Transfigurés par la joie

Transfiguration, mosaïque, Monastère Sainte-Catherine, Sinaï ©æ cetad.catholique.fr
Transfiguration, Mosaïque, Monastère Sainte-Catherine, Sinaï ©Æ Cetad.catholique.fr

Transfigurés par la joie, par Mgr Follo

Gravir avec le Christ la « montagne »

Rite Romain

Dn 7,9-10.13-14 ; Ps 96 ; 2Pt 1,16-19 ; Mt 17,1-9

1) Transfiguration du Christ et la nôtre.

Aujourd’hui l’évangile nous présente l’événement de la transfiguration, partant du fait que Jésus prit avec lui, Pierre, Jacques et Jean, et les emmena « à l’écart, sur une haute montagne » (Mt 17,1) pour prier (Lc 9,28). Tandis qu’il priait, Jésus Christ se mit à briller et révéla aux disciples élus d’être lumière d’une lumière inexprimable et que les plus grands prophètes étaient avec lui.

Dieu est lumière, et Jésus donne à ses amis les plus intimes l’expérience de cette lumière, qui demeure en Lui. Après cet événement, il sera leur lumière intérieure, capable de les protéger contre les assauts des ténèbres. Même dans la nuit la plus obscure, Jésus est la lampe qui ne s’éteint jamais. Une très belle expression de saint Augustin résume ce mystère : « Ce qu’est ce soleil pour les yeux de la chair, Jésus l’est pour les yeux du cœur » (Sermon 78, 2 : PL 38, 490).

Sur le mont Tabor, que Jésus gravit pour prier, le Fils de Dieu fait homme, montre que c’est la prière qui « provoque » la magnifique vision de ce qu’Il est et de ce que nous sommes destinés à être. Tandis que se manifeste la vérité divine et humaine de Jésus Chris, les disciples sont transfigurés : « Il s’agit en effet de la transfiguration de Notre Seigneur Jésus Christ, mais surtout de celle des disciples qui y assistaient, une transfiguration qui était pour eux une certaine vision de la divinité, une image du monde futur, un prélude de la venue glorieuse du Seigneur » (Grégoire Palamas).

A nous en prière – comme aux trois apôtres, il y a environ 2000 ans sur le mont Tabor, la montagne de la prière – Jésus se montre transfiguré, lumineux, très beau. A nous aussi, témoins choisis par son amour, le Seigneur manifeste sa gloire, et ce corps qu’il a en commun avec les autres hommes, Il l’éclaire d’une telle splendeur, qu’il devient, à son tour, brillant comme l’éclat du soleil et que ses vêtements sont aussi blancs que la neige.

L’important est que nous gravissions nous aussi la montagne avec le Fils de Dieu, avec le Bien-Aimé, pour prier.

La montagne, dans la Bible, désigne l’endroit de la proximité avec Dieu et de la rencontre intime avec Lui, un lieu de prière où rester en présence du Seigneur.

Nous gravissons avec le Christ la « montagne » de la prière, pour contempler sur son visage humain la lumière glorieuse de Dieu.

Nous gravissons la montagne avec le Christ pour nous retrouver en lui et écouter Dieu, car dans ce lieu de proximité, un espace de silence nous est aussi donné pour mieux percevoir Sa voix.

Cette montée pour aller à la rencontre de Dieu ne nous détache pas de la terre, au contraire, elle nous pousse à « descendre de la montagne » et à « retourner » en bas, sur la plaine, « à la rencontre de nos frères et sœurs alourdis par le poids de leurs peines, par les maladies, les injustices, les ignorances, par la pauvreté matérielle et spirituelle. A ces frères et sœurs en difficulté nous sommes appelés à porter les fruits de l’expérience que nous avons faite avec Dieu, à partager la grâce reçue de la parole écoutée » (Pape François).

Cette parole est un son chargé d’une présence à accueillir avec dévotion et amour. Très importante l’invitation du Père : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! » (Mt 17, 5).

Nous, disciples de Jésus aujourd’hui, nous sommes appelés à être des personnes qui écoutent sa voix et prennent ses paroles au sérieux.

2) Origine et destin.

A ce stade, je crois utile de rappeler que le but principal de la Transfiguration était, et est, de permettre au cœur des disciples (et au nôtre) de ne pas se scandaliser quand la Croix défigure l’humanité du Christ. Cette manifestation de lumière et vérité est voulue pour que l’humiliation de son imminente passion volontaire ne trouble pas la foi de ceux auxquels la grandeur de sa dignité cachée a été révélée. Ce n’est pas par hasard si, dans l’évangile, le récit de la Transfiguration a lieu durant la montée de Jésus à Jérusalem, dans un contexte de passion annoncée aux disciples. La liturgie de l’Église d’Orient l’a bien compris et le chante dans le Kondakion (texte poétique et musical) : « Autant qu’ils en étaient capables, tes disciples ont contemplé ta Gloire, Christ Dieu afin que lorsqu’ils Te verraient crucifié, ils comprennent que ta passion était volontaire ». Saint Grégoire de Nazianze vit justement dans la Transfiguration la synthèse de l’Évangile, l’annonce du mystère pascal : annoncé devant l’Église, représentée par Pierre, Jacques et Jean, et devant l’Ancien Testament : la Loi (représentée par Moïse) et les prophètes (représentés par Elie), apparus pour partager la gloire du Fils de Dieu.

Rappelons également que c’est sur la Transfiguration que se fonde l’espérance de l’Église : en effet « tout le Corps du Christ devenait conscient de la transformation qui lui serait accordée ; ses membres se promettraient de partager l’honneur qui avait resplendi dans leur chef » (Saint Léon Le Grand, Sermo LI, 2-3, 5-8 : PL 54, 310-313). Donc la transfiguration est un mystère central de la foi chrétienne, annonce de la résurrection et prophétie de la transfiguration de toute chair, de chacun de nous en Dieu. Jésus sur le mont Tabor, la montagne de la prière, montre qui Il est et qu’il « tirait cette splendeur de sa propre nature ; il n’avait donc pas besoin de prier pour faire briller son corps de la lumière divine mais, en priant, il avait indiqué son origine et notre destin : la splendeur de Dieu qui éclaire et soutient par la lumière de son visage, comme il est dit dans l’évangile : « Les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père » (Mt 13, 43) (Saint Ambroise de Milan).

Surpris par la joie de la transfiguration du Fils de Dieu et de nous, disciples, nous faisons notre l’exclamation de saint Pierre : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie » (Mt 17, 4). Mais écoutant le Christ qui manifeste l’amour de Dieu nous comprendrons que préparer une tente terrestre à celui qui habite dans les cieux n’a pas de sens. Le rédempteur n’est pas venu pour avoir une maison sur terre, Lui qui ne voulait posséder même pas de pierre pour y poser sa tête. Il n’est pas venu pour habiter sur la terre dans une maison construite par nous mais pour nous soulever dans la demeure que Lui nous a préparée là-haut.

« Il est bon que nous soyons ici ». Certes, il est bon d’être avec le Christ sur la montagne, mais il est bien meilleur encore d’aller là où nous serons vraiment heureux, dans la patrie éternelle. Si cette joie momentanée est belle, pensons à combien sera encore plus beau le bonheur éternel. Si la vue de l’humanité du Christ, ne serait-ce qu’un instant, nous réjouit, essayons d’imaginer la joie qui comblera notre âme dans la contemplation éternelle de l’Amour éternel qui nous tient à jamais dans ses bras.

Mais d’abord, comme le Christ qui a souffert pour nous, nous devons souffrir pour Lui. Il faut vraiment qu’après être descendu dans la vallée, nous l’accompagnions dans sa passion et puissions ensuite participer à sa gloire. Là, lui-même accueillera chacun de nous et tous ceux que nous aimons dans les tentes terrestres. Là, vraiment, seront dressées non pas trois tentes, une pour le Christ, une pour Moïse et une pour Elie, mais une seule tente, pour le Père, pour le Fils et pour l’Esprit Saint : et cette tente sera toi-même. Alors « Dieu sera tout en tous » (1 Cor 15,28), quand, comme nous lisons dans l’Apocalypse : « Voici la demeure de Dieu avec les hommes ; il demeurera avec eux, et ils seront ses peuples, et lui-même, Dieu avec eux » (Ap 21,3). En tant que baptisés nous sommes déjà cette demeure, ce Temple de l’Esprit Saint. Et pour vivre cette condition de « demeure divine » nous regardons le témoignage prophétique des vierges consacrées. Ces femmes avec leur « proposita » ont accueilli complètement le Christ en s’abandonnant totalement à Lui et à la puissance de son amour. Elles continuent de l’accueillir en collaborant activement avec lui, en portant son amour incarné et rédempteur dans le monde où elles travaillent. Elles ne cessent jamais de l’accueillir dans leur vie, l’écoutant dans la prière et le servant parmi leurs frères et sœurs en humanité. Ces femmes consacrées témoignent que la Transfiguration n’est pas un événement qui arrive à un certain moment de l’existence, après la mort, mais au moment de notre adhésion à Jésus. Dès cet instant, la transformation est constante. Plus on accueille l’amour du Christ plus on se transforme, de gloire en gloire, c’est-à-dire qu’on rend visible l’amour reçu, en le communiquant aux autres.

Lecture Patristique

Saint Léon le Grand (400 – 461)

Sermon 51, 3-4

CCL 138 A, 290-300

La Transfiguration prépare au scandale de la Passion

Le Seigneur découvre sa gloire devant les témoins qu’il a choisis, et il éclaire d’une telle splendeur cette forme corporelle qu’il a en commun avec les autres hommes que son visage a l’éclat du soleil et que ses vêtements sont aussi blancs que la neige.

Par cette transfiguration il voulait avant tout prémunir ses disciples contre le scandale de la croix et, en leur révélant toute la splendeur de sa dignité cachée, empêcher que les abaissements de sa Passion volontaire ne bouleversent leur foi.

Mais, il ne prévoyait pas moins de fonder l’espérance de l’Église, en faisant découvrir à tout le Corps du Christ quelle transformation lui serait accordée ; ses membres se promettraient de partager l’honneur qui avait resplendi dans leur chef.

Le Seigneur lui-même avait déclaré à ce sujet, lorsqu’il parlait de la majesté de son avènement : Alors les justes brilleront comme le soleil dans le royaume de leur Père (Mt 13,43). Et l’apôtre saint Paul atteste lui aussi : J’estime qu’il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire que le Seigneur va bientôt révéler en nous (Rm 8,18). Et encore : Vous êtes morts avec le Christ, et votre vie reste cachée avec lui en Dieu. Quand paraîtra le Christ qui est votre vie, alors, vous aussi vous paraîtrez avec lui en pleine gloire (Col 3,3-4).

Cependant, pour confirmer les Apôtres et les introduire dans une complète connaissance, un autre enseignement s’est ajouté à ce miracle. En effet, Moïse et Élie, c’est-à-dire la Loi et les Prophètes, apparurent en train de s’entretenir avec le Seigneur. Ainsi, par la réunion de ces cinq hommes s’accomplirait de façon certaine la prescription : Toute parole est garantie par la présence de deux ou trois témoins (Dt 19,15).

Qu’y a-t-il donc de mieux établi, de plus solide que cette parole ? La trompette de l’Ancien Testament et celle du Nouveau s’accordent à la proclamer ; et tout ce qui en a témoigné jadis s’accorde avec l’enseignement de l’Évangile.

Les écrits de l’une et l’autre Alliance, en effet, se garantissent mutuellement ; celui que les signes préfiguratifs avaient promis sous le voile des mystères est montré comme manifeste et évident par la splendeur de la gloire présente. Comme l’a dit saint Jean, en effet : Après la Loi communiquée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ (Jn 1,17).En lui s’est accomplie la promesse des figures prophétiques comme la valeur des préceptes de la Loi, puisque sa présence enseigne la vérité de la prophétie, et que sa grâce rend praticables les commandements.

Que la foi de tous s’affermisse avec la prédication de l’Évangile, et que personne n’ait honte de la croix du Christ, par laquelle le monde a été racheté.

Que personne donc ne craigne de souffrir pour la justice, ni ne mette en doute la récompense promise ; car c’est par le labeur qu’on parvient au repos, par la mort qu’on parvient à la vie. Puisque le Christ a accepté toute la faiblesse de notre pauvreté, si nous persévérons à le confesser et à l’aimer, nous sommes vainqueurs de ce qu’il a vaincu et nous recevons ce qu’il a promis. Qu’il s’agisse de pratiquer les commandements ou de supporter l’adversité, la voix du Père que nous avons entendue tout à l’heure doit retentir sans cesse à nos oreilles : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour ; écoutez-le! (Mt 17,5).

Source : ZENIT.ORG, le 4 août 2023

Là où est ton trésor, là est ton cœur, par Mgr Follo

Pêcheurs © choralecsfa.canalblog.com
Pêcheurs © Choralecsfa.canalblog.com

Là où est ton trésor, là est ton cœur, par Mgr Follo

Le Règne de Dieu demande un choix ferme et rapide, un détachement total

Rite Romaine

1R 3,5.7-12 ; Ps 118 ; Rm 8,28-30 ; Mt 13,44-52

1) Le Trésor de la Vie

L’Évangile de ce dimanche nous propose la partie finale du chapitre 13 de l’Évangile de saint Mathieu, où l’on raconte les paraboles qui comparent le Règne de Dieu à un trésor, à une pierre précieuse et à un filet jeté dans la mer qui ramasse chaque type de poisson.

Tandis que la parabole du filet nous répète que le moment du jugement est à la fin des temps et qu’il y est un temps dédié à la pénitence, les paraboles du trésor et de la perle nous rappellent non seulement la nécessité d’utiliser aussi les richesses terrestres afin d’entrer dans le Règne des Cieux et être heureux de cette appartenance. Ces deux brèves histoires nous apprennent avant tout que Jésus, le Sauveur de l’homme, vient pour offrir à chaque homme qui gémit et souffre pour son future, le vrai trésor, la vraie perle qui assure le bonheur : le Royaume de Dieu. Le Royaume de Dieu vaut plus que toutes les choses, plus que la vie. Il a une valeur pour laquelle il faut être prêt à sacrifier chaque autre réalité. Le Seigneur, son amitié, son amour, le salut éternel sont le trésor que personne ne peut nous voler. 

En disant que certains donnent la vie pour un trésor et, aujourd’hui le christ s’offre à nous comme un trésor de la vie : sachons choisir.

En effet, avec les deux paraboles brèves du trésor caché dans le champ de la perle d’une inestimable valeur le Messie nous enseigne deux choses.

La première est que le Règne de Dieu demande un choix ferme et rapide : comme ce de l’homme qui vite vend tous ses biens pour acheter le champ avec le trésor, ou comme un marchand qui, sans perdre son temps, vend tout ce qu’il a pour acquérir une perle d’une valeur exceptionnelle.

La deuxième est que le choix qui implique un détachement total, dérive de l’avoir trouvé quelque chose d’une valeur inestimable et qui donne la joie. C’est cela le vrai enseignement de la parabole. La raison qui pousse le disciple à laisser est la joie d’avoir trouvé le trésor de la vie. La raison de la joie est explicite dans la parabole de l’homme qui achète le champ : « ensuite il va et plein de joie vend tous ses avoirs ». Le Règne de Dieu est exigeant, mais le trouver est le centuple et la vie éternelle.

Je m’explique mieux. Les deux paraboles décrivent deux figures différentes : la première nous raconte l’histoire d’un paysan qui travaille dans un champ qui n’est pas le sien, la deuxième nous parle d’un marchand très riche. Mais, à mon avis, ces deux personnages sont les protagonistes « secondaires ». Les vrais protagonistes sont le trésor et la perle qui séduisent les deux hommes en les fascinant. Le paysan et le marchant agissent parce qu’ils sont totalement pris par le trésor et la perle. Si nous reconnaissons que la perle très précieuse et le trésor inestimable sont le Christ et son Royaume, nous comprenons aussi que le Rédempteur nous ne dit une chose évidente. C’est vrai, il s’agit évidemment d’une grande affaire si l’on achète une chose qui a une valeur supérieure à celle que nous payons. Mais il n’est pas évident, il est extraordinaire qu’avec l’offre de nos biens non seulement nous avons plus mais nous sommes plus : fils de Dieu, parce que nous avons « gagné » le trésor de la vie : le Christ. Dans ce cas, ce n’est pas seulement un coup de chance, c’est une grâce magnifique à laquelle répondre avec une rapide décision et un total abandon.

2) Le vrai gain.

Un exemple de cette décision et de cet abandon de ce que nous avons, nous vient de Saint-Paul. Il écrit : « Tout est une perte face à la sublimité de la connaissance de Jésus Christ, mon Seigneur, pour lequel j’ai laissé perdre toutes ces choses et je les considère comme de l’immondice, afin de gagner le Christ » (Phil 3,8).

Cette expression : « gagner le Christ » présente quelques bizarreries. En général on parle de gagner quelque chose ou une ligne d’arrivée mais pas une personne. Si nous prêtons attention au verbe grec katalambáno, nous y pouvons peut être reconnaître de l’« agressivité » voire même de la prétention. Certains traduisent : « Je continue ma course pour tenter de saisir le prix, parce que moi aussi je suis saisi par Jésus Christ » (Phil 3,12).

 Sincèrement parlant, j’aime cette interprétation du verbe choisi par Saint Paul, parce qu’il indique que pour être des chrétiens il faut une force de caractère : la violence qu’il a démontré envers les chrétiens et envers le Christ avant sa conversion, maintenant Paul la met au service de la vérité. En effet Jésus eut à dire : « Depuis les jours de Jean le Baptiste jusqu’à présent, le Royaume des Cieux subit la violence, et des violents cherchent à s’en emparer » (Mt 11,12)

Dans le passage de la lettre aux Philippines que j’ai cité plus haut, l’Apôtre des gens reconnait être tombé dans une terrible erreur ; il se rend compte d’avoir accepté une cause erronée. Maintenant lui, illuminé par celle même lumière qui dans un premier temps l’avait ébloui, confesse que c’était un faux gain, un gain nocif, faisant allusion à chaque privilège de naissance et d’éducation, à chaque effort religieux et moral.

Dans cette relecture de la conversion de Paul, nous voyons le fruit de la grâce qui guérit. Nous pouvons reconnaître l’action de la grâce rayonnante qui peut venir uniquement de l’évènement de la Résurrection du Christ, de la personne du Christ ressuscité. L’avoir été jeté du cheval par terre est seulement un pâle signe de la victoire pascale que Jésus a reporté sur saint Paul. 

Sa rencontre avec le Christ sur la route de Damas l’a porté à formuler une nouvelle échelle de valeurs, subvertir celle qui précédemment avait caractérisé sa vie : ce qui semblait un gain est devenu une perte maintenant, ce qui semblait richesse est devenu de l’immondice maintenant, ce qui semblait juste est devenu injuste maintenant.

A l’expérience de saint Paul nous pouvons y ajouter la nôtre. Dans un moment de notre vie, nous tous, nous sommes sollicités par la parole de Dieu, nous tous, nous avons rencontré le Christ qui nous a appelé à entrer dans ce dynamisme de la foi qui sauve et qui est – avant tout – don qui ressort du cœur de Dieu et du côté du Christ. Dans un beau moment de notre vie le Christ s’est fait rencontre à chacun de nous.

La conséquence qui en dérive est qu’un chrétien, pour pouvoir le dire jusqu’au fond, pour pouvoir dire d’être formé à l’école de Jésus, doit ressembler à Jésus mort.

Et pour faire cela, nous ne devons pas être des personnes exceptionnelles. Nous devons avoir une seule prétention : celle de l’humilité crucifiée, comme celle de saint Paul, qui en se présentant aux chrétiens de Corinthe avança une seule prétention : « Parmi vous, je n’ai rien voulu connaître d’autre que Jésus Christ, ce Messie crucifié. Et c’est dans la faiblesse, craintif et tout tremblant, que je me suis présenté à vous » (1 Cor 2,2-3).

L’important est de proposer aux autres ce que nous avons expérimenté sur nous, sans nous soustraire au commandement de l’amour qui nous « contraint » jusqu’au don total de nous-même.

Une très belle synthèse de cet itinéraire d’ascension au Règne, de cet exode vers la maison du père nous est donnée par saint Paul lorsqu’il écrit : « Frères, quant à moi, je ne pense pas avoir déjà saisi cela. Une seule chose compte : oubliant ce qui est en arrière, et lancé vers l’avant, je cours vers le but en vue du prix auquel Dieu nous appelle là-haut dans le Christ Jésus » (Phil 3,13-14).

3) Le « gain » des vierges consacrées.

Toutefois, quelqu’un pourrait penser : si l’Apôtre des gens était complètement fasciné par son Seigneur, pourquoi devrait-il ressentir la nécessité de « gagner » le Christ ?

Le Christ s’était déjà révélé clairement et lui avait secoué la vie, en la remplissant de joie. Malgré cela, Paul se sentait obligé à gagner le cœur et l’amour du Christ. L’être entier de Paul – son mystère, sa vie et le but de celle -ci- tout était concentré sur le désir de plaire à son maître et seigneur. Tout le reste était immondice pour lui, même les « bonnes » choses. Pourquoi faut-il conquérir le cœur de Jésus ?

Ne sommes-nous pas déjà l’objet de l’amour de Dieu ? En effet, Son amour bienveillante s’étend à toute l’humanité. Mais il y a un autre type d’amour qui doit toujours croître et “gagner” l’aimé. C’est l’amour affectueux pour le Christ semblable à ce qui existe entre deux époux. Cet amour est exprimé de façon sublime dans le Cantique des cantiques. Dans ce livre, l’Époux est le “portrait” du Christ, qui parle à son épouse ainsi : « Tu as blessé mon cœur, ma sœur fiancée. tu as blessé mon cœur, d’un seul de tes regards, d’un seul anneau de ton collier. Qu’elles sont belles, tes amours, ma sœur fiancée ! Qu’elles sont bonnes, tes amours : meilleures que le vin ! L’odeur de tes parfums, une exquise senteur ! » (Ct 4,9-10).

L’Épouse du Christ est l’Église qui aime plaire à son Seigneur. Dans l’Église ce mariage est vécu et témoigné d’une façon spéciale par les vierges consacrées, qui sont appelées à vivre l’amour au Christ dans une obéissance amoureuse et confidente, en se séparant de toutes les choses terrestres, parce que leur cœur est pris, “ravi” par le Christ. En disant oui au Christ, elles se sont laissé “voler leur cœur” par lui et sont appelées à se concentrer seulement sur Lui et, en Lui, elles aiment le prochain en le servant avec joie.

Lecture Patristique

Origène (184 – 253)

Commentaire sur l’évangile de Matthieu, 10, 9-10, GCS 10, 10-11

A l’homme qui recherche de belles perles (Mt 13,45), il faut appliquer les paroles suivantes: Cherchez et vous trouverez, et: Celui qui cherche, trouve (Mt 7,7-8). En effet, à quoi peuvent bien se rapporter cherchez et celui qui cherche, trouve » ? Disons-le sans hésiter : aux perles, et particulièrement à la perle acquise par l’homme qui a tout donné et tout perdu. A cause de cette perle, Paul dit : J’ai accepté de tout perdre afin de gagner le Christ (Ph 3,8). Par le mot tout il entend les belles perles, et par gagner le Christ l’unique perle de grand prix.

Précieuse, assurément, est la lampe pour ceux qui sont dans les ténèbres (Lc 1,79) et qui en ont besoin (cf. Ap 22,5) jusqu’au lever du soleil. Précieuse aussi la gloire resplendissante sur le visage de Moïse (cf. 2Co 3,7) (et aussi, je crois, sur celui des autres prophètes). Elle est belle à voir, et elle nous aide à progresser jusqu’à ce que nous puissions contempler la gloire du Christ, à laquelle le Père rend témoignage : Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j’ai mis tout mon amour (Mt 3,17). Mais ce qui a été glorieux de cette manière partielle, ne l’est plus, parce qu’il y a maintenant une gloire suréminente (2Co 3,10). Et nous avons besoin en un premier temps d’une gloire susceptible de disparaître devant la gloire suréminente, comme nous avons besoin d’une connaissance partielle qui disparaîtra quand viendra ce qui est parfait (1Co 13,10).

Donc toute âme qui est encore dans l’enfance et chemine vers la perfection (He 6,1) a besoin d’un pédagogue, d’économes et de tuteurs jusqu’à ce que s’instaure en elle la plénitude du temps (Ga 4,4). Ainsi, celui qui d’abord ne diffère en rien d’un esclave, bien qu’il soit maître de tout (Ga 4,1), sera finalement affranchi et recevra de la main du pédagogue, des économes et des tuteurs son patrimoine: celui-ci correspond à la perle de grand prix et à la perfection qui abolit ce qui est partiel (1Co 13,10). Il y parviendra lorsqu’il sera capable d’accéder à la prééminence de la connaissance du Christ (Ph 3,8), après s’y être préparé par les connaissances, s’il convient de les appeler ainsi, qui sont dépassées par la connaissance du Christ. 

La Loi et les Prophètes parfaitement compris sont les rudiments qui nous conduisent à bien comprendre l’Évangile et tout le sens des actes et des paroles du Christ

Source : ZENIT.ORG, le 28 juillet 2023

Le Royaume de Dieu demeure pour l’homme, par Mgr Follo

Image symbolisant la parabole de la graine de moutarde © Thévenet
Image Symbolisant La Parabole De La Graine De Moutarde © Thévenet

Le Royaume de Dieu demeure pour l’homme, par Mgr Follo

La patience de Dieu est tolérance, miséricorde, volonté de sauver

Rite Romain

Sag 12,13.16-19 ; Ps 85 ; Rm 8,26-27 ; Mt 13,24-43

1) La croissance du Royaume

En ce dimanche, l’évangile nous fait méditer sur trois paraboles : celle du grain et de l’ivraie, celle de la graine de moutarde, et enfin celle du levain.

Ces trois paraboles racontent avec quel amour Dieu prend soin de toutes les choses ; la surprenante initiative divine qui, avec « justice » et « douceur » tient la vie de l’homme dans la paume de sa main.

Le Royaume des Cieux vient toujours, triomphe et s’affirme si l’homme se laisse humblement guider par Dieu qui donne à ses enfants « la bonne espérance », qui rend le cœur humain, bien qu’il soit petit, capable de contenir toute la Grâce et de tendre vers le Royaume céleste.

Pour décrire le Royaume des cieux, Jésus nous présente trois images qui ont en commun le verbe « pousser » : le bon grain et l’ivraie « poussent » ensemble pour être ensuite séparés, la graine de moutarde « pousse » pour devenir un bel arbre, la mesure de levain dans la farine fait lever toute la pâte.

Une des caractéristiques du Royaume des Cieux est donc de ne pas être quelque chose de statique, mais de dynamique, destiné à « pousser » chaque jour et en toute circonstance.

La parabole de la graine de moutarde qui devient un arbre indique la « croissance » du Royaume de Dieu sur terre. Dans la bouche de Jésus, cette prophétie était plutôt audacieuse. Qui pouvait imaginer, il y a un peu moins de deux mille ans que l’Évangile prêché dans les villages inconnus du reste du monde, à des pauvres gens, guère instruits et travaillant à des taches modestes comme celles du paysan et d’un pécheur, aurait en quelques temps conquis le monde ? La parabole du levain dans la farine signifie elle aussi « croissance » du Royaume, mais plus en intensité qu’en extension ; elle indique la force transformatrice de l’évangile qui, comme le levain, fait « lever » la farine et la prépare à devenir du pain.

Les disciples comprirent facilement ces deux paraboles. Ils comprirent moins la troisième, celle du grain et de l’ivraie, si bien que Jésus fut obligé de la leur expliquer à part. Le semeur – a dit le Messie – était lui-même, les fils du royaume sont le bon grain, les fils du Mauvais sont l’ivraie, le champ est le monde et l’Église, qui est le morceau du monde sauvé, et la moisson c’est la fin du monde, quand « les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père ». Grégoire Palamas commente : « Les serviteurs du Maître, autrement dit les anges de Dieu, s’aperçurent qu’il y avait de l’ivraie dans le champ, c’est-à-dire que les impies et les méchants étaient mêlés aux bons et vivaient avec eux, même dans l’Église du Christ. Ils dirent au Seigneur : « Veux-tu que nous allions enlever l’ivraie ? », en d’autres termes : « que nous ôtions ces gens de la terre en les faisant mourir » ?… Avec le temps, beaucoup d’impies et de pécheurs vivant avec les gens pieux et justes en arrivent à se repentir et à se convertir ; ils se mettent à l’école de la piété et de la vertu et cessent d’être de l’ivraie pour devenir du blé. Ainsi les anges risquaient-ils, s’ils saisissaient de force ces hommes avant qu’ils puissent se repentir, de déraciner le blé en eux en enlevant l’ivraie. De plus il s’est trouvé souvent des hommes de bonne volonté parmi les enfants et les descendants des méchants. Voilà pourquoi celui qui connaît toutes choses avant qu’elles n’arrivent n’a pas permis d’arracher l’ivraie avant le temps fixé. » (Homélie 27, PG 151, 345-353). Donc si nous voulons être sauvés du châtiment à la fin du monde et hériter du Royaume Éternel de Dieu nous devons être « grain » et non « ivraie », en nous abstenant de toute parole vaine ou méchante, en nous exerçant aux différentes vertus et produisant de vrais fruits de pénitence. De cette manière-là, nous deviendrons dignes du grenier céleste et seront appelés fils du Père, le Très-Haut et, heureux et resplendissant de gloire divine, nous entrerons comme héritiers dans le Royaume céleste.

2) La Patience de Dieu

Je crois que la patience de Dieu est le thème le plus important de la parabole. La liturgie de ce dimanche le souligne avec le choix de la première lecture qui, dans un hymne à la force de Dieu, se manifeste sous forme de patience : « toi qui disposes de la force, tu juges avec indulgence, tu nous gouvernes avec beaucoup de ménagement, car tu n’as qu’à vouloir pour exercer ta puissance. Par ton exemple tu as enseigné à ton peuple que le juste doit être humain ; à tes fils tu as donné une belle espérance : après la faute tu accordes la conversion » (Sag 12, 16-19).

La patience de Dieu n’est pas une simple attente, mais tolérance, miséricorde, volonté de sauver. « Refuses-tu de reconnaître que cette bonté de Dieu te pousse à la conversion ? » (Rm 2, 4). Dieu est vraiment « un Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère et plein d’amour » (Ps 85, psaume responsorial de la Messe d’aujourd’hui).

Donc, au Royaume de Dieu il n’y a pas de place pour les serviteurs impatients qui ne savent qu’invoquer les châtiments de Dieu et lui indiquer tour à tour qui il doit frapper. Jésus, un jour, réprimanda deux disciples qui lui demandaient de faire pleuvoir du feu du ciel sur ceux qui les avaient rejetés.

Imiter la patience de Dieu n’implique pas que nous devions attendre la moisson comme ces serviteurs retenus avec difficulté car prêts à agir avec la faux au poing, comme si nous avions hâte de voir le visage des méchants le jour du jugement.

Cette patience n’implique pas non plus que nous devions rester les bras croisés sans rien faire, mais implique plutôt que nous redoublions d’efforts pour changer : nous changer nous-mêmes et si possible changer les autres, d’ivraie en bon grain. Dans ce monde s’exaucera la prière du début de la messe du jour : « Que la force et la patience de ton amour, O Seigneur, nous soutiennent toujours ; fais fructifier en nous ta parole, semence et levain de l’Église, pour que se ravive l’espérance de voir grandir l’humanité nouvelle, que le Seigneur, à son retour, fera briller comme le soleil dans ton royaume » (Collecte du XVI Dimanche du Temps ordinaire, Année A).

3) Virginité et patience

Nous sommes tous le fruit de la patience miséricordieuse de Dieu. En elle nous sommes nés, sommes gardés, accompagnés. Dans sa patience nous avons connu les insondables possibilités du mal de notre cœur trompé, et les infinies possibilités d’amour du même cœur comblé d’Esprit Saint.

Jésus Christ est le « signe » le plus haut de la patience de Dieu qui, est le premier à être patient, constant, fidèle à son amour envers nous. Lui est le vrai « agriculteur » de l’histoire, qui sait attendre.

Depuis la tour de Babel, trop de fois les hommes ont tenté de construire le monde tous seuls, sans ou contre Dieu.  Le résultat a toujours été contre l’homme.

La persévérance et patience dans la construction de l’histoire, tant au niveau personnel que communautaire, ne s’identifie pas à la traditionnelle vertu de la prudence, dont on a certainement besoin. C’est quelque chose de plus grand et plus complexe et, en même temps, quelque chose d’humble et simple.

En étant persévérantes et patientes dans leurs « proposita », les vierges consacrées témoignent que vivre sa propre vocation avec constance et patience aide à construire l’histoire du monde, car rien qu’en s’édifiant sur Lui et avec Lui la construction est bien fondée, n’est pas instrumentalisée à des fins idéologiques. Elle est vraiment digne de l’homme.

La simple vie de ces femmes consacrées est une réponse à l’appel à l’humilité et à la miséricorde qui jaillit de la parabole évangélique du grain et de l’ivraie, et un témoignage que nous pouvons tous mettre en pratique chaque jour. La virginité consacrée fait de ces femmes des épouses du Christ, dont l’amour patient et miséricordieux se reflète dans leur personne et dans leur vie. Celle-ci sont un terrain particulièrement fertile qui accueille Jésus Christ, lequel a été seulement « grain » sans « ivraie ».  Il est ce grain de blé qui, un jour, tomba au sol, mourut et fut enseveli. Dans l’Eucharistie ce grain, devenu pain vient à nous pour se faire « froment de Dieu » consacré virginalement.

Lecture patristique

Saint Augustin d’Hippone (354 – 430)

Sermon LXXIII

Mt 13,24-30 Mt 13,38-43

ANALYSE. – Saint Augustin avait expliqué, la veille, la parabole de la semence. Il dit aujourd’hui que la parabole de l’ivraie et du bon grain a le même sens ; car les paraboles permettent de représenter la même idée sous des termes différents. Il termine en engageant l’ivraie, c’est-à-dire les mauvais chrétiens, à devenir de boit grain, et en invitent les bons chrétiens à la patience.

Hier et aujourd’hui nous avons entendu, de la bouche de Notre-Seigneur Jésus-Christ, une parabole de semeur. Vous qui étiez présents hier, réveillez aujourd’hui vos souvenirs. Il était question hier de ce semeur qui, en répandant sa semence, en laissa tomber une partie dans le chemin, ou elle fut recueillie pair les oiseaux ; une antre dans les endroits pierreux, où elle fut desséchée par la chaleur ; une autre au milieu des épines, où elle fut étouffée sans pouvoir porter d’épis ; unie antre enfin dans la bonne terre, où elle rapporta cent, soixante, et trente pour un (Mt 13,2-23). C’est encore aujourd’hui une parabole de semeur, le Seigneur nous y montre un homme qui a semé de bon grain dans son champ. Or pendant que l’on dormait, l’ennemi vint et sema de l’ivraie par-dessus. On ne s’en aperçut point quand tout était en herbe ; mais sitôt qu’on put distinguer les bons épis, on reconnut aussi l’ivraie à la vue de cette ivraie mêlée en grand nombre au bon grain, les serviteurs du père de famille se fâchèrent, et voulurent l’arracher ; on ne le permit pas, mais on leur dit : « Laissez croître à l’un et l’autre jusqu’à la moisson ».

Cette nouvelle parabole a été également expliquée par Notre-Seigneur Jésus-Christ. Le semeur de bon grain, c’est lui-même ; le diable est l’homme ennemi qui a semé l’ivraie ; la fin du siècle est le temps de la moisson, et le champ, le monde tout entier. Mais qu’ajoute-t-il ? « A l’époque de la moisson je dirai aux moissonneurs : amassez d’abord l’ivraie pour la brûler ; puis recueillez mon grain et le mettez au grenier ». Pourquoi cet empressement, ô serviteurs pleins de zèle ? Vous voyez l’ivraie parmi le froment, les mauvais chrétiens parmi les bons et vous voulez les extirper. Cessez, nous ne sommes pas à la moisson. Elle viendra, et puissiez-vous alors être de bons grains ! Pourquoi vous lâcher ? Pourquoi souffrir avec peine que les méchants soient mêlés aux bons ? Ils peuvent être confondus avec venus ducs le champ, ils ne le seront pas au grenier.

  1. Vous savez qu’il a été parlé hier de trois endroits où ne profite point la semence ; le chemin, les pierres et les épines. Voilà l’ivraie, c’est dans une autre parabole un autre nom donné à la même chose. Car, lorsqu’il est question de similitudes et non du sens propre, on n’exprime que la ressemblance de la vérité, et non la vérité même. Je n’ignore point que quelques-uns savent cela ; mais nous parlons pour tous.

Ainsi donc dans les choses sensibles un chemin est un chemin, un endroit pierreux est un endroit pierreux et des épines sont des épines ; il n’y faut voir que cela, car les mots sont pris ici dans leur sens propre. Mais dans les paraboles et les comparaisons, un même objet peut être désigné par des noms différents, et c’est ce que m’a permis de vous dire que le chemin dont il est parlé dans l’Évangile, ainsi que l’endroit pierreux et l’endroit couvert d’épines désignent les mauvais chrétiens, désignés aussi par l’ivraie. Le Christ ne porte-t-il pas à la fois les noms d’agneau et de lion ? S’il s’agit de troupeaux et d’animaux sauvages, on ne doit voir dans l’agneau qu’un agneau et dans le lion qu’un lion mais le Christ est l’un et l’autre. Dans la première acception, c’est le sens propre : c’est le sens figuré dans celle-ci.

Il arrive même que dans ce sens figuré les êtres les plus opposés portant le même nom. Qu’y a-t-il de plus opposés entre eux que le Christ et le démon ? Le Christ et le démon, néanmoins, sont appelés l’un et l’autre lion. Au Christ est donné ce nom : « Le lion de la tribu de Juda a vaincu (Ap 5,5) ». Au démon également : « Ne savez-vous que votre ennemi, le diable, comme un lion rugissant, rôde autour de vous, cherchant à dévorer. (1P 5,8) » Ce nom désigne ainsi le Christ et le diable : le Christ, à cause de sa force, le diable à cause de sa férocité ; le Christ à cause de ses victoires, le (334) diable à cause de ses ravages. Ce même démon est encore représenté comme un reptile, c’est l’antique serpent (1) : s’ensuit-il que notre Pasteur nous ordonne d’imiter ce serpent quand il nous dit : « Soyez simples comme des colombes et rusés comme des serpents (2) » ?

  1. Hier donc je me suis adressé au chemin, aux lieux pierreux et aux lieux couverts d’épines, et je leur ai dit : Changez puisque vous le pouvez, retournez avec la charrue ce terrain durci, jetez les pierres de ce champ, arrachez-en les épines. N’ayez point ce cœur endurci où meurt aussitôt la parole de Dieu. Ne soyez point cette terre légère où la charité ne saurait enfoncer ses racines. Gardez-vous, d’étouffer par les soins et les passions du siècle, la bonne semence que nous répandons en vous par nos travaux. Car c’est le Seigneur qui sème et nous ne sommes que ses ouvriers. Soyez une bonne terre, vous disions-nous hier, et aujourd’hui nous répétons à tous : Que l’un donne cent, l’autre soixante et l’autre trente pour un. L’un produit plus que l’autre, mais tous ont droit au grenier.

Voilà ce que nous disions hier. Je m’adresse aujourd’hui à l’ivraie. Cette ivraie désigne des brebis du troupeau. O mauvais chrétiens ! ô vous qui fatiguez par votre mauvaise conduite l’Église que vous remplissez ! corrigez-vous avant l’époque de la moisson, ne dites pas : « J’ai péché, et que m’est-il advenu de fâcheux ? (3) » Dieu n’a rien perdu de sa puissance ; mais il exige que tu fasses pénitence. C’est ce que je dis aux pécheurs, qui pourtant sont chrétiens ; c’est ce que je dis à l’ivraie. Car ils sont dans le champ du Père de famille, et il peut se faire qu’ivraie aujourd’hui, demain ils soient bon grain. Pour ce même motif je m’adresse aussi au froment.

  1. O chrétiens qui vivez saintement ! vous êtes en petit nombre et vous soupirez, vous gémissez au sein de la multitude. L’hiver passera, viendra1. Ap 12,9– 2. Mt 10,6– 3. Si 5,4
    l’été et voici bientôt la moisson. Les Anges viendront avec le pouvoir de faire la séparation et dans l’impuissance de se tromper. Pour nous, nous ressemblons aujourd’hui à ces serviteurs qui disaient : « Voulez-vous que nous allions l’arracher ?».Nous voudrions en effet, s’il était possible, qu’il ne restât aucun méchant parmi les bons. Mais il nous a dit : « Laissez croître l’un et l’autre jusqu’à la moisson ». Pourquoi ? Parce que vous pourriez vous tromper. Aussi écoutez « Dans la crainte qu’en voulant arracher l’ivraie vous n’arrachiez aussi le froment ». Que faites-vous avec cette noble ardeur ? N’allez-vous point ravager ma moisson ? Les moissonneurs viendront, c’est-à-dire les Anges, comme l’a expliqué le Sauveur. Nous sommes des hommes, les Anges sont les moissonneurs. Il est vrai, si nous achevons notre course, nous serons égaux aux anges de Dieu ; mais aujourd’hui que nous noirs fâchons contre les méchants, nous sommes encore des hommes, et nous devons prêter l’oreille à ces mots : « Que celui donc qui se croit debout prenne garde de tomber (1) ».

Croyez-vous, mes frères, que l’ivraie ne s’élève pas jusqu’à l’abside (2) ? Croyez-vous qu’il n’y en ait qu’en bas et point en haut ? Plaise à Dieu que nous n’en soyons pas nous-même ! « Mais peu m’importe d’être jugé par vous (3) ». Oui, je le déclare à votre charité : il y a dans les absides du froment et de l’ivraie, du froment aussi et de l’ivraie parmi le peuple. Que les bons supportent donc les méchants, mais que les méchants se convertissent et imitent les bons. Devenons tous, s’il est possible, les serviteurs de Dieu, et tous, par sa miséricorde, échappons à la malice de ce siècle, Cherchons les jours heureux, puisque nous sommes dans les jours malheureux ; mais pour arriver à ces heureux jours, ne blasphémons point en traversant les jours malheureux.

1. 1Co 10,12

  1. D’où les Évêques parlaient au peuple.
  2. 1Co 4,3

Source : ZENIT.ORG, le 21 juillet 2023

Le Dieu humble aime les humbles

Fresque de la dernière cène, Église du Sacré-Cœur, Vienne (Autriche) © Renata Sedmakova / Shutterstock.com
Fresque De La Dernière Cène, Église Du Sacré-Cœur, Vienne (Autriche) © Renata Sedmakova / Shutterstock.com

Le Dieu humble aime les humbles, par Mgr Francesco Follo

Méditation des lectures du dimanche 9 juillet 2023

Avec l’invitation à être humbles témoins de la lumière qu’est le Verbe Incarné, qui illumine notre intelligence et réchauffe nos cœurs

Le Dieu humble aime les humbles

XIVe Dimanche du Temps Ordinaire – Année A – 9 juillet 2023

1) L’importance d’être petits

L’évangile d’aujourd’hui commence par ces paroles de Jésus: « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits.” (Mt11,25). Le Christ n’est pas content parce qu’il est écouté par des ignorants. Il est dans la joie parce qu’il est écouté par des personnes humbles Le Verbe, la Parole faite chair ne condamne pas la science et la sagesse, mais l’arrogance et la présomption de l’homme. En effet le mot « tout-petits » est une traduction du terme grec « nepioi »  qui veut dire « petits enfants », à savoir ceux qui n’ont pas l’usage de la parole, comme c’est le cas –surtout- chez les nourrissons. 

Mais pourquoi les tout-petits, les sans parole, sont-ils les destinataires privilégiés des « choses du Père » et sont-ils capables de les comprendre ? Pourquoi, pour apprendre à parler, ceux qui ne parlent pas, les petits, sont-ils si portés à l’écoute et ne remplacent-ils pas la Parole par les mots, que les grands utilisent pour parler d’eux-mêmes et non pour louer Dieu ?

Ceux qui ont une sagesse faite de bavardages, sont comme les riches et les puissants de tout temps, ils rejettent la nouveauté du royaume parce qu’ils croient savoir déjà qui est Dieu, et leur bien-être social et économique leur donne l’illusion de se suffire à eux-mêmes, de ne pas avoir besoin de changer de vie, de ne pas avoir besoin de la grâce et du pardon.

Dans le droit fil avec ce que Jésus nous dit aujourd’hui, nous trouvons le Magnificat de la Vierge Marie qui dit : « Mon esprit exulte en Dieu, parce qu’il a élevé les humble (=petits), a dispersé les superbes, a renversé les puissants de leurs trônes, a comblé de bien les affamés, a renvoyé les riches les mains vides… ». 

Comment devenir petits et être comme des enfants ? En étant humbles. Ce qui ne veut pas dire se mépriser, s’annuler ou disparaître, mais reconnaître ce que l’on est, à savoir : « humus » (=terre).  Reconnaître que l’on est « terre », veut dire d’un côté que l’on a conscience d’être « poussière » et que « l’on retournera poussière » – comme dit la Bible (Gen 3,19). D’un autre côté que cet « humus » est le matériel pour recevoir le souffle de Dieu, son Esprit qui infuse la vie en nous, qui l’infuse en Adam. Ce terrain adapté à recevoir et faire fructifier le grain de la Parole de Dieu. Même nos erreurs, voire nos péchés – s’ils sont reconnus – voilà l’humilité – deviennent, permettent, que nous devenions ce terrain fertile et accueillant pour recevoir le don de Dieu, pour faire la rencontre décisive de toute la vie, à savoir celle avec la miséricorde de Dieu. Cette rencontre avec sa « miséricorde », avec son « cœur donné aux miséreux », avec son amour préférentiel pour les petits, les pauvres, les pécheurs, permet aux « mains » créatrices de Dieu de modeler « l’argile »  de notre cœur selon Son coeur.

2)  L’humilité du Christ

L’Evangile d’aujourd’hui nous enseigne aussi que l’humilité s’apprend de Jésus: « Devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur ». 

S’il y un saint qui a bien compris l’humilité du Christ c’est saint François. Pour le Saint d’Assise, Jésus-Christ est « humilité ». La contemplation du mystère chrétien comme mystère d’humilité suprême provoque en lui une stupeur totale : humilité du Christ dans sa naissance, dans sa passion, dans l’Eucharistie.

Saint François d’Assise nous enseigne que Jésus est humble parce qu’il vit – en tant que créature – dans la dépendance totale de sa volonté humaine  à la Volonté divine: « Je ne suis pas venu pour faire non pas ma volonté, mais la volonté de Celui qui m’a envoyé ». On peut donc penser à l’humilité de Jésus en tant que créature s’éclipsant devant le Père. Mais saint François va encore plus loin. L’humilité chez François — et voici la grande nouveauté, la merveilleuse découverte de saint François — est la même révélation que l’amour.

Dieu est amour et l’amour ne peut être qu’humilité. Le Christ révèle cette humilité de Dieu en s’incarnant et demeurant parmi les hommes comme celui qui sert. L’humilité de Jésus révèle l’amour d’un Dieu qui se donne totalement pour l’homme, pour sa rédemption. Le Fils de Dieu choisit pour lui le silence, la dernière place : la croix. Il ne se fait « rien » pour que l’homme soit tout. Et cela arrive à chaque fois que le Christ se fait présent à la Messe sous les espèces du pain et du vin pour se faire nourriture et boisson pour nous.

Le Christ est humble parce l’amour se vide de lui pour se donner, parce que l’amour est « don ». Le Fils de Dieu se révèle à l’homme et se fait présent en se donnant au point de « se perdre » en chacun de nous que Lui aime humblement et infiniment. Si nous pouvons connaître et comprendre l’humilité du Christ dans sa naissance à Bethléem, dans sa passion et sa mort, nous pouvons  le comprendre, connaître et en faire l’expérience surtout dans l’Eucharistie. Eucharistie dans laquelle se trouve l’humilité d’un Dieu qui, en nous aimant, s’anéantit et se donne tout à nous pour être notre vie, maintenant et pour l’éternité. 

3) Les Vierges consacrées et l’humilité.

Le Fils de Dieu humblement s’incarne pour être l’époux qui se donne totalement à l’épouse. Le projet divin se réalise dans l’alliance. Dieu se fait homme pour se donner à toute l’humanité, à chaque homme et chaque femme. 

Les Vierges consacrées, qui se donnent totalement à Lui en l’épousant, sont un parfait exemple de réponse au Christ, humble époux. Elles tirent leur l’enseignement de sainte Claire d’Assise qui, dans une lettre à Sainte Agnès de Prague écrivait : « Heureuse certes celle à qui il est donné de prendre part au festin sacré pour s’attacher jusqu’au fond de ton cœur [au Christ] à celui dont toutes les troupes célestes ne cessent d’admirer la beauté, dont l’amitié émeut, dont la contemplation nourrit, dont la bienveillance comble, dont la douceur rassasie, dont le souvenir pointe en douceur, dont le parfum fera revivre les morts, dont la vue en gloire fera le bonheur des citoyens de la Jérusalem d’en haut. Tout cela puisqu’il est la splendeur de la gloire éternelle, l’éclat de la lumière éternelle et le miroir sans tache. Ce miroir, contemple-le chaque jour, ô Reine, épouse de Jésus Christ, et n’arrête d’y contempler ton apparence afin que… tu puisses, intérieurement et extérieurement, te parer comme il convient… En ce miroir brillent la bienheureuse pauvreté, la sainte humilité et l’ineffable charité» (Quatrième lettreFF2901-2903). 

Les vierges consacrées sont appelées à vivre l’humilité du et avec le Christ, en acceptant de s’abaisser, pour se laisser porter par l’Amour. Leur vie humble fait d’elles des témoins crédibles du Christ jusqu’au don total de soi, deviennent des « hosties » imitant l’unique hostie pure, sans tache qui plaît à Dieu : le Christ.

Sur ce lien entre «virginité » et « humilité », saint Augustin a écrit : « Nous n’avons rien négligé pour exalter, comme il le mérite, le privilège de la chasteté. Mais plus il est excellent et divin, plus il nous impose aussi la nécessité de parler de sa plus sûre gardienne, l’humilité. Si, appuyées sur les saintes Ecritures, les vierges se comparent aux personnes mariées, elles se trouveront supérieures par leurs oeuvres et par la récompense, par leur veau et par la couronne qui l’attend. Mais qu’aussitôt elles se rappellent ces paroles de l’Ecriture : « Plus tu es grand, plus tu dois en tout t’humilier et tu trouveras grâce devant le Seigneur (1)». La mesure de l’humilité pour chacun, est la mesure même de sa grandeur. De là le danger de l’orgueil, dont les insinuations perverses sont toujours en proportion du degré d’élévation. Il est immédiatement suivi de la jalousie, sa compagne et sa fille. En effet, c’est de l’orgueil qu’est issue la jalousie ; la mère et la fille sont inséparables. Le grand maître de ces deux vices, c’est le démon. Voilà pourquoi la religion chrétienne s’attaque avant tout à l’orgueil et à sa fille, la jalousie. Son précepte par excellence, c’est l’humilité, principe et sauvegarde de la charité. C’est de la charité que l’Apôtre dit : « Elle ne jalouse pas » ; et comme s’il voulait en donner la raison, il ajoute aussitôt : « Elle ne s’enfle pas » ; c’est-à-dire, elle repousse l’envie parce que l’orgueil lui est en horreur. La première chose que fit Jésus-Christ, le grand docteur de l’humilité, fut « de s’anéantir lui-même en prenant la forme d’esclave, en se faisant semblable à l’homme et en prenant l’extérieur de l’homme; il s’est humilié lui-même en se faisant obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la croix » (La Sainte Virginité, 31)

Lecture Patristique

Saint Augustin d’Hippone


SERMON LXVIII. LA SAGESSE DU SIÈCLE

ANALYSE. – Quels sont les prudents et, les sages à qui le Père n’a point révélé les vérités chrétiennes, la divinité de son Fils? Il y en a de deux sortes. Ce sont d’abord ceux qui en s’appliquant à l’étude de la créature ne se sont point élevés jusqu’à la connaissance du Créateur. Ce sont ensuite ceux qui après avoir connu Dieu ne l’ont point glorifié par une humble soumission, mais se sont laissés aller aux vaines fumées de l’orgueil.

1. Nous avons entendu le Fils de Dieu s’écrier: «Je vous confesse, moi Père, Seigneur du ciel et de la terre.» Pourquoi le confesse-t-il? De quoi le loue-t-il? «Parce que, dit-il, vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents et que vous les avez découvertes aux petits.» Quels sont ces sages et ces prudents? Quels sont ces petits? Quelles sont les vérités cachées aux sages et aux prudents, révélées aux petits?

Le Sauveur nomme ici sages et prudents ceux dont Paul a dit: «Où est le sage? Où est le Scribe? Où est l’investigateur de ce siècle? Dieu n’a-t-il pas convaincu de folie les sages de ce monde (1Co 1,20)?» Cherches-tu néanmoins à savoir encore quels sont ces derniers? Ce sont peut-être ces esprits qui ont beaucoup parlé de Dieu pour en dire des faussetés, qui enflés de leurs connaissances n’ont pu s’élever jusqu’à la connaissance de Dieu, et ont vu Dieu, dont la nature est incompréhensible, dans l’air, dans l’éther, dans le soleil, ou dans quelqu’autre partie distinguée de l’univers. En contemplation devant la grandeur, la beauté et la force des créatures, ils se sont arrêtés là sans découvrir le Créateur.

6802 2. Voici leur condamnation dans ces paroles du livre de la Sagesse: «S’ils ont eu assez de force pour connaître l’univers, comment n’en ont-ils pas trouvé le Maître plus facilement (Sg 13,9)?» Leur crime est d’avoir consumé leur temps, leurs travaux et leurs raisonnements à sonder et pour ainsi dire à mesurer la créature; ils ont étudié la marche des astres, la distance respective des étoiles, la route des corps célestes, et à l’aide de certains calculs ils sont parvenus à connaître et à prédire les éclipses de soleil et de lune avec une telle précision, qu’elles arrivent à l’époque, au jour, à l’heure, de la manière et selon les dimensions qu’ils ont annoncées d’avance. Il faut pour cela beaucoup de travail et de pénétration; mais en cherchant si loin le Créateur, ils ne l’ont pas trouvé, car il était près d’eux-mêmes; et s’ils l’avaient trouvé, c’est qu’ils l’auraient eu dans leurs coeurs. Si donc ils ont pu découvrir ainsi les rapports des astres, la mesure des temps, savoir et prédire les éclipses, n’est-ce pas à bon droit, n’est-ce pas avec une souveraine justice qu’ils sont accusés de n’avoir pas connu, pour avoir négligé de le chercher, Celui qui a formé et ordonné tous ces êtres?

Pour toi ne t’inquiète pas beaucoup si tu ignores les courbes que décrivent les astres et les relations réciproques des corps célestes et des corps terrestres. Contemple la beauté du monde et loue les desseins du Créateur. Contemple et aime Celui qui t’a fait. Sois surtout fidèle à ce point: Aime Celui qui t’a fait, parce qu’il t’a fait à son image pour l’aimer.

3. Mais s’il est étonnant qu’à ces sages occupés de la créature, qu’à ces sages qui ont cherché le Créateur avec négligence et sans pouvoir le trouver, aient été cachées les vérités dont parlait le Christ quand il disait: «Ces choses ont été cachées aux sages et aux prudents;» il est plus étonnant encore que des sages et des prudents se soient rencontrés qui aient pu connaître Dieu. «La colère de Dieu, est-il écrit, éclate du ciel sur l’impiété et l’injustice de ces hommes qui retiennent la vérité dans l’injustice.» Quelle est cette vérité qu’ils retiennent dans l’injustice? «C’est que ce qui est connu de Dieu est manifeste en eux.» Manifeste par quel moyen? Le voici: «Dieu le leur a manifesté.» Mais comment le leur a-t-il manifesté, puisqu’il ne leur a pas donné sa toi? Comment? «En effet, ses perfections invisibles, rendues compréhensibles, depuis la création du monde, par les choses qui ont été faites, sont devenues visibles.»

Il y eut donc des hommes, qu’il ne faut comparer ni à Moïse, le serviteur de Dieu, ni à ces nombreux prophètes qui contemplaient et saisissaient ces merveilles, avec le secours de l’Esprit-Saint, de cet Esprit qu’ils avaient puisé à longs traits avec leur foi et leur piété, et dont ils s’étaient nourris intérieurement; il y eut, dis-je, des hommes différents qui purent s’élever par le moyen de la créature à la connaissance du Créateur et dire des oeuvres de Dieu: Voilà ce qu’il a fait, ce qu’il gouverne, ce qu’il maintient; et après avoir tout créé il remplit tout de sa présente. Ils ont pu tenir ce langage; car c’est d’eux que saint Paul rappelle le souvenir dans les Actes des Apôtres. Après avoir dit que nous avons en Dieu la vie, le mouvement et l’existence, comme il parlait à ces Athéniens parmi lesquels avaient vécu ces savants illustres, l’Apôtre ajoute aussitôt: «Ainsi que l’ont dit quelques-uns d’entre vous.» Or ce qu’ils ont dit n’est pas de peu d’importance, c’est que «nous avons en Dieu la vie, le mouvement et l’existence. (Ac 17,28

4. D’où vient donc qu’il ne faut pas les comparer aux prophètes, et qu’ils sont justement blâmés et accusés? Ecoute les paroles de l’Apôtre que j’avais commencé de rapporter: «La colère de Dieu éclate du haut du ciel sur toute l’impiété,» sur l’impiété de ceux mêmes qui n’ont pas reçu la loi: «sur toute l’impiété et sur l’injustice de ces hommes qui retiennent la vérité dans l’injustice.» Quelle vérité? «Que ce qui est connu de Dieu est manifeste en eux.» Qui l’a rendu manifeste? «Car Dieu le leur a manifesté.» Comment? «Ses perfections invisibles, rendues compréhensibles, depuis la création du monde, par les choses qui ont été faites, sont devenues visibles, aussi bien que son éternelle puissance et sa divinité.» Pourquoi les a-t-il manifestées? «Afin que ces hommes soient inexcusables.» Mais en quoi sont-ils coupables, s’il a voulu les rendre inexcusables? «En ce que connaissant Dieu ils ne l’ont point glorifié comme Dieu.»

5. Que dites-vous: «Ils ne l’ont point glorifié comme Dieu? – Ils ne lui ont point rendu grâces.» – Glorifier Dieu, c’est donc lui rendre grâces? – Sans aucun doute. Qu’y a-t-il de pire que l’ingratitude envers Dieu dans un être qui est créé à son image et qui le connaît? Oui – 311 – sûrement, glorifier Dieu, c’est lui rendre grâces. Les fidèles savent en quel lieu et à quel moment on dit: Rendons grâces au Seigneur notre Dieu. Or qui rend grâces à Dieu, sinon celui qui élève son coeur vers le Seigneur? Aussi ces hommes déclarés inexcusables sont réellement coupables, parce que connaissant Dieu ils ne l’ont pas glorifié comme Dieu ni ne lui ont rendu grâces. Et qu’est-il arrivé? «Ils se sont évanouis dans leurs pensées.» Pourquoi se sont-ils évanouis, sinon pour avoir été orgueilleux? La fumée aussi s’évanouit en montant, et le feu brille et chauffe d’autant plus qu’il s’alimente plus près de terre. «Il se sont évanouis dans leurs pensées, et leur coeur insensé s’est obscurci.» Quoique plus élevée que le feu, la fumée n’est-elle pas noire?

6. Considère enfin ce qui suit, voici le point capital: «En se disant sages, ils sont devenus fous (Rm 1,18-22).» Ils se sont arrogés ce qu’ils avaient reçu de Dieu, et Dieu leur a repris ses dons. Il s’est caché à ces orgueilleux, lui qui s’était révélé clairement à eux pendant qu’ils cherchaient le Créateur dans la créature.

Le Sauveur dit avec raison: «Vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents;» soit à ceux qui dans leurs investigations multipliées et leurs actives recherches sont parvenus à connaître la créature mais nullement le Créateur; soit à ceux qui connaissant Dieu ne l’ont pas glorifié comme Dieu, ne lui ont pas rendu grâces et n’ont pu le voir qu’imparfaitement et sans utilité, à cause de leur orgueil. «Vous avez donc caché ces choses aux sages et aux prudents, et vous les avez révélées aux petits.» A quels petits? Aux humbles. «Sur qui repose mon Esprit? Sur l’homme humble et paisible qui redoute mes paroles (Is 66,2).» Pierre a redouté ces paroles; elles n’ont pas été redoutées par Platon. Conserve donc, pécheur, ce qu’a perdu le grand philosophe. «Vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents, et vous les avez découvertes aux petits.» Vous les avez cachées aux superbes et révélées aux humbles.

Quelles sont ces choses? Quand le Sauveur parlait ainsi, il n’avait en vue ni le ciel ni la terre; il ne les montrait pas du doigt en tenant ce langage. Qui ne voit en effet le ciel et la terre? Les bons les voient comme les méchants; car Dieu fait lever son soleil sur les méchants comme sur les bons (Mt 5,45). Quelles sont donc ces vérités? C’est que «toutes choses m’ont été données par mon Père (Mt 11,27).»

Source : ZENIT.ORG, le 7 juillet 2023

Aimer Dieu, ce n’est pas aller contre l’homme, par Mgr Follo

La création d'Adan de Michel-Ange Chapelle Sixtine
La Création D’Adan De Michel-Ange Chapelle Sixtine

Aimer Dieu, ce n’est pas aller contre l’homme, par Mgr Follo

Quel plus beau cadeau peut-on obtenir de Dieu que Dieu lui-même ?

Rite Romain

2 R 4, 8-11.14-16a ;  Ps 88 ;  Rm 6, 3-4. 8-11 ;  Mt 10, 37-42.

1°) La primauté de l’amour du Christ – Aimer son prochain en Dieu

Le début de l’Évangile d’aujourd’hui : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi » (Mt 10, 37) semble incompréhensible pour ne pas dire inhumain. Et aussi les deux versets suivants : « Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. Qui a trouvé sa vie la perdra ; qui a perdu sa vie à cause de moi la trouvera » (Mt 10, 38-39) ne sont pas non plus facilement compréhensibles. Si nous raisonnions comme les Juifs et les Grecs d’il y a deux mille ans, nous considérerions ces paroles du Christ comme insensées et scandaleuses.

Essayons d’en comprendre la sagesse pleine de bon sens, en tenant compte de ce que Saint Paul affirme : « Alors que les Juifs demandent des signes et que les Grecs sont en quête de sagesse, nous proclamons nous, un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens ; mais pour ceux qui sont appelés, Juifs et Grecs, c’est le Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes » (1 Cor 1, 22-25).

En premier lieu, pour avoir cette capacité de compréhension, nous devons demander au Christ de nous envoyer son Esprit afin qu’il nous aide à lire les Écritures avec la même intelligence et le même amour qu’il a eus quand il les expliquait aux disciples sur la route d’Emmaüs. A la lumière des Saintes Écritures, le Christ aida les deux disciples d’Emmaüs à découvrir la présence de Dieu dans les événements choquants de sa condamnation et de sa mort. Ainsi la croix qui semblait être la fin de toute espérance, a finalement été comprise par eux comme source de vie et de résurrection.

En second lieu, gardons présent que l’Évangile d’aujourd’hui nous dit que :

  • l’amour envers Jésus doit surpasser l’amour envers le père et la mère ainsi qu’envers les enfants (Mt 10, 37);
  • la croix fait partie de la vie des disciples de Jésus (Mt 10, 38);
  • il faut perdre sa vie pour pouvoir la posséder (Mt 10, 39);
  • Jésus s’identifie au missionnaire et au disciple (Mt 10, 40-41) ;
  • le plus petit des gestes fait au plus petit des plus petits (par exemple offrir un verre d’eau) obtient la récompense la plus grande : le Christ lui-même.

A la lumière de cela, nous pouvons comprendre que l’amour du Christ ne s’oppose pas à l’amour de nos proches. Jésus ne nous demande pas tant de les aimer moins que de les aimer en lui.

En résumé : le Christ nous demande de ne pas placer devant Dieu ce que Dieu nous a donné. Regardons par exemple le témoignage d’Abraham à qui il fut ordonné de tuer son fils unique et qui, entre son fils et Dieu, choisit Dieu. « Parce que même ce que Dieu te donne de plus grand, tu ne dois pas le mettre devant Celui qui te l’a donné. Et quand Dieu voudra te l’enlever, ne te laisse pas abattre, parce qu’il faut aimer Dieu gratuitement. Quel plus beau cadeau peut-on obtenir de Dieu que Dieu lui-même ? » (Saint Augustin, Discours 2, 4). Et en même temps que son Alliance, Dieu « redonna » à Abraham son fils. En effet, c’est seulement rapporté à lui que nos liens et nos affections humaines trouvent fondement et protection.

Le Rédempteur assainit et sanctifie l’amour humain en l’élevant dans son cœur. En donnant la primauté à l’amour que nous avons pour Lui, nos relations sont converties, guéries et rendues vraies.

Dans la croix pascale de sa mort et de sa résurrection, tout renaît saintement, même l’amour entre le père et le fils, entre le mari et la femme. La primauté demandée par le Seigneur est le principe garant de toute relation libérée de toute déviation idolâtrique : seul Dieu est Dieu.

2°) La primauté de l’amour du Christ en famille

Quand le Messie dit de lui-même que nous devons l’aimer plus que notre père et que notre mère, il n’entend pas annuler le quatrième commandement qui est le premier grand commandement à l’égard des personnes.(1) Et nous ne devons pas non plus penser qu’après avoir accompli un miracle pour les époux de Cana, après avoir consacré le lien conjugal entre l’homme et la femme, après avoir ressuscité le fils d’une veuve et la fille d’un centurion en les rendant à la vie familiale, le Seigneur nous demande de nous détacher de ces liens.

Au contraire, quand le rédempteur affirme la primauté de la foi et de l’amour de Dieu, il ne trouve pas une comparaison plus significative que celle des affections humaines.

L’invitation à mettre les liens familiaux dans le domaine de l’obéissance de la foi et de l’alliance avec le Seigneur ne les gêne pas ; au contraire, elle les protège, les libère de l’égoïsme, les met à l’abri de la dégradation, les sauve pour la vie qui ne meurt pas.

« Quand les sentiments familiaux se laissent convertir au témoignage de l’Évangile, ils deviennent capables de choses impensables, qui font toucher du doigt les œuvres de Dieu, ces œuvres que Dieu accomplit dans l’histoire, comme celles que Jésus a accomplies pour les hommes, les femmes, les enfants qu’il a rencontrés. Un seul sourire miraculeusement arraché au désespoir d’un enfant abandonné, qui recommence à vivre, nous explique mieux que mille traités théologiques l’action de Dieu dans le monde. Un seul homme et une seule femme, capables de risquer et de se sacrifier pour le fils de quelqu’un d’autre et pas seulement pour le leur, nous expliquent des choses de l’amour que beaucoup de scientifiques ne comprennent plus. Et là où il y a ces sentiments familiaux, naissent ces gestes du cœur qui sont plus éloquents que les mots. Le geste de l’amour… Cela fait réfléchir » (Pape François).

Enfin, en plus de nous demander d’aimer nos proches en Dieu, c’est à dire de vivre l’amour dans l’Amour, le Christ dans l’Évangile d’aujourd’hui nous enseigne qu’il suffit de peu pour accomplir un geste d’amour : « Celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche, à l’un de ces simples petits en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis : non il ne perdra pas sa récompense. » Tout geste d’amour, d’accueil, même le plus simple, le moins engageant, celui qui apparemment ne compte pas, comme un verre d’eau donné à qui le demande, n’est pas évalué selon les critères de l’économie moderne, de l’utilité, du rendement ; s’il est fait avec amour et par amour, il ne perdra pas sa récompense devant Dieu.

3°) La primauté de l’amour chez les vierges consacrées

L’enseignement du Christ qui est présenté aujourd’hui dans l’Évangile peut être résumé ainsi :

  1. a) Si l’on aime en donnant la primauté à Dieu, rien ne peut nous en séparer.
  2. b) Toute chose a un sens dans l’amour, même un verre d’eau, quand Dieu est à la première place.

A ce point, il est juste de proposer les vierges consacrées comme les témoins particuliers de cette primauté à donner à Dieu. Elles offrent le témoignage privilégié d’une recherche constante de Dieu, d’un amour unique et indivisible pour le Christ, d’un dévouement absolu à la croissance de son règne. Sans ce signe concret de la virginité consacrée, le feu de la charité qui anime l’Église entière risquerait de se refroidir, le paradoxe de l’Évangile de la croix courrait le risque de s’émousser. Ces femmes rendent témoignage que la virginité permet une vie heureuse et vraie, faite de simplicité et d’humilité, de spontanéité et de ténacité, de douceur et de force dans la certitude d’une foi laborieuse dans la charité.

A une humanité égarée sans vrai point de référence, les vierges consacrées uniquement à l’amour de Dieu, témoignent que leur adhésion vitale à leur propre fin, c’est à dire au Dieu vivant, par l’alliance de toutes leurs facultés, par la purification de leurs pensées et par la spiritualisation de leurs sens, a réellement unifié et développé la profondeur et la persévérance de leur vie en Dieu.

En bref, elles témoignent d’une façon lumineuse et singulière que le monde peut être transfiguré et offert à Dieu dans l’esprit des béatitudes.

(1) Les trois premiers commandements se rapportent à Dieu, le quatrième et les six autres qui suivent concernent l’être humain.

Lecture Patristique

Saint Hilaire de Poitiers (+ 367)

Homélie

Le Seigneur, ayant commandé à ses Apôtres de quitter ce qu’ils avaient de plus cher dans le monde, ajouta: Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas, n’est pas digne de moi (Mt 10,38); car ceux qui appartiennent au Christ ont crucifié leur corps avec ses péchés et ses convoitises (cf. Ga 5,24). Nul n’est digne du Christ s’il ne porte pas sa croix, par laquelle nous partageons la passion, la mort, la sépulture et la résurrection du Seigneur. Nul n’est digne de lui s’il ne suit pas le Seigneur afin de vivre de la nouveauté de l’Esprit dans ce mystère de foi.
Qui veut garder sa vie pour soi la perdra ; qui perdra sa vie à cause de moi la gardera (Mt 10,39). Comprenons que, par la puissance du Verbe et le rejet des fautes passées, ce que la vie gagne se transformera en mort, et ce qu’elle perd en salut. Il faut donc assumer la mort dans une vie nouvelle et clouer ses péchés à la croix du Seigneur ; il faut sauvegarder la liberté de proclamer glorieusement la foi en répondant aux persécuteurs par le mépris des choses présentes ; et il faut refuser tout gain funeste à l’âme. Nous devons savoir que personne n’a de droit sur notre âme, et que le bénéfice de l’immortalité s’acquiert moyennant le préjudice subi dans cette courte vie.
Qui vous accueille, m’accueille ; et qui m’accueille, accueille celui qui m’a envoyé (Mt 10,40). Le Christ prodigue à tous les hommes l’amour de la doctrine et son attachement aux commandements. Après avoir signalé le danger que couraient ceux qui n’accueillaient pas les Apôtres, en demandant à ceux-ci de secouer la poussière de leurs pieds en témoignage contre eux, il loue le mérite de ceux qui les accueillent. Leur récompense sera plus grande que pour un service escompté. Puis il nous apprend qu’il a aussi un rôle de médiateur si bien que, lorsque nous recevons le Christ, Dieu se répand en nous par lui, parce qu’il est sorti de Dieu.
Et ainsi, celui qui reçoit les Apôtres, reçoit le Christ. Or, celui qui reçoit le Christ, reçoit Dieu son Père, car dans les Apôtres il ne reçoit rien d’autre que ce qui est dans le Christ, et il n’y a rien d’autre dans le Christ que ce qui est en Dieu. Et en raison de cet enchaînement de grâces, recevoir les Apôtres n’est pas autre chose que recevoir Dieu, puisque le Christ habite en eux et que Dieu habite dans le Christ.

Source : ZENIT.ORG, le 30 juin 2023

Le chrétien n’a pas peur, il a foi et il sait que Dieu veille constamment sur lui

Mgr Francesco Follo
Mgr Francesco Follo

Le chrétien n’a pas peur, il a foi et il sait que Dieu veille constamment sur lui, par Mgr Francesco Follo

Méditation sur les lectures du 12e dimanche du Temps Ordinaire

Avec l’invitation à vivre l’amitié avec le Christ dans l’abandon total, la confiance aimante et la joie

XII Dimanche du Temps ordinaire – Année A – 25 juin 2023

Jr 20,10-13 ; Ps 68 ; Rm 5,12-15 ; Mt 10,26-33

            1) Evangélisation et compassion

La foi nous dit que notre vie est protégée par l’amour de Dieu, qui est Père et, donc, « providence ».

L’évangile d’aujourd’hui confirme cette foi et le Christ nous rappelle que si Dieu prend soin aussi des moineaux, des petites choses comme nos propres cheveux, il le fait certainement avec nous chaque jour.

Dieu n’est jamais absent, il est avec nous à chaque instant de notre vie et Il le sera jusqu’à la fin du monde. Nous le savons, nous sommes dans les mains de Dieu, qui a fait sien le drame de l’homme, en devenant chair pour nous sauver. Il est toujours présent, s’émeut et pleure, participe, se penche sur nos blessures, sèche nos larmes, se baisse sur chacun de nous.

Et pourtant nous vivons souvent dans la peur. En effet, la vérité consolante que Dieu, le visage serein et d’une main sûre, guide notre histoire, trouve paradoxalement dans notre cœur un double sentiment contrastant : d’un côté nous sommes portés à accueillir ce Dieu providence, à avoir confiance en Lui, comme affirme le Psalmiste : « Je tiens mon âme égale et silencieuse ; mon âme est en moi comme un enfant, comme un petit enfant contre sa mère » (Ps 130, 2). Mais de l’autre, nous avons peur et hésitons à nous abandonner à Dieu, Seigneur et sauveur de notre vie, soit parce que, caché par tant de choses, nous oublions ce Dieu providentiel, soit parce que, blessés par les peines et difficultés de la vie, nous doutons de lui comme Père. Dans les deux cas la Providence de Dieu est comme appelée en cause par notre fragile humanité.

Sur cette fine crête entre l’espérance et le désespoir se trouve la parole de Dieu, tellement magnifique qu’elle est en est presqu’incroyable humainement, si vraie qu’elle renforce immensément les raisons d’espérer. Jamais la parole de Dieu n’exerce autant de grandeur et de fascination que lorsqu’elle se confronte à la plus grande question que l’homme, que chacun de nous, se pose : « Quel est mon destin ? ». L’évangile nous dit que Dieu est ici, qu’il est Emmanuel, Dieu-avec-nous (Is 7, 14). Dieu montre avoir « planté sa tente parmi nous » (Jn 1, 14) en Jésus de Nazareth mort et ressuscité, bon Visage du destin, Fils de Dieu et notre frère.

Si nous acceptons cette affirmation que le Christ est le Fils de Dieu qui habite en nous et nous en Lui, nous n’aurons plus peur car la peur est vaincue par notre enracinement dans l’Amour, par notre confiance dans l’Amour.

Si, aujourd’hui, nous accueillons l’invitation du Christ qui, à trois reprises, nous répète de ne pas avoir peur, non seulement nous vivrons en paix parce que notre cœur est consolé, mais nous serons des témoins de son évangile de joie, de compassion, portant sur les places de nos villes et dans l’intimité de nos maisons l’heureuse nouvelle que Dieu est parmi nous et nous dit : « Ne prends pas soin de toi laisse le Seigneur prendre soin de toi ».

La mission naît de la compassion reçue de Dieu et partagée entre nous. Cette compassion n’est pas seulement de dire que quelqu’un nous fait pitié. Le mot « compassion » vient de deux mots (grec et hébreu) qui renvoient aux viscères, à l’utérus de la mère. Eprouver de la compassion est donc quelque chose qui nous prend au plus profond de nous, quelque chose de viscéral et qui est, me paraît-il, l’unique condition pour pouvoir répondre à l’invitation de Jésus à ne pas craindre, à ne pas avoir peur, à avoir confiance en Dieu. La mission, prêcher, comme dit l’évangile du jour, sur les terrasses, n’est possible que dans la mesure où celle-ci ne devient pas un fait d’organisation, mais de compassion.

Donc, il est juste (du moins je l’espère) d’affirmer la première grande invitation que nous fait alors la Liturgie de la Parole de ce dimanche : s’en remettre à Dieu. Dans la première lecture, déjà, Jérémie affirme : « le Seigneur est avec moi… le Seigneur a délivré le malheureux », mais également dans le passage de l’évangile, qui – par des images – nous parle d’une vie, la nôtre, protégée par l’amour de Dieu. D’une histoire, celle de Jérémie, assailli par des amis et ennemis : même ses amis s’en prennent à lui, et pourquoi ? Uniquement parce qu’il a annoncé le visage de Dieu et a exhorté les personnes qui l’écoutaient à s’en remettre uniquement à Dieu. Pour cela, Jérémie a été pris, ligoté, fouetté dans le temple. Pour cela, Jésus a été crucifié.

Mais la vie de Jérémie et celle du Christ montrent qu’avoir confiance en Dieu vaut la peine. Qu’il est raisonnable de vivre cet abandon total et cette amoureuse confidence. Quand nous le faisons, nous faisons l’expérience d’une paix et d’une joie profondes. Et dans les moments de fatigue nous regardons le Christ et la très longue kyrielle de saints et saintes qui l’ont suivi. Cette fois-ci je cite l’exemple de Nicodème qui va trouver Jésus de nuit, par peur. La nuit est le moment idéal pour ceux qui ne veulent pas être vus. Pour ceux qui ne veulent pas qu’on les voit parler avec quelqu’un. Pour ceux qui ont honte de se montrer eux-mêmes, la nuit est le moment idéal. La nuit de Nicodème indique peut-être la peur d’être soi-même. Indique la peur d’être vrai. La nuit de Nicodème indique son incapacité et sa peur à être libre. Il est très beau de voir qu’au moment le plus difficile, Nicodème ira réclamer le corps de Jésus en plein jour : comme s’il le demandait en hurlant d’un toit.

2) Les martyrs : des témoins exemplaires de la Providence, d’une confiance en Dieu jusqu’à en mourir

J’aime bien voir écrit dans l’évangile d’aujourd’hui que rien ne restera caché à Dieu, rien ne lui sera inconnu, ni même la plus petite des souffrances. Pour nous ses « fils » c’est une garantie que même la gêne, ou la souffrance ou, à la limite, le martyre, n’entrent pas dans le dessein de Dieu le Père. L’affirmation : « Pas un seul moineau ne tombe à terre sans que votre Père le veuille » ne veut pas dire qu’il ne nous arrivera jamais de tomber, mais que tout fait partie du dessein providentiel du Père tout-puissant et providentiel. Cela signifie : s’il vous arrive de tomber, Dieu le sait. Dieu est présent dans nos souffrances. Nous ne sommes pas abandonnés, il y a sa présence comme présence de salut, même si en apparence, celle-ci n’est pas perçue, et même si au niveau psychologique cela n’a pas un grand impact, on ne sent pas un grand réconfort ; mais au sein d’une dimension de foi il y a la possibilité de vivre quand même cette présence d’amour de l’Emmanuel, ce Dieu toujours avec nous.

Saint Paul compare les souffrances humaines et cosmiques aux « douleurs d’un enfantement » de toute la création, soulignant les « gémissements » de ceux qui commencent à recevoir l’Esprit et attendent la plénitude de l’adoption, à savoir « la rédemption de notre corps ». Mais il ajoute : « Nous le savons, quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien . . . » et plus loin : « Alors, qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? La détresse ? L’angoisse ? La persécution ? La faim ? Le dénuement ? Le danger ? Le glaive ? », Jusqu’à conclure : « J’en ai la certitude : ni la mort ni la vie . . . ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Rm 8, 22-39). A côté de la paternité de Dieu, qui se manifeste dans la Providence divine, apparaît aussi la pédagogie de Dieu : « Ce que vous endurez est une leçon (« paideia », c’est-à-dire éducation) ! Dieu se comporte envers vous comme envers des fils ; et quel est le fils auquel son père ne donne pas des leçons ? . . . Dieu le fait vraiment pour notre bien, pour nous faire participer à sa sainteté » (cf.  12, 7. 10) (St. Jean Paul II).  Vue donc avec les yeux de la foi, la souffrance aura beau apparaître sous l’aspect le plus sombre du destin de l’homme sur terre, elle laissera transparaitre le mystère de la divine providence, contenu dans la révélation du Christ, et en particulier dans sa croix et dans sa résurrection.

L’important est de découvrir à travers la foi la puissance et la « sagesse » de Dieu le Père qui, avec Jésus Christ, nous conduit sur les sentiers salvifiques de la divine providence. Se confirme alors le sens des paroles du psalmiste : « Le Seigneur est mon berger . . . Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi » (Ps 22, 1. 4).

Quelle que soit l’expérience nous amène à faire ce que « humainement « nous appelons le destin, nous devons chrétiennement l’appeler Providence, et surmonter avec confiance notre ignorance et collaborer avec amour à l’œuvre rédemptrice de Dieu le Fils. Que son saint Esprit puisse témoigner dans notre cœur que nous sommes vraiment les fils de Dieu, et qu’il est raisonnable d’accepter tous les événements de la « main » de Dieu.

Le testament écrit par le prieur de l’Abbaye de Tibhirine quelques mois avant d’être martyrisé en est un sublime exemple : « S’il m’arrivait un jour – et ça pourrait être aujourd’hui – d’être victime du terrorisme qui semble vouloir englober maintenant tous les étrangers vivant en Algérie, j’aimerais que ma communauté, mon Église, ma famille, se souviennent que ma vie était DONNÉE à Dieu et à ce pays.

Qu’ils acceptent que le Maître Unique de toute vie ne saurait être étranger à ce départ brutal. Qu’ils prient pour moi : comment serais-je trouvé digne d’une telle offrande ? Qu’ils sachent associer cette mort à tant d’autres aussi violentes, laissées dans l’indifférence de l’anonymat.

 Ma vie n’a pas plus de prix qu’une autre. Elle n’en a pas moins non plus. En tout cas, elle n’a pas l’innocence de l’enfance. J’ai suffisamment vécu pour me savoir complice du mal qui semble, hélas, prévaloir dans le monde et même de celui-là qui me frapperait aveuglément.

 J’aimerais, le moment venu avoir ce laps de lucidité qui me permettrait de solliciter le pardon de Dieu et celui de mes frères en humanité, en même temps que de pardonner de tout cœur à qui m’aurait atteint » (cf. texte complet proposé à la place de la lecture patristique)

A ce stade il ne nous reste plus qu’à prier pour que dans la certitude de l’amour de Dieu nous trouvions la réponse à ces questions auxquelles nulle sagesse humaine ne peut répondre. Prions donc ainsi : « le fait que tu m’aimes est une réponse à toute question — fais en sorte que je le sente quand arrive l’heure de l’épreuve » (Romano Guardini)»

3) Les vierges consacrées : témoins de la Providence

Dans les deux paragraphes précédents j’ai cherché à expliquer que la providence divine se révèle comme Dieu marchant aux côtés de l’homme.

En tenant compte de l’Ancien Testament[1], j’ai essayé de montrer que le sens des paroles du Christ atteint une plénitude encore plus grande. Le Fils les prononce en effet en « scrutant » tout ce qui a été dit sur la question de la Providence, et rend ainsi un témoignage parfait au mystère de son Père : mystère de providence et de soin paternel, qui prend dans ses bras toute créature, même la plus insignifiante, comme l’herbe du champ ou les moineaux. Plus que l’homme, donc.

Mais il faut considérer que chacun de nous doit non seulement être reconnaissant au Créateur pour cet acte providentiel à notre égard, mais que nous avons aussi le devoir de coopérer par le don reçu de la providence. On ne peut donc se contenter des seules valeurs du sens, de la matière et de l’utilité. On doit chercher surtout « le royaume de Dieu et sa justice » car « toutes ces choses (les biens terrestres) vous seront données par surcroît » (cf. Mt 6, 33).

La consécration des Vierges est un exemple de cette coopération au dessein d’amour providentiel de Dieu. En se donnant totalement à Dieu, elles deviennent le reflet de Sa pensée et de Son amour dans les choses et dans l’histoire, se laissent imprégner de la charité et de la sagesse de Dieu, qu’elles partagent avec leurs frères et sœurs en humanité.

D’où cette prière prononcée par l’évêque durant le rituel de consécration des OV : « Seigneur notre Dieu, toi qui veux demeurer en l’homme, tu habites ceux qui te sont consacrés, tu aimes les cœurs libres et purs … regarde Seigneur nos sœurs : en réponse à ton appel, elles ont remis entre tes mains leur décision de garder la chasteté et de se consacrer à Toi pour toujours. Accorde, Seigneur, ton soutien et ta protection à celles qui se tiennent devant toi, et qui attendent de leur consécration un surcroît d’espérance et de force … Par la grâce de ton Esprit Saint, qu’il y ait toujours en elles : prudence et simplicité, douceur et sagesse, gravité et délicatesse, réserve et liberté. Qu’elles brûlent de charité et n’aiment rien en dehors de toi ; qu’elles méritent toute louange sans jamais s’y complaire ; qu’elles cherchent à te rendre gloire, d’un cœur purifié, dans un corps sanctifié ; qu’elles te craignent avec amour, et, par amour, qu’elles te servent. En toi, Seigneur, qu’elles possèdent tout parce qu’elles t’ont choisi Toi seul, au-dessus de tout » (RCV 38).

Testament de Père Christian De Chergé,

Prieur de l’abbaye de Tibhirine,

Ce moine fut martyrisé avec six autres moines trappistes en Algérie, en mai 1996.

Quand un A-DIEU s’envisage…

S’il m’arrivait un jour – et ça pourrait être aujourd’hui – d’être victime du terrorisme qui semble vouloir englober maintenant tous les étrangers vivant en Algérie, j’aimerais que ma communauté, mon Église, ma famille, se souviennent que ma vie était DONNÉE à Dieu et à ce pays. Qu’ils acceptent que le Maître Unique de toute vie ne saurait être étranger à ce départ brutal. Qu’ils prient pour moi : comment serais-je trouvé digne d’une telle offrande ? Qu’ils sachent associer cette mort à tant d’autres aussi violentes, laissées dans l’indifférence de l’anonymat.

Ma vie n’a pas plus de prix qu’une autre. Elle n’en a pas moins non plus. En tout cas, elle n’a pas l’innocence de l’enfance. J’ai suffisamment vécu pour me savoir complice du mal qui semble, hélas, prévaloir dans le monde et même de celui-là qui me frapperait aveuglément. J’aimerais, le moment venu avoir ce laps de lucidité qui me permettrait de solliciter le pardon de Dieu et celui de mes frères en humanité, en même temps que de pardonner de tout cœur à qui m’aurait atteint. Je ne saurais souhaiter une telle mort. Il me paraît important de le professer. Je ne vois pas, en effet, comment je pourrais me réjouir que ce peuple que j’aime soit indistinctement accusé de mon meurtre. C’est trop cher payer ce qu’on appellera, peut-être, la « grâce du martyre » que de la devoir à un Algérien, quel qu’il soit, surtout s’il dit agir en fidélité à ce qu’il croit être l’Islam.

Je sais le mépris dont on a pu entourer les Algériens pris globalement. Je sais aussi les caricatures de l’Islam qu’encourage un certain islamisme. Il est trop facile de se donner bonne conscience en identifiant cette voie religieuse avec les intégrismes de ses extrémistes. L’Algérie et l’Islam, pour moi, c’est autre chose, c’est un corps et une âme. Je l’ai assez proclamé, je crois, au vu et au su de ce que j’en ai reçu, y retrouvant si souvent ce droit fil conducteur de l’Évangile appris aux genoux de ma mère, ma toute première Église. Précisément en Algérie, et, déjà, dans le respect des croyants musulmans. Ma mort, évidemment, paraîtra donner raison à ceux qui m’ont rapidement traité de naïf, ou d’idéaliste : « Qu’il dise maintenant ce qu’il en pense ! » Mais ceux-là doivent savoir que sera enfin libérée ma plus lancinante curiosité. Voici que je pourrai, s’il plaît à Dieu, plonger mon regard dans celui du Père pour contempler avec Lui ses enfants de l’Islam tels qu’Il les voit, tout illuminés de la gloire du Christ, fruits de Sa Passion investis par le Don de l’Esprit dont la joie secrète sera toujours d’établir la communion et de rétablir la ressemblance en jouant avec les différences.

Cette vie perdue totalement mienne et totalement leur, je rends grâce à Dieu qui semble l’avoir voulue tout entière pour cette JOIE-là, envers et malgré tout. Dans ce MERCI où tout est dit, désormais, de ma vie, je vous inclus bien sûr, amis d’hier et d’aujourd’hui, et vous, ô mes amis d’ici, aux côtés de ma mère et de mon père, de mes sœurs et de mes frères et des leurs, centuple accordé comme il était promis ! Et toi aussi, l’ami de la dernière minute, qui n’aura pas su ce que tu faisais. Oui, pour toi aussi je le veux ce MERCI, et cet « À-DIEU » envisagé de toi. Et qu’il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux, en paradis, s’il plaît à Dieu, notre Père à tous deux.

AMEN ! Inch’Allah !  »

 Algérie, 1 décembre 1993
Tibhirine, 1 janvier 1994

[1] Par exemple, le psaume 90 : « Quand je me tiens sous l’abri du Très-Haut et repose à l’ombre du Puissant, je dis au Seigneur : « Mon refuge, mon rempart, mon Dieu, dont je suis sûr ! » . . . Oui, le Seigneur est ton refuge ; tu as fait du Très-Haut ta forteresse . . . Puisqu’il s’attache à moi, je le délivre ; je le défends, car il connaît mon nom. Puisqu’il s’attache à moi, je le délivre ; je le défends, car il connaît mon nom. Il m’appelle, et moi, je lui réponds ; je suis avec lui dans son épreuve » (Ps 90, 1-2. 9. 14-15),

Source : ZENIT.ORG, le 23 juin 2023

Dans l’Eucharistie le Christ se fait nourriture, médicament et ami de notre conversation, par Mgr Follo

Fête-Dieu 14 juin 2020, capture @ Vatican Media
Fête-Dieu 14 Juin 2020, Capture @ Vatican Media

Dans l’Eucharistie le Christ se fait nourriture, médicament et ami de notre conversation, par Mgr Follo

Fête-Dieu – Corpus Domini

Rite romain

Dt 8, 2-3.14-16 ; Ps 147 ; 1 Cor 10, 16 – 17 ; Jn 6, 51 – 58

1) Étonnement pour un don immense.

Dimanche dernier, nous avons célébré la Trinité, mystère d’Amour qui est source inépuisable de Vie qui se donne et se communique incessamment. Il fait de nous sa demeure où chaque chose retrouve Dieu, écoute Dieu, murmure Dieu, espère et aime Dieu. « Dieu est amour : c’est pour cela que Lui est Trinité… L’amour suppose un qui aime, un qui est aimé et l’amour même (Saint Augustin, De Trinitate, VIII, 10, 14). Le Père est, dans la Trinité, celui qui aime, la source et le début de tout ; le Fils est celui qui est aimé ; le Saint Esprit est l’amour avec lequel ils s’aiment.

Aujourd’hui, Fête-Dieu, solennité du très Saint Corps et Sang du Christ ou Corpus Domini comme on l’appelle encore, nous sommes invités à célébrer dans l’étonnement le mystère de la présence réelle du Seigneur dans l’Eucharistie qui nous donne la nourriture et la boisson du ciel, pour alimenter notre vie terrestre et pour affronter le chemin vers la vie céleste.

Aujourd’hui l’Eglise célèbre non seulement l’Eucharistie mais la porte aussi en procession. Ce que le Rédempteur nous a donné dans l’intimité du cénacle, nous le manifestons aujourd’hui ouvertement parce que l’amour du Christ n’est pas réservé à certains mais est destiné à tous. Aujourd’hui nous annonçons publiquement que le sacrifice du Christ est pour le salut du monde entier. Et cela ne vaut pas pour le passé. Le fait que Dieu ait aimé les hommes jusqu’au point d’envoyer son Fils pour les racheter de leur condition misérable, n’est pas un passé à regretter comme étant désormais fini : en effet il se déverse dans le présent. Cet amour est actuel, vif et opératoire aujourd’hui de manière étonnante.

Aujourd’hui l’Eglise nous invite à entrer avec étonnement dans ce « mystère de la foi », que le prêtre – chaque fois qu’il célèbre la Messe – synthétise avec les ineffables paroles de Jésus avec lesquelles le grand don de Lui-même se réalise : « Prenez et mangez, ceci est mon corps. Prenez et buvez ceci est le calice de mon sang. Faites ceci en ma mémoire » (Lc 22,16.)

Dans son encyclique sur l’Eucharistie, Saint Jean-Paul II manifestait cet étonnement en écrivant de cette façon : « Lorsque je pense à l’Eucharistie, parcourant ma vie de prêtre, d’ évêque, de successeur de Pierre, je me rappelle spontanément tous les moments et tous les lieux où je l’ai célébrée… la cathédrale de Wawel, la basilique Saint -Pierre… dans les chapelles situées sur les sentiers de montagne, près des lacs, au bord des mers, je l’ai célébrée sur des autels construits dans les stades, dans les places des villes. Ce scénario si varié m’en fait expérimenter fortement le caractère universel et, pour ainsi dire, cosmique. Oui, cosmique. Parce que lorsque l’Eucharistie est célébrée sur le petit autel de campagne, elle est toujours célébrée, dans un certain sens, sur l’autel du monde. Elle unit le ciel et la terre. Elle comprend et imprègne toute la création. Le Fils de Dieu s’est fait homme pour restituer – dans un suprême acte de louange -toute la création à Celui qui l’a crée à partir de rien. C’est vraiment cela le Mysterium Fidei que l’on célèbre dans l’Eucharistie ; le monde, sorti des mains de Dieu créateur, retourne à lui, sauvé par le Christ (Lettre Enc. Ecclesia de Eucharistia, 8)

Dans la messe et par le don de Jésus dans l’Eucharistie, chacun de nous doit vivre la même merveille, joie et gratitude dont St Jean-Paul II parle dans le passage que je viens de citer. Mettons-nous en adoration devant ce grand mystère et de miséricorde. Le Christ ne pouvait pas faire plus pour nous. Vraiment, dans l’Eucharistie, le Rédempteur nous montre un amour qui va jusqu’ à l’extrême (cf. Jn 13,1), un amour qui ne connaît pas de mesures ni de limites. Cet aspect de charité universelle du sacrement eucharistique est fondé sur les paroles mêmes du Sauveur. En l’instituant, il ne s’est pas limité à dire « Ceci est mon corps », « Ceci est mon sang », mais il a ajouté, « donné pour vous… versé pour vous… » (Lc 22,19-20). Il n’affirma pas seulement que ce qu’il leur donnait à manger et à boire était son corps et son sang mais il en a exprimé la valeur sacrificielle, en rendant présent, d’une manière sacramentelle, son sacrifice qui se s’accomplirait sur la croix, quelques heures après, pour le salut de tous.

2) Mendier le Corps du Christ crucifié 

Dans l’Eucharistie Jésus est présent non pas comme une chose mais comme une personne, comme un « moi » qui se donne à un « toi ».

Lorsque nous recevons la communion, nous tendons la main pour recevoir le Seigneur de la vie, nous sommes donc des mendiants qui tendent leurs mains pour demander la charité du pain de vie éternelle. Reconnaissons être des pauvres qui recevons tout. Encore plus, nous recevons le Tout qui n’est pas une chose mais quelqu’un qui se donne à nous. Recevoir le pain de vie est une communion de personnes, nous rencontrons le Christ et son coeur parle à notre cœur.

Dans cette rencontre eucharistique le Rédempteur ne parle pas seulement, mais il agit : « C’est le Christ qui y agit, qui est sur l’autel ». C’est un don du Christ qui se rend présent et nous rassemble autour de lui, pour nous nourrir de sa Parole et de sa vie. A travers l’Eucharistie, le Christ veut entrer dans notre existence et l’imprégner de sa grâce. Nous vivons donc l’Eucharistie avec un esprit de foi, de prière, de pardon, de pénitence, de joie partagée, de préoccupation pour les nécessiteux et pour les nécessités de beaucoup frères et soeurs, dans la certitude que le Seigneur accomplira ce qu’il nous a promis : la vie éternelle » (Pape François). La vie est la relation d’amour avec le Père qui la donne et avec les frères qui sont des fils comme toi, cela c’est déjà la vie éternelle, c’est la vie de Dieu, et c’est celle que Jésus veut nous communiquer.

A travers l’Eucharistie, il se produit une relation de communion pleine entre nous et Jésus parce que nous pouvons expérimenter ce Dieu qui a tant aimé le monde au point tel de donner son propre fils pour que le monde vive. « Manger le pain vivant… manger le corps… » : manger la chair, manger l’Amour, manger Dieu : tout est extrêmement concret et tout est d’une densité infinie. Manger l’Amour incarné de Dieu pour que Dieu continue à s’incarner et la chair de l’homme expérimente la vie de Dieu : l’amour de l’homme devienne l’Amour de Dieu er resplendisse sa gloire. Tout est Dieu et tout est si concrètement humain. Tout est merveilleux : tout requiert « seulement » le courage de croire à l’Amour infini de Dieu dans l’obscurité de la croix de Jésus.

L’Hostie est étroitement liée à la Croix. « Dans l’Eucharistie le Christ actualise toujours et à nouveau le don de Lui-même qu’il a fait sur la croix. Toute sa vie est un acte de total partage de lui par amour » (Pape François).

L’Eucharistie est par excellence le sacrement de la Passion et de la mort du Christ. Jésus l’institua dans un excès d’Amour, la nuit où il fut trahi, quand, après avoir béni et frappé le pain et après avoir béni le vin, les distribua aux apôtres en disant : « Faites ceci en mémoire de moi ». La Sainte Messe renouvelle mystiquement la Mort du Christ, en proclame le Résurrection dans l’attente de sa venue.

Toutefois, il faut tenir compte que le sacrifice du Christ est un sacrifice de communion et de louange.

Déjà dans l’Ancien Testament, parmi les différents types de sacrifices, il y avait celui qui était appelé « sacrifice de communion » ou « offrande de paix » parce qu’il voulait exprimer l’union entre Dieu et le donateur par une offrande de remerciement1. La victime était partagée entre Dieu, le prêtre et le donateur. La partie destinée à Dieu était brûlée sur l’autel. Le fidèle mangeait devant Yahvé, presque en sa compagnie. C’était le repas sacrificiel dans lequel s’établissait une communion spirituelle, une alliance entre Yahvé et le donateur. Ici, l’idée de « manger2 à la table du Seigneur », avec Lui, comme ses invités est très claire.

Pendant la Messe, le remerciement est l’aspect le plus significatif et – d’une manière surprenante – on le trouve dès le début. Notons que Jésus, même avant de ressusciter Lazare, lève les yeux et dit : « Père, je te remercie de m’avoir écouté » (Jn 11,41). Il remercie, avant de faire le miracle, certain que le Père le fera.

En transformant sa propre mort en sacrifice de remerciement, Jésus nous fait comprendre que, pour lui, Sa passion est un don du Père, que c’est sa glorification (cf. Jn 12, 28-33 ; 13, 31-32).

La mort elle-même est transformée en victoire ; Jésus vainc la mort avec la mort ; sa mort devient un sacrifice de remerciement.

L’eucharistie du dimanche ou de chaque jour devraient avoir pour effet de transformer, par le Christ, toute la vie en un perpétuel sacrifice de remerciement et nous faire vivre chaque événement comme un don. Je dis bien « devrait » parce que souvent nous nous approchons avec distraction, par habitude, ou avec prétention, par vanité. L’Eucharistie est un don de Miséricorde que nous pouvons recevoir après avoir demandé pardon et après avoir dit : « Seigneur, je ne suis pas digne de participer à ta table : mais dis seulement une parole et je serai sauvé ».

L’Église a choisi comme dernier moment de préparation à la réception de l’eucharistie, de reprendre les paroles du centurion romain de Capharnaüm lorsqu’il demanda à Jésus de guérir son fidèle serviteur malheureusement paralysé et très souffrant : « Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit mais dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri » (Mt 8,8). L’attitude d’extrême humilité et de profonde confiance qui caractérisa la demande de cet officier païen qui demandait l’intervention salvifique du Christ chez lui – une vraie profession de foi – veut et doit être l’attitude de nous tous, prêtres et fidèles (ces paroles doivent être dites par le prêtre ensemble, avec les fidèles) quand nous sommes en train de recevoir le Seigneur dans notre cœur.

3) Les vierges consacrées et l’Eucharistie.

Il est certain qu’aucun de nous n’est « digne » de Jésus, de sa présence et de son amour, mais nous savons, dans la foi, qu’il nous suffit même d’un seul son, signe, d’une parole, d’un seul regard et que Lui peut nous sauver.

Attentives à cette parole et avec les yeux du cœur ouverts pour recevoir ce regard, les vierges consacrées sont des témoins significatives de cette humilité qui fait que le Christ prenne sa demeure dans le coeur humain et soit porté dans le monde.

Au sacrifice eucharistique du Christ, ces femmes unissent leur sacrifice comme don exclusif d’elles-mêmes au Christ, de cette façon elles manifestent d’une manière spéciale la dimension eucharistique de la vie quotidienne de chaque chrétien.

Le sacrifice est nécessaire à la vraie vie qui pour être telle, doit être vécue eucharistiquement. Tout le monde peut imaginer la force de cette tentation dans le panorama culturel actuel. Les sirènes de notre temps chantent la mélodie d’une vie sans sacrifice dans les liens d’affection, au travail…. Et de cette façon, en pratique elles condamnent les hommes à rester enfermés dans les épreuves de leur vie quotidienne, en leur donnant l’illusion que ces épreuves ne devraient pas exister.

Comment comprendre et vivre cette « étrange nécessité du sacrifice » ? En faisant l’expérience du don de soi et de la gratuité.

Il existe un rapport entre le renoncement et la joie, entre le sacrifice et la dilatation du coeur. Le sacrifice accompli par amour chaste ouvre le coeur, atteste l’amour préférentiel pour le Seigneur et symbolise, de la façon la plus éminente et absolue, le mystère de l’union du corps mystique à son Corps, de l’épouse à son éternel époux. La virginité consacrée, enfin, rejoint transforme et pénètre l’être humain dans son intime, par une mystérieuse ressemblance avec le Christ qui dans l’Eucharistie nous offre son Corps, Pain de vie.

Lecture Patristique

Saint Augustin d’Hippone

Sermon 131

ANALYSE. – Quel qu’avantageuse que fut la promesse de l’Eucharistie, plusieurs n’y crurent pas. C’est que la grâce est nécessaire pour croire, pour mener une sainte vie et pour persévérer dans le bien. Pourquoi revenir si souvent sur ce sujet ? C’est que plusieurs aujourd’hui le méconnaissent parmi les Chrétien ; eux-mêmes. Déjà les Juifs attribuaient à la grâce la rémission des péchés, la guérison des langueurs de l’âme, l’exemption de la corruption et le couronnement des mérites. Et aujourd’hui que le Sauveur à répandu la grâce par tout l’univers, on peut la méconnaître comme la méconnaissaient les Pharisiens ? Mais la cause est jugée, car Rome a parlé.

Nous avons entendu le Maître de la vérité, le Rédempteur divin, le Sauveur des hommes recommander à nôtre amour le sang qui nous a rachetés. Car en nous parlant de son corps et de son sang, il a dit que l’un serait notre nourriture et l’autre notre breuvage. Les fidèles reconnaissent ici le Sacrement des fidèles. Mais qu’y voient les catéchumènes ?

Afin donc d’exciter notre ardeur pour une telle nourriture et pour un breuvage si divin, le Sauveur disait : « Si vous ne mangez ma chair et si vous ne buvez mon sang, vous n’aurez pas en vous la vie, » et c’est la Vie même qui parlait ainsi de la vie, et pour celui qui accuserait la Vie de mentir, cette vie deviendrait la mort. Ce fut alors que se scandalisèrent, non pas tous les disciples, mais un grand nombre et ceux-ci (538) disaient en eux-mêmes : « Ce langage est dur, qui peut le supporter ?» Mais le Seigneur vit tout en esprit, il entendit le bruit de leurs pensées, et pour leur apprendre qu’il avait entendu leurs murmures intérieurs et les déterminer à y mettre un terme, il répondit avant même qu’ils eussent parlé. Que leur dit-il ? « Cela vous scandalise ? Et si, vous voyez le Fils de l’homme remonter où il était d’abord ?» Qu’est-ce à dire, Cela vous, scandalise ? Croyez-vous que je vais couper mes membres en morceaux afin de vous les donner ? Et «si vous voyez le Fils de l’homme remonter où il était d’abord ?» Vous comprendrez sûrement, en le voyant remonter tout entier, qu’il n’était pas consumable.

C’est ainsi qu’il nous dorme avec son corps et avec son sang une alimentation salutaire et qu’il résout en quelques mots l’importante question de son incorruptibilité. Vous qui mangez, mangez donc réellement ; buvez aussi, vous qui buvez ; ayez faim, ayez soif ; mangez la vie, buvez la vie. Manger ce corps, c’est se nourrir, mais se nourrir sans rien retrancher de ce qui nourrit. Qu’est-ce aussi que boire ce sang, sinon puiser le vie ? Mange la vie, bois la vie : ainsi tu l’acquerras en la laissant tout entière. Mais pour y parvenir, pour trouver la vie dans le corps et le sang du Christ, chacun doit manger et boire véritablement et d’une manière toute spirituelle, ce qu’il reçoit dans le Sacrement d’une manière sensible. Effectivement, nous avons entendu dire au Seigneur : « C’est l’esprit qui vivifie et la chair ne sert de rien. Les paroles que je vous ai adressées sont esprit et vie : mais il en est parmi vous, poursuit-il, qui ne croient pas. » C’était ceux qui disaient : « Ce langage est dur ; qui peut le supporter ?» Oui, il est dur, mais pour les durs ; il est incroyable, mais pour les incrédules.[1] Zebah selamin en hébreux, eucharisto en grec

2 Cela s’accomplie dans le geste de Jésus qui mange avec le pécheur et, surtout, dans l’Eucharistie. Le sacrifice de louange (Toda = merci) décrit en Lv 7,11-17, revient souvent dans les Psaumes (cf. Ps 22 ;116, 107…). Le schéma est simple : une personne se trouver dans un danger, invoque le Seigneur, en promettant un sacrifice de remercîment, l’aide désirée arrive, la personne va au Temple pour offrir le sacrifice promis.

Source : ZENIT.ORG, le 9 juin 2033

Trinité cela veut dire que Dieu, s’il est unique, n’est pas solitaire, par Mgr Follo

Icône de l'Hospitalité d'Abraham, dite de la Sainte-Trinité, copie de l'icône d'André Roublev @ wikimedia commons
Icône De L’Hospitalité D’Abraham, Dite De La Sainte-Trinité, Copie De L’icône D’André Roublev @ Wikimedia Commons

Trinité cela veut dire que Dieu, s’il est unique, n’est pas solitaire, par Mgr Follo

Dieu est amour très pur, infini et éternel.

Solennité de la Trinité – Année A – 4 juin 2023

Rite Romain
Ex 34,4-6.8-9 ; Dn 3,52-56 ; 2Cor 13,11-13 ; Jn 3,16-18

1) « Le Père est l’Amant, le Fils est l’Aimé, l’Esprit Saint est l’Amour » (St Augustin).
Le dogme de la Trinité n’est pas le fruit d’imaginations poétiques, n’est pas le résultat
d’élucubrations philosophiques. Il n’est pas non plus une froide formulation théologique, qui
donne le prétexte de dire qu’il est un mystère si détaché de notre vie que plus d’un chrétien se
sent tranquillement autorisé à l’ignorer. Le mystère de la Trinité est, oui, un grand mystère, qui
dépasse notre imagination, mais il parle profondément à notre cœur, car dans son essence il n’est
autre que l’explicitation de cette dense expression de saint Jean : « Dieu est amour » (1 Jn 4,
8.16). Si Dieu est amour, il ne peut être solitude en lui-même. Car dans une relation d’amour il
faut être au moins deux. N’aimer que soi n’est pas de l’amour, mais de l’égoïsme. Dieu Amour est
donc quelqu’un qui aime depuis toujours et quelqu’un qui depuis toujours est aimé et rend cet
amour : un éternel Amant, un éternel Aimé et un éternel Amour.
L’Amant c’est Dieu le Père, infiniment libre et généreux en amour, que rien ne motive à aimer que
l’amour.
L’Aimé, l’éternel Aimé, est Celui qui accueille depuis toujours l’amour : qui est « gratitude
éternelle », qui est « merci sans début ni fin », le Fils dans l’amour.

L’Amour c’est l’Esprit Saint, dans lequel Leur amour est toujours ouvert à se donner, à « sortir de
soi » : c’est pourquoi on dit de l’Esprit qu’il est un « don » de Dieu, source vive de l’amour, feu qui
allume en nous la capacité de rendre l’amour par l’amour.
Ce mystère d’amour est concret et plus près de nous que nous le pensons, et nous le vivons
concrètement quand, surtout dans les moments les plus importants, dans les moments les plus
critiques, où nous avons le plus besoin de Dieu, nous faisons le signe de croix. Par ce geste sacré,
presque sans nous en rendre totalement compte, nous invoquons le Dieu Un et Trine, en disant :
« Au nom du Père, du Fils, du Saint Esprit ». Non seulement nous invoquons le Dieu Trinité pour
qu’il nous aide, mais nous Le louons en disant « Gloire au Père, et au Fils et au Saint Esprit …
Amen », prière que Sainte Thérèse de Calcutta récitait souvent en ces termes : « Gloire au Père-
Prière, et Fils-Pauvreté, et au Saint-Esprit-Zèle pour les âmes. Amen-Marie ».

2) Liturgie de louanges.
Aujourd’hui, donc, la Liturgie de l’Église nous invite à célébrer la solennité de la Très Sainte Trinité,
qui n’est pas un dogme abstrait, n’influe pas sur notre vie. Le dogme de Dieu Un et Trine nous
enseigne que Dieu est Amour éternel et infini: « Dieu est amour » (Id.) : Il nous révèle que Dieu ,
« est une communion de Personnes divines, lesquelles sont l’une avec l’autre, l’une pour l’autre ;
cette communion est la vie de Dieu, le mystère d’amour du Dieu vivant » (Pape François), mais
nous révèle aussi que nous qui sommes faits à l’image et la ressemblance de ce Dieu, nous
sommes appelés à vivre cette communion avec Dieu, en Lui et pour Lui, et entre nous. D’ailleurs
l’amour est vraiment lui-même dans la relation avec un autre qui le constitue : « Pour pouvoir être
charité, l’amour doit tendre vers un autre » (Saint Grégoire le Grand).
Aujourd’hui, l’Église nous fait contempler le merveilleux mystère dont nous provenons et vers
lequel nous allons, mais nous invite aussi, encore une fois, à vivre chaque jour cette « communion
avec Dieu et entre nous sur le modèle de la communion divine. Nous sommes appelés à vivre non
pas les uns sans les autres ou contre les autres, mais les uns avec les autres et pour les autres »
(Pape François).
Aujourd’hui, la Liturgie de l’Église nous fait célébrer la fête de la Trinité comme une louange à Dieu
non seulement pour ce qu’Il fait pour nous, mais pour comment Il est en Lui-même et pour nous.
Dieu est amour très pur, infini et éternel. Il est Créateur et Père miséricordieux, Il est un seul Fils,
Sagesse éternelle, incarné, mort et ressuscité pour nous. Dieu est Esprit Saint, Il fait tout bouger,
l’histoire et le monde, vers la pleine récapitulation finale, afin que tous les hommes puissent dire
de tout leur être « notre Père ».
Aujourd’hui, en cette Solennité, d’un côté, nous sommes appelés à « contempler pour ainsi dire le
Cœur de Dieu, sa réalité profonde, qui est celle d’être Unité dans la Trinité, totale et profonde
communion d’amour et de vie » (Benoît XVI). De l’autre, nous sommes invités à prier pour que
Dieu Un et Trine soutienne notre foi, « nous inspire des sentiments de paix, d’espérance, et nous
donne le désir, la grâce, de nous engager dans les événements quotidiens » (Pape François), en
faisant de nous des « levains » de communion et de consolation, de miséricorde et de pardon, de
grâce et de compassion.
Cela implique que nous prenions au sérieux l’invitation que le Christ encore aujourd’hui nous fait,
en accueillant et témoignant l’Évangile de l’amour. De vivre l’amour de Dieu et envers notre
prochain, en partageant joies et souffrances, en apprenant à demander pardon et à l’accorder.
Il nous est demander d’édifier l’Église afin qu’elle soit de plus en plus « un peuple rassemblé par
l’unité du Père, du Fils et du Saint Esprit ». Cette belle définition de saint Cyprien (De Orat.Dom. 23; cf. LG  4) nous introduit dans le mystère de l’Église, rendue communauté de salut par la présence
du Dieu Trinité. Comme l’ancien peuple de Dieu, celle-ci est guidée dans son nouvel exode par la
colonne de nuée pendant la journée et par la colonne de feu pendant la nuit, symboles de la
présence constante de Dieu.

2) La Trinité dans notre vie.
Toute la vie chrétienne est accompagnée par la Trinité. Je dirais plus, et j’espère bien dire, la
Trinité est « l’étoffe » de notre vie. En effet, nous sommes baptisés (=plongés) dans le nom du Père, du Fils et du Saint Esprit et « nous sommes appelés à partager la vie de la Bienheureuse
Trinité, ici-bas dans l’obscurité de la foi, et, au-delà de la mort, dans la lumière éternelle »
(Catéchisme de l’Église catholique, 263).
Et pas seulement le baptême, mais également tous les autres sacrements de l’Église, sont conférés
avec le signe de la croix et au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit.
En effet, nous sommes tous confirmés avec l’onction au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit.
Dans le sacrement de pénitence nous sommes pardonnés pour nos péchés au nom du Père, du Fils
et du Saint-Esprit.
Toujours en ce nom les époux sont unis en mariage et leur amour est élevé en celui de Dieu qui se
fait garant de leur fidélité réciproque.
Dans l’Eucharistie le Dieu Trinité, qui est en lui-même amour (cf. 1 Gv 4,7-8), s’implique
totalement dans notre condition humaine. Dans le pain et dans le vin consacrés se trouve toute la
vie divine qui nous rejoint et entre à faire partie de nous dans la forme du sacrement.
Dans l’ordination sacerdotale, les prêtres sont consacrés au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit.
Grâce à cela, le prêtre se trouve inséré dans la dynamique trinitaire avec une responsabilité
particulière. Son identité jaillit du ministère de la Parole et des Sacrements, lequel ministère est en
relation essentielle avec le ministère de l’amour salvifique du Père (cf. Gv 17,6-9.24 ; 1Cor 1,1
; 2Cor 1,1), avec l’être sacerdotal du Christ, qui choisit et appelle personnellement son ministre à
rester avec Lui (cf. Mc 3,15), et avec le don de l’Esprit (Cf. Jn 20,21) » (Congrégation pour le Clergé,
Directoire pour le Ministère et la vie des Prêtres, 11 Février 2013).
Dans la maladie et à la dernière heure, au moment de l’onction, le prêtre recommandera notre
âme au nom du Père qui nous a créés, du Fils qui nous a sauvés et de l’Esprit Saint qui nous a
sanctifiés.
De cette façon toute notre existence de chrétiens est prise dans le rayonnement de la Trinité, qui
habite en nous dans un état de grâce : « Nous viendrons à lui – nous a promis Jésus – et établirons
notre demeure en Lui ».
Si être demeure de Dieu, habitation vivante de la Trinité, est la vocation de tout chrétien, ça l’est
tout particulièrement pour les Vierges consacrées.
Ces femmes, en s’en remettant complètement aux mains de l’évêques, témoignent de manière
spéciale la dimension trinitaire de la vie chrétienne.
En effet, la virginité est en quelque sorte une déification de l’homme : « Quelle plus grande
louange faire de la virginité que de monter par là qu’elle déifie d’une certaine manière ceux qui
participent à ses purs mystères, au point qu’ils communient à la gloire de Dieu, seul véritablement
Saint et immaculé, admis dans sa familiarité par la pureté et l’incorruptibilité » (Saint Grégoire de
Nysse, De Virginitate, 1, 1-2; 256 s.)

La virginité provient donc de la Trinité et se vit dans la Trinité, liée comme elle est à la génération
du Fils par le Père, portée en don aux hommes par le Verbe qui vient dans le monde de la même
façon qu’il a été créé par le Père, à savoir virginalement, par une Vierge. Ainsi, chez le chrétien, la
virginité produit les mêmes effets que ceux qui se sont vérifiés « chez Marie, l’Immaculée, quand
toute la plénitude de la divinité qui était dans le Christ brilla en elle (…). Jésus ne vient plus par sa
présence physique, mais vit spirituellement en nous et, avec lui, il nous apporte le Père » (Ibid., 2).
Cet idéal de vie caractérisé par la virginité au moins spirituelle est proposé à tous les chrétiens, aux
chrétiens mariés aussi, comme une exigence de perfection, naturellement. Mais Grégoire de
Nysse et les autres Pères voient clairement que ceux qui choisissent, toujours par don de Dieu, la
virginité également physique en s’abstenant du mariage, en imitant Jésus et Marie, retrouve
l’intégrité originelle dans laquelle l’homme a été créé ou, comme affirme le saint évêque de Nysse,
la condition « du premier homme dans sa première vie » (Ibid., 12, 4. 4 ; 416 s).

Lecture Patristique
S aint Jean Chrysostome  (347- 407)

Homélie

Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne
périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle ( Jn 3,16 ).
Vous voyez la cause de l’avènement du Fils de Dieu : il est venu pour que tous ceux qui devaient
périr trouvent, par la foi en lui, l’accès au salut. Qui aurait pu imaginer une générosité pareille, au-
delà de tout éloge ? Par le don du baptême, Dieu accorde à notre nature le pardon de tous nos
péchés ! Non seulement ici la pensée est impuissante, mais la parole est incapable de dénombrer
les autres bienfaits de Dieu. Si nombreux qu’ils soient, je suis obligé d’en omettre encore
davantage. Que serait-ce donc, si l’on songeait encore à ce chemin de la conversion que Dieu, dans
son indicible amour des hommes, a donné au genre humain, ainsi qu’à ses prescriptions
merveilleuses grâce auxquelles, si nous le voulons, même après le bienfait du baptême, nous
pourrons attirer la grâce d’en haut !
Vous voyez, mes enfants, l’abîme des bienfaits de Dieu ! Vous voyez combien leur énumération est
longue, bien que nous n’en ayons encore rappelé qu’une faible partie ! Comment, en effet, le
langage humain pourrait-il dénombrer tout ce que Dieu a fait pour nous ? Mais si grands et si
nombreux que soient ces bienfaits, ils sont plus ineffables et plus grands encore, ceux qu’il a
promis pour le vie future à ceux qui marchent sur le chemin de la vertu. Et, pour nous montrer en
peu de mots l’excès de leur grandeur, saint Paul nous dit : Ce que personne n’avait vu de ses yeux
ni entendu de ses oreilles, ce que le cœur de l’homme n’avait pas imaginé, ce qui avait été préparé
pour ceux qui aiment Dieu ( 1Co 2,9 ).
Voyez-vous l’excellence de ces bienfaits ? Voyez-vous comme ils sont au-dessus de toutes les idées
de l’homme ? Ce que le cœur de l’homme n’avait pas imaginé, c’est l’expression de saint Paul. Si
nous voulons récapituler toutes ces merveilles, si nous voulons en rendre grâce selon nos forces,
nous pourrons attirer sur nous encore plus de grâces divines et grandir en vertu. Le souvenir des
bienfaits de Dieu nous aide à affronter les labeurs de la vertu, à mépriser les biens terrestres, pour
nous ouvrir à l’auteur de tous ces dons et augmenter, de jour en jour, l’amour que nous lui
témoignons.

Source : ZENIZ.ORG, le 2 juin 2023

De la confusion de Babel à la symphonie de l’unité à la Pentecôte, par Mgr Follo

Mosaïque de la Pentecôte dans la basilique cathédrale de Saint-Louis (Missouri USA) avec les apôtres et Marie (2019)

Mosaïque De La Pentecôte Dans La Basilique Cathédrale De Saint-Louis (Missouri USA) Avec Les Apôtres Et Marie (2019)

De la confusion de Babel à la symphonie de l’unité à la Pentecôte, par Mgr Follo

Méditation sur la Pentecôte

Le jour de la Pentecôte, invoquons l’Esprit Saint dont le fruit « est amour, joie, paix, patience, bonté, bonté, fidélité, douceur et maîtrise de soi » (Gal 5, 22)

Pentecôte – Année A – 28 mai 2023

Ac 2, 1-11 ; Ps 103 ; 1 Co 12, 3-7.12-13 ; Jn 20, 19-23

1) La signification chrétienne de la Pentecôte

Cinquante jours après Pâques, la liturgie nous fait célébrer la Pentecôte, c’est à dire la descente de l’Esprit Saint sur l’Église naissante et sur l’Église d’aujourd’hui. Nous ne faisons pas mémoire d’un fait survenu il y a environ 2000 ans, mais d’un événement qui se répète parce que « l’Église a besoin d’une Pentecôte perpétuelle ; elle a besoin de feu dans les cœurs, de parole sur les lèvres, de prophétie dans les regards » (Paul VI).

Nous célébrons donc aujourd’hui la fête annuelle de la venue de l’Esprit Saint ; mais c’est tous les jours que nous devons avoir l’Esprit Saint dans le cœur. « Ne célébrons pas la Pentecôte en un seul jour mais en tout temps, si nous voulons être approuvé et non pas réprouvé par le Seigneur le jour de sa venue. Comme il nous a déjà donné préalablement un gage, qu’il veuille nous conduire à la possession éternelle (des biens). Le Christ en effet a épousé son église et lui a envoyé son Esprit Saint. L’Esprit Saint est comme l’anneau nuptial ; et celui qui a donné l’anneau donnera aussi l’immortalité et le repos. En lui nous aimons, en lui nous espérons, en lui nous croyons » (Saint Augustin, Discours 272 / B pour le Pentecôte).

Malheureusement, pour beaucoup de personnes et dans de nombreux pays où le lundi de Pentecôte est férié, la Pentecôte n’est rien d’autre que le nom d’un long week-end. Et l’on est content que la routine des jours de semaine soit interrompue par celle du temps libre qui offre l’avantage du divertissement, l’illusion peut-être de la liberté mais aussi de vrais moments de profondeur et de satisfaction pour le temps que l’on peut passer avec les personnes aimées.

Il est évident que celui qui vit consciemment ne pourra cependant pas se contenter de passer de façon irréfléchi et passive, du travail au temps libre et du temps libre au travail. De temps en temps, il devra s’arrêter et se demander dans quelle direction se dirige sa vie, vers où se dirigent toutes choses, les hommes et le monde. Il devra assumer un peu ses responsabilités dans le choix de ce mouvement et de cette direction et il ne pourra pas se limiter à participer uniquement à une offre consumériste qui se diffuse constamment, sans se demander d’où elle vient et où elle conduit.

Cette solennité de la Pentecôte est donc une invitation à passer de la logique de la fin de semaine à celle de cette fête pendant laquelle :

-nous faisons mémoire d’un fait survenu dans le passé ;

-nous célébrons un fait qui survient aussi maintenant parmi nous les disciples de Jésus ;

-nous vivons dans l’attente de voir ce qui est rappelé et vécu atteindre sa plénitude dans la vie éternelle.

A la Pentecôte, nous faisons mémoire, nous célébrons et nous vivons ce qui est arrivé à la Vierge Marie, afin que cela arrive aussi à tous ceux qui croient au Christ, lui qui « avec le don de l’Esprit Saint renoue notre relation avec le Père, abîmée par le péché ; il nous délivre de la condition d’orphelin et il nous restitue celle de fils » (Pape François, Homélie du 15 mai 2016).

Des frissons nous viennent rien qu’à l’idée que Dieu :

  • ait non seulement visité la terre, en descendant ici dans le monde,
  • ait non seulement payé avec la croix le prix de son amour pour nous,
  • mais aussi qu’il se donne à nous, qu’il vive en nous. Chacun de nous devient capable de Dieu, accueille Dieu en lui parce qu’en chacun de nous se renouvelle le mystère de notre union avec le Verbe.

Ce que nous rappelons et célébrons aujourd’hui, c’est que le Royaume de Dieu dans lequel Jésus veut nous introduire et auquel nous sommes appelés est un ciel intérieur qui est en nous parce que comme dit Saint Grégoire le Grand : « Le ciel est l’âme du juste ». Et nous sommes justes parce qu’immergés dans le baptême du Christ qui aujourd’hui plonge en nous avec son Esprit.

Notre union à Dieu et l’union de Dieu avec nous se réalisent dans ce don de l’Esprit et c’est dans ce don de l’Esprit qui nous unit à Dieu que se réalise aussi, comme fruit divin de l’union, notre transformation dans le Christ, le fils de Dieu et aussi notre frère. A cet égard le Pape François nous enseigne : « Par le Frère universel qui est Jésus, nous pouvons nous mettre en relation avec les autres d’une manière nouvelle, non plus comme des orphelins, mais comme des fils du même Père, bon et miséricordieux. Et cela change tout ! Nous pouvons nous regarder comme des frères, et nos différences ne font que multiplier la joie et l’émerveillement d’appartenir à cette unique paternité et fraternité. »  (Homélie de Pentecôte, 15 mai 2016)

  • De Babel à la Pentecôte, de la division à lunité

La lumière de la Pentecôte nous conduit à l’essentiel : elle nous révèle la dignité et la vocation qui nous ont été données ; celle d’être des fils destinés à l’immortalité et des témoins de notre égalité dans l’amour et dans le don de nous-même à Dieu et aux frères.

Saint Luc raconte la descente de l’Esprit Saint (1ère lecture Act 2, 1-11) en utilisant les symboles classiques qui accompagnent l’action de Dieu : le vent, le tremblement de terre et le feu. Sous forme de langue, ce feu se pose sur ceux qui sont présents au Cénacle et qui « commencèrent à parler en d’autres langues ». Ainsi le devoir d’unité et d’universalité auquel l’Esprit appelle son Église devient claire.

Avec la venue de l’Esprit à la Pentecôte et la naissance de la communauté chrétienne commence au sein de l’humanité une histoire nouvelle. A la lumière du récit de la tour de Babel nous comprenons mieux l’événement de la Pentecôte dont nous faisons aujourd’hui mémoire. C’est la construction d’une vraie communion entre les personnes qui a commencé à l’intérieur de l’humanité : vraie parce que donnée d’en haut par opération de l’Esprit de Jésus et c’est aussi l’annonce apostolique des grandes merveilles de Dieu. Avec le don de l’Esprit Saint, la semence de l’unité est placée dans le terrain des conflits humains.

La célébration que nous sommes appelés à vivre ce dimanche rend actuel l’événement survenu il y a deux mille ans environ. Par la foi nous en devenons contemporains et nous pouvons témoigner qu’il est la vraie réponse au désir d’unité qui est inhérent au cœur de l’homme.

A Babel, des hommes de même langue ne se comprirent plus. A la Pentecôte, alors et aujourd’hui, en revanche, des hommes de langues différentes se rencontrent et se comprennent. La mission que l’Esprit Saint confie à son Église est d’imprimer dans l’histoire humaine un mouvement de réunification : mouvement autour de Dieu, dans l’Esprit, dans la vérité et dans la liberté.

Même dans l’Évangile d’aujourd’hui (Jn 20, 19-23) il est dit que l’Esprit recrée la communauté des Apôtres, les ouvre à la mission (alors comme aujourd’hui) en rappelant que l’Esprit est don du Christ : « Recevez l’Esprit Saint ».

Saint Jean met en relation étroite la relation entre l’Esprit, la communauté des disciples et la mission d’apporter dans le monde l’Évangile du Christ ainsi que son pardon.

Les vierges consacrées sont appelées de façon particulière à être les témoins de cette miséricorde du Seigneur, dans laquelle l’homme trouve son propre salut. Ces femmes maintiennent vivante l’expérience du pardon de Dieu, parce qu’elles ont conscience d’être des personnes sauvées, d’être grandes quand elles se reconnaissent petites, de se sentir rénovées et enveloppées de la sainteté de Dieu quand elles reconnaissent leur propre péché.

Les vierges consacrées acceptent avec humilité les indications de Saint Cyprien qui s’adresse à elles en les louant dans son livre De habitu virginum où il décrit comment doit être leur comportement : « Maintenant notre discours s’adresse à vous, les vierges dont plus sublime est la gloire, plus grand doit être le zèle ; fleur de la lignée de l’Église, parure et ornement de la grâce spirituelle, descendance élue et joyeuse, œuvre intacte et pure de louange et d’amour, image de Dieu qui représente la sainteté du Seigneur, la plus illustre partie du troupeau du Christ. A travers les vierges et dans les vierges abondamment jouit et fleurit la glorieuse fécondité de la Mère Église ».

Leur vie est à considérer comme une école de confiance en la miséricorde de Dieu et en son amour qui jamais n’abandonne. En réalité, plus on s’approche de Dieu, plus on est proche de lui, plus on est utile aux autres. Les personnes consacrées témoignent de la grâce de la miséricorde et du pardon de Dieu non seulement pour elles mais aussi pour leurs frères, en étant appelées à porter dans leur cœur la prière, les angoisses et les attentes des hommes, spécialement ceux qui sont loin de Dieu.

Lecture Patristique

Rupert de Deutz (+ 1129)

Sur l’évangile de saint Jean, 2, CCM 9, 61-62

Quand le Christ baptise dans le Saint-Esprit, il donne d’abord la rémission des péchés. Mais il donne aussi, en second lieu, l’ornement de diverses grâces. Car il a parlé de la grâce du pardon des péchés le jour de sa résurrection, quand, en soufflant sur ses disciples, qu’il avait déjà lavés de leurs péchés dans son sang, il a dit : Recevez l’Esprit Saint. Et il affirme qu’il le leur donne pour la rémission des péchés puisqu’il ajoute aussitôt : Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis, et ceux à qui vous les maintiendrez, ils leur seront maintenus (Jn 20,22-23).

Sur cette distribution des dons par laquelle, nous venons de le dire, il confère l’ornement de ses grâces, saint Luc nous rapporte, dans les Actes des Apôtres, cette parole de Jésus: Jean a baptisé avec de l’eau; mais vous, c’est dans l’Esprit Saint que vous serez baptisés d’ici quelques jours (Ac 1,5).

Le double don de ce baptême est exprimé par saint Jean Baptiste qui dit, chez les évangélistes Matthieu et Luc : Lui qui vous baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu (Mt 3,11 Lc 3,16). Car il nous baptise par l’Esprit Saint quand la grâce invisible de cet Esprit descend dans la fontaine baptismale et remet tous leurs péchés à ceux qui reçoivent le baptême. Il baptise en outre par le feu lorsqu’il les rend embrasés par la ferveur du Saint-Esprit, forts dans l’amour et constants dans la foi, brillants de science et brûlants de zèle.

Dans cette rémission des péchés, on ne trouve aucune division ; c’est d’une façon égale et uniforme qu’une seule et même grâce vient sur tous, mais en délivrant de toutes nos iniquités et en jetant au fond de la mer tous nos péchés.

Au contraire, dans les dons de la grâce, tous n’en reçoivent pas autant, lorsque l’un reçoit le don de la foi, l’autre le langage de la connaissance de Dieu ou de la sagesse, un autre le don de parler en langues, un autre le don d’interpréter, et ainsi de suite. Mais celui qui agit en tout cela, c’est le même et unique Esprit : il distribue ses dons à chacun, selon sa volonté (cf. 1Co 12,8-11).

Chez les saints du Nouveau Testament, nous voyons ces charismes donnés par celui qui baptise, nous voyons ces marques éclatantes d’un baptême de gloire que nul d’entre eux, d’après l’Écriture, n’a reçu avant d’avoir été baptisé pour la rémission des péchés. Sauf dans le cas de Corneille et de ses compagnons : comme Pierre était encore en train de les instruire, le Saint-Esprit tomba sur eux, et ils se mirent à parler en langues et à glorifier Dieu.

Or, si quelques Pères de l’Ancien Testament ont reçu le don des miracles, beaucoup reçurent le don de prophétie, alors qu’ils n’avaient pas été baptisés en rémission des péchés. Car il est certain que tous furent baptisés quand le Christ, mort sur la croix, répandit un flot de sang et d’eau de son côté percé par la lance, pour la purification de l’Église universelle. Celle-ci englobe tous les hommes, depuis l’origine du monde, depuis le premier des justes, Abel, jusqu’au bandit crucifié avec le Christ, à l’heure même de sa mort. Car, alors que cette effusion si précieuse et si salutaire n’avait pas encore jailli du côté du Christ, ce bandit reconnut qu’il était le Seigneur en croyant à la venue future de son règne, et il acheta son entrée dans celui-ci par cette confession de foi imprévue.

Source : ZENIT.ORG, le 26 mai 2023

La tâche du chrétien est au ciel et sur la terre, par Mgr Follo

L'Ascension du Christ, Giotto, Chapelle des Scrovegni, Padoue (Italie) © DR
L’Ascension Du Christ, Giotto, Chapelle Des Scrovegni, Padoue (Italie) © DR

La tâche du chrétien est au ciel et sur la terre, par Mgr Follo

Méditation sur l’Ascension par Mgr Francesco Follo

Ascension – Année A – 21 mai 2023 (dans de nombreux pays, la fête est célébrée le jeudi 18 mai)

Act 1,1-11; Ps 46; Eph 1,17-23; Mt 28,16-20

1) Une fête pas facile

Il y a quarante jours, nous avons célébré le fait de Pâques: la résurrection du Christ a été pour nous une grande joie. Aujourd’hui, la liturgie propose comme cause de joie Son ascension au ciel: « Aujourd’hui, en fait, rappelez-vous et de célébrer le jour où notre pauvre nature a été élevée en Christ au trône de Dieu le Père » (Saint Léon le Grand, Disc. Ascension 2, 1, 4, PL 54, 397-399).

La fête de l’Ascension ne se réduit pas à une fête étrange où nous est demandé d’être heureux parce que le Christ s’éloigne de nous en s’allant au ciel. Quel est donc le sens de la signification de la « montée » vers le ciel du Christ ressuscité? « Cela signifie croire que dans le Christ l’homme, l’être homme auquel nous participons, est entré, d’une façon nouvelle et inouïe, dans l’intimité de Dieu. Cela signifie que l’homme trouve toujours une place en Dieu. Le ciel n’est pas un endroit au-dessus des étoiles. Il est quelque chose de beaucoup plus audacieux et de plus grand: c’est trouver la place de l’homme en Dieu et cela a son fondement dans la compénétration de l’humanité et de la divinité en Jésus crucifié et élevé au ciel. Le Christ, l’homme qui est Dieu, est à la fois le perpétuel « être ouvert » de Dieu pour l’homme. Il est donc lui-même ce que nous appelons « le ciel » parce que le ciel n’est pas un lieu, mais une personne, la personne de celui en qui Dieu et l’homme sont toujours unis inséparablement » (Joseph Ratzinger, Dogme et Annonce, Paris, Parole et Silence, 2012).

En effet, la dernière phrase de l’Evangile d’aujourd’hui: « Voici, je suis avec vous pour toujours, jusqu’à ce que la plénitude des temps » (cf. Mt 28, 20),  ne contient pas les mots de quelqu’un qui  laisse les siens seuls sur la terre. Ces dernières paroles de Jésus ne sont pas un « adieu », mais elles expliquent que Lui, il est le Seigneur vivant d’une vie sans limites et que chaque jour Il est présent, avec sa parole et son consolant Amour, à son Église, son Corps mystique, jusqu’à l’accomplissement du temps.

Jésus, le Fils de Dieu entre dans l’histoire

  • pour être le « Dieu avec nous » : il réalise complètement sa mission dans le don total de soi en mourant et en ressuscitant,
  • pour être l’Amour qui se révèle infini quand il s’annihile, quand il donne complètement la vie.

L’Ascension est l’accomplissement du mystère de Dieu: en mourant Jésus annule toutes les limites pour être le « Dieu avec nous. » Il est avec nous pour être l’Amour qui sauve notre amour et rend notre cœur capable d’être la demeure de l’Amour.

Donc, d’une part, l’Ascension n’est pas une fête facile à comprendre, car elle fait spontanément naître la question: « Pourquoi être en fête si le bien-aimé en va? » D’autre part, l’Ascension est une fête claire, parce que cette fête « n’est pas un chemin cosmique géographique, mais elle est la navigation spatiale du coeur qui nous guide de la fermeture sur nous-même vers l’amour qui embrasse l’univers » (Benoît XVI). L’Ascension c’est la fête de notre destin qui vise le ciel de l’amour de Dieu, qui élève la terre de notre humanité.

C’est une fête qui nous montre que le ciel et la terre, la possession et le sacrifice, la paix et la fatigue ne sont pas en conflit. Il ne suffit pas que notre existence soit pleinement et sincèrement dirigée vers le ciel, et après vers la terre et après de nouveau  vers le ciel. Notre conduite vers le ciel doit être peu à peu effectuée dans le monde de façon à ce que notre conduite sur la terre révèle celle du ciel. Notre conduite sur la terre doit peu à peu s’élever et devenir prière de désir et cette prière de désir s’éclaire en adoration. Il ne suffit pas que notre vie soit la paix pleinement et véritablement : notre paix devrait être comme la force recueillie de l’effort et de notre travail, comme expiration de la paix.

2) Ascension et mission

Ce destin de paix parfaite dans l’amour est étroitement liée à notre mission: « Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé » (Mt 28, 19-20).

L’Ascension du Christ que saint Matthieu nous raconte à la fin de son évangile, c’est un grand début. Les disciples ont vu Jésus tel qu’Il est, comme ils Le virent dans la Transfiguration. Et ils l’adorèrent, en le saluant en signe de confiance amoureuse et d’abandon total. A partir de cette relation d’amour, ils accueillent l’« ordre» d’aller dans le monde entier à enseigner et en baptiser. Baptiser ne signifie pas verser un peu d’eau sur la tête d’une personne, mais la tremper en Dieu, dans le Dieu de la Vie et, après, enseigner à observer ce qu’il commande. Mais ce que le Christ commande? L’amour. Son commandement est de plonger la personne humaine en Dieu-Amour et leur apprendre à aimer, en se laissant aimer et en donnant de l’amour.

Pour accomplir cette mission de charité selon le cœur du Christ nous devons observer ce qu’il nous demande:

« Allez», c’est à dire dépassez toutes les barrières culturelles et religieuses;

« Faites disciples de toutes les nations », c’est à dire formez un « nouveau peuple des peuples;

« En les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit », c’est à dire : apportez au monde  entier la révélation du nom divin de Dieu: Père, Fils et Saint-Esprit;

« En leur enseignant à observer tout ce que je ai commandé vous » et, par conséquent, annonçant aux hommes toute la révélation de Dieu qui apporte avec elle aussi la révélation même de l’homme. On peut deviner ce que l’homme est vraiment seulement à la lumière de cette révélation de Dieu : seulement dans le mystère du Verbe Incarné s’éclaire vraiment le mystère de l’homme (cf. Gaudium et spes, 22).

Ces indications seraient impraticables sans le Christ qui nous dit à nous aussi: « Voici, je suis avec vous pour tous les jours jusqu’à la fin du monde ». Il est présent à coté de nous et en nous, toujours. Nous, les chrétiens, nous ne plaçons pas notre confiance en nous-mêmes, en nos propres capacités, mais dans la présence du Seigneur.

Avec le Christ, dans le Christ et pour le Christ, nous devenons des témoins fiables partout dans le monde. Il n’y a pas de frontières, de lieux interdits, de personnes auxquelles vous ne puissiez pas ou ne deviez pas porter le témoignage du Christ. Il est le Seigneur de tout et tout le monde, et par conséquent il doit être annoncé à tout le monde et partout.

Dire que Jésus est le « Seigneur de tout » signifie, en d’autres termes, qu’il donne un sens à toutes choses. « Allez et faites des disciples »: la mission présuppose une tâche. Nous n’annonçons pas Jésus en notre propre nom, et nous  n’annonçons encore moins nos pensées, mais seulement « tout ce qu’il a commandé. » Le disciple doit annoncer dans la fidélité la plus absolue et son annonce doit naître d’une écoute.

La mission a besoin d’un départ: « Allez ». Le disciple n’attend pas que les personnes du monde s’approchent à lui: c’est lui qui va à la rencontre des lointains. « Faites disciples toutes les nations »: l’expression est chargée de tout le sens que le mot « disciple » a dans l’Evangile. Il ne suffit pas de livrer un message, mais d’établir une relation de communion. Le disciple est lié à la personne du Maître et est engagé à partager son projet de vie. « Je suis avec vous jusqu’à la fin des temps »: voilà la grande promesse, qui donne le disciple le pouvoir de mener à bien sa mission, d’aller partout dans le monde et prêchant de l’Evangile.

En fait, le Christ ne dit pas: « Prêchez la morale de la sagesse grecque ! » Il ne dit pas, par exemple, d’expliquer l’éthique d’Aristote, non seulement parce que les apôtres étaient sans grande instruction, mais parce que toute sagesse devient peu de chose quand une personne se met à l’école du Christ, qui conduit ses brebis dociles avec amour vers les pâturages éternels de la vérité et de la joie. Ce que le Christ exige des hommes pour pouvoir les faire entrer dans le Royaume de Dieu, ce n’est pas un diplôme d’études ou un certificat de carrière bien faite. Jésus demande un acte très simple et radical: la conversion du cœur et de la renaissance dans la foi et dans le baptême.

« Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé; celui qui ne croira pas, sera condamné. » Tout d’abord, « croire », parce croire c’est l’acte fondamental de la vie chrétienne. Par le croire, par un acte de foi, la personne humaine choisit en pleine liberté le Royaume de Dieu qui lui est offert par le magistère de l’Eglise. Par un acte de foi le chrétien accepte donc toute la vérité à croire: tout ce que le Christ nous a appris sur Dieu et sur l’homme, le péché, et les fins dernières que sont la mort, le jugement et le Paradis.

Croire c’est voir sa propre vie à la seule lumière de ces vérités en acceptant le joug « doux et léger » de la loi de l’amour de Dieu et du prochain,

Enfin, croire c’est vivre par l’esprit et par le cœur, en pensant et en agissant dans la réalité de la vie divine.

En cela, les vierges consacrées sont un exemple. Par leur vie totalement donnée au Christ elles « prêchent » la vérité de l’amour et le vrai amour rédempteur de Dieu. Ces femmes témoignent que la vie chrétienne est liée à l’Ascension, parce que notre vie s’accomplit en allant vers le ciel et elle dépend de la fidélité aux promesses faites au baptême et renouvelées dans la consécration.

En dépit de la fragilité humaine, et avec la certitude que Dieu est fort dans les faibles, les vierges consacrées accompagnent le Christ-Epoux dans son Ascension. Elles se réjouissent de sa glorification, elles vivent dès maintenant la dimension du Paradis et elles nous rappellent que la fête de l’Ascension du Seigneur est la fête liturgique du Paradis qui s’ouvre à l’humanité avec l’entrée solennelle du Christ dans le ciel, à la droite du Père. Dans son adieu, Jésus laissa aux apôtres (et à nous) sa vérité et sa puissance, parce que son Ascension n’était pas un départ, mais une intensification de sa présence jusqu’à ce qu’aux limites extérieures de l’espace et du temps: « Voici, je suis avec vous toujours, jusqu’à la fin du monde « (Mt 28, 20).

Lecture patristique

Saint Augustin d’Hippone

Sermon sur l’Ascension

«Dieu nous a fait régner aux cieux, dans le Christ Jésus»

Aujourd’hui notre Seigneur Jésus Christ monte au ciel ; que notre cœur y monte avec lui.
Écoutons ce que nous dit l’Apôtre : Vous êtes ressuscités, avec le Christ. Recherchez donc les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Le but de votre vie est en haut, et non pas sur la terre. De même que lui est monté, mais sans s’éloigner de nous, de même sommes-nous déjà là-haut avec lui, et pourtant ce qu’il nous a promis ne s’est pas encore réalisé dans notre corps.

Il a déjà été élevé au-dessus des cieux ; cependant il souffre sur la terre toutes les peines que nous ressentons, nous ses membres. Il a rendu témoignage à cette vérité lorsqu’il a crié du haut du ciel : Saul, Saul, pourquoi me persécuter ? Et il avait dit aussi : J’avais faim, et vous avez donné à manger.

Pourquoi ne travaillons-nous pas, nous aussi, sur la terre, de telle sorte que par la foi, l’espérance, la charité, grâce auxquelles nous nous relions à lui, nous reposerions déjà maintenant avec lui, dans le ciel ? Lui, alors qu’il est là-bas, est aussi avec nous ; et nous, alors que nous sommes ici, sommes aussi avec lui. Lui fait cela par sa divinité, sa puissance, son amour; et nous, si nous ne pouvons pas le faire comme lui par la divinité, nous le pouvons cependant par l’amour, mais en lui.

Lui ne s’est pas éloigné du ciel lorsqu’il en est descendu pour venir vers nous ; et il ne s’est pas éloigné de nous lorsqu’il est monté pour revenir au ciel. Il était là-haut, tout en étant ici-bas ; lui-même en témoigne : Nul n’est monté au ciel, sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme, qui est au ciel.

Il a parlé ainsi en raison de l’unité qui existe entre lui et nous : il est notre tête, et nous sommes son corps. Cela ne s’applique à personne sinon à lui, parce que nous sommes lui, en tant qu’il est Fils de l’homme à cause de nous, et que nous sommes fils de Dieu à cause de lui.C’est bien pourquoi saint Paul affirme : Notre corps forme un tout, il a pourtant plusieurs membres ; et tous les membres, bien qu’étant plusieurs, ne forment qu’un seul corps. De même en est-il pour le Christ. Il ne dit pas : le Christ est ainsi en lui-même, mais il dit : De même en est-il pour le Christ à l’égard de son corps. Le Christ, c’est donc beaucoup de membres en un seul corps.

Il est descendu du ciel par miséricorde, et lui seul y est monté, mais par la grâce nous aussi sommes montés en sa personne. De ce fait, le Christ seul est descendu, et le Christ seul est monté ; non que la dignité de la tête se répande indifféremment dans le corps, mais l’unité du corps ne lui permet pas de se séparer de la tête.

Source : ZENIT.ORG, le 16 mai 2023