Une lettre à saint Joseph (3/3) : « sans vouloir te jeter des fleurs, tu m’épates »

Pascal Deloche / Godong

Une lettre à saint Joseph (3/3) : « sans vouloir te jeter des fleurs, tu m’épates »

Par Joseph Challier – Publié le 19/01/21

Alors que le pape François a décrété 2021 comme année dédiée à saint Joseph, Aleteia vous propose de découvrir trois lettres à saint Joseph écrites par Joseph Challier. Cet ancien libraire de 30 ans, passionné par l’évangélisation des jeunes, est l’auteur de plusieurs ouvrages dont le tout récent « Osez la Bible en 365 jours » (Éditions Emmanuel).

Cher saint Joseph,Vient maintenant la présentation de Jésus au Temple. Etais-tu fier ? N’étais-tu pas envahi de cette belle et noble fierté ? Cette présentation du premier garçon était sans doute importante à tes yeux. On t’imagine bien trop souvent comme un bon père catholique. Mais enfin tu étais juif, de lignée royale ! Cette tradition de présentation au temple du premier garçon était de ta responsabilité. Par ailleurs, en inscrivant Jésus dans la tradition juive, tu permettais à l’Ancienne Alliance d’accueillir la nouvelle, et à la nouvelle Alliance de s’inscrire dans l’Ancienne.

Marie avait mis au monde le Sauveur. Toi, Joseph, tu devais t’assurer que le Messie… soit juif. En amenant Jésus au Temple, vous accomplissez ensemble ce passage de témoin.Et pour vous aider, quoi de mieux que de voir deux prophètes croiser votre chemin ? Mesdames et messieurs, faites entrer Anne et Siméon, respectivement prophétesse et prophète. Oui, je t’imagine empli d’une belle et saine fierté, toi l’humble protecteur de la nouvelle alliance, de la voir être adoubée par l’ancienne. Oui, je t’imagine fier, et heureux, de voir ces deux rocs reconnaître en ton fils le Messie attendu.

Que d’espérance leurs paroles ont-elles dû susciter en toi ! Tu as vu, avant même que ton fils devienne adulte, que quelques-uns en Israël accueilleraient bien leur Messie. Quel grand rôle joué par ces prophètes. Et là encore, sans vouloir te jeter des fleurs, tu m’épates. Car ces prophètes et leurs prophéties, Ô combien importantes, tu les as accueillies. Toi, premier protecteur du corps du Christ, au sens propre, tu as accepté ces prophètes.

Quel exemple pour tout responsable d’Eglise, qui se doit d’accueillir et discerner les prophéties pour guider le troupeau. Je t’imagine sur la route du retour prendre et reprendre ces paroles du prophète Siméon : « mes yeux ont vu le Sauveur. » Je vous imagine, toi et ta femme, entonner pour la première fois cette belle prière que Marie a transmise aux apôtres trente ans plus tard. Oui, ces paroles devaient habiter votre prière de couple, puis l’Eglise tout entière jusqu’à aujourd’hui.

Ainsi, nous sommes unis, cher Joseph, lorsque je reprends à mon tour ce cantique de Siméon.Quel enfant mystérieux tout de même. Tout père digne de ce nom est fier de l’unicité de sa progéniture. « Ce chef d’œuvre, le mien, est unique. Une personne unique, fruit de mes entrailles, élevé par mes soins, et pourtant si différent. » Découvrir son enfant relève parfois d’une grande aventure, sans doute une chasse au trésor.

Enfin tout de même : le « cas » Jésus est tout à fait spécial. Joseph, comment as-tu fait ? Père attentif et croyant fidèle, comment as-tu vécu le caractère surprenant de cette enfance ? Homme des deux testaments, tu savais bien qu’il se passait quelque chose derrière cette banale vie de famille. Si ton fils était le Messie, et tu le croyais, qu’allait-il se passer ? et quand ? Un père s’inquiète de l’avenir de son fils, tout en ayant confiance en lui. Toi aussi. A ceci près que la question n’était pas de savoir si Jésus saurait reprendre ou non ton atelier de charpentier, mais plutôt de savoir comment il sauverait le peuple d’Israël ? Première interrogation d’une longue série : comment va-t-il s’y prendre ? Que dois-je lui apprendre ? Comment puis-je l’aider davantage ? Serais-je présent ? Comment réagiront mes frères ?Oui, Joseph, tu as eu affaire à bon nombre de questions de grande importance.

Ce qui me rassure quand j’arrive avec mon flot de dossiers, de sujets pesants pour moi, mais qui doivent te sembler bien peu de choses. Pourtant, tu m’accueilles toujours avec bienveillance. Parfois tu me donnes un coup de main, souvent discret d’ailleurs. Parfois non. Tu me laisses me débrouiller car tu as décelé que j’en avais les capacités. Attitude typiquement paternelle.

A bientôt cher saint Joseph,

Joseph

Source: ALETEIA, le 19 janvier 2021

Une lettre à saint Joseph (2/3) : « Apprends-moi à faire confiance ! »

P Deliss / Godong

Une lettre à saint Joseph (2/3) : « Apprends-moi à faire confiance ! »

Par Joseph Challier

Alors que le pape François a décrété 2021 comme année dédiée à saint Joseph, Aleteia vous propose de découvrir trois lettres à saint Joseph écrites par Joseph Challier. Cet ancien libraire de 30 ans, passionné par l’évangélisation des jeunes, est l’auteur de plusieurs ouvrages dont le tout récent « Osez la Bible en 365 jours » (Éditions Emmanuel).

Cher saint Joseph,Peut-on parler de la première galette des rois de l’Histoire ?! Sans rire, évoquons un peu les rois mages. Quel joyeux bazar a dû être leur arrivée. Car ces messieurs se trimballent en caravane. Aux sympathiques Gaspard, Melchior, et Balthazar, il faut ajouter leurs cuisinières, porteurs, chameliers, animaux… Bref, une joyeuse bande qui dénote un peu dans votre tranquillité, Marie et toi. Tu me diras, vous commencez à avoir l’habitude. Il n’y a pas si longtemps, c’étaient les bergers et leurs troupeaux. Alors, des mages…Comment avez-vous fait pour les recevoir ? Impossible de suivre la coutume d’offrir à manger. Peut-on imaginer tout de même un repas ensemble ? Leur cuisinière est partie d’un peu de votre blé offert et y a ajouté les éléments pour nourrir cette troupe. Avec des épices du monde entier. Et la première galette des rois était née ! Avec la question que tout le monde se pose : « qui a tiré la fève ? » Car c’est bien sûr lors de cette visite mémorable que fut inventée la galette des rois. Bon, j’arrête avec ma fixette, d’autant que je n’aime pas la frangipane. Cette tradition culinaire m’importe moins que la royauté universelle du Christ que représente les mages.

Et puis, quelle humilité ! Le Bon Dieu t‘ayant choisi, toi simple charpentier, comme père terrestre, tu avais saisi depuis longtemps la prédominance de l’humilité dans la venue du Sauveur. Et on peut penser que ça te convenait. La crèche, la mangeoire, les bergers, tu étais dans ton élément. Mais les mages ?! l’or, l’encens, la myrrhe ? Est-ce là l’humilité de Dieu ? Plus d’un à ta place aurait cru à un changement de plan de la part du Patron. Et déliré sur la gloire et l’aisance arrivant enfin, digne du Roi des rois, et de son serviteur au passage, en toute fausse modestie. Mais toi, non, bien sûr. Réellement humble, tu acceptes. Puisque Dieu l’a voulu. Puisque c’est le réel. Et en même temps, j’imagine tes pensées. « Vous êtes bien gentils, mes bons mages, mais ce dont a besoin mon fils, là, c’est d’une couverture et de lait de chèvre ! »

J’imagine aussi la tête du brave vous ayant ouvert sa grange lorsqu’il a découvert après votre départ quelques piécettes d’or dans la paille de son étable sentant l’encens ! Ces présents surprenants me font aussi penser aux talents que le Bon Dieu nous donne. Parfois, nous jugeons ces dons qu’Il désire nous faire. Dans un sursaut de fausse modestie mais d’orgueil vrai, nous sommes alors capables de les refuser. Cher Joseph, aide-moi à tout accueillir de la part du Bon Dieu. S’Il me donne un talent, c’est pour Le servir, Lui et mes frères. Aide-moi, saint Joseph, à passer de l’attitude du propriétaire à celui d’intendant des dons (tiens, c’est drôle à dire, ça, à voix haute). A accueillir les dons avec reconnaissance et disponibilité. Comme toi. Car lorsqu’un ange vous envoya en Egypte, tu as dû apprécier l’or des mages.

Pour réaliser ses prophéties faites à Israël au cours des siècles, le Bon Dieu a pu compter sur l’aide d’un empereur romain mégalomane, d’un roi hébreu furieux et d’un charpentier confiant. Ainsi, ton fils naît à Bethléem. Et v’là Jérémie qui est confirmé : « d‘Egypte, j’ai rappelé mon fils » (Car lorsqu’un ange vous envoya en Egypte, tu as dû apprécier l’or des mages.) Si l’on en croît les Evangiles, et j’ai tendance à les croire, et puis elles disent si peu de choses sur toi qu’on peut espérer qu’elles le disent bien ; tu as obéi pas après pas. Visiblement en confiance. Et voilà la clef : la confiance. Impossible sinon pour toi de reconnaître Dieu dans un songe ou un ange. Tu étais déjà intime de Dieu. Ce qui a permis ton obéissance. Là encore, cher Joseph, c’est une belle leçon. Apprends-moi à faire confiance. Inutile de connaître le plan, je suis là pour poser la partie de la charpente que le Bon Dieu m’a demandé de poser.

Bien à toi, cher Joseph, Joseph

Source: ALETEIA, le 12 janvier 2021