Méditation du Premier Samedi du mois 7 novembre

Premier Samedi 7 novembre 2026: L’ASSOMPTION

4ème Mystère glorieux : l’Assomption

Fruit du mystère: La grâce d’une bonne mort

Nous pouvons remarquer qu’après la Pentecôte, les Écritures ne disent plus rien sur la vie terrestre de la Sainte Vierge. Un même silence entoure la première apparition du Christ ressuscité à sa Mère. Ces moments n’appartiennent qu’à Dieu, et Il a décidé de ne pas nous les révéler explicitement. Aussi les circonstances de l’Assomption sont-elles restées enveloppées d’une part de mystère. Mais, guidée par l’Esprit Saint, l’Église a progressé dans la compréhension de la Révélation à travers l’enseignement des Docteurs, des saints et des papes.

Ainsi, la fête de l’Assomption fut célébrée dès le VIe siècle. En France, cette dévotion atteignit un sommet le 10 février 1638, lorsque le roi Louis XIII consacra le royaume de France à la Sainte Vierge et fit du 15 août une fête nationale. Enfin, le 1er novembre 1950, le pape Pie XII couronna cette foi transmise au fil des siècles et proclama ex cathedra, dans la constitution apostolique Munificentissimus Deus, le dogme de l’Assomption de la Sainte Vierge, corps et âme, engageant solennellement son infaillibilité pontificale.

Le dogme ne précise toutefois pas les circonstances exactes de la fin de la vie terrestre de la Sainte Vierge. Est-Elle morte ? Comment cela s’est-il passé ? Les Docteurs et les saints qui se sont penchés sur cette question sont presque unanimes : la Sainte Vierge a connu la mort – conviction largement partagée par les catholiques et les orthodoxes. Saint Jean Damascène (VIIIe siècle), cité dans Munificentissimus Deus, saint Germain de Constantinople, saint Modeste de Jérusalem, saint Grégoire de Tours, saint François de Sales et saint Alphonse de Liguori l’ont écrit, en expliquant pourquoi.

Saint Augustin souligne : « Puisque l’Écriture ne fait mention ni de son trépas ni de son Assomption, nous devons chercher dans la raison ce qui, à cet égard, nous semblera plus conforme à la vérité ; car l’autorité n’a point de valeur sans la vérité. Quand donc je considère la condition humaine, je ne crains pas d’affirmer que la bienheureuse Vierge a subi la mort temporelle. »

Alors, contemplons le mystère de la mort de la Sainte Vierge à la lumière des enseignements des saints et des grands prédicateurs. Dans le cadre de la dévotion des Premiers Samedis du mois, où Marie promet de nous assister à l’heure de notre mort, quoi de plus beau que de méditer la manière dont notre Mère du Ciel a elle-même vécu la mort ?

Selon la Tradition, la Sainte Vierge a vécu une vingtaine d’années après la Pentecôte. Nous savons peu de choses de cette période, comme le souligne Mgr Charles Gay dans son texte sur l’Assomption : « La Vierge paraissait fort peu au dehors ; elle n’enseignait point d’Elle-même ; on peut du moins affirmer qu’Elle ne le fit jamais publiquement. »Comme Elle l’avait toujours fait, Marie vivait dans un profond recueillement, menant une vie de prière en union avec son Fils. « Dieu ne pouvait être ni mieux adoré ni plus aimé par une pure créature. Tout en Elle était porté au comble. (…) Chaque seconde voyait éclore de son union toujours croissante avec Dieu un nouveau monde d’amour et de sainteté inconnu jusque-là. (…) Elle appelait Dieu, Dieu l’appelait ; Elle attendait, Dieu l’attendait. » (Mgr C. G., p. 378)

L’Eucharistie fut certainement le sommet de chacune de ses journées. Avec quelle perfection devait-Elle communier ! Elle qui avait porté Jésus neuf mois en son sein le portait de nouveau en Elle, dans une union de cœur avec Lui qu’il est impossible de décrire.

Ce recueillement ne l’isolait pas pour autant. Elle était la Mère de l’Église naissante. Disciples et apôtres la consultaient et venaient nombreux recevoir d’Elle grâces et soutien. « Ceux, en grand nombre, qui avaient eu le bonheur de connaître Jésus étaient, en la voyant, consolés de son absence ; et ceux qui ne l’avaient point connu le pouvaient encore contempler en sa Mère. » Tant qu’Elle demeura sur terre, la Sainte Vierge fut le cœur de l’Église naissante : « La croyance commune de l’Église est qu’Elle eut la place d’honneur au premier des conciles, qui fut celui de Jérusalem. » (Mgr C. G., p. 367)

Puis vint le jour de sa mort. Une question se pose ici : pourquoi Celle qui était l’Immaculée Conception a-t-Elle connu la mort, châtiment du péché originel ? Nous pouvons avancer plusieurs réponses :

L’union à son Fils mort sur la Croix. La Sainte Vierge étant en parfaite union avec Jésus au Calvaire, comment imaginer qu’Elle ait voulu se soustraire à ce qu’Il avait connu ? Par amour, Elle ne pouvait que vouloir vivre et offrir ce moment en union avec Lui.

L’humilité de la mort. Marie, modèle d’humilité, ne pouvait vouloir un traitement différent de celui de tous ses enfants. Malgré les grâces dont Dieu l’avait comblée, Elle ne cherchait pas à en tirer pour Elle-même des privilèges. Bien au contraire, Elle répondait à ces dons de Dieu par son humilité immense et, la mort étant le sommet de l’humilité, Elle la désirait ardemment.

Reine des martyrs. La mort des martyres, endurée librement pour Dieu, « est le chef-d’œuvre de la charité, et ce témoignage héroïque qu’on nomme martyre. (…) Qu’est-elle dès lors pour celui qui s’y livre ? Le dernier trait de ressemblance avec Jésus, l’achèvement de sa beauté surnaturelle, le sceau sacré de ses vertus, son droit imprescriptible à la béatitude. Mais s’il en est ainsi de la mort de tous les saints, que peut être celle de Marie, qui leur est si incomparablement supérieure ? » (Mgr C. G., p. 374) Reine des martyrs, la Sainte Vierge devait aussi être leur modèle dans la mort.

L’assistance de la Sainte Vierge à notre mort. La Sainte Vierge nous a promis de nous assister au moment de notre mort si nous accomplissons sa demande des Premiers Samedis. Comment aurait-Elle voulu refuser la mort et nous priver ainsi de l’exemple parfait d’une bonne mort, Elle qui veut justement nous y aider ? Une mère montre le chemin à ses enfants et veut partager leurs épreuves.

Mais Dieu fixa des limites à cette mort de Marie en la préservant des conséquences corporelles liées au péché. De même qu’Elle n’avait pas connu les douleurs de l’enfantement, Elle ne connut pas la douleur à l’heure de la mort ni le dépérissement de son corps. Si de nombreux saints ont exhalé une odeur merveilleuse à leur mort, combien le corps de Marie a dû être resplendissant !  « D’abord, Elle ne mourut ni de maladie ni de vieillesse. La maladie, fille du péché, ne pouvait avoir d’accès dans une créature plus éloignée du mal que le ciel de l’enfer. » (Mgr C. G., p. 376) Saint François de Sales enseigne que la Sainte Vierge mourut d’amour.

Dieu lui permit aussi de connaître l’instant de sa mort, comme Il l’a fait pour certains saints. Au matin de ce jour, Marie avait sans doute communié, se préparant à retrouver son Fils. «Alors, s’anéantissant dans un dernier acte d’humilité, de révérence et de gratitude sans mesure, la Vierge reçut le congé de délivrer enfin son amour en suivant le suprême élan de son Cœur ; et ayant, pour imiter Jésus jusqu’au bout, dit ou pensé ces mots : “Seigneur, je remets mon âme dans vos mains”, Elle passa de ce monde à l’autre, du temps à l’éternité, du sommet de la grâce au sommet de la gloire. » (Mgr C. G., p. 376)

Selon la tradition que nous suivons ici, cela se passait à Jérusalem. Saint Jean et saint Pierre étaient très probablement présents, peut-être avec d’autres apôtres. Puis, après l’avoir veillée, ils la déposèrent dans un tombeau, comme pour Notre-Seigneur. « Dans la vallée de Josaphat, qui est située entre la montagne de Sion et celle des Oliviers, s’élève une admirable église consacrée à Marie ; on y montre encore un tombeau vide, où, suivant la tradition commune, cette bienheureuse Vierge avait été ensevelie », nous dit saint Jérôme.

C’est là qu’à l’image de son Fils, son corps resta probablement jusqu’au troisième jour. Puis Notre-Seigneur vint chercher ressuscite son corps, faisant monter au Ciel sa Mère, corps et âme, portée par une myriade d’anges. Contemplons avec deux saints cette merveilleuse Assomption :

« C’est en ce jour illustre que la Vierge immaculée fut ravie dans les hauteurs des cieux, où elle est assise sur un trône de gloire, à côté de son divin Fils. (…) Représentons-nous donc toute la cour céleste qui s’empresse d’aller à la rencontre de cette reine environnée d’une lumière étincelante ; au milieu des hymnes et des cantiques, elle est conduite jusqu’à la place sublime qui lui fut préparée avant la création du monde. (…) Le Seigneur des armées, escorté de ses phalanges victorieuses, s’avança lui-même au-devant de sa digne Mère pour lui faire honneur ; et après l’avoir introduite dans son royaume, en lui témoignant une tendre affection, il la fit siéger majestueusement à sa droite. »Saint Jérôme.

« Ce jour de triomphe et de bonheur suprême pour vous, notre douce Reine, est un sujet de réjouissance et d’admiration continuelle pour tous les siècles ; car aujourd’hui, non seulement vous êtes comblée d’une gloire incomparable, mais encore le ciel même avec tout ce qu’il contient est orné d’une gloire nouvelle par votre présence, qui en accroît la splendeur au-delà de toute pensée et de toute expression. Lorsque vous avez pénétré dans ce bienheureux séjour, ô illustre Souveraine, vous l’avez ennobli par l’excellence de vos vertus et de vos mérites, en même temps que vous l’avez enrichi par la surabondance de vos grâces et de vos miséricordes. » Saint Anselme.

Auteur: Régis de Lassus

Source : SALVE-CORDA.ORG