Au Nigeria, le cri du cœur de l’évêque de Nsukka face à la violence

2018.10.11 Monseigneur Godfrey Igwebuike Onah2018.10.11 Monseigneur Godfrey Igwebuike Onah

Au Nigeria, le cri du cœur de l’évêque de Nsukka face à la violence

«Comment prêcher l’amour quand la violence devient la règle?», s’est demandé Monseigneur Godfrey Igwebuike Onah, à la suite de la lapidation à mort, pour «blasphème», de Deborah Samuel Yakubu. L’évêque de Nsukka invite à pleurer et à prier pour le Nigeria, confronté à divers maux.

Christian Kombe, SJ – Cité du Vatican

Il y a une semaine, Deborah Samuel Yakubu, une jeune étudiante chrétienne de l’école Shenu-Shagari dans l’État nigérian de Sokoto, était lapidée à mort par une dizaine d’étudiants musulmans qui l’accusaient de blasphème suite à une note vocale postée sur la messagerie WhatsApp. Alors que ce meurtre a choqué tant au Nigeria que dans le reste du monde, suscitant une vague d’indignations et d’appels à la justice, l’arrestation de deux suspects a provoqué de violentes manifestations à Sokoto pour exiger leur libération, accompagnées d’attaques de commerces et lieux de cultes chrétiens; des attaques dirigées entre autres contre l’évêque du lieu, Mattew Hassan Kukah. Dans un message diffusé lundi 16 mai, Monseigneur Godfrey Igwebuike Onah, évêque de Nsukka, dans l’État d’Enugu (au sud-est) a exprimé sa vive tristesse face aux évènements qui se déroulent dans le pays.

Pleurer et prier pour le Nigeria

«Aujourd’hui, j’aurais préféré ne pas être ici, pour vous prêcher. Aujourd’hui, j’aurais préféré m’enfermer dans ma chapelle, pleurer et prier pour ma nation où les ténèbres se sont abattues», a confié Monseigneur Godfrey Onah. Les pleurs et la prière de l’évêque nigérian vont tout d’abord à l’intention de «Deborah Emmanuel qui a été tuée, parce qu’elle se trouvait dans une partie du Nigeria qu’elle pensait être chez elle, mais qui ne l’était pas». Dans sa tristesse, l’ordinaire de Nsukka a déclaré qu’il voulait également pleurer et prier pour l’Église, au Nigeria comme ailleurs, pour les attaques répétées dont ses membres font l’objet. Faisant référence aux manifestations violentes ayant eu lieu à Sokoto, Monseigneur Onah a exprimé sa sollicitude pour son confrère dans l’épiscopat, «l’évêque Mattew Hassan Kukah, acclamé dans le monde entier comme la voix des sans-voix, qui est maintenant devenu une cible facile pour ces mêmes sans-voix qui le voient comme une partie de leur problème plutôt qu’une partie de la solution».

Prier pour les assassins de Deborah Emmanuel

Monseigneur Onah s’est également tourné vers les assassins de Deborah Samuel, invitant à considérer leur pauvreté et leur misère. Le prélat déclare pleurer et prier pour des gens «laissés délibérément sans éducation et sans emploi afin qu’ils puissent être manipulés, soumis à un lavage de cerveau et instrumentalisés à des fins politiques par des religieux bigots et des politiques égoïstes». Il a par ailleurs mis en garde les leaders religieux qui se complaisent d’une condamnation ambivalente du mal lorsque le coupable fait partie de leur communauté.

Comment prêcher l’amour devant tant de violence?

Pour l’évêque Onah, les maux dont souffre le pays rendent difficile de prêcher l’amour, l’essence du christianisme. «Comment peut-on prêcher l’amour dans un pays où la violence est devenue une règle? Où la haine et l’intolérance sont devenues des normes plutôt que des exceptions? Où la corruption est devenue une culture et une tradition? Où l’impunité est devenue la loi?» s’est-il interrogé. Il a souligné la responsabilité des leaders politiques qui ont laissé le pays s’effondrer et qui sont toujours à la recherche des bouc-émissaires.

La vidéo de ce cri du cœur de Monseigneur Godfrey Igwebuike Onaha a fait le tour des réseaux sociaux, ravivant notamment le choc de la disparition brutale de Deborah Emmanuel Yakubu.

Source: VATICANNEWS, le 19 mai 2022