école de vie intérieure, une école de prière. Et sur ce chemin, Jésus nous indique cinq étapes.

1« JÉSUS PRIT AVEC LUI PIERRE, JEAN ET JACQUES » (LC 9, 28)

La prière commence toujours par une mise à l’écart, il faut savoir arrêter notre rythme de vie débile, notre rythme de vie à cent à l’heure, épuisant, pour nous arrêter. Nous mettre à l’écart, ce n’est pas abandonner le monde, ni le fuir, c’est juste sentir que j’ai besoin de silence, sentir que je ne suis pas juste fait que pour manger, scroller et consommer, que j’ai une vie intérieure, une vie spirituelle qui réclame sa nourriture faute de quoi elle risque de s’atrophier, de dépérir, puis de mourir. 

La mise à l’écart, c’est ce conseil que nous entendions au début du carême : « Quand tu pries va dans ta chambre, ferme la porte et prie ton Père qui est là dans le secret » (Mt 6, 6). La prière demande toujours cette première décision : suis-je prêt à m’offrir cet espace de respiration, ce temps quotidien où je me mets à l’écart du bruit, à l’écart de l’agitation, à l’écart des préoccupations, pour me tenir devant toi Seigneur ? 

2« IL GRAVIT LA MONTAGNE » (LC 9, 28B)

Cette montée sur le Thabor nous révèle deux choses sur la prière : la première, que la prière demande un effort. La prière est un combat qui demande une certaine résolution. À la seconde où je vais manifester mon désir de m’avancer vers le Seigneur, un tas d’obstacles va m’empêcher d’avancer. Pour le démon, il n’y a rien de plus insupportable que de voir un cœur qui choisit de s’approcher de Dieu, alors il va tout mettre en œuvre pour empêcher cette montée. La plupart du temps, il n’a pas besoin de grands stratagèmes, il se sert de nos fragilités naturelles (celles qui nous empêchent de grandir, de monter) : la paresse, la procrastination la suractivité, les distractions, le stress… Dans ce cas-là, que faire ? Garder les yeux fixés vers le but, vers le sommet du Thabor et avancer pas à pas, sans agitation, sans découragement, un pas après l’autre.

La seconde chose révélée sur la prière, c’est que cette montée, le progrès spirituel, se fait par étapes. Quand on commence une ascension, on ne rêve que du sommet, mais on sait qu’il va falloir du temps, des étapes pour y parvenir. Il en va de même de la vie spirituelle, qui demande de respecter les étapes ; c’est ce que nous enseignent les maîtres spirituels du Carmel, de sainte Thérèse d’Avila à saint Jean de la Croix. Le maître-mot de ces étapes, c’est l’humilité, car ce n’est pas nous qui choisissons le rythme de cette progression : c’est Dieu qui est le maître de l’ascension, le guide de haute montagne. Nous, nous ne pouvons que nous mettre humblement à la suite du Christ, à son école.

3« CELUI-CI EST MON FILS, ÉCOUTEZ-LE » (LC 9, 35)

Il y a aujourd’hui une recrudescence de podcasts et de livres sur la méditation, la méditation transcendantale, la méditation de pleine conscience, où le but est de faire le vide en soi, ou bien de se reconnecter à son moi profond. Cette recrudescence est le signe de la soif immense de vie spirituelle, de vie intérieure de nos contemporains et du manque qu’ils éprouvent (et nous devons faire notre mea culpa, car s’ils vont chercher partout et un peu n’importe où cette nourriture, c’est que nous n’avons pas offert le trésor de l’Église). La prière, ce n’est pas faire le vide en soi, ce n’est pas non plus de se connecter à notre moi, avec un risque d’égocentrisme ou d’individualisme ô combien moderne, c’est de s’ouvrir à Dieu, de se connecter à Lui en écoutant sa Parole. Nous ne sommes pas le centre de cette prière, bien au contraire ! La prière nous invite à nous décentrer « pour remettre l’église au centre du village » ou plutôt pour remettre Dieu au centre de nos vies, pour le mettre au centre de nos cœurs. Et le premier moyen de ce décentrement, c’est la Parole de Dieu : écouter le Seigneur qui parle, qui parle dans l’Écriture, qui parle au secret de mon cœur.

Écoutez-le ! Après l’ascension qui demande un effort, une activité, il y a l’écoute qui est une ouverture, une passivité, car la prière n’est pas d’abord une technique, ce ne sont pas des choses à faire, c’est d’abord l’œuvre de Dieu en moi, dans la prière, c’est Dieu qui agit : « Écoutez-le. »

4« IL N’Y AVAIT PLUS QUE JÉSUS, SEUL » (LC 9, 36)

Être avec Jésus, comme Pierre, Jacques et Jean, vouloir faire une tente pour demeurer avec lui, c’est bien là le but de la prière, être avec Jésus seul. Il ne s’agit pas de faire des choses, mais seulement d’être, de demeurer avec lui, parce qu’on est bien avec celui que notre cœur aime, on aime rester avec lui en silence, c’est cette expérience-là que nous donne de goûter la prière, nous tenir en présence de Jésus, c’est ce qui comble notre cœur, ce qui nous procure la paix profonde, non pas de faire le vide, mais de le laisser nous remplir.

Mais finalement être avec Jésus, ce n’est pas seulement le but de la prière, c’est le but de la vie tout entière, c’est la caractéristique du disciple. C’est cette rencontre qui transforme la vie, c’est celle qui a transformé le cœur de Pierre, Jacques et Jean, c’est ce même compagnonnage qui transformera notre vie et c’est cette vie transformée qui transformera le monde.

5« EN CES JOUR-LÀ » (LC 9, 36B)

Car il reste une dernière étape de la prière, c’est le retour au quotidien. Les disciples ne sont pas restés en haut de la montagne, ils sont redescendus, ils sont retournés dans la plaine auprès du peuple à qui Jésus les envoie, ils ont repris leur vie, leur mission. Car cet épisode de la transfiguration, cette pause dans l’évangile, se situe entre deux missions de Jésus et des disciples. Parce que la prière ne nous isole pas, la prière n’est pas un refuge, elle est une source quotidienne, source de paix, source de force, source de lumière et de joie elle est faite pour que nous retournions là où Jésus nous attend, là où il nous envoie.

Pendant ce carême, je vous propose chaque jour de lire l’évangile et de le méditer quelques minutes en silence, pour monter sur le Thabor avec Jésus. Cette prière quotidienne, ce n’est pas pour s’offrir un effort de carême sur un plateau, c’est parce que la prière est le lieu où Dieu transforme les vies. Comme il a transformé celle de Pierre, de Jacques et de Jean, il va transformer votre vie.

Source : ALETEIA, le 14 mars 2025