Marco Pontecorvo : « Le message de Fatima est un message pour aujourd’hui »

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Le réalisateur et l’actrice interprétant le rôle de Lucie durant le tournage du film.

Marco Pontecorvo : « Le message de Fatima est un message pour aujourd’hui »

Marco Pontecorvo, le réalisateur du film Fatima, en salles depuis le 6 octobre, se confie à Aleteia. Il explique pourquoi il a voulu faire ce film, ce qui l’a touché dans l’histoire des trois petits bergers et ses choix de mise en scène.

Les apparitions de Fatima demeurent un événement majeur dans la vie de l’Église du XXe siècle. En 1917, la Sainte Vierge apparaît en pleine Première Guerre mondiale à trois petits bergers du Portugal, leur révélant ses espérances et des secrets connus sous le nom des « secrets de Fatima ». Le dernier film du réalisateur Marco Pontecorvo sur Fatima est sans aucun doute le meilleur réalisé à ce jour sur le sujet.

Aleteia : Cela fait un siècle que les apparitions ont eu lieu. En quoi le film peut-il parler aux gens d’aujourd’hui ?
Marco Pontecorvo : Fatima est est une histoire qui peut parler à tous parce qu’elle évoque avant tout la folie de la guerre. Le premier message de la Sainte Vierge au bergers, que l’on y croit ou pas, est : « Arrêtez cette folie de la guerre ». Je pense que c’est un message pour aujourd’hui et qui nous concerne tous ! Ce qui m’intéressait aussi, c’était d’étudier les rapports au sein de la famille et la force de cette enfant qui défend ce en quoi elle croit face à tous, même face à sa mère. C’est quelque chose qui peut arriver tous les jours. Ce qui valait hier ou il y a cent ans, vaut aussi pour aujourd’hui. 

Le thème est assez différent de ce que vous avez fait auparavant. Pourquoi avoir choisi d’aborder les apparitions de Fatima quand les sujets spirituels peinent à attirer le public en France ou en Italie ?
Je ne crois pas que ce film soit avant tout religieux. Il évoque d’abord les relations humaines. Cela n’est pas très éloigné de mon film Pa-ra-da qui évoque l’amitié et le respect. Je suis assez admiratif de cette enfant, Lucie, qui a fait la « guerre » à tout le monde pour dire que ce qu’elle a vu est vrai. C’est ça que j’ai voulu retranscrire. Je n’ai pas voulu faire un film pour affirmer ou non la véracité des apparitions.

Votre mise en scène permet d’accompagner avec justesse l’évolution du rapport de la foule aux apparitions. Celle-ci passe surtout par le jeu magnifique des enfants. Comment avez-vous fait pour les préparer aux rôles ?
Nous avons fait beaucoup d’auditions pour choisir les enfants. Dans Pa-ra-da je travaillais avec de vrais enfants des rues, c’était plus difficile. Avec ces trois enfants, j’ai beaucoup travaillé sur les attitudes. Les enfants d’aujourd’hui ont du mal à imaginer un monde rural tel qu’il était autrefois, où la religion était au centre de la vie et même des jeux. De plus, le rapport à la nature et à la terre était beaucoup plus présent à l’époque. J’ai beaucoup travaillé là-dessus.

Faire un film sur Fatima, était-ce selon vous une manière de redonner la parole aux enfants et de revenir à la pureté du message de Dieu ?
Ce n’est pas moi mais la Vierge Marie qui a choisi ces trois enfants. J’ai simplement tenté de m’appuyer sur le regard que les enfants portent sur le monde. Ils représentent notre futur. Ne pas leur donner cette importance, ne pas les écouter, ne pas regarder les événements à travers leur regard aurait été une erreur. Il y a la foule de pèlerins qui les entoure mais eux et la Madone sont toujours dans un monde qui leur appartient. 

Pourquoi avoir mis l’accent sur le scepticisme, très présent, des parents ? 
L’histoire que Lucie raconte dans ses mémoires est ainsi. Elle dit que sa mère était l’une des plus sceptiques. Elle l’a d’ailleurs frappée de nombreuses fois, et dans le village beaucoup de personnes ne la croyait pas. Il a fallu attendre le miracle du soleil pour que tout change. Lucie a continué de se battre grâce à sa foi. Elle aurait pu y perdre sa famille. Il faut aussi rappeler que le lieu des apparitions se trouvait sur les champs de son père. Les pèlerins ont tout détruit par leur passage et la famille n’avait plus rien à manger. Je trouvais cela important de l’évoquer. 

Avez-vous personnellement la foi ? Aviez-vous le désir que les gens découvrent quelque chose de cet ordre ?
Je crois mais je ne suis pas pratiquant. Personnellement, je pense que les apparitions de Fatima sont vraies mais je ne voulais rien imposer car aucun d’entre nous ne détient la vérité. Je respecte tous les points de vue, mais j’espère apporter une réflexion, notamment à travers les personnages que j’ai créés comme la nature et sa beauté, des personnages à part entière dans le film. Cette enfant, Lucie, se sent en rapport avec le divin, immergée dans la nature. C’est ce que j’ai pu lire dans ses mémoires.

Source: ALETEIA, le 8 octobre 2021

Cinéma : « Fatima », enfin un très bon film sur les apparitions mariales !

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© IMDB

Cinéma : « Fatima », enfin un très bon film sur les apparitions mariales !

Un siècle après les apparitions reconnues de Fatima, le message de la Vierge Marie est toujours d’actualité. Dans son dernier film, le réalisateur Marco Pontecorvo raconte avec brio l’histoire des apparitions mariales mais aussi, et surtout, la force de la foi de ces petits bergers qui pousse à l’admiration.

Fatima, 1917. La Première Guerre mondiale bat son plein en Europe. Dans un coin bien reculé du centre du Portugal, la Vierge Marie apparaît à trois enfants pour leur confier des secrets et les appelle à prier pour la paix. Ils s’appellent Lucie, Jacinthe et Francisco. Ces deux derniers ont d’ailleurs été canonisés par le pape François le 13 mai 2017, et le procès en béatification de Lucie, devenue religieuse et morte le 13 février 2005, est actuellement en cours.


https://youtu.be/j6vHcJ__3Qk

Lors des apparitions de Fatima, trois secrets ont été révélés par la Vierge à Lucie. Parmi eux, la tentative d’assassinat du pape Jean Paul II du 13 mai 1981. Ce film, qui sort une semaine avant l’anniversaire du Miracle du soleil, survenu le 13 octobre 1917, a  le mérite de replacer l’histoire des apparitions dans son contexte historique et de décrire, avec fidélité, la réalité de vie difficile des bergers qui, à l’époque, étaient considérés comme des fous. 

Car les révélations faites aux bergers vont toucher de nombreux croyants mais aussi attiser la colère de l’Église et du gouvernement. Comme tout phénomène inexplicable, les apparitions passent pour des affabulations d’enfants. Malgré tout, le courage de Lucie, la plus âgée des trois, permet à la Vierge Marie de se faire entendre. C’est cette force enfantine, portée par la grâce et la foi, que le réalisateur italien a tenté de montrer à l’écran.

Dès les premières images, le film revient sur ces premiers instants extraordinaires. L’Ange de la Paix apparaît à Lucie, d’abord effrayée, puis intriguée par cette vision lumineuse. Un peu plus tard, alors que le ciel gronde, les enfants assistent à la première apparition de la Vierge Marie. Lors de cette scène, les jeux de lumière sont incroyables et tranchent avec la teneur des messages. Car Marie, bien qu’éclatante et douce, se montre triste : « La guerre doit cesser », dit-elle avec gravité. Bien vite, la rumeur se propage dans le pays et les pèlerins affluent, espérant voir la Sainte Vierge. L’humilité des voyants, tout comme leur générosité à l’égard des pèlerins, les touchent et participent sans doute à leur conversion.

Des apparitions très politiques

En parallèle de ces apparitions, les noms des soldats, tombés au combat, sont égrenés chaque jour sur la place publique. L’occasion pour la mère de Lucie de prier et de confier son fils à la Vierge Marie. Bien que très croyante, cette femme apparaît cependant très dure avec sa fille Lucie et ne veut pas croire aux apparitions. Lui en veut-elle d’avoir plus la foi qu’elle ? D’avoir été choisie par le Ciel ? Sa relation avec son père est également compliquée. Vivant de la terre, celle-là même sur laquelle ont lieu les apparitions et qui est rapidement piétinée par des centaines de pèlerins, il doit vendre une partie de son troupeau pour survivre. Ce contexte familial difficile nous éclaire sur la determination de Lucie et son attachement profond aux choses spirituelles. Jusqu’au bout, elle est prête à transmettre le message de la Vierge, quitte à s’opposer à sa propre famille. 

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Le contexte politique vient, lui aussi, malmener les petits bergers. Au Portugal, les apparitions commencent à déranger les autorités et le phénomène, qui était avant tout spirituel, prend alors une tournure religieuse et politique. Les enfants sont même amenés chez le maire mais face à l’animosité ambiante, ils réussissent à garder leur sang froid. Cette animosité, elle se comprend. Il suffit de relire les messages délivrés par la Vierge Marie : « conversion », « pénitence »… de hautes exigences qui se frottent à la dureté des autorités et des parents de Lucie. 

Le 13 octobre 1917 arrive enfin la dernière apparition. Ce jour-là, 70.000 personnes entourent les voyants. Malgré la menace des autorités, la foi populaire surpasse tout. Ce jour-là, au milieu d’un monde en guerre, la Sainte Vierge répond par un signe d’espérance : un miracle, celui du soleil. Si le film relate avec une grande précision ces apparitions extraordinaires, il a surtout le mérite de montrer le combat exceptionnel de ces trois enfants contre un monde perverti et si loin de la paix. Il se termine d’ailleurs sur une magnifique chanson spécialement composée pour le film : « Gratia Plena » interprétée par la belle voix d’Andrea Bocelli.

Fatima, de Marco Pontecorvo, avec Stephanie Gil, Lucia Moniz, Joaquim de Almeida et Goran Visnjic, 1h58, en salles.

Source: ALETEIA, le 8 octobre 2021