« Rencontre avec le pardon », par Mgr Follo

LIturgie du pardon, 17 mars 2017 © L'Osservatore Romano

LIturgie Du Pardon, 17 Mars 2017 © L’Osservatore Romano

« Rencontre avec le pardon », par Mgr Follo

« Faire une vraie expérience de la joie d’être aimés »

Mgr Francesco Follo souhaite à ses lecteurs « de faire une vraie expérience de la joie d’être aimés, parce que nous sommes pardonnés ».

Il commente ainsi l’Evangile de dimanche prochain, 3 avril, 5e dimanche de carême.

Comme lecture patristique, Mgr Follo propose une  lettre de saint Ambroise de Milan (+ 397).

Rencontre avec le pardon

          1) La miséricorde juste

Aussi l’Évangile de ce dimanche nous présente à nouveau la rencontre entre la miséricorde et la misère (cf. saint Augustin).

La semaine dernière, cette rencontre nous a été rappelée à travers la parabole du fils prodigue, appelée aussi « du Père miséricordieux ».

Aujourd’hui, la lecture de l’Évangile nous présente Jésus qui sauve une femme adultère de la condamnation à mort, en lui pardonnant (Jn 8,1-11). Une fois encore, la liturgie nous propose le fait consolant de la miséricorde de Dieu qui rencontre une misère, en sauvant une pauvre femme que ses coreligionnaires veulent lapider pour respecter la loi de Dieu. Pour être plus précis, certains scribes et pharisiens amènent à Jésus une femme adultère non par amour de la justice, mais pour lui tendre un piège. En effet, « pour pouvoir l’accuser » (Jn 8,6), ces scribes et pharisiens amènent au Messie une femme surprise en délit d’adultère, feignant de lui confier le jugement selon la loi de Moïse.

En réalité, c’est justement le Christ qu’ils veulent accuser, montrant que son enseignement sur l’amour miséricordieux de Dieu est opposé à la loi mosaïque, qui punit le péché d’adultère par la lapidation. Jésus, « plein de grâce et de vérité » (Jn 1,14), sauve la pécheresse et démasque les hypocrites en disant : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre » (Jn 8,7).

À cet égard, j’attire l’attention sur le fait qui semble un détail de peu d’intérêt, mais qui me paraît important. Pendant que les accusateurs parlaient, Jésus ne leur répond pas tout de suite, mais il s’incline pour écrire du doigt par terre. Comme pour dire que les paroles de ces scribes et pharisiens sont semblables à de la poussière emportée par le vent, et pour montrer que c’est lui le législateur divin : « En effet, Dieu a écrit la loi de son doigt sur les tables de pierre » (cf. saint Augustin, Comm. Evang. de Jean, 33,5). Jésus est donc le législateur de la loi de la liberté du péché. Il est la justice qui se réalise complètement dans la miséricorde. Avec la femme adultère aussi, Jésus proclame la justice avec force, mais en même temps il soigne les blessures spirituelles de cette femme par sa miséricorde qui rachète, guérit, ennoblit et élève.

Justice et miséricorde sont deux réalités différentes seulement pour nous, les hommes, qui distinguons un acte de justice d’un acte d’amour miséricordieux (cf. Benoît XVI). Pour Dieu, il n’en est pas ainsi : en lui, justice et miséricorde ne sont pas opposées. La miséricorde est la justice qui recrée la personne. En effet, s’il est vrai que la correction, et même la punition comme instrument pour corriger, peut être providentielle (et en ce sens, la Bible parle souvent de Dieu qui corrige l’homme), elle ne l’est que si cette mesure est suggérée par l’amour de miséricorde.

« En réalité, seule la justice de Dieu peut nous sauver et la justice de Dieu s’est révélée dans la Croix. La croix est le jugement de Dieu sur nous tous et sur ce monde. Et si la Croix est l’acte suprême par lequel la justice de Dieu se révèle, la miséricorde doit être la justice des hommes : « Dieu nous juge, dit le pape François, en donnant sa vie pour nous ! Voilà l’acte suprême de justice qui a vaincu une fois pour toutes le prince de ce monde. Et cet acte suprême de justice est précisément aussi l’acte suprême de miséricorde » (Pape François).

2) Le Christ juge la femme adultère en lui pardonnant.

À l’affirmation de Jésus : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre », les accusateurs de la femme adultère réagirent en s’en allant et en laissant cette femme devant le Christ, seul. Il n’y a plus cette agitation de ceux qui voulaient condamner une personne et tendre un piège à celui qui était venu non pour condamner mais pour sauver le monde. Dans ce silence qui est tombé sur la place du Temple, Jésus célèbre le pardon comme libération de la condamnation à mort : un pardon qui génère une vie nouvelle, orientée vers le bien.

Jésus a pardonné à cette « accusée » délinquante comme il pardonne chacune de nos fautes, faisant refleurir dans les cœurs la gratitude et la joie. Dans le pardon, d’une part, nous connaissons qui est le Seigneur, l’Amour qui nous aime sans conditions. De l’autre, nous connaissons qui nous sommes dans le pardon : des personnes infiniment aimées de Dieu, sans conditions. Dieu se révèle dans le Rédempteur comme un amour qui pardonne et accueille sans poser de conditions.

Que révèle Dieu dans l’Évangile de ce jour, mais aussi dans toute l’Écriture ? Qu’il est miséricorde, pardon, qu’il n’a pas mis, au centre du monde, l’arbre de la mort, mais celui de la vie : la Croix.

Le fils prodigue est accueilli de nouveau dans la maison, l’adultère n’est pas lapidée, chacun de nos péchés est pardonné, mais pour tout cela, le Christ a payé parce que c’est lui qui a pris sur lui nos fautes et les a portées sur le bois de la Croix : « Lui-même a porté nos péchés, dans son corps, sur le bois, afin que, morts à nos péchés, nous vivions pour la justice. Par ses blessures, nous sommes guéris » (1 P 2,24). C’est donc le Christ la vraie justice, c’est lui notre justice parce que c’est lui qui fait de nous des justes devant Dieu.

En pardonnant, au lieu d’ouvrir la porte de la mort, le Christ ouvre la porte de la vie, parce qu’il est lui-même la porte. Le Seigneur de la vie prononce sur la femme adultère son propre jugement et non seulement il lui dit qu’il ne la condamne pas, mais il lui demande aussi de ne plus pécher.

À chacun de nous, pécheurs pardonnés, le Rédempteur dit aussi : « Va, et désormais ne pèche plus ». Ce « commandement d’amour » n’est pas seulement une invitation à ne plus pécher, mais c’est aussi une demande de se mettre en chemin sur les routes du monde pour être témoins de la miséricorde.

Le pardon ne justifie pas la personne en la laissant dans son erreur, mais il indique un nouveau style de vie qui implique le renoncement au péché et à ses conséquences de mort pour se remettre en chemin avec et pour le Christ et apporter aux autres le pardon et l’amour reçus.

Toutes les personnes consacrées sont appelées de manière particulière à être témoins de cette miséricorde du Seigneur, en laquelle l’homme trouve son salut. Elles gardent vivante l’expérience du pardon de Dieu, parce qu’elle ont conscience d’être des personnes sauvées, d’êtres grandes quand elles se reconnaissent petites, de se sentir renouvelées et enveloppées de la sainteté de Dieu quand elles reconnaissent leur péché. C’est pourquoi, même pour l’homme d’aujourd’hui, la vie consacrée demeure une école privilégiée de la « componction du cœur », de l’humble reconnaissance de sa propre misère, mais, également, elle demeure une école de la confiance dans la miséricorde de Dieu, dans son amour qui n’abandonne jamais. En réalité, plus nous nous approchons de Dieu, plus nous sommes proches de lui, plus nous sommes utiles aux autres Les personnes consacrées expérimentent la grâce, la miséricorde et le pardon de Dieu non seulement pour elles-mêmes, mais aussi pour leurs frères, étant appelées à porter dans leur cœur et leur prière les angoisses et les attentes des hommes, en particulier ceux qui sont loin de Dieu » (Benoît XVI)

En particulier, les vierges consacrées qui, par vocation, vivent et travaillent dans le monde, sont appelées à l’engagement spécifique de fidélité à « être avec le Seigneur », l’Époux qui demande tout. Dans la cérémonie de consécration, l’évêque demande à chacune d’elles : « veux-tu être consacrée comme épouse de Jésus-Christ ». Et la réponse est comme celle que l’on doit donner dans les mariages : « Oui, je le veux ». Elles montrent que le Christ a été capable de les rendre profondément amoureuses et elles sont appelées à rendre compte devant la société de pourquoi cela vaut la peine de se consacrer complètement au Christ, montrant dans la paroisse et surtout sur leur lieu de travail, que leur vie est attirante et joyeuse. Par vocation et par mission, ces femmes consacrées « sont appelées à fréquenter les ‘périphéries’ et les ‘frontières’ de l’existence où se consument les drames d’une humanité perdue et blessée » (Pape François).

Dans un monde où domine l’égoïsme qui produit rivalités, inimitiés, jalousies, conflits d’intérêt et guerres, c’est-à-dire, en un mot seulement, la haine, elles proclament par leur vie la loi de l’Amour qui se diffuse et se donne avec la miséricorde. Cet amour de miséricorde, reçu du Christ-Époux, élargit leur cœur pour aimer les autres avec pureté et vérité, pardonner les offenses comme leur Époux qui pardonne en portant les péchés du monde sur la Croix, et pour servir les besoins d’autrui. Elles se sont consacrées à lui, source de l’amour pur et fidèle, un amour si grand et si beau qu’il mérite tout, ou plutôt, plus que notre tout, parce qu’une vie entière ne suffit pas pour rendre ce que le Christ est et ce qu’il a fait pour nous.

Lecture patristique

Saint Ambroise de Milan (+ 397)

Lettre 26, 11-20; PL 16, 1044-1046

Une femme coupable d’adultère fut amenée par les scribes et les pharisiens devant le Seigneur Jésus. Et ils formulèrent leur accusation avec perfidie, de telle sorte que, si Jésus l’absolvait, il semblerait enfreindre la Loi, mais que, s’il la condamnait, il semblerait avoir changé le motif de sa venue, car il était venu afin de pardonner le péché de tous. Ils dirent en la lui présentant: Cette femme a été prise en flagrant délit d’adultère. Or dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, qu’en dis-tu (Jn 8,4-5)?

Pendant qu’ils parlaient, Jésus, la tête baissée, écrivait avec son doigt sur le sol. Comme ils attendaient, il leva la tête et dit: Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter la pierre (Jn 8,7). Y a-t-il rien de plus divin que cette sentence: qu’il punisse le péché, celui qui est sans péché? Comment, en effet, pourrait-on tolérer qu’un homme condamne le péché d’un autre, quand il excuse son propre péché? Celui-là ne se condamne-t-il pas davantage, en condamnant chez autrui ce qu’il commet lui-même?

Jésus parla ainsi, et il écrivait sur le sol. Pourquoi? C’est comme s’il disait: Qu’as-tu à regarder la paille qui est dans l’oeil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton oeil, tu ne la remarques pas (Lc 6,41)? Il écrivait sur le sol, du doigt dont il avait écrit la Loi (Ex 31,18). Les pécheurs seront inscrits sur la terre, et les justes dans le ciel, comme Jésus dit aux disciples: Réjouissez-vous parce que vos noms sont inscrits dans les cieux (Lc 10,20).

En entendant Jésus, les pharisiens sortaient l’un après l’autre, en commençant par les plus âgés, puis ils s’assirent pour délibérer entre eux. Et Jésus resta seul avec la femme qui était debout, là au milieu. L’évangéliste a raison de dire qu’ils sortirent, ceux qui ne voulaient pas être avec le Christ. Ce qui est à l’extérieur du Temple, c’est la lettre; ce qui est au-dedans, ce sont les mystères. Car ce qu’ils recherchaient dans les enseignements divins, c’étaient les feuilles et non les fruits des arbres; ils vivaient dans l’ombre de la Loi et ne pouvaient pas voir le soleil de justice.

Quand ils furent tous partis, Jésus resta seul avec la femme debout au milieu. Jésus, qui va pardonner le péché, demeure seul, comme lui-même l’a dit: L’heure vient et même elle est venue, où vous serez dispersés chacun de son côté, et vous me laisserez seul (Jn 16,32). Car ce n’est ni un ambassadeur ni un messager qui a sauvé son peuple, mais le Seigneur en personne. Il reste seul parce qu’aucun des hommes ne peut avoir en commun avec le Christ le pouvoir de pardonner les péchés. Cela revient au Christ seul, lui qui enlève le péché du monde. Et la femme méritait d’être pardonnée, elle qui, après le départ des Juifs, demeure seule avec Jésus.

Relevant la tête, Jésus dit à la femme: Où sont-ils, ceux qui t’accusaient? Est-ce que personne ne t’a lapidée? Et elle répondit: Personne, Seigneur, Alors Jésus lui dit: Moi non plus, je ne te condamnerai pas. Va, et désormais, veille à ne plus pécher. Voilà, lecteur, les mystères divins, et la clémence du Christ. Quand la femme est accusée, le Christ baisse la tête, mais il la relève quand il n’y a plus d’accusateur, si bien qu’il veut ne condamner personne, mais pardonner à tous. <>

Que signifie donc: Va, et désormais veille à ne plus pécher! Cela veut dire: Puisque le Christ t’a rachetée, que la grâce te corrige, tandis qu’un châtiment aurait bien pu te frapper, mais non te corriger.

Source: ZENIT.ORG, le 30 mars 2022

« En acceptant la vocation d’être pêcheurs d’hommes… », par Mgr Follo

Fête des saints apôtres Pierre et Paul, 29 juin 2016 © L'Osservatore Romano

Fête Des Saints Apôtres Pierre Et Paul, 29 Juin 2016 © L’Osservatore Romano

« En acceptant la vocation d’être pêcheurs d’hommes… », par Mgr Follo

Et Catherine de Sienne

En acceptant la vocation d’être pêcheurs d’hommes

nous participons à la mission du Christ qui sauve du naufrage 

d’une vie sans vérité et sans amour.


1) Agir dans la foi

Il y a peu, le 2 février, la liturgie nous invitait à célébrer la présentation de Jésus au Temple. Nous avons assisté à la première procession de Jésus, au Temple, porté par deux justes, Marie et Joseph, et accueilli par deux justes, Simon et Anne. A cette procession suivra celle de Jésus adolescent restant trois jours dans la Maison du Père, parmi les Docteurs de la Loi. La dernière procession, celle du Dimanche des Rameaux, une procession sera celle où le Rédempteur est accompagné par les justes et les pêcheurs.

Dans la première procession, nous pouvons voir la réalisation de la prophétie de Malachie qui est présentée dans la première lecture du 2 février : Dieu qui vient accomplir la justice sur la terre est l’enfant Jésus qui entre dans le temple dans les bras de sa mère, la Vierge Marie. La Mère « présente » Son Fils à Dieu, elle Le lui « offre », consciente que chaque offrande est une renonciation. Offrir à Dieu un sacrifice, c’est reconnaître la source de la vie, c’est un sacrifice de communion, non un sacrifice de mort, contrairement aux sacrifices faits pour calmer les dieux païens. Dans la procession de la Passion que nous revivrons le Dimanche des Rameaux, nous accompagnerons, en pécheurs repentis, Jésus qui monte à Jérusalem pour la dernière fois et qui manifeste sur la croix le fait d’être le « Oui » total de Dieu à l’homme et le « Oui » total de l’homme à Dieu.

Si la fête de la célébration du 2 février est centrée sur l’arrivée de Jésus au Temple, escorté par la petite procession (Marie et Joseph) accompagnée par le chant du Psaume 47 « Nous avons reçu, o Dieu, ta miséricorde dans ton temple », la liturgie de ce dimanche nous fait célébrer le travail rédempteur du Messie qui porte à sa plénitude la nouvelle et définitive Alliance, et qui aujourd’hui appelle Pierre qui sera suivi par André, Jacques et Jean, et par chacun de nous pour, avec eux, collaborer avec Lui.

En apportant son  Fils à Jérusalem, la Vierge Marie agit dans la foi et l’offrit à Dieu comme vrai Agneau qui enlève les péchés du monde ; Elle le mit dans les mains de Simon et d’Anne comme annonce de rédemption ; elle le présenta à tous comme la lumière pour un chemin sûr sur la voie de la vérité et de l’amour.

Pierre aussi agit dans la foi. En effet, l’Evangile d’aujourd’hui nous montre que le Premier des Apôtres après avoir répondu au Christ : « Maître, sur ta parole, je jetterai les filets », il agit dans la foi allant contre son expérience de pêcheur qui lui disait qu’il est inutile de pêcher le jour, surtout après une nuit où rien n’a été pris.

Nous aussi, en apprenant de Pierre, pour qui l’écoute de la parole de Jésus, la confiance en lui devint la règle nouvelle, déconcertante de la vie de nouveau pêcheur, nous agissons dans la foi en obéissant (= écoutant et mettant en pratique) à l’invitation du Christ, invitation qui devient vocation à le suivre pour que Lui soit apporté, à Lui, lumière de vérité et d’amour, tous les hommes, en les extrayant  de l’eau malsaine, et les mener dans la mer de la miséricorde de Dieu, qui est Vie et source  de vie.

2) Vocation à la miséricorde.

L’histoire de Saint-Pierre sur le lac est celle de tous, commençant par ceux que Dieu a appelés à devenir « des pêcheurs d’hommes ». C’est l’histoire de chacun de nous, appelé par Jésus, dans le baptême et dans la confirmation, à le suivre et donc invité à « jeter les filets au large ».
L’Evangile d’aujourd’hui  (3ème lecture) parle de la vocation de Pierre  qui est appelé à changer sa  profession de pêcheur « humain », normale, en « pêcheurs d’humanité ». Le Premier des Apôtres, après avoir vécu l’expérience de la pêche miraculeuse  dit à genoux : « Seigneur, éloigne-toi de moi, parce que je suis un pêcheur » (Lc 5,8), et le Christ lui répond «  N’aie pas peur, à partir d’aujourd’hui, tu seras un pêcheur d’hommes »(Id 5,10).

Toute la liturgie de ce dimanche a la vocation comme thème principal.

La première lecture nous raconte que le prophète Isaïe eût une vision pendant qu’il se trouvait au temple : « Je l’ai vu – écrit le prophète – le Seigneur, assis sur un trône haut et élevé; les pans de son manteau remplissaient le temple. Autour de lui se trouvaient des séraphins, chacun d’eux avaient six ailes et proclamaient : ‘ Saint, saint, saint, le Seigneur des armées. Toute la terre est remplie de sa gloire et toutes les portes vibraient, pendant que le temple se remplissait de fumée ».

Ce fut une expérience bouleversante pour ce grand prophète et cela ne pouvait être autrement parce que la vocation du Seigneur change complètement la vie de celui qui est appelé en lui faisant prendre conscience de sa propre indignité. A cet effet, Isaïe décrit sa vocation-conversion de cette façon : « Je dis: ‘Je suis perdu, parce que je suis un homme aux lèvres impures et j’habite parmi un peuple aux lèvres impures; pourtant mes yeux ont vu le roi, le Seigneur des armées’. Alors un séraphin vola vers moi; il tenait en main un charbon ardent qu’il avait pris sur l’autel avec des pinces. Il me toucha la bouche et me dit : « Voici, il a touché tes lèvres, donc ton iniquité a alors disparu et ton péché expié ». Donc, après l’expérience de sa mesquinerie et celle d’avoir été un pêcheur ayant besoin du pardon, Isaïe dit « oui » à Dieu.

La seconde lecture  nous montre également comme le premier sentiment qui naît de la rencontre avec le Christ est l’étonnement mélangé de la prise de conscience de sa propre petitesse et misère ayant besoin de la miséricorde divine. En fait, cette 2ème lecture nous invite à écouter Saint-Paul rappelant l’apparition de Jésus Ressuscité, qui  sur la route de Damas vient la rencontre de celui-là, Paul « le plus petit des apôtres …. Mais par la grâce de Dieu je suis ce que je suis » (deuxième lecture).

De  chacune de ces trois lectures liturgiques émerge l’appel divin comme une manifestation de Dieu à l’homme. Avant d’envoyer, de confier une mission, Dieu se fait connaître dans sa grandeur et bonté. La personne appelée se  trouve devant la vérité de Dieu qui l’illumine et lui fait comprendre sa réalité de créature  faible, fragile, limitée et pécheresse. Et c’est de cette même personne humaine que Dieu se sert pour qu’elle collabore à la construction de son règne dans le monde et qu’elle fasse connaître aux femmes et aux hommes du monde entier son message d’amour et de paix, de miséricorde. 

Cependant, n’oublions pas que la vocation, en plus d’être don de miséricorde et de rédemption, est un mystère qui a ses racines dans la volonté salvifique de Dieu, volonté qui échappe à la logique et aux projets humains et peut transformer et impliquer toutes les personnes qu’Il veut.

Face à la vocation, l’homme ne peut que reconnaître sa « petitesse » et sa  fragilité du pécheur. Mais, comme c’est arrivé à Isaïe, à Paul et à Pierre, ce fut le Seigneur qui servit de guide pour indiquer le chemin et rendit fécond le « oui » initial, prononcé avec tellement d’enthousiasme et de peur à la fois.

En ce qui concerne le fait de ne pas avoir peur, il est intéressant  de noter la parole que Saint Luc  utilise pour indiquer la mission que Jésus confia à Pierre et à nous tous, lorsqu’il lui dit : « N’aie pas peur, tu seras pêcheur d’hommes ». La parole que Saint Luc utilise dans le texte grec et qui est traduit comme « pêcheur » est une parole nouvelle qui est utilisé uniquement deux fois dans l’Evangile et qui dérive du verbe composé, qui signifie littéralement « prendre vivant ». Donc, les pêcheurs appelés par le Christ sont des « captureurs de vie », des personnes qui prennent d’autres personnes vivantes pour les maintenir en vie. Les pêcheurs du Christ jettent donc leurs filets dans la mer du monde pour offrir aux hommes la vie, pour les enlever de l’eau insalubre et les faire retourner à la vraie vie. Pierre et les autres apôtres, nous et nos  frères et sœurs de navigation en ce monde, nous pouvons continuer, si nous le voulons, là où nous nous trouvons, le même et merveilleuse mission d’envoyés du Père afin de « sauver ce qui était perdu » (Lc 19,10), en faisant  de nous des évangélisateurs de miséricorde.

 3) La vocation des vierges consacrées dans le monde.

L’Evangile de ce dimanche se conclut avec une phrase brève et incisive : « Ils laissèrent tout et le suivirent ». Ces deux verbes : « laisser et suivre » indiquent clairement les caractéristiques essentielles de la réponse à l’appel de Dieu.

« Tout laisser » est l’exigence fondamentale de la vocation de qui s’engage dans la proclamation et le témoignage de l’Evangile, et c’est une exigence  qui demande un style de vie conforme et authentique, une profonde pauvreté, comme fut pauvre le Fils de Dieu qui se dépouilla de toute chose.    

Ce n’est pas un travail facile, surtout de notre temps, mais cela ne fut certainement pas facile non plus pour ceux qui furent appelés directement par Jésus, puisqu’un jour ils lui demandaient : « Voici que nous avons tout quitté pour te suivre : quelle sera donc notre part ? » ; Jésus leur déclara : « Amen, je vous le dis : vous qui m’avez suivi, et celui qui aura quitté, à cause de mon nom, des maisons, des frères, des sœurs, un père, une mère, des enfants, ou une terre, recevra le centuple, et il aura en héritage la vie éternelle » (Mt 19, 28-29). 

« Suivre ». Suivre le Christ signifie faire son propre chemin, sa propre vie,  ses choix le chemin du Fils qui va à l’encontre des frères pour les sauver, ce qui implique de faire de notre familiarité avec le Christ notre demeure.

Une façon significative de vivre cette intimité pure avec le Seigneur est celle des vierges consacrées dans le monde. En elles, « l’amour devient une manière de suivre » : votre charisme comporte une donation totale au Christ, une assimilation à l’Epoux qui demande implicitement l’observation des conseils évangéliques, pour maintenir intègre la fidélité envers Lui (cfr RCV, 47) » (Benoît XVI). Leur vocation implique que « leur vie soit un témoignage particulier de charité et signe visible du Règne futur » (RCV, 30). Ces femmes montrent comme il est beau et heureux de suivre le Christ, en lui obéissant parce qu’elles savent qu’elles se sont mises dans une situation d’obéissance  (et donc d’écoute) à l’Epoux qui a appelé à l’amour ces épouses  qui écoutent (obéissante) cet Epoux qui les aime, échangeant cet amour avec le don de soi à Lui.

En ouvrant leur cœur à Dieu à travers une vie virginale, elles ont accueilli son appel et ont consacré toute leur vie au Christ et à l’annonce de l’Evangile de joie et de miséricorde afin de pêcher  encore vivante l’humanité et  de la porter de l’eau de la mort  vers l’eau de la vie. La croix qu’elles portent est le signe que le bois sur lequel le Christ est mort et qui, maintenant,  est le bois qui permet de traverser la mer de la vie pour rejoindre la rive. Elles montrent que lorsque le Christ est notre Seigneur, le centre de notre vie, Celui qui nous aime infiniment, celui que nous aimons, alors tout est possible.

Lecture quasi patristique

Sainte Catherine de Sienne

Dialogue de la Divine Providence, ch. XIII

Comment il en est qui sont plus habiles à jeter le filet 

et qui prennent plus de poissons.


Tout ce que je viens de dire est pour te faire comprendre, par la lumière de l’intelligence, avec quelle providence, ma Vérité, dans le temps qu’elle vivait avec vous, réglait tous ses services et accomplissait toutes ses actions. Tu apprendras par là même comment se conduit et ce que doit faire une âme qui est en cet état de grande perfection. Remarque-le bien, l’un agit plus parfaitement que l’autre, suivant qu’il obéit plus promptement à cette parole, et avec une plus parfaite lumière, dépouillé de toute confiance en lui-même, toute son espérance reposant en moi, son Créateur.

Celui qui obéit aux préceptes et aux conseils intérieurement et extérieurement jette son filet plus parfaitement que celui qui observe les commandements réellement, et les conseils d’esprit seulement. Celui qui n’observerait pas les conseils mentalement n’observerait déjà plus les commandements réellement: ces deux conditions sont inséparables comme (215) je te l’ai expliqué plus longuement en un autre endroit. Qui lance plus parfaitement le filet, pêche aussi plus parfaitement; et les parfaits dont je t’ai parlé font une pêche très abondante et excellente.

Supérieurs en effet sont leurs moyens d’action, par la belle ordonnance qu’ils ont su mettre en leurs puissances, par la bonne et douce garde exercée par le libre arbitre à la porte de la volonté. Tous leurs sentiments s’accordent en la plus suave harmonie, à l’intérieur de la cité de l’âme, dont toutes les portes sont à la fois ouvertes et fermées. La volonté est fermée à l’amour-propre, elle est ouverte au désir, au zèle de mon honneur, et à l’amour du prochain. L’intelligence est fermée à la considération des plaisirs, des vanités et des bassesses du monde, ténèbres épaisses qui obscurcissent l’esprit qui s’y attache et le plongent dans la nuit; elle est ouverte à la mémoire et au souvenir de mes bienfaits. Toute la puissance affective de l’âme entre alors en jubilation et entonne un cantique, dont la prudence a réglé tous les accords et dont la dominante est la gloire et l’honneur de mon nom. Elle a accordé pour cette harmonie, les grandes cordes des puissances de l’âme, comme aussi les cordes plus grêles des sens qui sont les organes du corps. Si les hommes d’iniquité rendent un son de mort en accueillant leurs ennemis, ceux-ci, mes parfaits, font entendre un hymne de vie, et en recevant leurs amies, les vraies et solides vertus, ils leur donnent le concert de leurs oeuvres bonnes et saintes (216).

Chaque membre s’acquitte de la fonction que je lui ai assignée, et chacun à son rang, dans un ordre parfait. L’oeil s’applique à voir, l’oreille à entendre, l’odorat à sentir les odeurs, le goût à percevoir les saveurs, la main à toucher et à oeuvrer, les pieds à marcher. Et tous s’accordent en un même sens harmonieux, qui est le service du prochain, pour l’honneur et la gloire de mon nom et le progrès de l’âme, par leurs bonnes, vertueuses et saintes opérations, soumis qu’ils sont, comme organes, à toutes les impulsions de la volonté. Ce bel accord a toutes mes complaisances; il ravit les anges et fait les délices de tous les vrais amateurs, qui l’écoutent dans la joie et dans l’allégresse, chacun participant au bonheur d’autrui.

Il fait aussi l’admiration du monde. Qu’ils le veuillent ou non, les hommes d’iniquité ne peuvent pas demeurer insensibles à la douceur de cette harmonie. Beaucoup se laissent prendre à son charme, et sa séduction les arrache à la mort pour les ramener à la vie. Tous les saints ont attiré les âmes par cette musique. Le premier qui ait fait entendre ce concert de vie fut le doux Verbe d’amour, lorsque, après avoir pris votre humanité pour l’unir à la divinité, il fit entendre sur la croix un si doux chant qu’il attira à lui le genre humain, et subjugua le démon auquel il enleva le pouvoir usurpé qu’il avait possédé si longtemps par la faute de l’homme. C’est à l’êcole de ce maître que tous vous avez appris l’harmonie. C’est lui qui vous a enseigné à accorder vos instruments. C’est avec cet art qu’ils tenaient (217) de lui, que les apôtres furent si puissants et répandirent sa parole dans le monde entier; martyrs, confesseurs, docteurs, vierges, tous ont attiré et séduit les âmes par le bel accord de leur vie. Vois la glorieuse vierge Ursule, qui sut tirer de son instrument des sons si doux qu’elle entraîna à sa suite onze mille vierges, et en conquit autant et davantage encore d’une race étrangère. Et ainsi tous les autres, qui d’une manière, qui d’une autre, ont exercé la même séduction. Quelle en est la cause, sinon mon infinie providence, qui a pourvu mes serviteurs de ces instruments, et en a réglé l’instrumentation, en leur apprenant l’art de leur faire rendre de semblables accords.

D’ailleurs tout ce que je leur donne, tout ce que je leur ménage en cette vie, n’est qu’un moyen pour les amener à tirer de leurs instruments encore plus d’harmonie, si toutefois ils veulent profiter des leçons de ma providence, en ne se laissant point aveugler par la nuée de l’amour-propre, de leur bon plaisir et de leur propre sagesse (218).

Source: ZENIT.ORG, le 3 février 2022

« Parole de libération, pleine de miséricorde », par Mgr Follo

Mgr Follo, 28 juin 2020 © Anita Sanchez

Mgr Follo, 28 Juin 2020 © Anita Sanchez 

« Parole de libération, pleine de miséricorde », par Mgr Follo

Toute la Bible marquée par l’amour fidèle de Dieu, sa miséricorde, sa compassion

Parole de libération, pleine de miséricorde

1) L’aujourd’hui de Jésus: l’aujourd’hui de la miséricorde.

Aujourd’hui, la liturgie nous fait écouter deux passages de l’Évangile de saint Luc.

Le premier (Lc 1, 1-4) consiste en une phrase où, de façon synthétique, saint Luc informe Théophile (dont le nom signifie l’aimé de Dieu et l’ami de Dieu) qu’il a écrit avec soin son Évangile pour raconter ce que Jésus a dit et fait.

Le second (Lc 4, 14-21) propose le récit du début du ministère public de Jésus. Dans l’Évangile de Luc, ce discours « programmatique » de Jésus a la même fonction que le Sermon sur la montagne chez Matthieu: c’est la nouvelle «Grande Charte» du Christianisme, confié à Théophile, donc à chacun de nous qui sommes appelés à écouter la parole du Seigneur, à être ses amis et à témoigner de l’amour miséricordieux de Dieu à l’égard de tout homme.

Aujourd’hui, résonne dans l’église, pendant la messe, le commentaire de la prophétie d’Isaïe que fit Jésus, il y a environ deux mille ans, dans la synagogue de Nazareth. « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre ». (Lc4, 21) Introduisons-nous dans la scène, entrons, nous aussi, dans la synagogue de Nazareth et ainsi, nous pouvons assister spirituellement à un fait historique d’importance capitale. Le Messie se lève, prend dans ses mains le rouleau d’Isaïe et trouve tout de suite le passage où il est écrit  » L’esprit du Seigneur est sur moi… » Une fois terminée la lecture de cet extrait du prophète Isaïe, Jésus s’assied (ce qui équivaut à prendre la place du Maitre) et dans un silence lourd d’attente, il enseigne: « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture ». Nous aussi, comme ses concitoyens, nous restons stupéfaits de la conclusion que le Christ tire de cette prophétie d’Isaïe et je crois qu’il est permis d’imaginer que, quand Jésus a dit « Aujourd’hui… » (cité ci-dessus), il a indiqué, de l’index de sa main, sa propre personne. Il est l’accomplissement de toutes les Écritures. Sa présence parmi les hommes marque le début d’une année de grâce. A partir de ce moment-là, les signes de la miséricorde et de la proximité de Dieu auprès des pauvres, des aveugles et des prisonniers, c’est à dire auprès de tous ceux qui sont dans le besoin, seront toujours plus évidents.

Saint Cyril d’Alexandrie affirme que « l’aujourd’hui », placé entre la première et la dernière venue du Christ, est lié à la capacité du croyant d’écouter et de reconnaitre ses torts. (cf PG 69, 1241) Mais, dans un sens encore plus radical, c’est Jésus lui-même « l’aujourd’hui » du salut dans l’histoire, parce qu’il porte à son accomplissement la plénitude de la rédemption. Le terme « aujourd’hui » est très cher à saint Luc (cf. 19, 9; 23, 43) pour montrer que Jésus est le sauveur. Déjà dans les récits de l’enfance, cet évangéliste rapporte les paroles de l’ange aux bergers: « Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ Seigneur » (Lc 2, 11), « Avant de pouvoir parler de Dieu et avec Dieu, encore faut-il l’écouter, et la liturgie de l’Église est l’école de cette écoute du

Seigneur qui nous parle. Chaque moment peut devenir un aujourd’hui propice à notre conversion. Chaque jour peut devenir l’aujourd’hui salvifique, parce que le salut est une histoire qui continue pour l’Église et pour chaque disciple du Christ. Voilà le sens chrétien du Carpe Diem: cueille l’aujourd’hui où Dieu t’appelle pour te donner le salut! » (Benoît XVI)

Demandons à Marie, mère de la miséricorde, la grâce de reconnaitre et d’accueillir, chaque jour de notre vie, la présence de Dieu, notre sauveur et sauveur de toute l’humanité. Ce sera pour nous comme une deuxième évangélisation.

Le pape François nous invite à rechercher l’aujourd’hui de Dieu, de son amour, de sa miséricorde pour tout homme. Il s’agit de vivre ce temps de grâce (dans l’évangile en grec kairos), temps propice à la rencontre avec Dieu qui cherche ses enfants, qui les suit pour leur donner tout son amour de père, presque comme s’il ne pouvait pas être heureux sans eux. Dans le langage de la bible, kairos indique vraiment la qualité positive du temps, c’est le moment favorable et propice, celui choisi par Dieu pour manifester sa miséricorde.

2) L’aujourd’hui des évangélisateurs de miséricorde.

Aujourd’hui résonne, pour nous et en nous, l’annonce de la joyeuse nouvelle que Dieu est amour miséricordieux, bonne et affectueuse sollicitude. Étant père, il aime être avec ses enfants et son amour ne disparait jamais: il est « miséricordieux » parce que la caractéristique de la bonté de Dieu est « d’accorder tous ses bienfaits à ceux qu’il aime. »

Accueillir l’amour miséricordieux qui vient de Jésus signifie alors, adhérer à un « monde nouveau » où nous vivons, dans la miséricorde, un rapport filial avec Dieu et fraternel entre nous. Dieu est devenu l’un de nous, afin que nous puissions être avec lui, devenir semblable à lui.

Qui a été évangélisé par cette expérience de miséricorde qui est la justice de Dieu qui recrée, doit à son tour évangéliser. Qui a été évangélisé par cette expérience: « Dieu nous aime et nous aime d’un amour miséricordieux », a vraiment connu ce Dieu de miséricorde et doit, à son tour, porter au monde l’annonce chrétienne que « Dieu est riche de miséricorde » (Ep 2, 4), qu’il est un père qui nous comprend et qu’il nous a envoyé son fils, fait chair comme nous, pour nous dire que nous sommes fils de la miséricorde.

Dans cet aujourd’hui de la miséricorde, le comportement le plus juste que nous devons avoir à l’égard de Dieu, et surtout envers Dieu Amour Miséricordieux, c’est celui de nous abandonner en Lui. S’abandonner dans les mains de Dieu nous permet de nous laisser étreindre par sa miséricorde qui donne la force et qui recrée un cœur nouveau.

En effet, l’Amour Miséricordieux nous rachète en transformant nos cœurs et en nous faisant devenir des hommes nouveaux, parce qu’il n’y a pas d’humanité nouvelle si avant, il n’y a pas des hommes avec un cœur nouveau.

3) Miséricorde et virginité.

Dans l’Église, il y a une vocation qui aide tous les chrétiens à redécouvrir le vrai sens de la miséricorde de Dieu, et c’est celle de la virginité. Les vierges qui se consacrent à Dieu dans le monde, dans un total abandon, montrent comment il est possible d’entrer dans une nouvelle dimension des rapports avec Dieu et avec les hommes: celle de la connaissance de la gratuité de Dieu et de l’amour désintéressé du Christ pour chacun de nous, comme nous sommes. Toute l’histoire de la Bible est marqué de cet amour fidèle de Dieu, de sa miséricorde et de sa compassion. Même quand ils annoncent les pires punitions, les prophètes n’oublient jamais de rappeler que le cœur de Dieu est toujours prêt à s’éloigner de sa colère de père trahi. « Un bref instant, je t’avais abandonné, mais sans relâche, avec tendresse, je vais te rassembler. Dans un débordement d’irritation, j’avais caché mon visage, un instant, loin de toi, mais avec une amitié sans fin je te manifeste ma tendresse, dit celui qui te rachète, le Seigneur. » (Is 54, 7-8) Dieu ne garde pas rancune à l’homme, son être miséricordieux le porte au désir éternel que l’homme vive: « Quel Dieu est semblable à toi, qui pardonnes l’iniquité, qui oublies les péchés du reste de ton héritage? Il ne garde pas sa colère pour toujours car il prend plaisir à la miséricorde. » (Mi 7, 18-20)

Les personnes consacrées sont appelées de manière particulière à être témoin de cette miséricorde du Seigneur, dans laquelle tout être humain trouve son propre salut. Elles maintiennent vivante l’expérience du pardon de Dieu, parce qu’elles ont conscience d’avoir été sauvées, d’être grandes parce qu’elles se reconnaissent petites, de se sentir renouvelées et enveloppées par la sainteté de Dieu alors qu’elles reconnaissent leur propre péché. Pour cela, même pour l’humanité d’aujourd’hui, la vie consacrée reste une école privilégiée de la « componction du cœur », de l’humble reconnaissance de sa propre misère, mais également reste une école de confiance dans la miséricorde de Dieu, dans son amour qui n’abandonne jamais. En réalité, plus on se rapproche de Dieu, plus on est proche de lui, plus on est utile aux autres.

J’ajoute une dernière réflexion, que je considère importante. Les vierges consacrées rendent proche l’exemple de Marie, Vierge de Miséricorde. Depuis le XIème siècle, la Sainte Vierge est reconnue comme mère de miséricorde, parce que la vérité du lien profond et intime entre son être de Mère de Dieu et son être de Mère de chacun d’entre nous, est devenue dès lors bien claire. La miséricorde est une qualité de l’amour maternel. Le Fils Jésus fut généré par elle pour qu’il soit la miséricorde de l’humanité et Marie diffuse et répand cette miséricorde avec un amour de mère, de génération en génération. Les vierges consacrées dans le monde témoignent qu’encore aujourd’hui, la Sainte Vierge est non seulement refuge de miséricorde mais aussi modèle de miséricorde et que la nouvelle famille des enfants de Dieu n’est pas fondé « sur la chair et sur le sang » mais sur la grâce d’un amour complètement donné à Dieu.

Lecture Patristique d’Origène (185 – 253) 

In Luc., 32, 2-6

Quand vous lisez: Il enseignait dans leurs synagogues, et tout le monde faisait son éloge, gardez-vous de n’estimer heureux que ces gens-là, et de vous croire privés de son enseignement. Si les Écritures sont vraies, le Seigneur n’a pas seulement parlé en ce temps-là, dans les assemblées juives, mais il parle également aujourd’hui dans notre assemblée. Et Jésus enseigne non seulement dans la nôtre, mais dans d’autres encore, et dans le monde entier. Et il cherche des instruments pour répandre ses enseignements. Priez pour qu’il me trouve, moi aussi, disposé et apte à le chanter.

Il vint ensuite à Nazareth, où il avait grandi. Comme il en avait l’habitude, il entra dans la synagogue le jour du sabbat, et il se leva pour faire la lecture. On lui présenta le livre du prophète Isaïe. Il ouvrit le livre et trouva le passage où il est écrit: L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction (Lc 4,16-18, citant Is 61,1).

Ce n’est pas par hasard, mais par une disposition de la divine Providence que Jésus ouvrit le livre et trouva un passage de l’Écriture qui prophétisait à son sujet. Il est écrit, en effet, qu’un moineau ne tombe pas dans le filet sans la volonté du Père (Mt 10,29), et que les cheveux de la tête des Apôtres sont tous comptés (Lc 12,7). Ne serait-ce pas aussi en vertu de sa providence que le livre d’Isaïe fut choisi plutôt qu’un autre, ainsi que ce passage précis qui parle du mystère du Christ: L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction (Is61,1)?

Après avoir lu ces paroles, Jésus referma le livre, le rendit au servant et s’assit. Tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui (Lc 4,20). En ce moment aussi, dans notre synagogue, c’est-à-dire dans notre assemblée, vous pouvez, si vous le voulez, fixer les yeux sur le Sauveur. Car, lorsque vous tenez le regard le plus profond de votre coeur attaché à la contemplation de la sagesse, de la vérité et du Fils unique de Dieu, vos yeux sont fixés sur Jésus. Bienheureuse assemblée dont l’Écriture atteste que tous avaient les yeux fixés sur lui! Comme je voudrais que cette assemblée mérite un témoignage semblable, que tous, catéchumènes, fidèles, femmes, hommes et enfants, regardent Jésus avec les yeux non du corps, mais de l’âme! Lorsque, en effet, vous tournerez vers lui votre regard, sa lumière et sa contemplation rendront vos visages plus lumineux, et vous pourrez dire: Sur nous, Seigneur, la lumière de ton visage a laissé ton empreinte (cf. Ps 4,7), toi à qui appartiennent la gloire et la puissance pour les siècles des siècles. Amen (1P 4,11).

Source: ZENIT.ORG, le 21 janvier 2022

Cana et les deux vins

Messe à Sainte-Marthe, 23 avril 2020 © Vatican Media

Messe À Sainte-Marthe, 23 Avril 2020 © Vatican Media

Cana et les deux vins, par Mgr Follo

La troisième « épiphanie » du Christ

C’est la « troisième épiphanie » du Christ que la liturgie de ce dimanche 16 janvier 2022, IIème dimanche du Temps ordinaire de l’année C, nous invite à contempler à travers le récit des noces de Cana, dans l’Evangile de saint Jean.

« Dans la joie et la sérénité de Cana, la présence d’un autre calice est déjà anticipée, contenant le vin nouveau, celui du sang versé une fois pour toutes sur la croix, qui rendra tout cela possible et définitif », commente Mgr Francesco Follo.

Il reprend les paroles de Benoît XVI : « Le premier vin est très beau : c’est le fait de tomber amoureux. Mais cela ne dure pas jusqu’au bout : un second vin doit venir, c’est-à-dire qu’il doit fermenter et grandir, mûrir. Un amour définitif qui devient véritablement un ‘second vin’ est plus beau, meilleur que le premier vin. Et cela, nous devons le rechercher ».

Mgr Follo propose pour lecture spirituelle une homélie de saint Maxime de Turin.

Cana et les deux vins

16 janvier 2022

1) La troisième Épiphanie du septième jourAprès nous avoir fait célébrer – dimanche dernier – le baptême de Jésus dans le Jourdain, la liturgie d’aujourd’hui nous propose de faire mémoire des noces de Cana, où le Christ s’est manifesté en changeant l’eau en vin.

A Cana, Jésus se révèle comme Dieu avec un miracle qui montre la beauté

– du nouvel amour, de l’amour de la mère pour ses plus jeunes enfants qui n’échappent pas au fait qu’au moment de la fête de leur amour nuptial, il leur manque un élément important ;

– de l’amour du Fils de Dieu, qui montre aux disciples que le vrai vin de la fête sera sa Présence.

« Le premier vin est très beau : c’est le fait de tomber amoureux. Mais cela ne dure pas jusqu’au bout : un second vin doit venir, c’est-à-dire qu’il doit fermenter et grandir, mûrir. Un amour définitif qui devient véritablement un ‘second vin’ est plus beau, meilleur que le premier vin. Et cela, nous devons le rechercher » (Benoît XVI).

La beauté de Jésus se manifeste en rendant possible l’impossible, en ouvrant la voie à un amour vrai et durable déjà sur terre. Le premier vin doit être remplacé par un second, par le vin racheté et rendu définitif par l’amour du Seigneur. Ici, dans la joie et la sérénité de Cana, la présence d’un autre calice est déjà anticipée, contenant le vin nouveau, celui du sang versé une fois pour toutes sur la croix, qui rendra tout cela possible et définitif.

Contemplons cette troisième Épiphanie (mot d’origine grec qui signifie « manifestation ») de Jésus que l’hymne et l’antienne des vêpres de l’Épiphanie unissent à celle des Rois mages et à celle du Baptême de Jésus dans le Jourdain. A Bethléem, le Messie se présente comme le Fils de Dieu qui commence sa vie terrestre en apportant la lumière et qui est adoré par les Rois mages. Au Jourdain, baptisé par Jean, Il est manifesté par Dieu le Père indiquant qu’Il est son fils bien-aimé, l’Aimé, qui débute son ministère du pardon. A Cana, en Galilée, à la fête des noces, en changeant l’eau en vin, le Christ manifeste sa gloire pour aider la foi des disciples, en se mettant au service de l’amour humain purifié et racheté par Lui.

La présence de Jésus aux noces de Cana est située par l’Evangéliste Jean sept jours après le début de l’activité publique du Baptiste (Jn 1,19-28), « l’ami de l’époux » (Jn 3,29), qui prépare la rencontre avec Jésus. C’est ainsi que s’établit une semaine [1]particulière, renvoyant au premier chapitre du livre de la Genèse : le récit de la création du monde ; Dieu le créa en 6 jours, après lesquels –ayant créé le premier couple humain – « Dieu avait achevé l’œuvre qu’il avait faite. Il se reposa, le septième jour, de toute l’œuvre qu’il avait faite » (Gn 2,2). Mais il faut prendre en considération que, si le samedi est alors le jour du repos, quelque chose de surprenant est arrivé dans l’Église naissante : au lieu du samedi, du septième jour, il s’agit du premier jour de la semaine : le dimanche.

Ce jour du Seigneur est le jour de la rencontre avec Dieu à travers Jésus Christ, Lui qui, le premier jour – le dimanche –, a rencontré les siens en tant que ressuscité, après que ces derniers aient trouvé vide le sépulcre. La structure de la semaine est maintenant bouleversée. Elle n’est plus dirigée vers le septième jour, pour participer lors de ce jour au repos de Dieu. Elle débute par le premier jour de la semaine, par le jour de la rencontre avec le ressuscité. Le dimanche est donc une fête « active ».

L’Evangile d’aujourd’hui nous montre comment le Christ fête activement le « nouveau samedi » : le Fils de Dieu manifeste sa gloire pour aider la foi de ses disciples. En participant à une fête qui célèbre la beauté et la joie d’un amour humain entre un homme et une femme qui s’unissent par le mariage, Jésus donne une signification pleine et resplendissante à la famille. Il se rend à une fête de noces, il y fait un miracle généreux – 600 litres de vin pour une fête qui va se terminer – et il agit afin que la joie ne se transforme en déception à cause du manque de vin : il manifeste un amour plus grand. Mais quel amour ? Le sien ou celui des mariés ? L’amour de Jésus et l’amour des mariés en même temps ? La réponse est : l’amour humain dans l’amour divin.

2) Une Épiphanie nuptiale

L’amour nuptial de deux jeunes époux, qui célèbrent le début de leur vie de famille, s’enracine dans l’amour du Christ qui « célèbre » le début de sa donation nuptiale à l’humanité représentée, en particulier, par ses disciples. Les noces sont le symbole de l’alliance entre l’homme et Dieu, le plus beau signe, ce que l’homme expérimente dans l’amour : la réciprocité, le don, la joie, la fiabilité, la compagnie, la tendresse. « Avec ce “signe” de Cana, Jésus se révèle comme l’Epoux messianique, venu établir avec son peuple la nouvelle et éternelle alliance, selon la parole des prophètes : “Comme la jeune mariée fait la joie de son mari, tu seras la joie de ton Dieu” ( Is 62,5). Et le vin est le symbole de cette joie de l’amour ; mais il fait aussi allusion au sang, que Jésus versera à la fin, pour sceller le pacte nuptial avec l’humanité » (Benoît XVI, 20 janvier 2013).

Jésus, le Seigneur ressuscité, n’est jamais absent à nos fêtes d’amour et l’amour de ces deux époux de Cana, le jour de leur noces, entre – d’une façon étonnante – dans le temps de Dieu et dans l’heure de la Passion et de la Résurrection de Jésus.

Lorsque la fête de l’amour est célébrée par le sacrement du mariage, l’eau est transformée en vin, comme à Cana en Galilée, et les époux reçoivent comme don de Dieu la purification et la stabilité de leur amour. L’amour est merveilleux et fragile, mais dans le sacrement du mariage Dieu fait le miracle de le rendre saint et stable, fidèle et fort pour défier le temps et les difficultés et pour le rendre fécond.
Comme à Cana, Jésus unit le chemin des époux à Son Chemin d’obéissance amoureuse et fidèle au Père, une obéissance qui le conduira à la croix et à la gloire.

Dans cette petite ville de Galilée, grâce à l’amour des deux époux et à la sollicitude de sa Mère, Jésus commence à manifester la gloire de son amour : amour qu’il dévoilera pleinement par sa Pâque et qu’il nous laissera dans le signe de la Cène eucharistique.

En se nourrissant de l’Eucharistie, chaque famille chrétienne participe à l’amour du Christ et apprend à aimer comme Lui nous a aimés. Dans l’Eucharistie, comme à Cana, l’amour de Jésus apparaît dans le signe du vin, dont il remplit le calice doux de la fête et celui amer de la passion, parce que l’amour est don et offrande. Donc, si une famille veut vivre la plénitude de l’amour, elle doit apprendre toujours plus cet amour en participant à l’Eucharistie dans laquelle Jésus offre son amour pour nous.

Dans la petite Cana de Galilée, Jésus commence ses miracles.

Dans la petite « Cana » de nos familles, le Christ accomplit des « signes ». Dans la foi et dans la prière, dans l’écoute réciproque et la confrontation quotidienne, chacun de nous peut s’apercevoir qu’encore aujourd’hui des miracles adviennent, petits et grands « signes » que Dieu met sur notre chemin.

3) Noces virginales

En se référant au miracle de l’eau transformée en vin, le passage de l’Evangile d’aujourd’hui termine ainsi : « Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. C’était à Cana en Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui » (J 2,11). Avec cette phrase finale l’évangéliste saint Jean synthétise le but de ce son récit. Le miracle de Cana a manifesté pour la première fois la « gloire » du Messie et a produit son résultat : la foi des disciples. Si nous voulons répéter la même expérience, nous devons nous laisser persuader par la Vierge Marie de faire ce que Jésus dit. Chaque moment de notre vie, chaque désir de joie et de plénitude peuvent être apaisés par le bon vin nouveau de l’Evangile qui est le vin de la charité : « Le Christ a transformé l’eau de la peur en vin de charité, en nous faisant des fils adoptifs qui dans l’esprit disent “Abbà, Père” » (saint Thomas d’Aquin, Commentaire de l’Evangile de Jean, chap. 1, lect. 1). Avec ce miracle, Jésus « manifesta sa gloire, c’est-à-dire sa puissance, et les disciples crurent en lui. Comment crurent-ils en lui s’ils étaient déjà ses disciples et, donc, croyaient déjà en lui ? Avant, ils croyaient en lui comme un homme bon, qui enseignait des choses bonnes et justes. A partir de ce moment, ils le crurent Dieu » (ibid.).

Le Christ, le Fils de Dieu, est l’époux, et les vierges consacrées dans le monde « devant tous les fidèles sont un rappel de cet admirable mariage opéré par Dieu et qui se manifestera pleinement dans le siècle futur, donc, l’Église a le Christ comme unique Époux » (Perfectae Caritatis, 12). C’est dans cette relation nuptiale que l’on découvre la valeur fondamentale de la virginité d’un ordre consacré à Dieu.

La vérité de ces noces est manifestée par divers passages du Nouveau Testament.

Par exemple, Jean le Baptiste désigne Jésus comme l’époux qui possède l’épouse, au peuple qui accourt à son baptême ; tandis que lui, le Précurseur, se définit comme « l’ami de l’époux qui est présent et l’écoute », et qui « exulte de joie à la voix de l’époux » (Jn 3,29). Jésus aussi parle de lui-même comme de l’époux annoncé et attendu : l’Epoux-Messie (cf. Mt 9, 15 ; 22, 2 ; 25, 1 – 13 ; Mc 2, 19-20 et Lc 12, 35-38). On peut dire en ce sens que le premier miracle de Jésus fait à Cana est significatif, parce qu’il le fait pour un banquet de noces (cf. Jn 2, 1-12). Jésus Epoux invite à répondre à son don d’amour divin par un amour nuptial, qui implique don et accueil réciproque et pour toujours. Il faut souligner que, s’il est vrai que tous sont appelés à répondre avec amour à l’amour, il est vrai aussi qu’il demande à quelques-uns une réponse plus forte, plus radicale, plus pleine : celle de la virginité « pour le Règne des cieux ».

Qui vit dans la virginité consacrée n’est pas dans la solitude mais dans la communion avec Dieu en Christ. Dans cette union, le Christ s’offre entièrement à chaque âme virginale et chaque âme virginale s’offre entièrement au Christ, son époux. C’est pour cela que l’apôtre Paul reconnaît dans la virginité le charisme de l’amour parfait et indivisé, de la charité totale et féconde. A cet égard, l’exemple éminent est la virginité féconde de Marie, la Mère de Dieu. En elle, plus qu’en toutes les autres créatures, le mystère de l’Alliance a trouvé son accomplissement. Il ne faudrait jamais séparer la maternité de Marie de sa virginité, parce que c’est par son don d’elle-même à Dieu, dans sa virginité, qu’elle est devenue Mère de Dieu et de nous tous. La vocation des vierges consacrées est d’être aujourd’hui les épouses du Christ et de continuer cette fécondité spirituelle dans l’Église d’aujourd’hui (cf. Rituel de consécration pontifical des vierges, n° 17 : « Voulez-vous prendre le Christ pour Époux ? »).

Lecture patristique

Saint Maxime de Turin ( + vers 415) Homélie 23 (PL 57. 274-276)

Le Fils de Dieu est donc allé aux noces pour sanctifier par sa présence bénie le mariage qu’il avait institué par une décision souveraine. Il est allé à des noces célébrées selon l’ancienne coutume, en vue de se choisir dans la société des païens une épouse qui resterait toujours vierge. Lui qui n’est pas né d’un mariage humain est allé aux noces. Il y est allé non point pour prendre part à un joyeux banquet, mais pour se révéler par un exploit vraiment admirable. Il est allé aux noces non pour boire des coupes de vin, mais pour en donner. Car, dès que les invités manquèrent de vin, la bienheureuse Marie lui dit : Ils n’ont pas de vin. Jésus apparemment contrarié lui répondit : Femme, que me veux-tu (Jn 2,3-4) ?

 De telles paroles sont, sans aucun doute, le signe d’un mécontentement. Elles s’expliquent pourtant, à mon avis, par le fait que la mère lui avait signalé d’une manière inattendue qu’on manquait d’une boisson matérielle, alors qu’il était venu offrir aux peuples de la terre entière le calice nouveau de l’éternel salut. En répondant : Mon heure n’est pas encore venue (Jn 2,4), il prophétisait certainement l’heure très glorieuse de sa passion, ou bien le vin de notre rédemption qui procurerait la vie à tous. Car Marie demandait une faveur temporelle, tandis que le Christ préparait une joie éternelle.

Le Seigneur très bon n’a toutefois pas hésité à accorder cette grâce moindre, alors que de grandes grâces étaient attendues. La bienheureuse Marie, parce qu’elle était véritablement la mère du Seigneur, voyait par la pensée ce qui allait arriver et connaissait d’avance la volonté du Seigneur. Aussi prit-elle bien soin d’avertir les serviteurs par ces mots : Faites tout ce qu’il vous dira (Jn 2,5). Sa sainte mère savait assurément que la parole de reproche tombée de la bouche de son fils, le Seigneur, ne cachait pas le ressentiment d’un homme en colère, mais contenait une mystérieuse compassion.

Alors, pour rassurer sa mère déconcertée par cette réprimande, le Seigneur révéla aussitôt son pouvoir souverain. Il dit aux serviteurs qui attendaient : Remplissez d’eau les cuves (Jn 2,7). Les serviteurs, dociles, s’empressèrent d’obéir. Et voici que d’une manière soudaine et merveilleuse, ces eaux commencèrent à recevoir de la force, à prendre de la couleur, à répandre une bonne odeur, à acquérir du goût, et en même temps à changer entièrement de nature. Et cette transformation des eaux en une autre substance a manifesté la présence de la puissance créatrice. Personne, en vérité, hormis celui qui a créé l’eau de rien, ne peut la transformer en une substance destinée à d’autres usages.

Il n’y a aucun doute, mes bien-aimés, que celui-là même qui a changé l’eau en vin, lui a donné aussi, à l’origine, la consistance de la neige et la dureté de la glace. Il l’a changée en sang pour les Égyptiens. Pour étancher la soif des Hébreux, il lui a ordonné de couler d’un dur rocher, dont il a fait jaillir, comme du sein d’une mère, une source nouvelle qui a fait vivre une multitude innombrable de peuples.

Tel fut, dit l’Écriture, le commencement des signes que Jésus accomplit. C’était à Cana en Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui (Jn 2,11). La foi des disciples ne s’appliquait pas du tout à ce qui s’accomplissait sous leurs yeux, mais à ce que les yeux du corps ne peuvent voir. Ils ont cru, non que Jésus Christ était le fils d’une vierge, car ils le savaient, mais qu’il était aussi le Fils unique du Très-Haut, ce dont le miracle leur fournissait la preuve. Voilà pourquoi, mes frères, nous devons croire, nous aussi, de tout notre cœur, que celui-là même que nous appelons le fils de l’homme, est également le Fils de Dieu. Puisqu’il était présent aux noces en tant qu’homme, et qu’il a changé l’eau en vin en tant que Dieu, croyons que non seulement il partage notre nature, mais aussi qu’il est par nature égal au Père, afin que notre Seigneur, dans sa bonté, veuille nous donner à boire, en raison de cette foi, le vin très pur de sa grâce.
———–

[1] En effet, l’évangéliste et apôtre Jean regroupe les premiers épisodes du ministère public du Christ en une semaine :
– le premier jour, il est fait mention du témoignage du Baptiste, précédant la délégation envoyée par les chefs de Jérusalem (Jn 1,19-28) ;
– le jour suivant, c’est l’indication du Messie qui est décrite, l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde, l’élu de Dieu qui baptise avec l’Esprit Saint (Jn 1,29-34) ;
– le troisième jour, est racontée la vocation des premiers disciples (Jn 1, 35-42) ;
– le quatrième jour est marqué par l’appel de Philippe et la rencontre de Nathanaël avec Jésus (Jn 1, 43-51) ;
– trois jours plus tard, c’est la transformation de l’eau en vin pendant la fête des noces (Jn 2, 1-12).

Lors de cette semaine inaugurale de la manifestation du Christ, tout tend vers le passage final, dans lequel l’évangéliste déclare solennellement que « Jésus a commencé ses signes à Cana en Galilée, et a révélé sa gloire » (Jn 2, 11). Le Baptiste a préparé l’œuvre du Christ, il a en effet proclamé être venu baptiser par l’eau, afin que le Messie soit révélé à Israël (Jn 1,31). La manifestation du vin constitue ainsi la manifestation initiale emplie de la personne divine de Jésus. Cette gloire propre au Fils unique du Père (Jn 1,14), fut contemplée pour la première fois par les disciples à Cana en Galilée (cf. Olsson B., Structure and Meaning in the Forth Gospel, Lund 1974, 102sqq ; Panimolle S.A., Lecture pastorale de l’Evangile de Jean, 1, EDB, Bologne, 1978, 147sq ; Serra A., Marie à Cana et près de la Croix, Rome, 1978, 13 sqq).

Source: ZENIT.ORG, le 14 janvier 2022

Baptême de Jésus, « fils de Dieu et frère de nous tous », par Mgr Follo

Le Baptême du Christ (Le Pérugin) Chapelle Sixtine, capture CTV

Le Baptême Du Christ (Le Pérugin) Chapelle Sixtine, Capture CTV

Baptême de Jésus, « fils de Dieu et frère de nous tous », par Mgr Follo

Prolongement de l’Epiphanie

« Avec la fête du Baptême de Jésus, la liturgie de ce dimanche prolonge l’Épiphanie (c’est-à-dire la manifestation) du Christ. En cette fête, des paroles solennelles résonnent. Elles nous invitent à revivre le moment où Jésus, baptisé par Jean, sort des eaux du Jourdain et où Dieu le Père le présente comme son Fils unique, l’Agneau qui prend sur lui le péché du monde », explique Mgr Francesco Follo.

Il rappelle que cette fête du Baptême du Christ est pour nous « une invitation à être témoin du Christ dans une existence vécue dans la joie, parce que dans le Fils, nous sommes fils nous aussi, nous sommes aimés et pardonnés ».

Comme lecture spirituelle, Mgr Follo propose le Sermon sur la sainte Théophanie, par saint Hippolyte.

Baptême de Jésus,

Fils de Dieu et frère de nous tous.

9 janvier 2022

  • Baptême de joie et de miséricorde

Avec la fête du Baptême de Jésus, la liturgie de ce dimanche prolonge l’Épiphanie (c’est-à-dire la manifestation) du Christ. En cette fête, des paroles solennelles résonnent. Elles nous invitent à revivre le moment où Jésus, baptisé par Jean, sort des eaux du Jourdain et où Dieu le Père le présente comme son Fils unique, l’Agneau qui prend sur lui le péché du monde. Une voix se fait entendre du ciel, tandis que le Saint-Esprit sous la forme d’une colombe se pose sur Jésus, qui commence publiquement sa mission de salut. C’est une mission caractérisée par le style du serviteur humble et doux, prêt au partage et au dévouement total : « Il ne criera pas, ni n’élèvera le ton… Il ne brisera pas un roseau qui fléchit, il n’éteindra pas la mèche qui faiblit, Il proclamera le droit avec fermeté » (Is 42, 2-3).

Après le mystère de l’Épiphanie où le Fils de Dieu se manifesta petit enfant aux mages venus l’adorer à Bethléem, aujourd’hui nous sommes appelés à faire mémoire du Christ adulte, baptisé par Jean le Baptiste. Le Christ « fut baptisé, il est vrai, comme homme ; mais prit sur lui les péchés comme Dieu ; non parce qu’il avait besoin de purification, mais pour apporter la sainteté par les eaux mêmes du baptême. » (Saint Grégoire de Naziance, Oraison, 29, 19-20),

Cette épiphanie de Jésus a comme témoin non seulement Jean le Baptiste, les disciples de ce dernier, et les pécheurs qui étaient venus recevoir un baptême de pénitence, mais aussi la Sainte Trinité : le Père (l’Aimant) – la voix venue d’en haut – révèle Jésus comme le Fils Unique (l’Aimé) consubstantiel au Père, et tout cela se réalise en vertu de l’Esprit Saint (l’Amour) qui descend sur le Messie sous forme de colombe.

En effet, au moment où, Jésus, sorti de l’eau du Jourdain, est recueilli en prière, l’Esprit Saint descend sur lui comme une colombe et, le ciel s’ouvrant, on entend la voix du Père, qui, d’en haut, dit à Jésus : « Toi, tu es mon fils bien aimé ; en toi, je trouve ma joie. » (Luc 3, 22) La traduction italienne emploie le mot « complaisance » (1) qui correspond à quelque chose de profond ; je ne crois pas qu’on puisse la réduire à une sorte de convergence des sentiments ou bien à une identité d’opinions. La « complaisance » de Dieu c’est vraiment le Père qui se reflète dans le fils et qui s’identifie à lui.

La première conséquence « pratique » pour nous sera de faire nôtre la prière par laquelle le prêtre commence la prière de ce dimanche : « Dieu éternel et tout puissant, quand le Christ fut baptisé dans le Jourdain et que l’Esprit Saint reposa sur lui, tu l’as désigné comme ton Fils bien-aimé ; accorde à tes fils adoptifs, nés de l’eau et de l’Esprit, de persévérer toujours dans « ta joie amoureuse et bienveillante » (2). » De cette manière, la fête du baptême de Jésus ne sera pas seulement pour nous un moment où nous nous mettrons à l’écoute de son Évangile de joie, mais aussi une invitation à être témoin du Christ dans une existence vécue dans la joie, parce que dans le Fils, nous sommes fils nous aussi, nous sommes aimés et pardonnés.

  • Epiphanie de la Trinité

Selon Saint Jérôme, il y a trois raisons qui expliquent pourquoi le Christ s’est fait baptiser par Jean. « La première, parce qu’étant né homme comme les autres, il devait respecter la Loi avec justice et humilité. La seconde, pour démontrer par son baptême, l’efficacité du baptême de Jean. La troisième, pour montrer la venue de l’Esprit Saint lors du baptême des croyants, les eaux du Jourdain ayant été sanctifiées par la descente de la colombe. »  (Commentaire de Matthieu 1, 3, 13)

Mais il est important de garder à l’esprit aussi, deux autres enseignements que l’on peut retirer de cette fête. D’abord, en se faisant baptiser par Jean avec d’autres pécheurs, Jésus a déjà commencé à prendre sur lui le poids de la faute de toute l’humanité, comme agneau de Dieu qui « enlève » (littéralement qui « prend sur lui ») le péché du monde (cf Jn 1, 29). Et enfin, par son baptême dans le Jourdain, Jésus nous révèle le Père, le Fils et le Saint Esprit qui descendent parmi les hommes et manifestent leur amour riche de miséricorde qui pardonne et recrée.

L’évènement du baptême du Christ (3) est donc non seulement la révélation de sa filiation divine et de son incarnation mais aussi la révélation de la Trinité : « Le Père dans la voix, le Fils dans l’homme, l’Esprit dans la colombe. » (Saint Augustin, In Io. Ev. Tr 6,5) A ce sujet Saint Chromace d’Aquilée dit : « Quel grand mystère dans ce baptême céleste ! Le Père se fait entendre du ciel, le Fils apparaît sur terre, le Saint Esprit se manifeste sous forme de colombe : on ne peut pas parler, en effet, de vrai baptême et de vraie rémission des péchés là où il n’y a pas la vérité de la Trinité, et on ne peut pas non plus accorder la rémission de péchés là où on ne croit pas à la Trinité parfaite. » (Discours 34, 1-3)

Voici donc une seconde conséquence « pratique » : faisons nôtre la prière de Saint Hilaire de Poitiers : « Conserve intacte cette foi pure qui est en moi, jusqu’à mon dernier soupir, donne-moi aussi cette voix de ma conscience, afin que je reste toujours fidèle à ce que j’ai professé dans mon retour à la vie, quand j’ai été baptisé dans le Père, le Fils et le Saint Esprit. » (De la Trinité, XII, 57, CCL 62/A, 627) Quand une personne est baptisée au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, elle est plongée en Dieu. Et « qui est plongé en Dieu est vivant parce que Dieu – dit le Seigneur – est un Dieu non pas des morts mais des vivants et s’il est le Dieu de ceux-ci, il est le Dieu des vivants ; les vivants sont vivants parce qu’ils sont dans la mémoire, dans la vie de Dieu. C’est précisément ce qui arrive dans notre condition de baptisés : nous devenons insérés dans le nom de Dieu, de sorte que nous appartenons à ce nom et Son Nom devient notre nom et nous aussi nous pourrons, avec notre témoignage, être des témoins de Dieu, signe de qui est ce Dieu, nom de ce Dieu. » (Benoit XVI, Lectio Divina, 11 juin 2012).

  • Baptême et consécration

La mission du Christ se résume en ceci : nous faire baptiser dans l’Esprit Saint pour nous libérer de l’esclavage de la mort et « nous ouvrir le ciel », c’est-à-dire l’accès à la vraie vie qui sera « une immersion toujours nouvelle dans l’immensité de l’être, tandis que nous sommes simplement comblés de joie. » (Benoit XVI, Spe salvi, 12).

Nous pourrions donc dire que le baptême suffit pour être de bons chrétiens et qu’une nouvelle consécration, comme celle des vierges consacrées dans le monde, n’est pas nécessaire ? A ce sujet, le Pape François précise : « Nous sommes tous consacrés à Lui par le Baptême. Nous sommes tous appelés à nous offrir au Père avec Jésus et comme Jésus, en faisant un don généreux de notre vie, en famille, au travail, au service de l’Eglise, dans les œuvres de miséricorde. Cependant, cette consécration est vécue d’une manière particulière par les religieux, les moines, les laïcs consacrés, qui par la profession des vœux appartiennent à Dieu entièrement et exclusivement. Cette appartenance au Seigneur permet à ceux qui la vivent de façon authentique d’offrir un témoignage spécial à l’Évangile du Royaume de Dieu. Totalement consacrés à Dieu, ils sont totalement livrés aux frères, pour apporter la lumière du Christ là où les ténèbres sont les plus épaisses et pour répandre son espérance dans les cœurs découragés. » (2 février 2014).

Si ensuite nous regardons les vierges consacrées dans le monde, nous voyons qu’elles « sont un signe de Dieu dans les différents domaines de la vie, elles sont un levain pour la croissance d’une société plus juste et fraternelle, elles sont une prophétie de partage avec les petits et les pauvres. Comprise et vécue ainsi, la vie consacrée nous apparaît comme elle est réellement : un don de Dieu, un don de Dieu à l’Église, un don de Dieu à son Peuple ! Toute personne consacrée est un don pour le Peuple de Dieu en chemin. » (Id.)

L’Église et le monde ont besoin de ce témoignage de l’amour et de la miséricorde de Dieu. Les consacrés, les religieux, les religieuses sont le patient témoignage que Dieu est bon et miséricordieux. C’est pour cela que le Pape François a voulu une année dédiée à la vie consacrée. (30 novembre 2014 – 2 février 2016) et le 2 février 2021 il a invité les consacrés (femmes et hommes) à la patience : « Regardons la patience de Dieu et celle de Siméon pour notre vie consacrée. Et nous nous demandons : qu’est-ce que la patience ? Certes, ce n’est pas la simple tolérance des difficultés ou une endurance fataliste à l’adversité. La patience n’est pas signe de faiblesse : c’est la force d’esprit qui nous rend capables de « porter le fardeau », de porter : porter le poids des problèmes personnels et communautaires, nous fait accueillir la diversité de l’autre, nous fait persévérer dans eh bien même quand tout semble inutile, il nous maintient sur la route même quand l’ennui et la paresse nous assaillent ».

Celui qui se consacre, s’engage à montrer et à anticiper dans sa propre vie, cette façon de vivre, cette forme d’humanité dont nous vivrons tous au Paradis. En attendant, sur cette terre, nous avons besoin de témoins qui montrent qu’il est possible de donner entièrement sa vie au Christ, pour que Dieu se révèle et que s’accomplisse sa mission d’amour et de miséricorde.

L’amour consacré dans la virginité c’est « garder les bras ouverts à tous sans jamais les refermer pour enserrer quelqu’un à soi » (Fr Roger de Taizé), c’est fermer les bras pour joindre les mains en prière et confier à Dieu les personnes qu’on aime. En effet la virginité est une valeur quand c’est un amour chaste qui ouvre à l’Amour et qui est illuminé par l’Amour. Grâce à l’exemple des personnes vierges, les familles auront leurs portes et leurs cœurs grands ouverts à l’amour.

Notes : 1° Dans le verbe « se complaire » comme dans le substantif « complaisance », il y a l’idée de joie. C’est comme si Dieu disait : « Toi, mon fils, tu me plais, je te regarde et je suis heureux. » Il se réalise ensuite ce dont Isaïe avait eu l’intuition, la jubilation de Dieu pour moi, pour toi, « comme la fiancée fait la joie du fiancé, ainsi tu seras la joie de ton Dieu. » (Isaïe, 62, 5) Voir aussi la note 2.

2° Je traduis par « joie » la parole « beneplacitum » parce qu’en latin, elle ne veut pas seulement dire « complaisance » ; tant et si bien que la traduction officielle liturgique emploie le terme « amour ». Beneplacitum est la traduction de la parole grecque « eudochia » qui a ces différentes significations : 1. Bonne volonté, intention bienveillante, bienveillance. 2. Délice, plaisir, satisfaction. 3. Désir.

On la trouve neuf fois dans le Nouveau Testament et à chaque fois traduite avec des nuances diverses selon le contexte mais toujours en lien avec celles citées.

3° Messie en grec se traduit par « Christ » et en italien par « Oint », mais n’oublions pas que Jésus ne fut pas oint avec de l’huile à la manière des rois et des grands prêtres d’Israël mais par l’Esprit Saint.

Lecture patristique

Saint Hippolyte (+ 236)

Sermon sur la sainte Théophanie 6-9

PG 10, 858-859.

Dès que Jésus fut baptisé, il sortit de l’eau; voici que les cieux s’ouvrirent, et il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et des cieux, une voix disait: « Celui-ci est mon Fils bien-aimé; en lui j’ai mis tout mon amour » (Mt 3,16-17).

Voyez, mes bien-aimés, combien nous aurions subi la perte de biens nombreux et importants, si le Seigneur avait cédé à l’invitation de Jean et n’avait pas reçu le baptême. Auparavant les cieux étaient fermés, notre patrie d’en haut était inaccessible. Après être descendus au plus bas, nous ne pouvions plus regagner les hauteurs. Le Seigneur n’a pas été seul à recevoir le baptême. Il a renouvelé le vieil homme et il lui a confié de nouveau le sceptre de l’adoption divine. Car aussitôt les cieux s’ouvrirent. Les réalités visibles se sont réconciliées avec les invisibles; les hiérarchies célestes ont été comblées de joie; sur la terre les maladies ont été guéries; ce qui était demeuré caché s’est révélé; ce que l’on rangeait parmi les ennemis est devenu amical. Car vous avez entendu l’évangéliste vous dire: les cieuxeux-mêmes s’ouvrirent, pour les trois merveilles que voi ci. Il fallait ouvrir au Christ, l’Époux, les portes de la chambre nuptiale. Semblablement, comme l’Esprit descendait sous la forme d’une colombe et que la voix du Père retentissait en tout lieu, il fallait que s’élèvent les portes du ciel(cf. ps 23,7). Et voici que les cieux s’ouvrirent et qu’une voix se fit entendre, qui disait: « Celui-ci est mon Fils bien-aimé; en lui j’ai mis tout mon amour. « 

Ce Fils bien-aimé, qui apparaît ici-bas, ne s’est pourtant pas séparé du sein du Père: il est apparu sans apparaître. Ce qui apparaissait était différent, car, à ce qu’il semblait, le baptiseur était supérieur au baptisé. C’est pourquoi le Père envoya l’Esprit Saint sur le baptisé. Car, de même que, dans l’arche de Noé, la colombe a manifesté l’amour de Dieu po ur les hommes, ainsi maintenant, l’Esprit, descendant sous cette apparence, pareil à celle qui apportait une pousse d’olivier, s’est arrêté au-dessus de celui à qui il rend témoignage. Pourquoi? Pour que l’on constate avec certitude que c’est bien la voix du Père, et que l’on ajoute foi à la prédiction prophétique annoncée longtemps auparavant. Quelle prédiction? La voix du Seigneur domine les eaux, le Dieu de la gloire déchaîne le tonnerre, le Seigneur domine la masse des eaux (Ps 28,3). Que dit cette voix? Celui-ci est mon Fils bien-aimé; en lui j’ai mis tout mon amour.

Je vous en prie, écoutez-moi attentivement: je veux remonter à la source de la vie et contempler la source d’où jaillissent les guérisons. Le Père de l’immortalité a envoyé dans le monde son Fils vivant, son Verbe. Celui-ci est venu vers l’homme pour le laver dans l’eau et dans l’Esprit. Il l’a fait renaître pour rendre incorruptibles son âme et son corps, il a éveillé en nous son souffle de vie, il nous a revêtus d’une armure incorruptible.

Je proclame donc, avec la voix du héraut: Venez, toutes les tribus des nations, au bain de l’immortalité! Par ce joyeux message, je vous annonce la vie, à vous qui demeurez encore dans la nuit de l’ignorance. Venez de la servitude à la liberté, de la tyrannie à la royauté, de la corruption à l’incorruptibilité. Vous voulez savoir comment? Par l’eau et par l’Esprit Saint, cette eau par laquelle l’homme régénéré est vivifié, cet Esprit, ton Défenseur, envoyé pour toi, afin de montrer que tu es Fils de Dieu.

Source: ZENIT.ORG, le 7 janvier 2022

« Trois questions et un conte pour comprendre l’Epiphanie », par Mgr Follo

Epiphanie 2020, angélus © capture de Zenit / Vatican Media

Epiphanie 2020, Angélus © Capture De Zenit / Vatican Media

« Trois questions et un conte pour comprendre l’Epiphanie », par Mgr Follo

« Dieu manifesté à ceux qui le cherchent »

Mgr Francesco Follo invite à « célébrer l’Épiphanie comme mémoire d’un fait que Dieu a manifesté à ceux qui le cherchent, suivant les étoiles, l’intelligence et le cœur ».

EPIPHANIE – 2 janvier 2022

Nostalgie de la maison et fidélité au signe.

Dieu, les Rois Mages et Nous.

 1) Trois questions et un conte pour comprendre l’Epiphanie :

Avec la fête de l’Epiphanie[1] les fêtes de Noël ont leur achèvement qui donne au mystère de l’Incarnation la nouvelle perspective d’universalité du salut, sa signification la plus consolante d’espoir infini.  En effet, à la question : « A qui Dieu veut-il faire connaître son Fils Incarné? » La réponse qui nous est proposée aujourd’hui est : « A tous ». Mais alors, « pourquoi n’est-t-il pas reconnu par tous? » Parce qu’il ne suffit pas de savoir ce l’Ecriture que dit  sur le Messie pour croire en Jésus. C’est qui arriva aux prêtres interrogés par Hérode sur la naissance du Messie. Ils donnèrent la réponse juste mais n’allèrent pas à la grotte de Bethléem. Ils ne peuvent même pas le rencontrer qui Le sent comme ennemi potentiel, comme Hérode qui voulait savoir où Jésus était né pour l’éliminer.

Comme les pasteurs et les gens simples à Noël, seuls les Rois Mages  – et aujourd’hui ceux qui ont la même attitude – trouvent Jésus qui se manifeste comme l’objectif de leur voyage (Epiphanie signifie  manifestation). Mettons-nous en route nous aussi, il ne nous arrivera pas de ne pas le rencontrer et de ne pas l’accueillir, tandis que des étrangers viendront de loin pour nous demander où le Roi est né.

Qu’avaient-ils en commun les Pasteurs et les Rois Mages? Le désir du salut, reconnu dans un Enfant à qui les premiers  donnèrent du  lait et de la laine et  les seconds de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Mais surtout ils donnèrent soi-même, en s’agenouillant et en adorant.

Aujourd’hui nous sommes appelés à avoir la même attitude de chercheurs de l’Infini et d’adorateurs de la Vérité qui se manifeste dans cet amour d’Enfant. Dieu ne se manifeste pas comme un enfant, Lui est cet Enfant, qui manifeste le coeur du Père, qui nous le donne pour qu’il devienne nourriture pour notre chemin, médicament pour nos faiblesses, ami de notre conversation.

Cet enfant grandira, sera un jeune homme, adulte, sera Maître et opérateur de miracles, sera moqué, refusé, abandonné, enterré, ressuscitera parmi les morts, à nouveau et éternellement vivant : en tout cela, Lui est « épiphanie » dans laquelle Dieu se manifeste. C’est ce Dieu, que nous, comme les Rois Mages, adorons.

Mais chaque être humain est, dans un certain sens, Epiphanie de Dieu. Dieu a décidé de se révéler en se « cachant » dans chaque homme. Cet écrivain anonyme nous le rappelle et nous invite à chercher et trouver des restes du visage de Dieu dans le visage des frères :

« Il était une fois un moine appelé Epiphane. Un jour il découvrit un don qu’il ne pensait pas posséder : il savait peindre de belles icones. Il  voulait absolument  peindre le visage de Jésus. Mais où trouver un modèle qui exprime, à la fois, la souffrance et la joie, la mort et la résurrection, la divinité et l’humanité.

Epiphane se mit alors en voyage. Il parcourut la France, l’Italie, l’Allemagne, l’Espagne, examinant chaque  visage. Rien : le visage qui pouvait représenter le Christ n’existait pas. Fatigué, il s’endormit en répétant les paroles du psaume : « Je cherche ton visage, Seigneur, montre-moi ton visage! ». Il fit un rêve. Un Ange lui apparut, il le ramena auprès des personnes rencontrées et pour chaque personne il lui indiqua un détail qui rendait ce visage semblable à celui de Jésus : la joie d’un amoureux, l’innocence d’un enfant, la force d’un paysan, la souffrance d’un malade, la peur d’un condamné, la tendresse d’une mère, la consternation d’un orphelin, l’espoir d’un jeune, la joie d’un clown, la miséricorde d’un confesseur, le mystère du visage bandé d’ un lépreux…… Et alors, Epiphane comprit et retourna dans son couvent. Il se mit au travail et l’icone fut prête en peu de temps et la présenta à son abbé. Celui-ci fut surpris: elle était merveilleuse. Il voulut savoir qui était le modèle dont il s’était servi parce qu’il désirait la montrer aux autres artistes du monastère. Le moine répondit « personne, père, ne m’a servi de modèle, parce que personne n’est comme le Christ mais le Christ est semblable à tous. Tu ne trouves pas le Christ dans le visage d’un seul homme, mais tu trouves des fragments du visage du Christ en chaque homme. »

2) Un chemin cohérent à l’idéal.

Les Rois Mages sont un modèle pour nous non seulement parce qu’ils furent des chercheurs de l’Infini, mais parce qu’ils l’ont trouvé en sachant le reconnaître  dans en enfant ou, mieux exprimé, dans cet Enfant. Ils ont été très grands dans leur fidélité au fragile signe d’une étoile, sans se faire conditionner par la nostalgie des les palais qu’ils avaient quittés (cf T.S. Eliot). Ils surent continuer la recherche de l’Exceptionnel, de l’Extraordinaire sur les chemins du quotidien.

Ces trois marcheurs ne se sont pas contentés des richesses et de leur sagesse. Ils ne voulaient pas seulement savoir beaucoup de choses, mais ils voulaient savoir l’essentiel. Ils ont senti le coeur vibrer et se sont déplacés, en accrochant à une étoile au grognement de leurs animaux élevés dans les étables d’Orient. « Où se trouve le Roi des Juifs qui est né? » Ils choisirent le risque de l’inconnu à la sécurité des calculs, avec cette angoisse d’aller trouver un enfant : « la recherche de la Vérité était, pour les Rois Mages, plus importante que la dérision du monde en apparence  intelligent » (Benoît XVI).

Dans leurs humbles pas, l’écho de mille voix résonne, de voix qui chantaient et disaient que tout ceci était pure folie. Le risque de la folie ou la sécurité de l’ignorance : les Rois Mages préfèrent le fragile chemin du ciel à la carte habituelle tracée par les hommes. Ils se sont servis de leur intelligence et de leur sagesse d’une façon qui pouvait apparaître humainement absurde  et peu scientifique et se sont dirigés vers Bethléem. Ils ont échangé la sécurité de leurs habitudes avec le risque d’un voyage périlleux qui devint un pèlerinage.

En effet, le pèlerin n’a pas comme but un lieu touristique, mais un lieu sacré: un Temple où se trouve Dieu. Paul Claudel l’a bien compris  « les choses ne sont plus le mobilier de notre prison mais celles de notre temple », où l’ Enfant Jésus rendit sacré même la paille. La grotte, la paille devenue un lit, les habits nécessaires et essentiels pour le voyage en Judée devient sacrés, se transfigurent autour du noyau  essentiel du mystère de l’Incarnation dans une naissance.

L’Epiphanie n’est pas seulement la manifestation de Jésus Christ, Fils de Dieu incarné et Rédempteur de toute l’humanité mais est aussi la solennité de l’adoration et de la donation.

Le texte de l’Evangile d’aujourd’hui nous rappelle l’arrivée des Rois Mages à la grotte de Bethléem et les trois actions importantes de ces rois devant le Roi des juifs : prostration, adoration et donation.

Prostration : c’est l’attitude d’humble révérence vers une autorité morale et spirituelle. Jésus est reconnu,  par les sages de son temps, l’autorité morale et religieuse à laquelle se confronter.

Adoration : c’est l’autre action que font les Rois Mages devant Jésus. Ils adorent la divinité. Les païens adoraient les idoles. Dans un moment dramatique les Juif se construirent un veau en or et l’adorèrent pendant que Moïse était sur le Mont Sinaï avec Dieu. Toujours l’homme se est construis des fausses idoles et les a travaillé comme une solution possible de ses propres  problèmes existentiels. Aujourd’hui encore, les idoles fascinent, celles du succès, du bienêtre, de la carrière, du pouvoir économique, militaire, politique et religieux et tant d’autres qui mettent l’homme dans la condition d’offenser et de détruire d’autres hommes pour arriver à leurs buts. Au contraire, les Rois Mages adorent le Dieu vivant qui dans cet enfant, pauvre, humble, reposant dans cette crèche attire à juste raison  toute leur attention et leur prière.

Donation : lorsqu’il y a la bonté dans le coeur et l’ouverture à l’autre presqu’instinctivement se déclenche l’action de donner quelque chose de soi à celui qui se trouve en face. Ici les Rois Mages se trouvent en face du Roi des juifs et leur offrent trois dons, de l’or, de l’encens et de la myrrhe, pour faire ressortir sa royauté, sa mission, sa mort et sa résurrection. A travers ces dons se trouve une signification spécifique  qui peut être attribuée à l’ Enfant Jésus, ce Fils d Dieu et Rédempteur de l’humanité. De plus, comme je l’ai mentionné ci -dessus, ils donnent eux-mêmes.

            Voilà la fête de l’Epiphanie qui ouvre indirectement sur une autre et plus importante fête liturgique de l’Eglise catholique : la Pâques de Jésus  qui a donné soi-même, complètement. Nous serons sages comme les Mages si, en prenant Jésus comme Chemin, nous prenons le chemin de la foi, le chemin de la conversion, le chemin de l’amour.

Un exemple spécial de ce chemin d’amour est donné par les Vierges Consacrées dans le monde. Toute leur vie appartient au Seigneur. Par la consécration, elles se sont mises à la disposition de Dieu sans aucune réserve, de façon à ce que toute leur vie exprime prostration, adoration er donation pure et pleine à Dieu. La vie d’une personne consacrée dans le monde témoigne que l’on peut vivre du Christ à chaque instant et vivre dans l’espoir qui vient de la grotte de Bethléem. A ce propos, ce qui est affirmé dans  l’Exhortation post-synodale Vita consecrata est  éclairant. « Celui qui veille pour attendre l’accomplissement des promesses du Christ est en mesure de communiquer l’espérance à ses frères et sœurs, souvent découragés et pessimistes face à l’avenir. Son espérance se fonde sur la promesse de Dieu que contient la Parole révélée : l’histoire des hommes avance vers « le ciel nouveau et la terre nouvelle » (Ap 21, 1). » (Vita consecrata, n. 27)

Lecture Patristique

SAINT LÉON LE GRAND

SERMON 3 POUR L’ÉPIPHANIE

1-3. 5; PL 54, 240-244

Dans tout l’univers, le Seigneur a fait connaître son salut.

La miséricordieuse providence de Dieu a voulu, sur la fin des temps, venir au secours du monde en détresse. Elle décida que le salut de toutes les nations se ferait dans le Christ. ~

C’est à propos de ces nations que le saint patriarche Abraham, autrefois, reçut la promesse d’une descendance innombrable, engendrée non par la chair, mais par la foi ; aussi est-elle comparée à la multitude des étoiles, car on doit attendre du père de toutes les nations une postérité non pas terrestre, mais céleste. ~

Que l’universalité des nations entre donc dans la famille des patriarches ; que les fils de la promesse reçoivent la bénédiction en appartenant à la race d’Abraham, ce qui les fait renoncer à leur filiation charnelle. En la personne des trois mages, que tous les peuples adorent le Créateur de l’univers ; et que Dieu ne soit plus connu seulement en Judée, mais sur la terre entière afin que partout, comme en Israël, son nom soit grand. ~

Mes bien-aimés, instruits par les mystères de la grâce divine, célébrons dans la joie de l’Esprit le jour de nos débuts et le premier appel des nations. Rendons grâce au Dieu de miséricorde qui, selon saint Paul, nous a rendus capables d’avoir part, dans la lumière, à l’héritage du peuple saint ; qui nous a arrachés au pouvoir des ténèbres, et nous a fait entrer dans le royaume de son Fils bien-aimé. Ainsi que l’annonça le prophète Isaïe : Le peuple des nations, qui vivait dans les ténèbres, a vu se lever une grande lumière, et sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre, une lumière a resplendi. Le même prophète a dit à ce sujet : Les nations qui ne te connaissaient pas t’invoqueront ; et les peuples qui t’ignoraient accourront vers toi. Ce jour-là, Abraham l’a vu, et il s’est réjoui lorsqu’il découvrit que les fils de sa foi seraient bénis dans sa descendance, c’est-à-dire dans le Christ ; lorsqu’il aperçut dans la foi qu’il serait le père de toutes les nations ; il rendait gloire à Dieu, car il était pleinement convaincu que Dieu a la puissance d’accomplir ce qu’il a promis.

Ce jour-là, David le chantait dans les psaumes : Toutes les nations, toutes celles que tu as faites, viendront t’adorer, Seigneur, et rendre gloire à ton nom. Et encore : Le Seigneur a fait connaître son salut, aux yeux des païens révélé sa justice.

Nous savons bien que tout cela s’est réalisé quand une étoile guida les trois mages, appelés de leur lointain pays, pour leur faire connaître et adorer le Roi du ciel et de la terre. Cette étoile nous invite toujours à suivre cet exemple d’obéissance et à nous soumettre, autant que nous le pouvons, à cette grâce qui attire tous les hommes vers le Christ. ~

Dans cette recherche, mes bien-aimés, vous devez tous vous entraider afin de parvenir au royaume de Dieu par la foi droite et les bonnes actions, et d’y resplendir comme des fils de lumière ; par Jésus Christ notre Seigneur, qui vit et règne avec le Père et le Saint-Esprit, pour les siècles des siècles. Amen.

[1] Epiphanie est la parole grecque qui signifie “manifestation”.

Source: ZENIT.ORG, le 31 décembre 2021

Noël: « L’humanité du Christ est notre bonheur », par Mgr Follo

Crèche napolitaine, place Saint-Pierre, Noël 2017 @ Vatican Media

Crèche Napolitaine, Place Saint-Pierre, Noël 2017 @ Vatican Media

Noël: « L’humanité du Christ est notre bonheur », par Mgr Follo

« Le Fils de Dieu s’est fait enfant pour que nous puissions l’embrasser »

« Avec la Messe de la Nuit, la liturgie nous introduit au grand Mystère de l’Incarnation. En effet, Noël n’est pas un simple anniversaire de la naissance de Jésus, c’est cela aussi, mais c’est plus, c’est la célébration d’un Mystère qui a marqué et continue de marquer l’histoire de l’homme : Dieu lui-même est venu habiter au parmi nous », explique Mgr Follo.

Plus encore, il invite à « contempler le fait qu’aujourd’hui le Fils de Dieu s’est fait enfant pour que nous puissions l’embrasser, il s’est fait chair pour que nous puissions le manger ».

Comme lecture spirituelle, Mgr Follo propose un sermon de Noël de Julien de Vézelay (+ 1160).

AB

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L’humanité du Christ est notre bonheur (S.T. III q. 9 a. 2.), 

aujourd’hui et toujours.

Messe de la Nuit

Is 9,1-6; Ps 95; Tt 2,11-14; Lc 2,1-14

Noël 2021

Prémisse.

Avec la Messe de la Nuit, la liturgie nous introduit au grand Mystère de l’Incarnation. En effet, Noël n’est pas un simple anniversaire de la naissance de Jésus, c’est cela aussi, mais c’est plus, c’est la célébration d’un Mystère qui a marqué et continue de marquer l’histoire de l’homme : Dieu lui-même est venu habiter au parmi nous (cf. Jn 1, 14), il est devenu l’un de nous. C’est un mystère qui affecte notre foi et notre existence : un mystère que nous vivons concrètement dans les célébrations liturgiques, en particulier dans la Sainte Messe.

Cependant, de nombreuses questions se posent : « Comment est-il possible que je vive maintenant cet événement si loin dans le temps ? Comment puis-je participer fructueusement à la naissance du Fils de Dieu qui a eu lieu il y a plus de deux mille ans ? ».

Le refrain du Psaume responsorial de la Messe de cette Nuit nous fait répéter plusieurs fois : « Aujourd’hui, le Sauveur est né pour nous ». Cet adverbe de temps, « aujourd’hui », revient plusieurs fois pendant toutes les fêtes de Noël et fait référence à l’événement de la naissance de Jésus et du salut que vient apporter l’Incarnation du Fils de Dieu. Dans la liturgie, cet événement dépasse les limites de l’espace et du temps et devient actuel, présent. Son effet persiste, malgré le déroulement des jours, des années et des siècles. Indiquant que Jésus est né « aujourd’hui », la Liturgie n’emploie pas une expression absurde, mais elle souligne que cette Naissance investit et imprègne toute l’histoire. Encore aujourd’hui elle reste une réalité à laquelle nous pouvons arriver précisément dans la liturgie. Pour nous les croyants, la célébration de Noël renouvelle la certitude que Dieu est bien présent parmi et avec nous, encore « chair » et pas seulement loin, dans le passé. Même s’il est avec le Père, il est proche de nous. Dieu, dans cet Enfant né à Bethléem, s’est approché de l’homme : nous pouvons le rencontrer maintenant, dans un « aujourd’hui » qui n’a pas de coucher de soleil.

En cet Enfant Jésus, le Fils de Dieu, Dieu lui-même, Dieu de Dieu, s’est fait homme. A lui le Père dit : « Tu es mon fils ». L’aujourd’hui éternel de Dieu est descendu dans l’aujourd’hui éphémère du monde et entraîne notre passage dans l’aujourd’hui éternel de Dieu. Dieu est si grand qu’il peut se faire petit. Dieu est si puissant qu’il peut se rendre impuissant et venir à notre rencontre comme un enfant faible, sans défense afin que nous puissions l’aimer. Dieu est si bon qu’il renonce à sa splendeur divine et descend dans une étable, afin que nous puissions le retrouver et que sa bonté nous touche aussi. Il se communique à nous et continue à travailler à travers nous.

Noël c’est ça : « Tu es mon fils, aujourd’hui je t’ai engendré ». Dieu s’est fait l’un de nous, pour que nous soyons avec lui, que nous lui soyons semblables. Il a choisi comme son signe l’Enfant dans la crèche : Lui, Il est ainsi. De cette façon, nous apprenons à le connaître. Sur chaque enfant brille le rayon de l’ « aujourd’hui », de la proximité de Dieu que nous devons aimer et à laquelle nous devons nous soumettre – sur chaque enfant, même sur celui qui n’est pas encore né.

     1) La nuit, dans une grotte, la Vierge Marie donne la lumière à la Lumière.

Le premier Noël[1] de Jésus fut célébré dans une grotte utilisée comme étable parce que Dieu a voulu entrer dans le monde par l’endroit le plus bas : Aucun être humain n’est plus bas que lui en entrant dans le monde de cette façon. A partir de qui est le plus bas, tous sont touchés par son étreinte de lumière, d’amour et de paix. Oui, le Fils de Dieu naît pour nous dans une étable à Bethléem. Lui, qui est pure lumière, splendeur de la vérité et de l’amour, commence à resplendir dans une humble, vraie et pauvre étable.  Le premier endroit où le Fils de Dieu devenu homme est accueilli est celui où l’homme met les animaux. C’est une étable avec de la paille et du foin, avec une odeur âcre et désagréable qui exprime notre petitesse face à la grandeur de Dieu. Un Dieu qui n’a pas peur de se faire envelopper par ces odeurs et qui accueille chaque homme dans sa faiblesse et sa fragilité. Cette étable reélle  devient une habitation royale, où le nouveau-né  Roi des rois est accueilli. Ce petit, armé de son Innocence, est déposé dans la crèche, signe du destin de cet enfant qui devient pain pour nourrir les hommes.

Allons, nous-aussi, avec l’esprit et le cœur à Bethléem (qui signifie Maison du pain). Cet enfant a été déposé dans une mangeoire. Il me semble que ce signe ait une signification : Jésus, nouveau-né, met entre nous la e présence délicate et pacifiante de Dieu, parce que Lui est le Dieu parmi nous, Lui est l’Emanuel, le « Dieu avec nous » pour toujours.

C’est un enfant enveloppé dans un lange qui ne peut rien faire. C’est un enfant ( mot d’origine grecque qui signifie non parlant), qui ne peut rien dire : il peut  seulement être présent. Ce n’est pas une utopie, c’est une présence, qui porte la paix sans l’imposer avec les armes : cet enfant est Dieu puissant, mais désarmé.

Il est pacifiant et désarmé le Fils de Dieu : Jésus (qui signifie Dieu sauve) nous sauve par son humilité et sa douceur, que le mystère de son Noël dans une étable exprime très bien.

C’est notre frère : « Jésus nouveau-né est notre frère de sang » (Card Albert Vanhoye, SI), donc, sa présence est une présence fraternelle. Jésus nous donne cette présence fraternelle qui nous réconcilie avec notre modeste vie quotidienne et nous réconcilie avec les autres. Investir dans la fraternité, est le seul investissement qui produit une vraie croissance humaine.

Ainsi le rêve utopique de l’humanité qui a débuté au Paradis Terrestre- celui de vouloir être comme Dieu, de tout pouvoir et de ne pas mourir- se réalise de façon inattendue, non par la grandeur de l’homme qui ne peut devenir Dieu, mais par l’humilité de Dieu qui descend et entre ainsi en nous dans son humilité et nous élève à la vraie grandeur de son être.

Dans le silence de la nuit, loin des rumeurs et des lumières de la mondanité, recueillons-nous pour apercevoir la lumière du salut qui commence. Avec les oreilles du cœur, écoutons l’invitation des anges à reconnaître que notre Dieu est Lumière vraie et Vie d’ Amour et veut nous indiquer son Chemin pour la rejoindre. Alors, nous aussi nous nous unirons au chant des Anges : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix aux hommes sur la terre, qu’Il aime ».

    2) Bouleversés par la lumière et par le chant des Anges.

La nuit du premier Noël fut illuminée par la lumière et les chants. Mais avant que Marie et Joseph ne vivent cela, passer la nuit dans une grotte-étable, à Bethléem, ville périphérique de l’Empire Romain, fut certainement une perturbation et une insécurité, parce qu’il n’y avait pas de place à l’hôtel. Mais c’est correct de penser que de tels sentiments soient disparus au fur et à mesure  que grandissait en eux la joie de Jésus, dans ce lieu si pauvre et périphérique.

Bouleversés par la lumière et par le chant angélique, même les bergers furent surpris par la joie apportée par les anges. Cette nuit fut une nuit de surprise et de perturbation mais elle devint une nuit de lumière, de joie, et de bonheur inexprimable. Ils ont obéi à l’annonce des anges non pas pour obéir à un ordre mais par exigence de infini de leur cœur. Le ciel et la terre finalement se rencontrent.

La grotte rejointe, les bergers virent  l’Enfant et crurent. Ils le regardèrent avec les yeux et contemplèrent avec le cœur pur, simple et pauvre, et ainsi surent reconnaître dans les yeux du nouveau-né les yeux de Dieu, dans sa faim celle de Dieu, dans ses petites mains tendues les mains tendues de Dieu vers eux. C’est pourquoi les bergers firent une fête parce que leur apparût « la grâce de Dieu, porteuse de salut pour  tous les hommes, qui nous enseigne à nier l’impiété et les désirs humains, et à vivre avec sobriété, pitié et justice  dans ce monde, dans l’attente de l’espoir béni et de la manifestation de la gloire du nouveau grand Dieu et Sauveur Jésus Christ ».(Tite 2, 11-14)

Nous aussi, nous sommes invités à faire la fête afin qu’elle devient semblable à la  fête des bergers, hommes simples et pauvres, qui se sont réjouis avec Joseph et Marie pour la naissance de cet enfant. Il est venu porter la joie et la paix dans le monde. La lumière festive de l’Enfant n’est pas simplement devant eux mais les enveloppe, entre dans leur vie. Ils accueillent cette annonce qui n’est pas pour eux seuls, mais c’est une lumière qui est pour tout le peuple.  Gardiens d’un troupeau, ils sont maintenant gardiens d’un mystère à connaître  et à irradier à tous ensuite. Imitons-les.

Les lectures de la Messe de la Nuit, citées ci-dessus,  nous disent comment les imiter. Les textes sacrés de la liturgie nous disent qu’en écoutant la Parole et en l’accueillant, comme l’ont fait la Vierge Marie, Joseph et les bergers, la foi nous fait marcher dans les ténèbres. Si cette parole entre dans notre vie, elle nous fait bouger comme il est advenu la nuit du premier Noël. Ce chemin se transforme en une rencontre qui devient vraie dans la nuit de Noël, parce que le Verbe s’est fait chair  – pas comme nous pouvons nous l’imaginer –  mais comme  un petit Enfant fragile qui doit grandir

Le passage d’Isaïe nous parle d’une grande « lumière » , descendue sur la terre. Le prophète nous présente la figure d’un libérateur qui porte en lui  les dons de la lumière, de la joie et de la libération pour un peuple qui est dans les ténèbres et qui n’a plus d’espoir. Finalement, cette lumière est arrivée : le Fils de Dieu est né, Jésus, venu apporter la joie et la paix qui doivent naître avant tout dans notre cœur pour se propager  à tous ceux que nous rencontrons chaque jour en famille, dans les milieux de travail, dans nos communautés et dans l’Eglise.

Dieu qui s’est fait comme nous pour nous faire comme lui, nous offre cet enfant qui est notre frère ; nous devons le reconnaitre, l’aimer, le soigner, le soutenir et le laisser parmi nous et en nous. Aujourd’hui, le Verbe devient chair pour nous aider à grandir chaque jour.

Celui que dans le prologue de son Evangile, Saint-Jean appelle en grec « O Logos »  -traduit en latin  par « Verbum » » et en français par « le Verbe » – signifie aussi  « le Sens ». Donc, nous pourrions comprendre l’expression de Jean de cette façon : le « Sens éternel » du monde est  tangible à nos sens et à notre intelligence : nous pouvons maintenant le toucher et le contempler »   (Benoît XVI). Le « Sens ou signification » s’est fait chair. Il ne s’agit pas d’une idée qui explique le monde, c’est une « Parole »  qui nous est adressée. C’est la Parole qui donne la vie et qui est la vie. C’est la communication faite à chaque être humain de quelque chose de la vie de Dieu.  Ce n’est pas un langage mort et sclérosé, un ordre établi une fois pour toutes comme l’ordre d’un cimetière. C’est une personne qui s’intéresse à chaque personne  en particulier : c’est le Fils du Dieu vivant, qui s’est fait homme à Bethléem et qui est lumière pour tous les êtres humains, lumière d’amour, d’amour miséricordieux et de joie.

Ouvrons les yeux à cette lumière et essayons  de les porter dans le monde à nos frères et sœurs en humanité, en mettant notre vie sous le signe de la miséricorde et de la fidélité.

Les vierges consacrées dans le monde sont des témoins spéciaux de cette vie vécue sous le signe de la miséricorde et de la fidélité. Ces femmes ont consacré elles-mêmes  parce qu’elles savent que l’amour du Christ, leur époux, est riche de fidélité et de miséricorde infinie. Miséricorde, c’est-à-dire pardon et justice qui rend joyeux le cœur de l’homme et le rend capable de donner gratuitement.

Fidélité, soit engagement persévérant et inconditionnel. Dieu s’est révélé une fois pour toutes dans sa Parole. Consécration virginale est se donner complètement et seulement à sa Parole, s’engager vers celui qui s’est engagé envers Celui qui s’est engagé vers nous sans regret. Cela implique être fidèles, persévérants, tenaces, en sachant que la fidélité humaine a son nid dans le cœur de Dieu.

Etre vierges consacrées signifie être signe de la Miséricorde et de la fidélité,  en apportant toujours avec dévotion l’anneau reçu la jour de la consécration : « Recevez cet anneau, signe de votre union avec le Christ. Gardez une fidélité sans partage au Seigneur Jésus ; il vous introduire un jour dans la joie de l’alliance éternelle » (Rituel de la Consécration des vierges, n. 26). Ce signe montre au monde que ces femmes sont aussi le « lieu »  de miséricorde fidèle où la  vie du Christ génère vie ici  sur la terre et pour l’éternité.

Lecture patristique

Julien de Vézelay (+ 1160)

Sermons sur Noël, 1

SC 192, 45.52.60.

Un silence paisible enveloppait toute chose, et la nuit était au milieu de son cours rapide, alors, ta Parole toute-puissante, Seigneur, est venue de ton trône royal (cf. Sg 18,14-15). Ce texte de l’Écriture désigne le temps très saint où la toute-puissante Parole de Dieu est venue jusqu’à nous pour nous parler de notre salut; partant du secret le plus intime du Père, elle descendait dans le sein d’une mère. Dieu qui avait parlé à nos pères par les prophètes sous des formes fragmentaires et variées dans les derniers temps, dans les jours où nous sommes, nous a parlé par ce Fils (He 1,1-2) dont il dit: Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j’ai mis tout mon amour; écoutez-le (Mt 3,17 Mt 17,5). La Parole de Dieu vient donc à nous de son trône royal: elle s’abaisse pour nous élever; elle s’appauvrit pour nous enrichir; elle se fait homme pour nous diviniser.

Mais, pour que le peuple qui doit être racheté mette toute sa confiance et son espérance dans l’avènement et l’efficacité de cette parole, elle est appelée Parole toute-puissante. Car, si elle n’était pas la Parole toute-puissante, l’homme, damné et voué à toutes les misères, n’espérerait que de façon bien tiède et bien timide qu’elle le délivrerait du péché. Donc, pour que l’homme perdu ait la certitude de son salut, la Parole qui le sauve est appelée « toute-puissante ».

Et voyez quelle toute-puissance: le ciel n’existait pas encore ni ce qui est contenu dans son enceinte (Est 16,10); il parla, et ce qu’il dit exista (Ps 32,9). Ce fut fait de rien(2M 7,28), car la toute-puissance de cette Parole créait, tout ensemble et instantanément, la matière avec la forme. Cette Parole a dit: Que le monde soit, et le monde a été fait. Elle a dit: Que l’homme soit, et l’homme a été fait.

Mais, ce qu’elle avait créé, la Parole ne l’a pas recréé aussi facilement. Elle a créé par son commandement, mais elle a recréé par sa mort; elle a créé en commandant, mais elle a recréé en souffrant. Vous m’avez donné bien de la peine (cf. Ml 2,17) avec vos péchés, dit-elle. La machine du monde ne m’a donné aucune peine pour l’organiser et la gouverner, car je déploie ma vigueur d’un bout du monde à l’autre et je gouverne l’univers avec douceur (Sg 8,1).

Seul l’homme, violateur obstiné de la loi fixée et promulguée par moi, m’a donné de la peine, avec ses péchés. C’est pourquoi, venant du trône céleste, je n’ai pas refusé de me renfermer dans le sein d’une vierge et de m’unir en une seule personne avec l’humanité déchue. Dès ma naissance on m’enveloppe de langes, on me couche dans une mangeoire parce qu’il n’y a pas de place à l’auberge pour le Créateur du monde.

Toutes choses étaient plongées au milieu du silence, c’est-à-dire entre les Prophètes qui ne parlaient plus, et les Apôtres qui parleront plus tard. Ce silence formait donc un « milieu » et une séparation entre la parole de ceux-ci et la parole de ceux-là. Donc, tandis que toutes choses étaient plongées au milieu du silence, la Parole toute-puissante, c’est-à-dire le Verbe du Père, est venue de son trône royal (Sg 18,14-15). Et il est beau que ce soit au milieu du silence que vienne le Médiateur entre Dieu et les hommes (1Tm 2,5), homme vers les hommes, mortel pour sauver les mortels, lui qui, par sa mort, sauvera les morts.

Qu’elle vienne encore maintenant, je l’en prie, la parole du Seigneur, vers ceux qui font silence. Écoutons ce que le Seigneur nous dit au fond de nous-mêmes. Qu’ils se taisent, les mouvements et les cris malencontreux de notre chair; qu’elles fassent silence, les images désordonnées de notre spectacle intérieur, pour que nos oreilles attentives écoutent librement ce que dit l’Esprit, écoutent la voix qui est au-dessus du firmament. En effet, l’Esprit de vie parle toujours à notre âme, et une voix se fait entendre du firmament qui domine nos têtes (cf. Ez 1,26), c’est-à-dire notre esprit. Mais nous, en portant notre attention ailleurs, nous n’entendons pas l’Esprit qui nous parle.

[1] Nous sommes dans le temps liturgique du Noel, qui commence le soir du 24 décembre avec la veille et s’achève avec la célébration du Baptême du Seigneur. Cette période est brève, mais dense de célébration et de mystères et est réuni autour de deux grandes solennités: Noel et Epiphanie. On peut dire que la fête de Noel souligne le fait que Dieu “se cache” dans l’humilité de la condition humaine, dans l’Enfant de Bethléem. Dans l’Epiphanie on montre sa manifestation, l’apparition de Dieu par cette même humanité.

Source: ZENIT.ORG, le 23 décembre 2021

« La Vérité qui sauve la vie en s’incarnant », par Mgr Follo

La Visitation, Magnificat, par Bradi Barth copyright “BRADI BARTH”

La Visitation, Magnificat, Par Bradi Barth Copyright “BRADI BARTH”

« La Vérité qui sauve la vie en s’incarnant », par Mgr Follo

Marie, « Vierge Mère, humble mais élevée plus qu’aucune autre créature »

« Avec l’invitation à faire comme la Vierge Mère qui a apporté à Elizabeth non seulement un message, mais une Présence », Mgr Francesco Follo offre une méditation sur les lectures de ce dimanche 19 décembre 2021, quatrième dimanche de l’Avent, appelé aussi Dimanche de l’Incarnation ou de la Divine maternité de la Bienheureuse Vierge Marie.

Mgr Follo propose, comme lectures patristiques, des Sermons pour l’Avent du Bienheureux Guerric d’Igny ainsi que la Chaîne d’or 9139 sur Luc.

La Vérité qui sauve la vie en s’incarnant

Prémisse.

En ce dernier dimanche de l’Avent, l’Évangile raconte la visite de Marie qui porte en elle le Rédempteur, à sa cousine Élisabeth. Dans la rencontre entre ces deux femmes, il ne faut pas reconnaître qu’un simple geste de courtoisie. Il représente la rencontre de l’Ancien avec le Nouveau Testament. Les deux femmes, toutes les deux enceintes, incarnent en effet l’attente et l’Attendu. La vieille Élisabeth symbolise Israël attendant le Messie, tandis que la jeune Marie porte en elle l’accomplissement de cette attente, pour le bien de toute l’humanité.

Dans les deux femmes ils se rencontrent et reconnaissent d’abord les fruits de leurs entrailles, Jean et Jésus. A ce propos, le poète chrétien Prudentius écrit : « L’enfant contenu dans le sein sénile salue, par la bouche de sa mère, le Seigneur fils de la Vierge » (Apothéose, 590 : PL 59, 970). L’exultation de Jean dans le sein d’Élisabeth est le signe de l’accomplissement de l’attente : Dieu est sur le point de visiter son peuple. Dans l’Annonciation, l’archange Gabriel parle à Marie de la grossesse d’Élisabeth (cf. Lc 1, 36) comme preuve de la puissance de Dieu : la stérilité, malgré son âge avancé, s’est transformée en fertilité.

La Vierge-Mère n’apporte pas à Élisabeth seulement une aide matérielle et un message spirituel. Elle apporte une Présence : La Parole de Dieu faite chair, la Vérité qui sauve la vie, se faisant chair et embrasant le cœur de ceux qui la reçoivent, d’un amour du prochain qui anime la liberté de partager ce qui a été librement reçu. En faisant cela, nous serons les hérauts du monde entier de ce Dieu qui s’est fait Fils de l’homme afin que nous puissions devenir fils de Dieu.

1 Un ‘oui’ de foi qui devient chemin de charité   

Après avoir répondu « oui » à l’annonce apportée par l’ange Gabriel, la Vierge et Mère de celui qui sera appelé « Fils du Très-Haut » va chez sa cousine Elisabeth qui, bien que d’un âge très avancé, attend un enfant. Dès qu’elle voit arriver Marie, la vieille cousine, grâce à un tressaillement de joie de l’enfant qu’elle porte en son sein, reconnaît qu’il y a devant elle quelqu’un de grand. Elisabeth est comblée de l’Esprit-Saint et accueille Marie en s’exclamant d’une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes et le fruit de tes entrailles est béni » (cf. Lc 1, 41-42). Bénie[1] et bienheureuse parce qu’elle a cru à l’accomplissement des paroles du Seigneur.

Le passage de l’Évangile d’aujourd’hui est centré sur la scène de la rencontre entre la Vierge Marie et sa cousine Elisabeth. Pour permettre cette rencontre de charité, Marie s’est mise « en chemin de charité », mue par un étonnement plein de gratitude pour ce qui lui était arrivée et pour ce qu’elle portait en son sein. C’est grâce aux pas de la Vierge qu’avant même de naître, Jésus est en chemin sur les routes du monde à la rencontre des hommes. C’est là un exemple de notre « devoir » de nous mettre en chemin sur les routes des hommes pour porter la lumière de l’Évangile à ceux qui ne le connaissent pas.

L’évangéliste Luc ne rapporte pas les paroles de salutations que Marie adresse à Élisabeth quand elle arrive chez elle. Ce silence est riche de signification. Précisément parce que, sans paroles, la salutation de Marie met sa personne au premier plan, et non ce qu’elle aurait éventuellement à dire. Au premier plan est la voix (cf. Lc 1,44) : ce ne sont pas les paroles de Marie qui ont fait tressaillir l’enfant, mais sa voix. C’est dans la voix de Marie que le petit enfant Jean perçoit la présence du Messie attendu.

La salutation de Marie n’est donc pas une simple forme de courtoisie, mais une expression d’amour. La salutation de Marie touche tout l’être d’Élisabeth, causant en elle ce tressaillement de joie, la manifestation de Jean dans le sein de sa mère autrefois stérile. C’est une salutation qui évoque cette vie nouvelle qui a germé dans le sein des deux femmes et qui est le signe du salut inauguré par Dieu.

Élisabeth aussi est saisie d’étonnement devant ce qui est en train de lui arriver et devant la visite du Seigneur porté par sa cousine Marie. C’est un étonnement qui devient une question : « D’où m’est-il donné que la Mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » À cette question, la Vierge répond en entonnant son hymne de foi et d’action de grâce envers Dieu, le Magnificat, qui se trouve immédiatement après le passage de l’Évangile de ce jour. Peut-être ce chant est-il né en Marie pendant son voyage à pied – une distance d’environ 150 kilomètres, pour arriver jusqu’à Ain Karim, village situé à 7 ou 8 kilomètres de Jérusalem, où habitaient Zacharie et Élisabeth.

Quand nous récitons le Magnificat, surtout le soir à la fin des Vêpres, nous cherchons à nous plonger en Marie et à regarder notre vie comme elle regardait la sienne : avec les yeux de la foi. Cherchons à imiter Marie, qui a eu une foi ferme, une charité délicate, une humilité sincère et la joie d’apporter le Christ au monde.

2 Un ‘oui’ humble et virginal, et donc maternel

Dans le Magnificat, la Vierge Marie manifeste les deux lignes directrices fondamentales selon lesquels Dieu agit dans l’histoire. Avant tout, la conscience que le salut découle uniquement de l’initiative gratuite de Dieu et de sa fidélité miséricordieuse. En second lieu, contrairement à la logique humaine, ce salut se réalise dans l’histoire des « anawim » bibliques, c’est-à-dire de ces fidèles qui se reconnaissent « pauvres » non seulement dans le détachement de toute idolâtrie de la richesse et du pouvoir, mais aussi dans l’humilité profonde du cœur. C’est à travers les « pauvres, les purs et les simples de cœur, les humbles, que Dieu réalise son plan de salut pour l’humanité.

Dans son hymne, la Vierge Marie chante que l’humilité est appréciée par Dieu et qu’elle a été choisie pour être la mère de Jésus, parce qu’elle est humble. L’humilité de Marie a été le terrain adapté pour la réalisation du projet de Dieu. Dans une belle homélie, saint Bernard de Clairvaux met en lumière la grandeur de l’humilité en Marie, n’hésitant pas à lui attribuer – à l’humilité – une importance prioritaire y compris devant la virginité : « Quelle belle alliance que celle de l’humilité avec la virginité. L’âme, où l’humilité fait valoir la virginité et dans laquelle la virginité jette un nouveau lustre sur l’humilité, plaît singulièrement à Dieu […] sans l’humilité – le dirai-je ? – la virginité même de Marie ne lui eût point été agréable […] si donc Marie n’était point humble, le Saint-Esprit ne serait pas venu reposer sur elle […] Il est donc bien évident qu’elle n’a conçu du Saint-Esprit, comme elle le dit elle-même, que parce que « Dieu a regardé favorablement l’humilité de sa servante (Luc., I, 48), » plutôt que sa virginité. Elle lui plut sans doute parce qu’elle était vierge, mais elle ne conçut que parce qu’elle était humble, d’où je conclus sans hésiter que c’est à son humilité que sa virginité dut de plaire à Dieu ».

Mais l’humilité n’est pas une fin en soi, elle est finalisée à la splendeur de la charité et en Marie, il y avait l’alliance « d’une très haute charité et d’une très profonde humilité » (saint Bernard de Clairvaux)

Dans la visitation à Élisabeth, Marie, « Vierge Mère, humble mais élevée plus qu’aucune autre créature » (Dante), porte en son sein le Verbe fait chair et elle se fait, d’une certaine manière, « tabernacle » – le premier « tabernacle » de l’histoire – où le Fils de Dieu, encore invisible aux yeux des hommes, s’offre à l’adoration d’Élisabeth, « irradiant » presque sa lumière à travers les yeux et la voix de Marie (saint Jean-Paul II, encyclique L’Église vit de l’Eucharistie, n.5)

La Vierge Marie n’est pas tant une créature qui sait qu’une créature qui croit, parce qu’elle est pleine de grâce et de foi et ainsi elle devient la figure de l’Église qui, dans la foi, accueille son Sauveur et le porte au monde, pour que l’humanité entière puisse s’en réjouir.

Dans cette pastorale de la Visitation, les Vierges consacrées dans le monde nous sont un exemple, elles qui, par leur travail « séculier », se font missionnaires de l’amour en marchant quotidiennement avec leurs frères et sœurs en humanité, qui peuvent ainsi avoir la joie d’être considérés et aimés.

Cet intérêt leur est inspiré par leur amour virginal pour le Seigneur Jésus, aimé par dessus tout et qu’elles font aimer. Ces femmes consacrées témoignent que le chrétien authentique transforme en charité tout ce qu’il touche : il transforme en charité le travail, la vie, la prière, la relation avec les autres. Tout ce que pratique le chrétien est comme renouvelé, sanctifié et transformé par la force de l’amour.

L’important est que, dans notre prière, le « merci » humble et amoureux ait la priorité. Comme l’a fait Marie qui, par son Magnificat, a dit « merci », en annonçant l’Évangile de la joie : la joyeuse nouvelle de cet amour pour Dieu qui se fait chair pour nous.

L’important est que chacun réponde avec humilité et selon ses capacités. Si nous regardons la scène de la Visitation, nous voyons Zacharie qui répond avec sa difficulté à croire, Élisabeth qui bénit, Marie qui loue, Jean qui « danse ». De diverses manières, chacun d’eux reconnaît et porte le Seigneur dans le monde. Vivons cet avènement de sorte que soit prononcée pour chacun de nous la parole : « Béni – Bénie es-tu parce que tu portes le Seigneur, comme Marie. Nous comprendrons mieux alors ce que dit saint Ambroise : « Si, selon la chair, une seule est la mère du Christ, selon la foi, toutes les âmes engendrent le Christ : que chacune en effet accueille en elle le Verbe de Dieu (Exposition de l’Évangile selon saint Luc, 2, 26-27).

L’important est de garder virginalement et d’alimenter notre mémoire de Dieu, en la gardant en nous-mêmes et en cherchant à la réveiller chez les autres. « C’est beau cela, faire mémoire de Dieu, comme la Vierge Marie qui, face à l’action merveilleuse de Dieu dans sa vie, ne pense pas à l’honneur, au prestige, aux richesses, elle ne s’enferme pas sur elle-même. Au contraire, après avoir accueilli l’annonce de l’ange et avoir conçu le Fils de Dieu, que fait-elle ? Elle part, elle va chez sa vieille parente Élisabeth, elle aussi enceinte, pour l’aider ; et dans sa rencontre avec elle, son premier acte est le souvenir de l’agir de Dieu, de la fidélité de Dieu dans sa vie, dans l’histoire de son peuple, dans notre histoire : « Mon âme exalte le Seigneur… Il s’est penché sur son humble servante… Son amour s’étend d’âge en âge » (Lc 1, 46.48.50). Marie a mémoire de Dieu. » (Pape François, Homélie du 29 septembre 2013).

Lecture patristique

Bienheureux Guerric d’Igny (+ 1157)

Sermons pour l’avent, 2, 1-4

SC 166, 104-116.

Voici le Roi qui vient, accourons au-devant de notre Sauveur (texte liturgique). Salomon a fort bien dit: Le messager d’une bonne nouvelle venant d’un pays lointain, c’est de l’eau fraîche pour l’âme assoiffée (Pr 25,25). Oui, c’est un bon messager celui qui annonce l’avènement du Sauveur, la réconciliation du monde, les biens du siècle à venir. Qu’ils sont beaux, les pas de ceux qui annoncent la paix, qui annoncent la bonne nouvelle (Is 52,7).

De tels messagers sont une eau rafraîchissante et une boisson de sagesse salutaire pour l’âme assoiffée de Dieu. En vérité, celui qui lui annonce l’arrivée du Seigneur ou ses autres mystères lui donne à boire les eaux puisées dans la joie aux sources du Sauveur (Is 12,3). Aussi, à celui qui lui porte cette annonce, que ce soit Isaïe ou n’importe quel prophète, cette âme répond, semble-t-il, avec les paroles d’Elisabeth, parce qu’elle était abreuvée au même Esprit: Et comment m’est-il donné que mon Seigneur vienne à moi? Car lorsque la voix de ton annonciation est venue à mes oreilles, mon esprit a bondi de joie (cf. Lc 1,43-44) en moi-même, dans l’enthousiasme d’aller à la rencontre de Dieu son Sauveur. <>

Que notre esprit exulte donc d’une vive allégresse, qu’il accoure au-devant de son Sauveur, qu’il adore et salue celui qui vient de si loin, en l’acclamant par ces paroles: « Viens donc Seigneur, » sauve-moi et je serai sauvé (Jr 17,14). Car c’est toi que nous avons attendu. Sois notre salut au temps de la calamité (Is 33,2). C’est ainsi que les prophètes et les justes allaient, avec tant de désir et d’amour, à la rencontre du Christ qui devait venir, en désirant, si c’était possible, voir de leurs yeux ce que, par avance, ils voyaient en esprit. <>

Nous attendons le jour anniversaire de la Nativité du Christ, dont on nous annonce que nous le verrons bientôt. Et l’Écriture semble exiger de nous une joie telle que l’esprit, s’élevant au-dessus de lui-même, s’empresse d’accourir au-devant du Christ qui vient; il se porte en avant par le désir, il s’efforce, sans tolérer aucun retard, de voir déjà ce qui est encore à venir.

Personnellement, je pense en effet que ce n’est pas seulement à propos du second avènement, mais déjà à propos du premier que tant de textes de l’Écriture nous pressent d’accourir à sa rencontre. Comment cela? demandez-vous. Voici: de même que nous accourrons au-devant du second avènement par un élan et une exultation de notre corps, de même devrons-nous accourir à la rencontre du premier par l’amour et l’exultation de notre coeur. <>

Or, selon le mérite et le zèle de chacun, cet avènement du Seigneur est plus ou moins fréquent pendant le temps qui s’écoule entre le premier avènement et le dernier; il nous rend conformes au premier et nous prépare au dernier. Certes, il vient en nous maintenant pour que le premier ne l’ait pas fait venir en vain, et que lors du dernier avènement il ne vienne pas en étant irrité contre nous.

En cet avènement-ci, il s’efforce de réformer notre esprit plein d’orgueil en le rendant conforme à cet esprit d’humilité qu’il a montré dans sa première venue, afin de pouvoir transformer pareillement nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux (Ph 3,21), celui qu’il nous montrera quand il reviendra une seconde fois. <>

Donc puisque le premier avènement est celui de la grâce, le dernier, celui de la gloire, l’avènement présent est à la fois celui de la grâce et de la gloire; c’est-à-dire qu’il nous permet, par les consolations de la grâce, de goûter déjà d’une certaine façon la gloire future. <> Qu’ils sont heureux ceux dont l’ardente charité a déjà mérité de recevoir ce privilège!

Pour nous, mes frères, qui n’avons pas encore la consolation d’une expérience aussi élevée, pour que nous demeurions patients jusqu’à l’avènement du Seigneur, ayons, en attendant, la consolation d’une foi solide et d’une conscience pure qui nous permettra de dire, avec autant de félicité que de fidélité, comme saint Paul: Je sais en qui j’ai mis ma foi, et je suis sûr qu’il est assez puissant pour garder mon dépôt jusqu’à ce jour-là, c’est-à-dire jusqu’à l’avènement de gloire de Jésus Christ, notre grand Dieu et Sauveur (2Tm 1,12 Tt 2,13), à qui appartient la gloire pour les siècles des siècles. Amen.

Lecture patristique

Chaîne d’Or 9139

Sur Luc 1, 39-45

  1. Ambroise. L’ange qui annonçait à Marie des choses aussi mystérieuses, lui donne pour affermir sa foi, l’exemple d’une femme stérile qui était devenue mère. A cette nouvelle, Marie s’en va vers les montagnes de Judée. Quoi donc ? Est-ce qu’elle ne croit point aux paroles de l’ange ? Est-ce qu’elle n’est point certaine de la divinité de son message ? Est-ce qu’elle doute de l’exemple qu’il lui donne ? Non, c’est un saint désir qui la transporte, c’est un sentiment religieux du devoir qui la pousse, c’est une joie divine qui lui inspire cet empressement  » Marie partit et s’en alla dans les montagnes,  » etc. Toute remplie de Dieu qu’elle est, où pourrait-elle diriger ses pas, si ce n’est vers les hauteurs.

Origène. (hom. 7.) Jésus qu’elle portait dans son sein, avait hâte lui-même d’aller sanctifier Jean-Baptiste, qui était encore dans le sein de sa mère :  » Elle s’en alla en toute hâte,  » etc.

  1. Ambroise. La grâce de l’Esprit saint ne connaît ni lenteurs ni délais. Apprenez de la Vierge chrétienne à ne point vous arrêter sur les places publiques et à ne prendre aucune part aux conversations qui s’y tiennent.

Théophyl. Elle va vers les montagnes, parce que c’est là qu’habitait Zacharie :  » En une ville de Juda, et elle entra dans la maison de Zacharie.  »

  1. Ambroise. Apprenez aussi, femmes chrétiennes, les soins empressés que vous devez à vos parentes, lorsqu’elles sont sur le point d’être mères. Voyez Marie, elle vivait seule auparavant dans une profonde retraite, aujourd’hui ni la pudeur naturelle aux vierges ne l’empêche de paraître en public, ni les montagnes escarpées n’arrêtent son zèle, ni la longueur du chemin ne lui fait retarder le bon office qu’elle va rendre à sa cousine. Vierges de Jésus-Christ, apprenez encore quelle fut l’humilité de Marie. Elle vient vers sa parente, elle vient, elle la plus jeune, visiter celle qui est plus âgée, et non seulement elle la prévient, mais elle la salue aussi la première :  » Et elle salue Elisabeth.  » En effet, plus une vierge est chaste, plus aussi son humilité doit être grande, plus elle doit avoir de déférence pour les personnes plus âgées ; celle qui fait profession de chasteté, doit aussi être maîtresse en humilité. Il y a encore ici un motif de charité, le supérieur vient trouver son inférieur pour lui venir en aide, Marie vient visiter Elisabeth, Jésus-Christ, Jean-Baptiste.
  2. Chrysostome. (sur. Matth., hom. 4.) Disons encore que Marie cachait avec soin ce que l’ange lui avait dit, et ne le découvrait à personne ; elle savait qu’on n’ajouterait point foi à un récit aussi merveilleux, et elle craignait qu’il ne lui attirât des outrages, et qu’on ne l’accusât de vouloir ainsi pallier son crime et son déshonneur.

Grec. (Géom., comme précéd.) C’est près d’Elisabeth seule qu’elle va se réfugier ; elle avait coutume d’en agir ainsi à cause de sa parenté qui les unissait, et plus encore à cause de la conformité de leurs sentiments et de leurs mœurs.

  1. Ambroise. Les bienfaits de l’arrivée de Marie et de la présence du Seigneur se font immédiatement sentir :  » Aussitôt qu’Elisabeth eut entendu la voix de Marie qui la saluait, son enfant tressaillit,  » etc. Remarquez ici la différence et la propriété de chacune des paroles de l’auteur sacré. Elisabeth entendit la voix la première, mais Jean ressentit le premier l’effet de la grâce ; elle entendit d’après l’ordre naturel, mais Jean tressaillit par suite d’une action toute mystérieuse ; l’arrivée de Marie se fait sentir à Elisabeth, la venue du Seigneur à Jean-Baptiste.

Grec. (ou Géom., comme précéd.) Le prophète voit et entend plus clairement que sa mère, il salue le prince des prophètes, et au défaut de la parole qui lui manque, il tressaille dans le sein de sa mère (ce qui est le signe le plus expressif de la joie) ; mais qui jamais a ressenti ces tressaillements de la joie avant sa naissance ? La grâce produit, des effets inconnus à la nature : le soldat renfermé dans les entrailles de sa mère reconnaît son Seigneur et son roi dont la naissance approche, l’enveloppe du sein maternel n’est point un obstacle à cette vision mystérieuse ; car il le voit non des yeux ou du corps, mais des yeux de l’âme.

Origène (Ch. des Pèr. gr.) Il ne fut pas rempli de l’Esprit saint avant l’arrivée de celle qui portait Jésus-Christ dans son sein, et c’est au même instant qu’il en fut rempli et qu’il tressaillit dans les entrailles de sa mère :  » Et Elisabeth fut remplie de l’Esprit saint.  » Nul doute qu’Elizabeth n’ait dû à son fils d’avoir été elle-même remplie de l’Esprit saint.

  1. Ambroise. Elisabeth s’était dérobée aux regards du monde du moment qu’elle avait conçu un fils, elle commence à se produire, glorieuse qu’elle est de porter dans son sein un prophète ; elle éprouvait alors une espèce de honte, maintenant elle bénit Dieu :  » Et s’écriant à haute voix, elle dit : Vous êtes bénie entre toutes les femmes,  » elle s’écrie à haute voix, aussitôt qu’elle ressent l’arrivée du Seigneur, parce qu’elle crut à la divinité de l’enfantement de Marie.

Origène. (Ch. des Pèr. qr.) Elle lui dit  » Vous êtes bénie entre toutes les femmes ; elle est la seule qui ait reçu et qui ait pu recevoir une si grande abondance de grâce, car elle seule est la mère d’un enfant divin.

Bède. Elisabeth la bénit dans les mêmes termes que l’ange Gabriel, pour montrer qu’elle est digne de la vénération des anges et des hommes.

Théophyl. Mais les siècles précédents avaient vu d’autres saintes femmes qui ont donné le jour à des enfants souillés par le péché ; elle ajoute donc :  » Et le fruit de vos entrailles est béni.  » Ou dans un autre sens elle venait de dire :  » Vous êtes bénie entre toutes les femmes ;  » elle en donne maintenant la raison comme si quelqu’un la lui demandait :  » Et le fruit de vos entrailles est béni,  » etc., c’est ainsi que nous lisons dans le psaume 117 :  » Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. Le Seigneur est le vrai Dieu, et il a fait paraître sa lumière sur nous,  » car suivant l’usage de l’Écriture, et a le même sens que parce que.

Origène. Elle appelle le seigneur le fruit des entrailles de la mère de Dieu, parce qu’il n’a point un homme pour père, et qu’il est né de Marie seule, car ceux qui sont nés d’un père mortel, sont considérés comme ses fruits.

Grec. (ou Géom.) C’est donc ici le seul fruit vraiment béni, parce qu’il a été produit sans le concours de l’homme et l’influence du péché.

Bède. C’est ce fruit que Dieu promettait à David en ces termes :  » J’établirai sur votre trône le fruit de vos entrailles.  »

Eusèbe. Le Christ est le fruit des entrailles de Marie, cette vérité suffit pour détruire l’hérésie d’Eutychès : car tout fruit est de même nature que la plante ; par une conséquence nécessaire, la Vierge est donc de même nature que le nouvel Adam qui vient effacer les péchés du monde. Que ceux qui se forment l’idée d’une chair fantastique en Jésus-Christ, rougissent de leur opinion en considérant l’enfantement véritable de la mère de Dieu, car le fruit provient de la substance même de l’arbre. Où sont encore ceux qui osent dire que le Christ n’a fait que passer dans la Vierge comme par un canal. Qu’ils apprennent de ces paroles d’Elisabeth remplie de l’Esprit saint, que le Sauveur est le fruit des entrailles de Marie.

 » D’où me vient que la mère de mon Seigneur vienne à moi ?  »

  1. Ambroise. Ce n’est point par ignorance qu’elle parle ainsi, elle sait que c’est la grâce et l’action de l’Esprit saint qui ont porté la mère du Seigneur à venir saluer la mère du prophète pour la sanctification de son enfant, mais elle reconnaît hautement qu’elle n’a pu mériter cette grâce, et que c’est un don purement gratuit de la miséricorde divine :  » D’où me vient cet honneur ?  » c’est-à-dire, à quelles oeuvres de justice, à quelles actions, à quelles vertus en suis-je redevable ?

Origène. (Ch. des Pèr. gr.) Elisabeth partage ici les sentiments de son fils, car Jean lui-même se sentait indigne que Jésus-Christ descendît jusqu’à lui. En proclamant mère du Seigneur Marie, qui était vierge, elle anticipe sur l’événement par une inspiration prophétique. Reconnaissons ici une disposition toute providentielle qui conduit Marie chez Elisabeth, pour que Jean-Baptiste, encore dans le sein de sa mère, rende témoignage au Seigneur, car dès lors le Sauveur investit Jean-Baptiste du titre et des fonctions de prophète, comme l’expliquent les paroles suivantes :  » Aussitôt que la voix de votre salutation,  » etc.

  1. Augustin. (à Dardanus, lett. 57.) Pour parler ainsi, comme l’Évangéliste le déclare, Elisabeth a été remplie de l’Esprit saint, et c’est lui, sans aucun doute, qui lui a révélé la signification de ce tressaillement mystérieux de son enfant, tressaillement qui lui annonçait la venue de la mère du Sauveur, dont son fils devait être le Précurseur et le héraut. L’explication d’un si grand mystère a pu être connue des personnes plus âgées, comme Marie et Elisabeth, sans l’être de l’enfant lui-même ; car Elisabeth ne dit point : L’enfant a tressailli dans mon sein par un mouvement de foi, mais  » a tressailli de joie.  » Nous voyons tous les jours tressaillir, non seulement des enfants, mais même des animaux, sans que ni la foi, ni la religion, ni aucune cause intelligente y aient la moindre part ; mais ici le tressaillement est extraordinaire et d’un genre tout nouveau, parce qu’il se produit dans le sein d’Elisabeth, et à l’arrivée de celle qui devait enfanter le Sauveur de tous les hommes. Ce tressaillement donc, qui fut comme le salut rendu à la mère du Seigneur, a eu pour cause, comme tous les miracles, un acte de la puissance divine dans cet enfant, et non un mouvement naturel de l’enfant lui-même. Et alors même qu’on admettrait dans cet enfant un usage prématuré de la raison et de la volonté, qui aurait pu lui permettre, dès le sein de sa mère, un sentiment de connaissance, de foi, de sympathie, on devrait l’attribuer à un miracle de la puissance divine, et non à une simple action des lois naturelles.

Origène. (Ch. des Pèr. gr.) La mère du Sauveur était venu visiter Elisabeth, pour voir la conception miraculeuse que l’ange lui avait annoncée, et s’affermir ainsi dans la foi au miracle bien plus surprenant dont une vierge devait être l’objet. C’est cette foi qu’Elisabeth célèbre par ces paroles :  » Et vous êtes bienheureuse d’avoir cru, parce que les choses qui vous ont été dites de la part du Seigneur s’accompliront en vous.  »

  1. Ambroise. Vous le voyez, Marie n’a nullement douté, mais elle a cru, et a recueilli le fruit de sa foi.

Bède. Rien d’étonnant si le Seigneur, Rédempteur du monde, commence par sa mère l’oeuvre de sa rédemption ; c’est par elle que le salut devait être donné à tous les hommes, il était juste qu’elle reçût la première le fruit du salut de l’enfant qu’elle portait dans son sein.

  1. Ambroise. Bienheureux vous aussi qui avez entendu et qui avez cru ; car toute âme qui croit, conçoit et engendre le Fils de Dieu, et mérite de connaître ses oeuvres.

Bède. Toute âme aussi qui a conçu le Verbe de Dieu, monte aussitôt par les pas de l’amour jusqu’aux sommets les plus élevés des vertus, pénètre dans la ville de Juda, c’est-à-dire, dans la citadelle de la louange et de la joie, et y demeure comme pendant trois mois dans la pratique parfaite de la foi, de l’espérance et de la charité.

  1. Grégoire. (sur Ezech., hom. 4.) L’inspiration prophétique d’Elisabeth s’étendit à la fois au passé, au présent et à l’avenir. Elle connut que Marie avait ajouté foi aux promesses de l’ange ; en la proclamant mère du Seigneur, elle comprit qu’elle portait dans son sein le Rédempteur du genre humain ; et en prophétisant tout ce qui devait s’accomplir en elle, elle plongea son regard jusque dans les profondeurs de l’avenir.

[1] Dans la tradition biblique, bénir signifie – en premier lieu – dire du bien de quelqu’un, faire l’éloge, complimenter et, ensuite, cela signifie dire du bien à quelqu’un ou souhaiter. La bénédiction comme louange fait référence à une réalité actuelle, tandis que la bénédiction comme souhait interpelle et engage le futur. Le souhait de la bénédiction, bénir, signifie exercer une souveraineté sur l’histoire de quelqu’un, engager et décider son avenir. L’usage juif de ce verbe « bénir » est fréquent dans la vie et accompagne les personnes aimées d’un souhait, d’une bénédiction.

Source: ZENIT.ORG, le 17 décembre 2021

« Célébrons le Christ-Roi qui, pour nous donner sa vie, offre la sienne sur la Croix », par Mgr Follo

Croix, Saint-Pierre © capture de Zenit / ​CT

Croix, Saint-Pierre © Capture De Zenit / CTV

« Célébrons le Christ-Roi, qui pour nous donner sa vie, offre la sienne sur la Croix », par Mgr Follo

Le Christ Roi «se sert» du pouvoir pour servir la vérité, la justice, la vérité de l’amour

« Célébrons le Christ-Roi qui, pour nous donner sa vie, offre la sienne sur la Croix »: c’est l’invitation de Mgr Francesco Follo, Observateur permanent du Saint-Siège à l’UNESCO, à Paris, dans ce commentaire de l’Evangile de dimanche prochain, 21 novembre 2021.

Comme lecture patristique, Mgr Follo propose une page de saint Jean Chrysostome sur saint Jean.

 Fête du Christ-Roi de l’univers

       1) Un Roi couronné d’épines, c’est-à-dire un témoin (un martyr) de la vérité de l’amour

En ce dernier dimanche de l’année liturgique, nous sommes invités à célébrer le Christ Roi d’un « royaume de vérité et de vie, royaume de sainteté et de grâce, royaume de justice, d’amour et de paix » (Préface de la messe du Christ Roi). A Pilate, qui lui demande s’il est roi, Jésus répond que la royauté qu’il revendique n’est pas politique, mais d’un tout autre genre. C’est une royauté de vérité et d’amour, exercée pour témoigner la vérité et non pour dominer. En effet, dans l’évangile d’aujourd’hui, Jésus conclut : « Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. » (Jn 18, 37). Je crois qu’il est juste de dire que dans sa réponse à Pilate, Jésus Christ parle non seulement de vérité, mais il répond à la question : « Qui est la vérité? »

La royauté du Christ c’est Lui-même, cette Vérité d’amour dont il témoigne en se faisant martyr[1].

Dans son bref et court échange avec Pilate, Jésus affirme une autre chose importante : « Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix. » Pour comprendre la royauté de Jésus et pour devenir les sujets de son royaume, royaume d’un autre monde mais pas royaume de morts, il faut avoir choisi la vérité. Ce royaume d’un autre monde est « dominé » par la force de l’amour. Ce Roi ne condamne pas à mort ses fragiles sujets mais donne sa vie pour qu’ils aient la vie.

Et s’il y a des personnes qui sont « pour la vérité », d’autres, au contraire, sont pour « la non-vérité ». Il n’est pas seulement question de mensonges, mais d’une attitude de fond, de valeurs que l’on choisit. Dans le récit du procès, ces deux possibilités qui s’opposent sont incarnées par deux personnages qui se font face : Jésus et Pilate.

D’un côté Jésus, il représente la Vérité, s’abandonne complètement dans les mains du Père, n’hésitant pas à donner sa vie. De l’autre Pilate, il représente le pouvoir politique, un pouvoir qui sert la vérité mais pas au-delà d’un certain prix, qui estime avoir des valeurs plus importantes à sauver. A trois reprises, Pilate reconnaît l’innocence de Jésus et le déclare publiquement, et par trois fois il tente de le sauver. Pourtant, il le condamnera à mourir sur la croix.

Ce procurateur du royaume des hommes envoie à la mort un innocent, renie la justice et la vérité pour se sauver lui-même.

Le Christ, Lui, est un roi qui ne tue personne, je dirais même plus qu’il meurt pour tout le monde. Il ne verse le sang de personne, Il verse son sang à Lui pour tous. IL ne sacrifie personne, se sacrifie Lui, pour ses serviteurs qu’Il appelle « ses amis ». Le rédempteur manifeste la vérité de Dieu qui est Père, et le Père c’est celui qui donne la vie et la liberté à ses enfants, pas celui qui leur enlève cette vie et cette liberté.

Le Christ Roi « se sert » du pouvoir pour servir la vérité, pour servir la justice, autrement dit pour servir la vérité de l’amour. Ce pouvoir, le Sauveur l’exerce en prenant la croix comme trône et des épines pour couronne. C’est un pouvoir d’amour comme celui qu’Il a eu durant la Cène, en lavant les pieds des apôtres. Jésus est un chef, un Roi, qui se met vraiment au service de ses sujets, un roi qui sait donner le pain au lieu de le prendre, qui sait donner la vie au lieu de l’ôter, qui sait libérer de la loi au lieu de l’imposer.

     2) Un sujet à part : le bon larron

Il y a quelqu’un qui avait saisi la vérité de Jésus, c’est le bon larron. Suspendu à la croix, juste à côté du Christ, il lui avait demandé : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume » (Lc 23,42), et le Roi lui avait répondu : «  Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis » (Lc 23,43). Pour ce malfaiteur, le chemin qui l’avait conduit à la croix s’était transformé, infailliblement, en chemin vers le Paradis (ibid.), en Chemin de vérité et Chemin de vie, le Chemin qui conduit au royaume.

Faisons nôtre l’ouverture de cœur et la prière de ce malfaiteur que la tradition, à juste titre, appelle « bon larron ». Celui-ci était sur la croix, mais son ouverture de cœur et son intelligence furent telles qu’il a su reconnaître sous les traits d’un moribond, le visage d’un Roi. Il a su voir la royauté du Christ, pourtant assis sur un trône bien paradoxal – la croix – jusqu’à lui demander ensuite : « Souviens-toi de moi dans ton Royaume. » Il avait compris que ce royaume était la vraie vie, une vie heureuse et durable. Mais être près du Christ ne suffit pas, d’ailleurs au moment de la passion d’autres étaient à côté de Lui, mais ils l’ont méprisé et insulté. Le « voleur » au bon cœur, parce qu’il était animé d’un saint désir, a demandé le salut. Il fut donc le premier à entrer au Paradis avec le Christ.

Que chacun de nous prie : « Jésus, souviens-toi de moi, souviens-toi de mes frères en humanité auxquels je veux donner quotidiennement le pain vivant et vrai de ton évangile. » Et si nous prions avec persévérance « Que ton règne vienne », nous verrons la promesse du Christ devenir réalité. Si nous restons à ses côtés, solidement attachés à Lui sur la croix, que nous le laissons nous attirer, nous deviendrons comme Lui des témoins (= martyrs) de la Vérité.

Mais la manière d’être proche du Christ que l’on voit chez le bon larron n’est pas la seule. Il y a celle de la Vierge Marie, toujours associée à la royauté du Christ, brisée de douleur, représentée debout au pied de la Croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui lui vaut ce chant dans la sainte liturgie : « Sainte Marie, reine du ciel et maîtresse du monde, brisée de douleur, était debout près de la Croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ » (Fête de Notre-Dame des Sept Douleurs), et fit écrire à Francesco Suarez : «  Comme le Christ pour nous avoir rachetés est notre Seigneur et notre Roi à un titre particulier, ainsi la Bienheureuse Vierge est aussi notre Reine et Souveraine à cause de la manière unique dont elle contribua à notre Rédemption, en donnant sa chair à son Fils et en l’offrant volontairement pour nous, désirant, demandant et procurant notre salut d’une manière toute spéciale » (De mysteriis vitae Christi, disp. XXII, sect. II : éd. Vives, XIX, p. 327).

Naturellement, les Vierges consacrées sont appelées, elles aussi, à participer à la royauté du Christ et de la Vierge, en rendant témoignage à la vérité d’Amour.

La virginité est assimilée, comme il se doit, à une forme de martyre (= témoignage), car les vierges donnent toute leur vie au Christ Epoux et Roi. Par conséquent, on leur reconnaît aussi une dignité ro
yale, et elles sont couronnées par leur époux, roi de l’univers. C’est la raison pour laquelle, dans le rite de consécration, on pose sur leurs têtes un voile en guise de couronne royale.

Le voile signifie que la vierge consacrée est mariée exclusivement au Christ, qu’elle se soustrait au regard des hommes pour n’être plus que sous le seul regard de Dieu, et ne plaire qu’à Lui par la pureté et l’intensité de leur amour, mais il signifie aussi qu’elles sont consacrées au Christ, donc signe de leur haute noblesse d’épouses du Christ roi. N’existe-t-il pas plus haute dignité pour la femme ? Je ne pense pas, mais le voile la tient dans l’humilité.

Voilée, mais présente – comme la Vierge Marie – la vierge se consacre entièrement au Seigneur en priant : elle n’est pas un être désincarné et indifférent, loin des gens ordinaires. Bien au contraire, c’est une femme capable de se donner avec amour, un amour oblatif, chaste et universel, totalement gratuit justement parce qu’elle est vierge (cf. Rituel de consécration des Vierges, n° 26 : « Recevez ce voile, signe de votre consécration ; n’oubliez jamais que vous êtes vouées au Christ et à son corps, qui est l’Eglise »).

Tel est le sens mystique de ce voile posé sur la tête des femmes consacrées, cachées dans le monde pour être dans le cœur du monde et porter tous les hommes dans le cœur du Christ, unique époux de l’Eglise.

Traduction de Zenit, Océane Le Gall

Lecture patristique: saint Jean Chrysostome, 

Homélie 84 (Jn 18,37-40 Jn 19,1-15)

ANALYSE

  1. Jésus-Christ nous enseigne la patience. – Pilate cherche d’abord à délivrer Jésus.
  2. La peur se saisit de Pilate et lui fait prononcer une sentence injuste.
  3. Avoir toujours présente la passion de Jésus-Christ, la méditer continuellement. – Elle sera un souverain remède à toutes nos afflictions et à tous nos maux. – Jésus-Christ a souffert, afin que nous marchions sur ses pas. – Imiter sa douceur, et celle des apôtres, pour attirer à la pénitence ceux qui nous ont offensés. – La colère et le mensonge viennent du diable. – Nous sommes inutilement venus au monde et pour notre perte, si nous n’y pratiquons pas la vertu. – La foi seule et destituée des œuvres ne fait point entrer dans le ciel, elle attire une plus grande condamnation. – Philosophie, vertu des gentils supérieure à celle des chrétiens : grand sujet de honte et de condamnation. – On peut mourir tous les jours, se tenir prêt : faire ici les provisions nécessaires pour ce voyage : là-haut on n’en trouve point.
  1. La patience est une vertu admirable, qui délivre l’âme des flots de cette mer orageuse et des malins esprits. Pendant toute sa vie Jésus-Christ nous l’a enseignée, et il nous l’enseigne surtout maintenant qu’on le traîne devant les juges et qu’on le traduit de tribunaux en tribunaux. Il est mené chez Anne, où il répond avec une grande douceur, et au serviteur qui l’a frappé, il fait une réponse capable de réprimer tout faste et tout orgueil. De là on le conduit chez Caïphe, ensuite chez Pilate ; il y passe toute la nuit et ne cesse de faire paraître une extrême douceur. Lorsque les Juifs l’accusaient d’être un méchant, ce qu’ils ne pouvaient point prouver, il resta silencieux. Mais lorsque Pilate l’interrogea sur son royaume, alors il lui répondit, et en l’instruisant, il l’éleva à la plus haute et à la plus sublime théologie.

Mais pourquoi Pilate n’examine-t-il pas cette affaire en présence des accusateurs, et pourquoi entre-t-il dans le prétoire ? Parce qu’il avait une grande estime et une haute opinion de Jésus, et qu’il voulait, loin des clameurs des Juifs, s’informer exactement de tout. Ensuite, lorsqu’il eut dit à Jésus : « Qu’avez-vous fait ? » Jésus-Christ, à la vérité, ne lui répondit point sur cette question, mais il l’instruisit de ce qu’il tenait le plus à savoir, de son royaume ; c’est sur quoi il lui a répondu par ces paroles : «Mon royaume n’est point de ce monde », c’est-à-dire, véritablement je suis roi, mais non pas tel que vous le soupçonnez ; mon royaume est infiniment plus glorieux. Par là et par ce qui suit, le divin Sauveur déclare qu’il n’a fait aucun mal. Car celui qui dit : « Je suis né pour cela, et je suis venu pour rendre témoignage à la vérité », déclare qu’il n’a fait aucun mal.

Ensuite, quand Jésus dit : « Quiconque appartient à la vérité, écoute ma voix », il attire Pilate et l’engage à écouter attentivement ce qu’il lui dit ; si quelqu’un, dit-il, est vrai, désire, aime la vérité, sûrement il m’écoutera. De cette manière, et avec ce peu de paroles, il l’attire et l’engage à lui dire : « Qu’est-ce que la vérité (Jn 18,38) ? » Mais cependant Pilate poursuit l’affaire qui le presse, car il vit bien que la question qu’il venait d’entamer demandait du temps, et il voulait délivrer Jésus de la fureur des Juifs. C’est pour cela qu’il sortit du palais ; et que dit-il ? « Je ne trouve aucun crime en cet homme. » Mais remarquez avec quelle prudence il parle. Il n’a [529] point dit : puisqu’il est coupable et digne de mort, accordez-lui sa grâce en faveur de la fête ; mais d’abord il le purge de tout crime et le montre innocent ; et alors, par surcroît, il prie, il demande que s’ils ne le veulent pas renvoyer comme innocent, ils l’accordent du moins comme criminel à la fête qui le réclame ; c’est pourquoi il dit : « Comme c’est la coutume que je vous délivre un criminel à la fête de Pâques (Jn 18,39) » ; et après, comme suppliant pour lui, il ajoute : « Voulez-vous donc que je vous délivre le roi des Juifs ? », alors ils se mirent à crier tous ensemble : « Nous ne voulons point celui-ci, mais Barabbas (Jn 18,40) ? » O sentiments, ô cœurs exécrables ! Ils délivrent ceux qui leur sont semblables par la dépravation et la corruption de leurs mœurs, ils délivrent les criminels, et ils demandent la mort de l’innocent, car depuis longtemps c’était là leur coutume.

Mais vous, mon cher frère, considérez la bonté du Seigneur. « Pilate le fit fouetter (Jn 19,1) », peut-être pour apaiser la fureur des Juifs et le délivrer ensuite. Comme effectivement par tout ce qu’il avait fait jusqu’alors il n’avait pu le délivrer, il le fit fouetter, pour les toucher et arrêter le mal, et il permit tout le reste, savoir, que les soldats le revêtissent d’un manteau d’écarlate, et lui missent sur la tête une couronne d’épines (Jn 19,2-3), pour calmer leur colère. Il le leur mena dehors, afin que, le voyant traité si outrageusement et si ignominieusement, ils répandissent toute leur bile et apaisassent leur fureur. Et comment les soldats se seraient-ils portés à tous ces excès et auraient-ils osé commettre toutes ces insolences, si le préteur ne le leur avait ordonné pour complaire aux Juifs ? Que s’ils furent d’abord sans son ordre prendre Jésus de nuit, ce fut par complaisance pour les Juifs, et parce que l’argent qu’ils leur avaient donné était capable de leur faire tout entreprendre. Cependant lorsqu’on lui faisait tant et de si grands outrages, Jésus restait dans le silence, de même que lorsqu’on l’interrogeait et qu’il ne répondit rien.

Ne vous contentez pas, mes chers frères, d’éc
outer le triste récit de cette horrible tragédie ; mais ayez toujours présent à l’esprit tout ce qui s’y passa : et voyant le roi du monde et des anges, dont des soldats se moquent, et en actions et en paroles, souffrir tout sans se plaindre, sans dire un seul mot, sachez le prendre pour modèle. Car lorsque Pilate eût dit : « Voilà le roi des Juifs ! » les soldats le revêtirent, par dérision, d’un manteau d’écarlate. Pilate, ensuite, l’amenant dehors, dit aux Juifs : « Je ne trouve en lui aucun crime (Jn 19,4). » Jésus parut donc devant eux avec cette couronne sur la tête, et ce spectacle ne fut point capable d’apaiser leur colère, mais ils se mirent à crier : « Crucifiez-le! crucifiez-le ! (Jn 19,6) » Voyant donc que tout ce qu’il faisait pour délivrer Jésus était inutile, Pilate dit : « Prenez-le vous-mêmes, et le crucifiez. » D’où il est visible que c’était uniquement pour céder à leur fureur qu’il avait permis tout ce qu’on avait fait auparavant : « Pour moi, dit-il, je ne trouve en lui aucun crime. »

  1. Remarquez, mes frères, en combien de manières le juge justifie Jésus-Christ, et comme il s’attache à repousser les fausses accusations des Juifs ; mais rien ne put apaiser ces chiens furieux. Car, quand il leur dit : Prenez-le vous-mêmes et le crucifiez, c’est pour dégager sa responsabilité, et pour les pousser à faire ce qui ne leur était point permis. Ils menèrent donc Jésus au gouverneur, afin qu’après qu’il l’aurait jugé, ils le pussent crucifier : mais il arriva au contraire que, par la sentence du juge, il se trouva complètement absous. Sur quoi, se voyant couverts de honte, ils dirent : « Nous avons une loi, et, selon notre loi, il doit mourir, parce qu’il s’est fait Fils de Dieu (Jn 19,7). » Pourquoi donc, le juge vous ayant dit : « Prenez-le vous-mêmes, et le jugez selon votre loi », avez-vous répondu : il ne « nous est pas permis de faire mourir personne ? » (Jn 18,31) ; et maintenant, vous vous appuyez de votre loi, et vous prétendez que selon votre loi il doit mourir ?

Mais considérez leur accusation : « Il s’est fait Fils de Dieu. » Dites-moi, je vous prie : est-ce là un sujet d’accusation ? est ce un crime que celui qui fait les œuvres du Fils de Dieu se dise Fils de Dieu ? Que fait donc Jésus-Christ ? Comme ils parlaient ensemble de ce chef d’accusation, il gardait le silence, accomplissant cette parole du prophète : « Il n’ouvrira point la bouche, à cause de l’abaissement et de la douleur où il sera (1) » (Is 53,70). Pilate donc, sur cette accusation « de s’être fait Fils de Dieu (Jn 19,8) », eut peur que ce qu’on disait ne fût vrai, et qu’il (530) ne parût lui-même mal faire s’il le délivrait. Mais les Juifs, à qui les œuvres et les paroles de Jésus manifestaient la vérité, n’ont point d’horreur de leurs accusations et de leurs poursuites ; et ils font mourir Jésus pour la même raison qui aurait dû les déterminer à l’adorer. Pilate ne lui demande donc plus : « Qu’avez-vous fait ? » Mais, saisi de crainte et de peur, il prend l’enquête de plus haut, et dit : « Etes-vous le Christ (Jn 19,9) ? » Mais Jésus ne lui fait aucune réponse, parce que, ayant déjà entendu sa réplique à la même question : « C’est pour cela que je suis né et que je suis venu » ; et : « Mon royaume n’est point d’ici » : Pilate, au lieu de s’opposer alors à la fureur des Juifs et de la réprimer, au lieu de le délivrer et le renvoyer absous, avait suivi l’élan donné par eux.

  1. J’ai traduit ce passage, partie de mon texte, partie sur celui des Septante.

Les Juifs, se voyant réfutés, et toutes leurs accusations repoussées par de fortes raisons, ont recours à un autre artifice, et accusent Jésus d’un crime public (1). « Quiconque se fait roi, disent-ils, se déclare contre César. » Il fallait donc alors exactement et rigoureusement informer sur une accusation si grave et si importante ; il fallait examiner si véritablement Jésus aspirait à la tyrannie, s’il cherchait à détrôner César. Mais le juge ne fait aucune recherche ni information, voilà pourquoi Jésus ne lui répondit point, sachant que ses questions n’étaient point sérieuses. De plus, ses œuvres lui ayant rendu un témoignage suffisant, il ne voulait pas repousser leurs accusations, ni se justifier par des paroles, pour faire connaître à tout le monde qu’il s’était volontairement livré à la mort.

  1. Un crime public : Les Romains distinguaient deux sortes de crimes : les crimes privés, qui ne regardaient que les particuliers, dont la poursuite n’était permise par les lois qu’à ceux qui y étaient intéressés ; et les crimes publics, dont la poursuite était permise à toutes sortes de personnes, quoique non intéressées.

Comme Jésus gardait le silence, « Pilate lui dit : Ne savez-vous pas que j’ai le pouvoir de vous faire attacher à une croix (Jn 19,10) ? » Ne voyez-vous pas, mes frères, comment ce juge se condamne lui-même par ses paroles ? Car on pouvait lui objecter : Si vous avez ce pouvoir absolu, pourquoi, ne trouvant aucun crime en cet homme, ne le renvoyez-vous pas absous ? Lors donc qu’il eut prononcé sa sentence contre Jésus, alors le Sauveur lui dit : « Celui qui m’a livré à vous est coupable d’un plus grand péché (Jn 19,11) », lui montrant par là qu’il était aussi lui-même coupable de péché. Ensuite, pour rabattre son faste et sa fierté, il ajoute : « Vous n’auriez aucun pouvoir, s’il ne vous avait été donné » ; par où le Seigneur déclare que ce n’est point par hasard, ni selon l’usage commun que cela s’est fait, mais qu’il y a là dedans un mystère caché. Et de peur qu’entendant ces paroles : « S’il ne vous avait été donné », il ne se crût exempt de tout crime, Jésus-Christ ajoute : « Celui qui m’a livré à vous est coupable d’un plus grand péché. »

Mais si ce pouvoir lui avait été donné, ni lui, ni les Juifs, n’étaient coupables. C’est là parler en vain, car le mot : « donné », est mis ici pour « permis » ; c’est comme si le Sauveur eût dit : Dieu a permis que cela arrivât. Mais vous n’êtes pas pour cela exempt de péché. Jésus-Christ effraya Pilate par ces paroles, et se justifia clairement et pleinement. C’est pourquoi le juge cherchait un moyen de le délivrer, mais les Juifs crièrent encore : « Si vous délivrez cet homme, vous n’êtes point ami de César (Jn 19,12). » Comme il ne leur avait servi de rien d’imputer à Jésus des crimes contre la loi, ils se tournèrent perfidement du côté des lois publiques, disant : « Quiconque se fait roi, se déclare contre César. » Et en quoi Jésus vous a-t-il paru être un usurpateur ? Par quoi pouvez-vous le prouver ? Est-ce par la pourpre, par le diadème, par le manteau, par ce qu’ont fait les soldats ? Ne marchait-il pas toujours seul avec ses douze disciples, n’usait-il pas dans sa nourriture, dans ses vêtements, dans son logement, de tout ce qu’il y a de plus commun et de plus vil ? Mais, ô impudence, ô crainte bien mal placée ! En effet, Pilate, craignant le péril auquel il s’exposerait en négligeant une accusation si importante, sortit véritablement du prétoire, comme pour l’ex
aminer; car c’est ce que marque l’évangéliste, et disant : « Il s’assit », mais il n’en fit rien, et, sans autre information ni examen, il livra Jésus aux Juifs s’imaginant qu’il les fléchirait par cette conduite. Que ce fût là sa pensée et son intention ; vous vous en convaincrez si vous écoutez ce qu’il dit : « Voilà votre roi (Jn 19,14). » Les Juifs ayant crié : « Crucifiez-le », il ajouta encore : « Crucifierai-je votre roi (Jn 19,15) ? » Mais les princes des prêtres se mirent à crier : « Nous n’avons point d’autre roi que César. » Par où l’on voit qu’ils se livrent eux-mêmes volontairement à la vengeance divine. C’est [531] pourquoi Dieu les abandonna lorsqu’ils s’étaient eux-mêmes soustraits les premiers à sa providence et à sa protection ; et les laissa se conduire à leur sens, et se précipiter à leur ruine, lorsque, tout d’une voix et d’un commun accord, ils l’eurent refusé pour leur roi.

Et certes, ce que venait de dire Pilate aurait dû étouffer toute leur colère : mais ils craignirent que si Jésus-Christ était renvoyé, il n’assemblât de nouveau le peuple, et ils n’épargnaient rien pour l’empêcher. L’amour du pouvoir est une dangereuse passion, et si dangereuse, qu’elle perd l’âme : et c’est cette passion qui a détourné les Juifs d’écouter Jésus-Christ. Pilate veut délivrer Jésus, mais où il devait agir par autorité, il n’emploie que des paroles ; de leur côté, les Juifs pressent et crient : « Crucifiez-le. » Et pourquoi s’acharnent-ils si âprement à poursuivre sa mort ? Parce que mourir sur une croix, c’était mourir d’une mort ignominieuse. Craignant donc qu’on ne conservât dans la suite la mémoire de Jésus, ils s’attachent à lui faire infliger ce honteux, cet infâme supplice, ne sachant point que la vérité franchit tous les obstacles qu’on lui oppose et s’élève au-dessus. Pour vous convaincre que c’est là ce qu’ils, pensaient et ce qu’ils craignaient, écoutez ce qu’ils disent : « Nous avons entendu dire à ce séducteur : Dans trois jours je ressusciterai » (Mt 27,63). Voilà pourquoi ils confondaient, ils renversaient tout afin de le diffamer, de noircir et d’éteindre sa mémoire à perpétuité. Voilà pourquoi, ils ne cessaient point de crier « Crucifiez-le » ; c’est-à-dire, la grossière populace que les princes des prêtres avaient gagnée et corrompue.

La fête du Christ Roi fut instituée par Pie XI le 11 décembre 1925 en même temps que l’encyclique Quas primas. Cette fête est donc relativement récente. Toutefois l’idée de la royauté attribuée au Christ, on la trouve déjà dans les Saintes Écritures, chez les Pères de l’Église, chez les théologiens, mais aussi dans l’art sacré et dans le sens commun des fidèles qui affirment, d’un commun accord, cette royauté. A la question « En quoi consiste ce pouvoir royal du Christ ? » le pape émérite Benoît XVI dit : « Ce n’est pas celui des rois et des grands de ce monde ; c’est le pouvoir divin de donner la vie éternelle, de délivrer du mal, de vaincre le domaine de la mort. C’est le pouvoir de l’Amour, qui sait tirer le bien du mal, attendrir un cœur endurci, apporter la paix dans le conflit le plus âpre, allumer l’espérance dans les ténèbres les plus épaisses. Ce règne de la Grâce ne s’impose jamais, et respecte toujours notre liberté » (Discours à l’angélus, 22 novembre 2009).[1] Comme je l’ai souvent dit, en grec le mot « martyr » veut dire « témoin » et on doit tenir compte de ce que dans la voix de saint Jean le mot «  vérité » indique la vérité de Dieu, son amour pour l’homme, pour chaque homme.

Source: ZENIT.ORG, le 18 novembre 2021

« Suivre le Christ qui est le Chemin pour passer de la vie à la Vie vraie, pour toujours », par Mgr Follo

Mgr Francesco Follo, 24 mars 2021, capture @ UNESCO

Mgr Francesco Follo, 24 Mars 2021, Capture @ UNESCO 

« Suivre le Christ qui est le Chemin pour passer de la vie à la Vie vraie, pour toujours », par Mgr Follo

Méditation sur l’Evangile de dimanche 14 novembre

Mgr Francesco Follo invite « à suivre le Christ qui est le Chemin pour passer de la vie à la Vie vraie, pour toujours », dans ce commentaire des lectures de dimanche, 14 novembre 2021.

Comme lecture patristique, l’observateur du Saint-Siège à Paris, à l’UNESCO, propose une page de Grégoire Palamas (+ 1359).

AB

La Fin et le Début

La venue du Seigneur

1) Le Seigneur est proche, Il est aux portes.

Le passage du discours de Jésus qui est proposé par la liturgie d’aujourd’hui, a un langage que les experts appellent « apocalyptique ». Cet adjectif vient du substantif « apocalypse » qui signifie « révélation ». Toutefois, dans le langage commun, ce terme a perdu sa signification d’ origine et, surtout hors du milieu religieux, il indique n’ importe quel évènement de grande calamité ou une succession d’évènements désastreux. Ceci est arrivé parce que c’est un langage riche d’images fortes et souvent inquiétantes, qui ont pour but d’instaurer une écoute respectueuse et attentive parce que suscitant la crainte.

En effet, dans l’Evangile d’aujourd’hui, Jésus affirme : « 24. En ces jours-là, après une grande détresse, le soleil s’obscurcira et la lune ne donnera plus sa clarté ; 25. les étoiles tomberont du ciel, et les puissances célestes seront ébranlées. 26. Alors on verra le Fils de l’homme venir dans les nuées avec grande puissance et 27. avec gloire Il enverra les anges pour rassembler les élus des quatre coins du monde, depuis l’extrémité de la terre jusqu’à l’extrémité du ciel. (Mc 13,24-26)
Donc, avec les mots apocalyptiques (c’est à dire révélateurs) des versets 24-25 du chapitre 13 de Marc, le Christ nous dit que le monde et l’humanité qui l’habitent sont fragiles : ces jours-là, le soleil s’obscurcira, la lune ne donnera plus sa lumière, les étoiles tomberont du ciel.

Mais dans les versets 26-27, Jésus nous fait comprendre que s’il existe un monde qui meurt, il existe aussi un nouveau monde qui naît par Lui et en Lui. Nous n’allons donc pas vers la fin, vers le rien, mais nous nous préparons à la rencontre définitive avec le Christ, la fin (but) de la vie, l’achèvement du monde. Nous pensons que nous allons mal finir et pour cela nous avons peur et nous cherchons de ne pas compter nos jours. Entre autre, dans ce récit fondamentale pour la foi chrétienne, nous voyons la fin de notre histoire personnelle et la rencontre avec le Seigneur.

La fin (but et achèvement) de toute l’histoire est la rencontre avec Lui et toute la création est en route vers cette rencontre. Toute l’histoire humaine, personnelle, et de l’univers n’est rien d’autre que le fait d’aller toujours de l’avant jusqu’ à ce que la gloire du Fils apparaisse dans le monde. Nous sommes des fils et tout ce qui apparaîtra à la fin est notre gloire. Alors, nous verront le Fils de l’homme venir avec puissance et gloire. Le sens de l’histoire est la révélation du Fils de l’homme et en Lui (le Fils) de chaque homme (le fils) dans la pleine puissance de la vie et dans la gloire même de Dieu.

Le Messie, donc, ne veut pas raconter la fin du monde, mais révéler le sens de l’histoire. Lui, il nous dit que la fin du monde n’est pas la destruction de tout mais la rencontre de nous tous avec le Fils de l’homme. Lui, il est le Seigneur qui pardonne, l’Epoux qui aime. C’est celui qui se met entre nos mains et nous donne tout jusqu’à donner sa vie pour nous. La fin du monde n’est pas semblable à l’arrivée d’un voleur qui nous dérobe tout, mais la rencontre avec l’Epoux qui nous donne tout, parce que sur la croix de Jésus, le vieux monde est terminé- le soleil s’ est noirci- et le nouveau est né.

Comme chaque être humain, le chrétien sait qu’un jour le soleil s’éteindra, mais il sait aussi que la lumière de Dieu resplendira toujours. La fin du monde n’est pas la destruction de tout, mais la rencontre de nous tous avec le Fils de l’homme, avec le Rédempteur de l’homme et du monde. Lui est le Seigneur qui pardonne et nous sauve pour toujours. En fait, la fin du monde n’est pas le larcin d’un voleur qui me dérobe tout, c’est la rencontre avec l’Epoux qui nous donne tout. Donc, nous n’allons pas vers le néant, vers le vide, l’Apocalypse des deux derniers chapitres représente la rencontre comme celle de l’épouse avec l’époux.
L’Eglise est l’Epouse qui attend l’arrivée de son Epoux. Nous ne devrions pas avoir peur de rencontrer l’Amour qui vient chez nous.

2) La question n’est pas « quand? », mais « comment? »

L’Eglise continue à proclamer, en particulier à la fin de l’année liturgique, cette rencontre d’amour à vivre dans l’attente.
En donnant du poids aux paroles du Christ : « Quant à ce jour et à cette heure-là, nul ne les connaît, pas même les anges dans le ciel, pas même le Fils, mais seulement le Père » (Mc 13, 32), la Liturgie rappelle, à nous fidèles, que nous sommes appelés à être toujours dans l’attente de celui qui est venu depuis des siècles et qui viendra à la fin des temps, mais qui vient aussi chaque jour dans notre vie, dans notre quotidien. Pour cela une hymne du Bréviaire nous fait chanter : « Nuit, ténèbres et brouillard, fuyez : la lumière, le Christ notre Seigneur entre. Le Soleil de justice transfigure et allume l’univers en attente « (Hymne des Laudes, IIe semaine, mercredi).

En effet, dans cette transfiguration du monde et – aussi et surtout — de nous, notre cœur est ouvert de façon à ce que le Ciel y trouve plus d’espace, et qu’il ait une attention plus vive (dans le sens littéraire du mot de « tension constante ») vers le Seigneur. Lui, Il vient toujours, mais souvent la rencontre n’arrive pas parce que nous vivons une vie superficielle du point de vue spirituel, avec une certaine dissipation. Les choses d’ici-bas nous attirent tellement jusqu’à rendre l’âme indisponible à cette merveilleuse rencontre.

Rarement nous nous trouvons dans des conditions spirituelles de façon à percevoir cette « venue » de Dieu. De cela, qu’en sort-il? Certainement pas que le Seigneur change, Lui qui est toujours présent ne change pas. C’est notre âme qui change, pour vivre toujours une attente, un espoir.
La question est, donc, plutôt le « comment » et non le « quand » (parce que Dieu nous rejoint à chaque instant). Aujourd’hui, donc, je me permets de proposer comment répondre à cette question : « Comment attendre la venue définitive du Royaume de Dieu? ».

Deux comportements sont possibles, celui de la peur et celui de l’espoir.
Si nous nous arrêtons à l’intensité dramatique de certaines images de l’Evangile d’aujourd’hui, il semblerait que la peur prévale. Mais le Christ ajoute : « Apprenez de la plante du figuier : lorsque sa branche devient tendre et que les feuilles poussent, sachez que l’été est proche (Mc 13,28). Si d’une part, il y a la description de la destruction, d’ autre part, il y a la promesse d’une vie tendre et nouvelle, symbolisée par l’image du figuier dont les nouvelles feuilles nous montrent que la mort de l’hiver est vaincue et la vie de l’été est en train d fleurir et donner ses fruits de vie.

La peur et l’espoir s’alternent toujours dans la vie de l’homme, du chrétien aussi, jusqu’ à former une situation ambigüe et non résolue.
L’espérance humaine est l’attente de quelque chose qui doit venir mais dont on ignore quand, parce qu’aucun être humain ne peut avoir son futur dans les mains.

L’espérance de l’Ancien Testament résidait dans l’attente du Messie qui devait venir. L’espérance chrétienne rend présent le Royaume de Dieu en nous. Elle implique la présence de Dieu dans notre cœur et cette présence en nous nous rend capables de la vie éternelle. « Avec l’espérance nous sommes déjà au paradis, même si notre cœur a encore peur »  » (Divo Barsotti).

Pour vaincre cette peur, nous pouvons retourner à la Bible qui nous invite à ne pas avoir peur. Par exemple, pensons à Pierre qui marchait sur l’eau vers Jésus. Il céda à la peur du vent et des ondes et était en train de se noyer. Il retrouva la main du Christ tendue vers lui, qui le releva, lui pardonna et lui donna une nouvelle force.
Tout cela nous pousse à cultiver l’espérance, et non la peur, la confiance, et non le découragement.

Une manière très importante pour vivre ce « comment » et cette espérance est celles des Vierges consacrées dans le monde. Ces femmes s’engagent à vivre la virginité parce que, de cette façon, elles attendent le Christ avec une pleine espérance. Amoureuses de Jésus, comme des épouses qui ne voient pas l’Epoux depuis longtemps, elles l’attendent chaque jour, non seulement avec espérance, mais aussi avec inquiétude et passion. Chaque jour elles prient pour Le voir revenir, Le rencontrer pour toujours. Ces femmes consacrées vivent la virginité en se consacrant complètement parce que la virginité maintient l’âme dédiée au Christ. Elles se dédient à la prière fréquente, faite dans le silence, pour garder leur cœur vigilant. De cette façon, elles nous témoignent comment toute notre personne doit tendre vers le Seigneur, qui vient à nous, qui se donne à nous et qui fait renaître nos personnes.

« La traditionnelle consécration des vierges, en usage dans l’Église primitive, a conduit à l’élaboration d’un rite solennel par lequel celle qui a choisi de vivre dans la virginité est constituée comme une personne consacrée, signe transcendant de l’amour de l’Église pour le Christ son époux, image eschatologique de la vie à venir. Par ce rite l’Église manifeste le prix qu’elle attache à la virginité, elle demande pour les consacrées le grâce de Dieu, et appelle instamment sur elles le don de l’Esprit Saint »(…)
Rituel Ordo consecrationis virginum Préliminaires, I

Lecture Patristique
Grégoire Palamas (+ 1359)
Homélie 26; PG 151, 340-341.

Ceux qui professent la foi droite en notre Seigneur Jésus Christ et en témoignent dans leurs actions, ceux qui restent vigilants ou, s’ils ont péché, se purifient de leurs souillures par la confession et le repentir, ceux qui combattent les vices en exerçant les vertus de tempérance, de chasteté, de charité, de miséricorde, de justice et de sincérité, tous ceux-là entendront à la résurrection le Roi des cieux en personne leur dire: Venez les bénis de mon Père, recevez en héritage le royaume préparé pour vous depuis la création du monde (Mt 25,34).

Héritiers d’un royaume céleste, inébranlable, ils régneront ainsi avec le Christ. Ils vivront pour toujours dans la lumière ineffable et sans déclin qu’aucune nuit jamais n’interrompt. Ils demeureront avec les saints d es temps anciens dans des délices inexprimables, auprès d’Abraham, là où il n’y a plus aucune douleur, aucune peine ni aucun gémissement.
Il existe une moisson pour les épis de blé matériels et une autre pour les épis doués de raison, c’est-à-dire le genre humain.

Celle-ci, avons-nous dit, s’effectue chez les infidèles et rassemble dans la foi ceux qui accueillent l’annonce de l’évangile. Les ouvriers de cette moisson sont les Apôtres du Christ, puis leurs successeurs, puis, au cours du temps, les docteurs de l’Église. Le Christ a dit à leur sujet ces paroles, que nous avons déjà citées: Le moissonneur reçoit son salaire: il récolte du fruit pour la vie éternelle (Jn 4,36). En effet, les docteurs de la foi obtiendront aussi de Dieu une pareille récompense, parce qu’ils rassemblent pour la vie éternelle ceux qui obéissent.

Et il y a encore une autre moisson: c’est le passage de cette vie à la vie future qui, pour chacun de nous, s’opère par la mort. Les ouvriers de cette moisson-là ne sont pas les Apôtres, mais les anges. Ils ont une plus grande responsabilité que les Apôtres, car ils font le tri qui suit la moisson et ils séparent les méchants des bons, comme on le fait avec l’ivraie et le grain.

Ils envoient d’abord les bons dans le Royaume des cieux, puis précipitent Les méchants dans la géhenne de feu.
Nous sommes aujourd’hui le peuple choisi de Dieu, la race sainte, l’Église du Dieu vivant, mise à part de tous les impies et infidèles. Puissions-nous être séparés de l’ivraie de la même manière dans le siècle futur, et agrégés à la foule de ceux qui sont sauvés dans le Christ, notre Seigneur, qui est béni dans les siècles. Amen.

Source: ZENIT.ORG, le 13 novembre 2021