15.05.2022 – HOMÉLIE DU 5ÈME DIMANCHE DE PÂQUES (C) – JEAN 13, 31 – 35

Évangile de Jean 13, 31 – 35

Aimez-vous les uns les autres

Par Fr Raphael Devillers

En entendant aujourd’hui l’ordre de Jésus à ses disciples dans l’évangile de Jean : « Aimez-vous les uns les autres », nous méditons sur la portée de ce « devoir d’aimer » tel qu’il a été peu à peu compris par la tradition.

Première Alliance

Avant d’être une prescription imposée, l’amour (agapè) est une révélation à recevoir et à croire. Au commencement Dieu aime son peuple Israël et il le prouve d’emblée en le libérant de l’esclavage en Égypte, en lui faisant passer la mer, en concluant avec lui une Alliance, en lui donnant une Loi de vie, en le conduisant sain et sauf à travers les dangers du désert, en lui donnant une terre féconde, en lui pardonnant sans cesse ses fautes. Dieu est infiniment miséricordieux et il le prouve par des actes. Au point de départ il y a donc la foi : l’appel à faire confiance, à croire en ce cadeau inestimable de Dieu qui n’est pas la récompense d’une bonne conduite mais absolument gratuit.

En retour, Dieu peut ordonner que son peuple l’aime par-dessus tout: « Écoute, Israël, le Seigneur Dieu est le Seigneur UN…Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de tout ton être, de toute ta force » (Deut 5,5). Et cet amour est un appel à aimer autrui: « Tu aimeras ton prochain comme toi-même »( Lév 19, 18).

Nouvelle Alliance

Jésus survient et ouvre la Nouvelle Alliance : les évangiles montrent successivement comment Jésus précise les engagements dus à cette foi. D’abord, selon Marc, Jésus affirme que ces deux commandements, séparés dans la Bible, sont indissolublement unis et les plus grands : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu…et tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’ y a pas d’autre commandement plus grands que ceux-là » (Mc 12, 29).

Ensuite, selon Matthieu, Jésus révèle que Dieu est vraiment « Père » et il élargit la notion du prochain jusqu’aux ennemis : « Moi je vous dis : aimez vos ennemis, priez pour ceux qui vous persécutent afin d’être vraiment fils de votre Père des cieux » (Matt 5, 43). Et il enseigne que nous serons jugés sur notre amour effectif envers les plus démunis car il s’identifie à eux: « J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger…Chaque fois que vous l’avez fait à l’un des plus petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (25, 40). Ensuite Lucrapporte la célèbre parabole du Samaritain qui détaille bien ce qu’est la notion de « prochain » et l’engagement que cet amour entraîne (Luc 10, 29). L’amour est approche, décision, sollicitude, efficacité.

Enfin survient Jean, le dernier évangéliste. Au lieu de reprendre et prolonger l’élan de cet amour envers les pauvres, il le recentre au contraire sur le foyer des disciples. C’est à eux qu’il ordonne de s’aimer. L’amour mutuel serait-il uniquement réservé aux disciples ?

L’amour dans saint Jean

Tout l’évangile de Jean est porté par la manifestation de l’amour du Père : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son Unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la Vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde mais pour que le monde soit sauvé par lui » (3, 16).

Comment Jésus manifeste-t-il ce « tant d’amour » du Père ?. Il circule parmi les villages, il s’adresse aux gens les plus simples, il n’impose rien, il est ému par leurs malheurs et guérit certains malades et handicapés. Quelques hommes s’attachent et forment peu à peu une petite communauté qui suit ce maître. Mais ce Maître dénonce hardiment des prélats vaniteux et cupides, il attaque des rites du Temple creux et sans valeur car son

amour du Père ne supporte pas qu’on le déforme. Par conséquent cet amour suscite une hostilité qui s’exacerbe jusqu’à décider la mort de celui qui est vu comme un blasphémateur.

La fête de la Pâque arrive et Jean l’introduit d’une manière solennelle : «  Sachant que son heure de passer de ce monde au Père était venue, Jésus qui avait aimé les siens qui sont dans le monde, les aima jusqu’à l’extrême » (13, 1). En ce dernier soir Jésus rassemble le petit groupe de ses disciples. Que se passe-t-il d’essentiel ?

A leur grande stupeur, Jésus se présente comme un serviteur qui veut leur laver les pieds. Pierre se rebiffe mais Jésus le prévient que son refus le séparerait de lui. Un disciple doit donc d’abord accepter de se laisser laver, purifier donc pardonner par son Seigneur. A la fin de ce service, Jésus ordonne à ses disciples de faire entre eux ce qu’il vient de leur faire. Bénéficiaires du pardon, les disciples se doivent de devenir les serviteurs les uns des autres et partager le pardon que leur Seigneur va obtenir sur la croix. Toute course aux honneurs, toute rivalité hiérarchique sont abolies. Ensuite ensemble ils sont invités à partager le repas du Seigneur : chacun reçoit une bouchée du pain rompu. La communauté est choquée par la brutale sortie de Judas. Alors les disciples peuvent entendre l’annonce qui constitue l’évangile de ce dimanche.

L’ordre premier de l’amour mutuel

Jésus déclara : « Maintenant le Fils de l’Homme est glorifié et Dieu est glorifié en lui. Si Dieu est glorifié en lui, Dieu en retour lui donnera sa propre gloire – et il la lui donnera bientôt. Mes petits enfants, je ne suis plus avec vous que pour peu de temps. Vous me chercherez, et comme je l’ai dit aux Juifs : « Là où je vais vous ne pouvez venir », à vous aussi maintenant je le dis.

« Mon Heure » a sonné : Judas va renseigner les autorités pour arrêter Jésus. Mais l’heure horrible de la crucifixion sera l’heure de sa Glorification puisque, par elle, Jésus accomplira le dessein d’amour de son Père. Et son Père le projettera dans la gloire de la résurrection.

Jésus aime ses pauvres disciples qu’il appelle avec tendresse (« mes petits enfants ») : il sait qu’ils vont l’abandonner mais pour l’instant ils sont incapables de résistance. Ils chercheront un maître disparu mais quand il sera ressuscité, il les retrouvera et les comblera de joie et de paix. Alors, par la force de l’Esprit, ils pourront à leur tour témoigner de Jésus jusqu’au martyre.

Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous devez vous aussi vous aimer les uns les autres. Si vous avez de l’amour les uns pour les autres, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples ».

Les disciples étaient des hommes de diverses conditions et très différents les uns des autres. Les évangiles ne cachent pas qu’ils croyaient suivre un Messie qui allait instaurer un royaume de puissance et ils se disputaient pour savoir qui était le plus grand d’entre eux. Jésus au contraire les appelle à s’aimer. Ce n’est pas un conseil, une suggestion mais un ordre formel, indiscutable. Bien que toutes les Écritures avaient toujours ordonné l’amour, ici le commandement est « neuf » parce que Pâque va inaugurer l’Alliance nouvelle dans l’Esprit, parce que le Seigneur s’est fait serviteur et s’est abaissé afin de purifier les cœurs des disciples, parce que le nouveau repas eucharistique les unit pour devenir un seul Corps. « Comme moi je vous ai aimés » : il ne s’agit pas d’un exemple à imiter. On peut traduire « parce que…puisque je vous ai aimés, donc.. ». Se ressourcer sans cesse à cet amour qui va jusqu’à la croix et qui donne la Vie éternelle capable de sacrifier la vie corporelle.

Conclusion

Très souvent on nous exhorte « à la charité », on nous presse de soutenir les œuvres humanitaires, de répondre généreusement aux appels des plus démunis qui sont légion. Et cela à juste titre comme Matthieu nous l’a rappelé : nous serons jugés sur notre comportement envers les pauvres.

Encore faut-il ne pas réduire la charité à la maigre aumône que l’on dépose dans le panier de la quête ou la pièce jetée dans le gobelet du mendiant. La charité n’est pas un modeste complément de la justice mais au contraire l’engagement à combler les failles de la justice. Elle est l’amour absolu puisque le second commandement est semblable au premier donc a des dimensions divines.

L’évangile de Jean aujourd’hui nous rappelle en outre que « la charité » commence par l’amour authentique entre tous les disciples. En effet, même si nous collaborons à des œuvres caritatives, ne restons-nous pas des pratiquants pieux mais simplement juxtaposés pendant le rite ? Connaissons-nous les chrétiens qui ont un grand malade parmi leurs proches ? « Curieux, me dit une catholique : à la messe, nous nous offrons la paix, nous partageons la même Eucharistie…et le lendemain, quand nous nous croisons au supermarché, nous détournons la tête pour ne pas nous saluer !?? ». Que signifie alors « la communion » ?

Les exigences de la foi apparaissent de plus en plus dans une société qui la contredit nettement : c’est pourquoi beaucoup de pratiquants par habitude cessent de prendre part aux assemblées. C’est le moment pour que celles-ci soient vraiment des communautés où l’on essaie de s’aimer en actes comme Jésus nous a aimés, en nous parlant, en échangeant, en nous soutenant. Cela non pas dans le but de créer une communauté repliée sur elle-même. Car, dans une société qui valorise les égoïsmes et excite les jalousies, c’est en découvrant des personnes qui s’aiment que l’on découvrira la foi puisque :

« Si vous vous aimez les uns les autres, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples ».

Fr Raphael Devillers, dominicain.

Source: RÉSURGENCES, le 10 mai 2022

08.05.2022 – HOMÉLIE DU 4ÈME DIMANCHE DE PÂQUES – ÉVANGILE DE JEAN 10, 27 – 30

Évangile de Jean 10, 27 – 30

Le Père et Moi, nous sommes UN

Par le Fr. Raphaël Devillers

Y a-t-il une seule page de l’histoire qui ne soit ensanglantée par les guerres? Sans cesse et partout, des individus sont persuadés d’apporter le bonheur à leur peuple, d’écraser les menaces des ennemis, de sauver l’honneur de leur nation. Dans cet horrible bilan, le XXème siècle a battu tous les records des tragédies : Staline, le Führer, Mao … ont exterminé plusieurs dizaines de millions de victimes et causé des malheurs indicibles. Le sommet de l’horreur étant à jamais inscrit dans le nom d’Auschwitz. Pourquoi les peuples ont-ils si aisément écouté, approuvé, admiré, suivi de tels guides ?…

Et maintenant où va notre XXIème siècle ? Qui le guide ? « Les GAFAM – acronyme de Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft – sont devenues les plus grandes capitalisations boursières mondiales : chacune dépasse les 1000 milliards de $ US. Décriées pour leur mainmise tentaculaire sur l’économie mondiale, elles menaceraient même la souveraineté des États ».

Peu importe les noms de leurs présidents, leur but est implacable: développer sa propre puissance, accroître les rendements, transformer l’homme en acheteur, consommateur, voyageur. La violence impitoyable de l’or lamine toute résistance. Mais on voit la conséquence catastrophique de cette tyrannie anonyme : rien moins que la destruction de la planète. Il est d’une urgence vitale de stopper le réchauffement climatique et donc de changer profondément nos pratiques. Dans une société qui formate des moutons de panurge, Jésus, lui, se présente comme le guide d’hommes responsables. La foi en lui est capitale, urgente.

Car lorsque Jésus déclare qu’il est « le bon berger », il ne s’agit pas d’une image bucolique, mielleuse et inoffensive qui nous confinerait dans la gentillesse, la piété, les bonnes manières mais d’une affirmation stupéfiante, polémique. D’ailleurs lorsqu’il se désigne de la sorte pour la première fois, lors de la Fête des Tentes, beaucoup le traitent de « possédé » (Jn 10, 1-21). A. ce moment-là, Jésus traite surtout de son comportement vis-à-vis de ses brebis c.à.d. ses disciples : il les appelle une par une, les fait sortir de leur enclos, marche à leur tête et surtout il se nomme « le bon pasteur » parce qu’il donnera sa vie pour ses brebis.

Jean poursuit aujourd’hui son récit avec la fête suivante mais la liturgie n’a hélas retenu que 4 versets. Je propose de lire l’ensemble qui donne sens.

La Fête de la Dédicace

Quelque temps après la clôture de la Fête des Tentes, en l’équivalent de notre mois de décembre, a lieu la dernière grande fête de l’année liturgique : la célébration dite de « Hanoukka » (Dédicace).

« On célébrait alors à Jérusalem la fête de la Dédicace. C’était l’hiver. Au temple, Jésus allait et venait sous le portique de Salomon ».

Alors qu’il était englobé dans l’empire syrien, Israël fut l’objet d’une terrible persécution: le roi Antiochus Épiphane IV, désireux d’helléniser tous ses peuples, avait décidé de supprimer la singularité juive : il interdit d’avoir la Torah, de pratiquer tous les rites, il profana le temple en dressant une idole païenne sur l’autel. Les martyrs furent très nombreux. Sous la direction de Judas Maccabée, les résistants juifs parvinrent à reconquérir Jérusalem, à démolir l’autel souillé et à en rebâtir un nouveau dont on décida de commémorer désormais la Dédicace par 8 jours de fête joyeuse (cf. 1 Macc 4, 36 ; 2 Macc 1, 9 ; 10, 1)

En dépit des menaces de plus en plus précises, Jésus est remonté dans la capitale : à nouveau il circule ouvertement et reprend son enseignement à la foule.

Le Berger Fiable parce que Fils

Les Juifs firent cercle autour de lui : « Jusqu’à quand vas-tu nous tenir en suspens ? Si tu es le Christ, dis-le nous ouvertement ! ». Jésus leur répond : « Je vous l’ai dit et vous ne croyez pas. Les œuvres que je fais au nom de mon Père témoignent de moi mais vous ne me croyez pas parce que vous n’êtes pas de mes brebis.

Mes brebis écoutent ma voix et je les connais, et elles me suivent. Et moi je leur donne la Vie éternelle et elles ne périront jamais et personne ne pourra les arracher de ma main. Mon Père qui me les a données est plus grand que tout, et nul n’a le pouvoir d’arracher quelque chose de la main du Père. Moi et le Père nous sommes un ! ». Les Juifs à nouveau ramassèrent des pierres pour le lapider.

Prenons garde à l’antisémitisme : comme souvent chez Jean, l’appellation « les Juifs » ne désigne pas le peuple (où Jésus, qui est lui-même juif, compte des hommes qui le croient) mais seulement la part des autorités qui lui en veulent. Excédés par les paroles et le comportement de ce charpentier inconnu, ses adversaires le somment à nouveau d’affirmer son identité profonde. Qu’a répondu Jésus ?

  • D’abord qu’il ne fait pas une révélation nouvelle : il a dit à plusieurs reprises qu’il était le Messie mais ils ne l’ont jamais cru.
  • Si cette affirmation leur semble incroyable, ils pourraient au moins réfléchir aux œuvres étonnantes que Jésus a accomplies devant tous. Elles témoignent qu’il est davantage qu’un guérisseur et elles peuvent conduire à pressentir qu’il a un lien spécial avec Dieu son Père.
  • Mais leur refus foncier est dû au fait qu’ils ne veulent pas faire partie de la communauté que Jésus appelle et conduit.

Ensuite, positivement, Jésus réexprime son lien avec ses brebis et son Père :

  • Jésus n’embrigade personne, il ne cherche pas à séduire, il ne force pas, il parle et sa parole est invitation à toute liberté. Tout vrai disciple est quelqu’un qui a écouté son enseignement, qui s’est senti librement interpelé par cette Parole et qui a décidé de s’engager sur la voie tracée par l’Évangile. Lorsqu’il affirme qu’il « connaît ses brebis », il s’agit évidemment non d’une simple identité mais, au sens du verbe dans la bible, d’une communion profonde. L’existence qui met au mieux en pratique l’Évangile est le test de la foi.
  • Le don unique et immense que Jésus fait à ses disciples est la Vie éternelle, la participation à la Vie de Dieu.
  • Jésus sait que l’attachement de ses disciples à sa personne n’est pas le fruit de son travail ou de son prestige mais un cadeau de son Père : c’est pour cela qu’elles lui sont si précieuses jusqu’à donner sa vie pour elles.
  • Il rassure ses disciples qui, par leurs faiblesses, leurs péchés, les attaques subies, pourraient douter de leur persévérance : par la foi ils sont solidement tenus et par le Père et par le Fils et aucune puissance n’a pouvoir de les leur arracher. Seul le disciple lui-même, que jamais la foi ne ligote, peut de son plein gré renier ce qu’il a cru. Et cependant les mains du Père des miséricordes et les mains clouées du Fils demeurent toujours tendues pour accueillir celui qui s’était perdu.

Et Jésus conclut par l’affirmation solennelle :

« MON PÈRE ET MOI NOUS SOMMES UN ! »…A nouveau les Juifs ramassèrent des pierres : « Nous voulons te lapider pour un blasphème : parce que toi qui es un homme, tu te fais Dieu ! ». Jésus répondit : « Le psaume 82, 6 dit « Vous êtes des dieux ». Et nul ne peut abolir l’Écriture. Or à celui que le Père a consacré et envoyé dans le monde, vous dites : « Tu blasphèmes ! ». Croyez au moins dans mes œuvres. Ainsi vous connaîtrez et vous connaîtrez de mieux en mieux que le Père est en moi comme je suis dans le Père ».

Ils cherchèrent à l’arrêter mais il échappa de leurs mains. Et il s’en retourna au Jourdain, au lieu de son baptême ».

Affirmation jamais dite, affirmée, dit Jean, par Jésus qui priait en disant « Abba ! Père », écrite et hardiment répétée par des membres d’un peuple dont la confession de foi fondamentale est « Écoute, Israël : le Seigneur Dieu est Seigneur UN ». Mais prétention Incroyable, inacceptable pour des multitudes infinies sans doute jusqu’à la fin des temps. Ce sera la cause première de la condamnation à mort de Jésus puis celle de milliers de martyrs.

« Le Père m’a consacré » dit Jésus en cette fête de la « dédicace », c.à.d. de la consécration du nouvel autel et du temple par les Maccabées…mais qui, à nouveau seront détruits lors de la guerre contre les Romains en 70. Déjà, au début de l’évangile, Jésus avait lancé : « Détruisez ce temple et je le relèverai en 3 jours » et Jean avait expliqué : « Il parlait du temple de son corps » (2, 19).

Jésus accomplit toute la liturgie

Jean et sa communauté sont confiants : l’édifice du temple de pierres, l’autel consacré, les sacrifices d’animaux n’ont plus lieu d’être. Toute la liturgie d’Israël s’accomplit en Jésus : il est l’agneau immolé, sa croix est l’autel de sa donation, sa résurrection sera la naissance de son Corps, l’Église. Parce qu’il est le Fils, UN avec son Père.

Bien peu nombreux étaient les premiers chrétiens qui découvraient ces merveilles et ils savaient quelles avanies et quelles souffrances les attendaient. Néanmoins ils vivaient dans une confiance inébranlable : avec le Bon Berger, ils ne manquaient de rien, ils continuaient les œuvres de Jésus, leur assurance était totale puisqu’ils étaient tenus dans les mains du Père et du Fils.

C’est ce témoignage qui assure

encore la Vérité de l’Évangile.

Fr Raphael, dominicain.

Source: RÉSURGENCES, le 5 mai 2022

10.04.2022 – Dimanche des Rameaux – Année C – Évangile de Luc 10, 28 – 40

Évangile de Luc 10, 28 – 40

La Joyeuse Entrée du Roi

Par Fr Raphael Devillers, dominicain

Aujourd’hui Jésus parvient au terme de cette longue montée qu’il a décidée il y a plusieurs semaines à Césarée, tout au nord-est, à la frontière du monde juif avec la civilisation païenne et qu’il a annoncée aux disciples. Il est très conscient : je souffrirai beaucoup, ils me mettront à mort mais mon Père me rendra la vie. Pâle, les traits tirés, mais résolu, il s’est mis en route en prévenant : quiconque veut être mon disciple doit prendre le même chemin. En route il poursuit sa mission : enseigner, guérir quelques malades. Un soir, dans sa prière, son Père lui donne un signe lumineux de la future transfiguration de ce pauvre corps qui va être défiguré. Les disciples ne comprennent toujours pas mais ils le suivent quand même.

Au moment où nous allons commémorer ce drame qui a changé la face du monde, nous restons, avouons-le et n’en soyons pas surpris, perplexes, assaillis de questions. Ne vivons pas des liturgies routinières, osons rompre avec la multitude des tentations mondaines, prenons le temps de réfléchir, de méditer le récit de la Passion de Luc, battons-nous avec les obscurités du texte.

N’oublions pas que notre vie a valeur et est sauvée dans la mesure où nous aurons essayé de vivre cet enseignement car « Celui qui veut être mon disciple … ». Cette histoire n’est pas une lecture mais un itinéraire à prendre.

Pourquoi aller à la mort ? Qui est coupable ? Pas Jésus

Jésus n’est pas monté à Jérusalem pour y souffrir. Il n’est pas suicidaire et est libre de cette « pulsion de mort » que le Dr Freud a décelée en nous. Butant très vite contre la résistance des scribes, des pharisiens et des grands prêtres qui l’épiaient, il a expérimenté la montée de la haine. Il est monté pour dénoncer la fausseté d’un temple dont la splendeur était le fruit des exactions et des crimes d’Hérode. Il avait vu depuis longtemps, à la suite des prophètes Amos et Isaïe, que le culte fastueux avec ses sacrifices rigoureusement célébrés, était stérile. Il déployait son faste mais son spectacle ne changeait pas le mode de vie des participants, il ne convertissait pas les cœurs.

Faussement vrai, il était donc dangereux en donnant des assurances factices. En outre, Jésus, comme tout le monde, savait la vanité, la cupidité de certaines grandes familles sacerdotales. Et il ne supportait plus un temple qui refusait son entrée à des malades sous prétexte qu’ils étaient pécheurs, et qui bannissait « les autres », les païens. Ce n’est pas la nécessité de la souffrance qui a jeté Jésus dans le combat mais la volonté d’accomplir la mission de son Père : faire sauter ce verrou qui l’empêchait de se réaliser dans les temps nouveaux qui s’ouvraient alors.

Pas Dieu

Ce n’est pas Dieu qui a voulu la mort de son fils, lui qui a strictement interdit ce sacrifice à Abraham ainsi que tout sacrifice d’êtres humains. YHWH n’est pas un Moloch implacable qui exige réparation de toute faute à son égard. Son dessein, confié à Jésus, est de faire advenir son Royaume. Et dès le désert, Jésus a rejeté les procédés diaboliques pour choisir ceux de Dieu : pauvreté, douceur, refus de la violence armée. Mais l’obstacle majeur était le système du temple, tel qu’il fonctionnait, et ses responsables. C’est cela qu’il fallait donc dénoncer, ce qui par conséquent ne pouvait entraîner que le durcissement et la haine. Jésus a choisi la mission jusqu’au bout plutôt que la démission. « Qui perd sa vie la gagne ».

Pas les Juifs

Ce n’est pas le peuple de Jérusalem qui est responsable. A l’approche de la Pâque la ville était surchargée par l’arrivée continuelle de dizaines de milliers de pèlerins ravis de retrouver leur ville sainte. Ces gens de Corinthe, d’Alexandrie, de Rome, de Syrie ne connaissaient absolument pas ce Jésus et leurs familles avaient fort à faire pour les accueillir, veiller à l’hospitalité et les nourrir. Combien de personnes ont-elles participé à la Joyeuse Entrée du Galiléen ? Des zélotes qui attendaient le signal de la révolution, des spectateurs emballés par les miracles, des gens manipulés par les grands-prêtres…

Pas « Les Grands Prêtres »

Par convention et habitude, on parle des « grands prêtres ». Mais les récits montrent que le procès n’a pas respecté les normes juridiques et a été expédié en hâte par Caïphe et quelques autres. Les rabbins d’aujourd’hui disent que la sentence n’était absolument pas valable. Et les évangiles racontent que certains prélats, comme Nicodème ou Thomas d’Arimathie, sympathisaient avec Jésus. On ne peut pas dire que « le sanhédrin » a condamné Jésus.

Pas les Romains

Et les Romains ? Dans les années 70-80, lorsque les premiers évangiles paraissent et évoquent les souvenirs, les pharisiens, qui dirigent la foi après la destruction du temple et la disparition du clergé, sont les grands adversaires de leurs compatriotes qui se sont convertis à la foi nouvelle. C’est pourquoi les évangélistes noircissent leur portrait jusqu’à la caricature et ils chargent « les Juifs » de la responsabilité de la mort de Jésus.

D’autre part, comme les nouvelles communautés se répandent partout et se présentent comme les héritières d’un juif très contesté qui a été condamné à la mort ignominieuse de la croix (supplice réservé aux révolutionnaires) par le préfet Pilate, les évangiles insistent fortement sur la pression des prêtres juifs. De même ils insistent fortement sur les réticences de Pilate qui refusait l’exécution de ce Jésus. Car partout les Romains restaient perplexes et méfiants vis-à-vis de cette nouvelle secte qui se présentait comme fondée par un crucifié : ces nouveaux chrétiens n’étaient-ils pas aussi des révolutionnaires ? Il fallait donc insister sur leur obéissance à l’ordre.

La Croix est le passage dans l’amour de la Vie

Tout cela n’explique pas tout mais permet de rejeter des idées et des pratiques qui ont gangrené le message évangélique.

Le christianisme n’est pas une apologie de la souffrance. Les récits de la Passion montrent les horribles tortures infligées à Jésus mais sans y insister de façon masochiste. La première représentation de la croix date du 4ème siècle ; dans les catacombes, on montre Jésus le Bon Pasteur conduisant son troupeau, ou rapportant la brebis perdue, ou s’entretenant avec la Samaritaine, ou partageant les pains. Il est Source d’Eau Vive, Lumière divine. « Soyez toujours dans la joie, réjouissez-vous » répétait Paul.

Hélas plus tard des Saints et des Saintes vont développer une dévotion des plaies, s’infliger des souffrances, exhiber des crucifiés sanglants. Des chefs d’œuvre de peintures vont devenir populaires …dans l’oubli de la résurrection. La psychologie moderne a mis à nu ces tendances perverses qui nous tentent mais ce dolorisme a fait des ravages.

Conclusion

Jésus, le fils ayant reçu la mission essentielle, obéit aux indications de son Père qui les donne dans les Écritures. On y raconte qu’après des siècles d’esclavage, Dieu a décidé de libérer son peuple :

« Ce mois de Nissan sera pour vous le premier des mois…Le 10 de ce mois, que l’on prenne un agneau par famille : une bête sans défaut, mâle, âgée d’un an. Vous la garderez jusqu’au 14ème jour (pour tester sa bonne santé). On l’égorgera au crépuscule. On prendra du sang, on en mettra sur les deux montants et sur le linteau des maisons. On mangera la chair cette nuit-là, cuite au feu, avec des pains sans levain et des herbes amères…Vous la mangerez en hâte, la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main. C’est la pâque du Seigneur. Je « passerai » par-dessus vous. Ce jour vous servira de mémorial… » (Ex 12).

Jésus vIent accomplir les Écritures : il sait qu’il est l’Agneau. Donc il a calculé son voyage afin d’entrer à Jérusalem le 10 nissan. De même que l’on devait examiner l’agneau pendant 3 jours afin de constater son parfait état, Jésus va être criblé de questions par tous les spécialistes et nul ne parviendra à le prendre en défaut. Aussi le 14, il se donnera à manger à ses disciples comme pain sans levain. Puis il se livrera et ses ennemis le mettront à mort.

Ce qui signifie qu’il faudrait sans doute célébrer « le lundi des rameaux »

Son sang répandu sera pour les disciples le grand signe : ils seront libérés de l’esclavage des observances, du légalisme, de la culpabilité, du nationalisme étroit, du péché qui les rendaient esclaves et ils pourront s’élancer dans le monde entier annoncer la bonne Nouvelle du Royaume universel de la liberté.

Comment n’être pas ébloui par cet accomplissement historique ? Mais Jérusalem n’a pas reconnu celui qui entrait. Il voulait un chef libérateur et il était monté sur un âne. Comme au baptême une colombe était descendue sur lui. Aussi le 14, la foule a rejeté les rameaux, serré les poings et hurlé « A mort ».

Cette année encore, nous entendrons : Nous voulons des œufs, des poussins et du chocolat.

Fr Raphael Devillers, dominicain

Source: RÉSURGENCES, le 4 avril 2022

5ème dimanche de carême – Année C – 3 avril 2022 – Évangile de Jean 8, 1-11

Par le Frère Raphaël Devillers

Évangile de Jean 8, 1-11

La Misère et la Miséricorde

La scène de la rencontre de Jésus avec la femme adultère est une des plus célèbres de l’Évangile, mais elle constitue un des gros problèmes du livre de Jean. En effet elle est absente des plus anciens manuscrits ou bien elle est insérée à une autre place et même parfois dans l’évangile de Luc car ses caractéristiques lui ressemblent. C’est pourquoi les exégètes R. Brown et X. Léon-Dufour l’omettent dans leurs grands commentaires de Jean. Toutefois Saint Augustin la commente à sa place et soupçonne la censure antique de « copistes de peu de foi qui craignaient pour la fidélité de leurs épouses ». En tout cas « son caractère canonique n’est pas à contester » (la Tob). « Une perle …un récit certainement authentique » dit Marchadour.

La Fête des Tentes

Comme toujours, il faut replacer le texte dans son contexte. La grande Fête des Tentes (« Soukkôt en hébreu) était la solennité la plus joyeuse de l’année : à la fin des récoltes et des vendanges (novembre), tout le peuple des pèlerins célébrait à Jérusalem les bienfaits de Dieu et faisait mémoire des ancêtres qui jadis, libérés de l’esclavage et riches de la Loi reçue au Sinaï, marchèrent à travers le désert, guidés par Dieu, pour entrer dans la terre promise. A leur imitation, les gens, pendant 8 jours, logeaient sous tente ou dans des cabanes et une joie immense éclatait partout avec exubérance. La fête se célèbre encore aujourd’hui.

Jésus menacé

A l’approche de cette fête, Jésus qui se sait pourtant menacé de mort par certaines autorités du temple a osé monter à Jérusalem (7,10). La foule s’étonne de le voir et les questions à son sujet fusent de partout : qui donc est-il ? D’où lui vient sa capacité d’enseigner ? Où va-t-il ? Certains le tiennent pour le messie mais les grands prêtres cherchent à le capturer. L’un d’eux, Nicodème, demande l’ouverture d’un procès sous la règle du droit. Il se fait remballer.

Le dernier jour de la fête, le huitième, où l’on implorait pour avoir des pluies, Jésus a osé lancer en public : « Si quelqu’un a soif – de la Vie – qu’il vienne à moi – et qu’il vive ». Scandale pour ses ennemis qui décident d’en finir une bonne fois avec ce blasphémateur. C’est alors qu’une occasion va se présenter à eux pour coincer Jésus. Le soir, comme d’habitude, Jésus va passer la nuit sur le mont des Oliviers.

La misère effondrée devant la Miséricorde

Dès le point du jour, Jésus revint au temple et, comme tout le peuple venait à lui, il s’assit et se mit à enseigner.

Alors les scribes et les pharisiens amenèrent une femme qu’on avait surprise en adultère et ils la placèrent au milieu du groupe. « Maître, disent-ils, cette femme a été prise en flagrant délit d’adultère. Or dans la Loi, Moïse nous a prescrit de lapider ces femmes-là. Et toi, qu’en dis-tu ? ». Ils parlaient ainsi dans l’intention de lui tendre un piège pour avoir de quoi l’accuser.

Dès l’ouverture des portes Jésus revient sur l’esplanade, s’assied dans la position du maître et enseigne la Parole de Dieu. Tout à coup un groupe de spécialistes de la Loi fend la foule à l’écoute en hurlant : «  Laissez passer !!! » et ils lancent une femme en larmes, mourant de honte et d’angoisse, aux pieds de Jésus. Le cercle impitoyable des accusateurs se referme.

En effet il était écrit : «  Quand un homme commet l’adultère avec la femme de son prochain, ils seront mis à mort, l’homme adultère aussi bien que la femme adultère » (Lév 20, 10). Alors où est cet homme ? pourquoi la femme seule ? Certains supposent qu’il s’agissait d’un soldat romain, sur lequel la juridiction juive n’avait évidemment aucun pouvoir. D’autre part cette sentence ne s’appliquait plus puisque César s’était réservé le droit de condamnation à mort. Notez qu’on n’a aucun témoignage antique sur l’application de cette loi.

D’où la question tendue à Jésus : Lui, le prétendu messie libérateur, va-t-il se soumettre à la loi païenne ? Ou demandera-t-il une exécution qui contredirait son enseignement d’amour et qui provoquerait immédiatement une répression générale ? La femme n’est donc qu’un prétexte : ce qu’ils cherchent, c’est le rejet et la suppression de Jésus. Mais celui-ci va éviter le piège et les laisser a quia.

Réponse explosive de Jésus

Jésus se baissa et, du doigt, il traçait des traits sur le sol. Comme on persistait à l’interroger, il se redressa et leur dit : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter la pierre ». Et il se baissa à nouveau pour tracer des traits sur le sol.

Impassible, Jésus, assis, se courbe comme pour rejoindre la femme épouvantée et former le couple des accusés. Notons que la femme ne se défend nullement, elle n’accuse ni son amant ni son époux, elle ne cherche pas de circonstances atténuantes. Et Jésus d’un doigt gratte le sol, sans rien écrire. La Loi sacrée d’Israël était gravée sur la pierre, inamovible : elle pouvait donc toujours servir de pierre, de projectile pour condamner celui ou celle qui la bafouait. Mais pour mettre un terme à la vie d’un coupable, ne faudrait-il pas être un juge parfaitement intègre, à la conscience lumineuse, être soi-même sans péché ?…

Jésus, lui, n’a jamais rien écrit : il parle, il explique, il répète, il s’adapte à ses auditeurs, appelle à la conversion, accueille à nouveau celui qui a été rétif, remet le pécheur dans les mains de son Père. Dans l’évangile, la porte est toujours entrouverte pour accueillir avec miséricorde Lévy, le fils prodigue, Zachée, la Samaritaine….

Quant à eux, sur cette réponse, ils s’en allaient l’un après l’autre …en commençant par les plus âgés. Jésus resta seul avec la femme en face de lui. Il se redressa et lui demanda : « «  Femme, où sont-ils donc ? Alors personne ne t’a condamnée ? ». Elle répondit : « Personne, Seigneur ». Et Jésus lui dit : « Moi non plus je ne te condamne pas. Va et désormais ne pèche plus » .

La réponse inattendue désarçonne les juges et fait sauter le cercle des accusateurs : l’un après l’autre – les plus âgés d’abord, note malicieusement Jean –, ils se détournent et s’en vont, le bec cloué, reconnaissant publiquement la vérité de la parole de Jésus.

Et ils restent seuls, Jésus et la femme. « La misère et la Miséricorde » dit magnifiquement St Augustin. La femme est comme l’humanité, faible et misérable, promettant l’obéissance et chutant sans cesse dans la boue du péché. Et Jésus n’est plus le « maître » comme l’appelaient ses ennemis, quelqu’un qui ne peut que répéter les lois. Il est le « Seigneur » qui peut faire miséricorde.

Lui, le seul à être sans péché, murmure « Je ne te condamne pas » mais il ajoute : « Va et désormais ne pèche plus ». Un nouvel avenir s’ouvre pour celle que l’on voulait clouer dans son passé. L’ adultère reste un péché et il faudra continuer à combattre les tentations.

A deux reprises, Jean note que Jésus, après s’être abaissé, se redresse . Il se démarque du cercle raide et accusateur des juristes pour rejoindre la femme coupable tombée au plus bas. Mais ensuite il se relève. Il effectue ainsi comme un signe symbolique de ce qu’il va vivre lui-même.

Car à la grande solennité suivante de printemps, la Pâque, le cercle des juges se refermera sur Jésus. Giflé, injurié, fouetté mais debout, il ne répondra pas au verdict impitoyable de la Loi : « Il s’est fait roi : à mort, crucifie-le ». Dressé au Golgotha, il s’offrira par amour de son Père et des hommes et deviendra le Vivant, le Seigneur.Tous ceux qui croiront en lui seront certains d’être pardonnés.

Fr Raphael Devillers, dominicain

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Source: RÉSURGENCES, le 29 mars 2022

Homélie du 4ème dimanche de carême – Année C – 27 mars 2022 – Évangile de Luc 15

4ème dimanche de carême – Année C – 27 mars 2022 – Évangile de Luc 15

Par Fr Raphael Devillers, dominicain

Évangile de Luc 15

Textes

Qui donc est Dieu pour nous aimer ainsi ?

Contrairement à son maître Jean-Baptiste, Jésus d’emblée s’est mis à circuler dans les villes et villages de Galilée ; prophète pauvre, il dépendait de la générosité des habitants. Luc le montre ainsi prêt à entrer chez un centurion romain, mangeant avec des pécheurs, invité chez des pharisiens. Ceux-ci étaient très scandalisés par sa joyeuse commensalité avec des gens que la Loi interdisait de fréquenter : n’était-ce pas paraître approuver leur conduite ?

Les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter. Les pharisiens récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs et il mange avec eux !? ». Alors Jésus leur dit cette parabole : … »

En fait Jésus va raconter « les trois paraboles de la miséricorde » : celle du berger qui remarquant qu’une brebis s’est égarée, déploie tous ses efforts pour la retrouver, et plein de joie, invite ses amis pour un joyeux festin ; celle de la femme qui, affolée, cherche sa drachme perdue, fouille partout, la retrouve, organise un joyeux festin ; et enfin la troisième, la plus célèbre, dénommée souvent « du fils prodigue », mais qui est plus justement la parabole du Père prodigue, la seule lue aujourd’hui.

Les trois paraboles sont donc une réplique contre les pharisiens qui « récriminent », ce qui est un péché grave, déjà dans l’Exode où il pointe une opposition au Dessein de Dieu. En voulant protéger la Loi derrière des murs de prescriptions et de rites, et en abandonnant les pécheurs à leur sort, ils font de la religion une forteresse. Ils se croient les élus et en fait ils s’enferrent dans le moralisme, ils veulent faire leur salut par eux-mêmes. Leur bonne conscience les rassure et ils ne s’aperçoivent même pas qu’ils manquent à l’essentiel : la miséricorde. L’autre, le perdu, ne leur cause aucun souci, il ne leur manque pas.

Ainsi Jésus justifie sa conduite : si un berger veut à tout prix retrouver sa brebis perdue, si une femme s’acharne à retrouver son argent égaré, a fortiori Dieu ne veut pas qu’un seul homme se perde. Il m’a envoyé, comme son Fils, pour chercher le perdu, le retrouver et fêter en communauté son retour.

Le péché

« Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : « Père, donne-moi la part de bien qui doit me revenir ». Et le père leur partagea son avoir ».

Il réalisa son avoir, partit pour un pays lointain et dissipa son bien dans une vie de désordre. Mais une grande famine survint et il commença à se trouver dans l’indigence. Il se mit au service d’un citoyen de ce pays qui l’envoya garder les porcs. Il aurait bien voulu se nourrir des gousses que mangeaient les porcs mais personne ne lui en donnait.

Que s’est-il donc passé ? Le cadet n’en peut plus, il étouffe dans cette grande demeure, il a envie de vivre, de partir au loin. La stature de son père lui pèse car demander son héritage, c’est désirer la mort du père, refuser d’être un fils qui dépend, vouloir diriger sa vie propre. Ne plus être un fils qui doit obéir et toujours demander, avoir à soi, être seul maître de ses décisions. Vivre, jouir de la vie, profiter sans interdits, être adulte.

Mais le pays lointain, la société sans Dieu, révèle tôt ou tard ses limites. Notre jeune homme n’a eu avec les femmes que des rencontres passagères, il n’a pas trouvé d’épouse. Dépenser son argent, consommer : on est vite las des plaisirs. Si l’on tombe dans l’indigence, un homme vous exploite. Et si vous manquez, « personne ne vous donne ». Derrière le clinquant et les paillettes, la société est impitoyable.. Loin de la source de l’amour, on est livré à la concurrence, la jalousie, la solitude. Et l’homme y glisse dans la mort inéluctable.

La conversion

Rentrant en lui-même, il se dit : « Combien d’ouvriers de mon père ont du pain en abondance, et moi ici je suis perdu. Je vais aller chez mon père et lui dirai : « Père, j’ai péché envers Dieu et contre toi ; je ne mérite plus d’être appelé ton fils, traite-moi comme un ouvrier ». Il alla vers son père.

Sorti de chez son père, il était donc sorti de lui-même pour s’éclater dans la foire aux divertissements. Ayant perdu son avoir, il se met à la recherche de son être. Il ne regrette pas le chagrin qu’il a pu faire à son père lequel reste quelqu’un à qui on doit demander, une autorité qui donne. Mais au moins il prend conscience « j’ai péché ». Et il revient en arrière, plein d’amertume de l’échec subi.

Et alors éclate la merveille, un des plus beaux passages de la bible, la révélation du vrai Dieu.

« Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut pris aux entrailles : il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers. Le fils lui dit : « Père, j’ai péché, je ne mérite plus d’être appelé ton fils… ». Mais le père dit aux serviteurs : « Vite, apportez la première robe, habillez-le ; mettez-lui un anneau au doigt, des sandales aux pieds. Amenez le veau gras, tuez-le, mangeons, festoyons car mon fils que voici était mort et il est revenu à la vie, il était perdu et il est retrouvé ».

Quelle révélation du vrai Dieu ! Non un tout puissant courroucé, qui exige des prosternements et prépare un châtiment. Non même un Dieu qui a pitié. Mais un Père qui aime et qui est pris aux entrailles (on comprend pourquoi le récit ne parle pas de mère). D’où sa hâte : insupportable de voir son fils en haillons ! Chaque jour il scrutait l’horizon : tout de suite il a reconnu la petite silhouette. Il accourt vers lui et sans faire nul reproche, il le prend dans ses bras et l’embrasse.

Et il lui offre les symboles de ce que son fils cherchait : la dignité (robe), l’autorité (alliance),la liberté (sandales). La conversion d’un pécheur doit évidemment se fêter : festin pour tous, mangeons, jouons de la musique, chantons. Un homme mort est ressuscité ! Et c’est mon fils ! Toutes les idoles de Dieu s’effondrent !

L’aîné pharisien

Son fils aîné était aux champs. A son retour, s’approchant de la maison, il entendit de la musique et des danses. Il appelle un serviteur qui lui dit : « Ton frère est arrivé et ton père a tué le veau gras parce qu’il est en bonne santé ». Alors en colère, il refusa d’entrer. Son père sortit l’en prier mais il répliqua : « Voilà tant d’années que je te sers sans avoir jamais désobéi à tes ordres. Tu ne m’a jamais donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. Mais quand ton fils est arrivé, lui qui a mangé ton avoir avec des filles, tu as tué le veau gras pour lui ! ». Alors le père lui dit : « Mon enfant, toi, tu es toujours avec moi, tout ce qui est à moi est à toi. Mais il fallait festoyer et se réjouir parce que ton frère était mort et il est vivant, il était perdu et il est retrouvé ».

Fort de café quand même ! Vous faites tout votre possible pour être un fidèle observant, vous luttez contre les tentations, vous multipliez les sacrifices, vous êtes un pilier d’église….Et voilà un autre qui a quitté les rangs pour mener une vie de patachon et qui tout à coup revient, et on organise une fiesta comme s’il était un héros.

Scandale, non ?

C’est que ce n’était pas un autre mais un fils de Dieu comme vous, donc un frère. Ne le cataloguez pas comme un jouisseur dont au fond vous êtes un peu jaloux mais comme un malheureux qui était en train de couler vers la mort. Le péché n’est pas un plaisir défendu mais une maladie mortelle. Au fond les frères ne s’aimaient pas, ils ne se parlaient pas, l’un ne manquait pas à l’autre.

Et c’est alors que le cadet a pris conscience : jadis il avait la même vision du père que son frère. Tous les deux le voyaient comme un donneur d’ordre, un chef qui donnait des ordres et multipliait les interdits. La foi leur paraissait une aliénation. Si l’aîné acceptait ce régime d’obéissance, où l’on accomplit son devoir pour mériter un jour la récompense, lui, le cadet, n’a pas eu cette force, il étouffait sous ce régime. C’est maintenant, avec l’accueil bouleversant, les larmes et la joie de son père, qu’il découvre, enfin, l’authentique visage de Dieu. Il est son Père, il est Amour, il est Miséricorde. Et lui, et son frère, et tous les croyants sont et demeurent ses fils. Sauf s’ils renient cet état, car la foi est toujours option libre.

Le perdu s’est converti parce que le péché le menait à la mort ; l’observant doit apprendre maintenant à se convertir lui aussi. Et hélas, l’histoire finit mal. Le père qui était sorti pour aller à la rencontre du cadet, sort à nouveau pour inviter l’aîné à participer au banquet…et ce dernier se braque dans son refus. Il voulait bien accepter un règlement mais pas l’amour qui pardonne tout à son frère.

Paul de Tarse était d’abord à l’image de l’aîné, fou furieux devant ces nouvelles communautés où se côtoyaient observants et anciens pécheurs, où Pierre participait à de joyeux repas aux côtés de Marie Madeleine et de Zachée. Il a fallu qu’il rencontre le Christ vivant pour qu’il comprenne que le Vrai Fils, Jésus, avait accompli le désir du Père : il était allé jusqu’au bout pour rejoindre les pires pécheurs dans leur péché, leur misère, et sa joie était de les repêcher. Les « aînés » ne l’ont pas accepté et l’ont supprimé.

Mais le Père a retrouvé ce Fils unique qui était mort et qui était devenu vivant afin d’ouvrir le banquet de l’Eucharistie : celle-ci n’est pas la récompense des meilleurs mais le joyeux repas de tous les pécheurs pardonnés. 

« Tous ont lavé leur robe dans le sang de l’Agneau » (Apoc)

Fr Raphael Devillers, dominicain

Source: RÉSURGENCE, le 22 mars 2022

Homélie du 3ème dimanche de carême – Année C – 20 mars 2022 – Évangile de Luc 13, 1-9

SIGNES POUR UNE CONVERSION

Évangile de Luc 13, 1-9 : texte

Par Fr Raphael Devillers

« Oh que Jésus parle bien ! On n’a jamais entendu d’aussi belles paraboles ! Dommage que mon mari n’était pas là : ça lui aurait fait du bien ! …Ah si nos dirigeants voulaient bien appliquer ce qu’il dit… » : l’effervescence était grande lorsque Jésus passait et prêchait dans un village. Et surtout quand il avait accompli l’une ou l’autre guérison de malades ou d’handicapés. On l’acclamait, on était fier de l’inviter à la maison, on rêvait d’un nouveau monde. Mais qui se sentait concerné ? Qui prenait pour lui ses instructions ?… Qui commençait à vivre comme il l’exigeait ?

Jésus, lucide sur ces compliments superficiels, nous répète aujourd’hui que l’écoute doit entraîner l’acte, que l’Évangile n’est pas un projet irréalisable, un horizon incertain, un programme réservé à une élite.

Luc nous présente son exhortation en 4 parties : les deux premières ne sont pas lues en liturgie.

1. Reconnaître le temps aujourd’hui

Jésus dit aux foules : « Quand vous voyez un nuage se lever au couchant, vous dites : « La pluie vient », et elle arrive. Quand le vent souffle du midi, nous dites : « Il va faire très chaud »et ça arrive. Hypocrites, vous savez reconnaître l’aspect de la nature, comment ne savez-vous pas reconnaître le temps présent ?

Le bulletin météo dans les médias attire, on le sait, un intérêt considérable : « Beau temps : je vais travailler au jardin…Chéri, on annonce de la pluie : prends ton parapluie… ». Tel type d’annonce provoque en conséquence telle sorte de comportement. Eh bien, poursuit Jésus, pourquoi n’en faites-vous pas autant avec ce qui se passe maintenant ? Vous êtes, au sens biblique, des « hypocrites » : vous m’acclamez, vous paraissez m’approuver mais vous ne changez pas de conduite.

2. Régler ses problèmes tant qu’il est temps

« …Quand tu vas avec ton adversaire devant le magistrat, tâche de te dégager de lui en chemin, de peur que l’on ne te traîne devant le juge qui te livrera au garde qui te jettera en prison….Tu n’en sortiras pas avant d’avoir payé jusqu’au dernier centime ».

Il arrive que, même entre chrétiens, des contentieux éclatent et l’imbroglio est tel qu’ils décident de s’en remettre à un juge. Mauvaise solution car l’un ou l’autre pourra le payer très cher. Il est bien préférable et urgent de stopper la procédure et de rouvrir le débat afin arriver à un arrangement, même boiteux.

La situation est bien plus grave envers Dieu : qui que tu sois, tu as certainement commis des péchés et tu ne veux pas les reconnaître. Or tu parviendras un jour devant Dieu, le juste Juge. Aujourd’hui moi, Jésus le Sauveur, je passe parmi vous : tu peux devant moi reconnaître tes fautes, si nombreuses et si lourdes soient-elles, et t’engager sincèrement à éviter ces chutes et à vivre comme je le demande. En effet le Fils de l’homme a pouvoir de remettre les péchés. Profite donc sur le champ de la grâce qui t’est offerte, comme elle l’est à tous.

3. Le malheur n’est pas un châtiment de Dieu

A ce moment survinrent des gens qui lui rapportèrent l’affaire des Galiléens surpris en train d’offrir un sacrifice et exécutés par Pilate. Il leur répondit : « Pensez-vous que ces Galiléens étaient de plus grands pécheurs que les autres pour avoir subi un tel sort ? Non, je vous le dis, mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même.

Et ces 18 personnes sur lesquelles la tour de Siloé s’est effondrée et qu’elle a tuées, pensez-vous qu’elles étaient plus coupables que tous les habitants de Jérusalem ? Non, je vous le dis, mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de la même manière ».

Tout au long de son histoire ancienne, Israël se débat avec « le problème du mal » : s’il arrive malheur à quelqu’un, c’est sans doute que Dieu veut ainsi le punir de sa faute. Par contre l’homme heureux et enrichi mérite sans doute la récompense de Dieu. La rétribution temporelle permettait ainsi de sauver la justice de Dieu.

On connaît les cris de révolte de Job écrasé tout à coup par une terrible série de désastres qui lui enlèvent ses enfants, ses biens, sa santé. Ses amis, de grands sages, sont persuadés, selon la tradition, qu’ il paie ainsi des péchés qu’il ne veut pas avouer. Job est fou furieux et hurle son bon droit. « Pourquoi moi ? »

Ainsi alors qu’on parlait des Galiléens qui avaient été surpris par les Romains en train d’offrir un sacrifice (pour la libération) et qui avaient été exécutés, certains y voyaient une faute que Dieu avait châtiée. Jésus se dresse avec force contre ce diagnostic délirant. Et il évoque un fait-divers tragique récent : si une tour s’était effondrée, il ne fallait pas y voir une punition de Dieu contre les constructeurs. Donc que les mamans, énervées par la désobéissance de leur bambin en larmes, cessent de lui lancer : « Le bon Dieu t’a puni ! ».

Le passage à ne jamais oublier pour nous désencombrer de ces supputations est celui de Jean 9, 3 : Devant un mendiant né aveugle, les apôtres demandent à Jésus : « Qui donc a péché pour qu’il soit dans cet état ? ». Et Jésus à nouveau bondit : « Ni lui ni ses parents. C’est pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui ». Le « Pourquoi ? » est laissé à la médecine ou au hasard et devient le « Pour quoi …? ». Le malheur de l’homme est cause de l’action pour celui qui le rencontre.

Donc conclut Jésus, cessez de débattre sur la culpabilité des victimes et décidez : si de telles choses arrivent, comment dois-je vivre ? Le bulletin d’informations de la tv doit devenir pour le chrétien un appel à la formation à la foi, à la décision, au changement.

4. La Parabole du Figuier

Jésus dit une parabole : « Un homme avait une vigne plantée dans sa vigne. Il vint y chercher du fruit et n’en trouva pas. Il dit alors au vigneron : « Voilà trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier et je n’en trouve pas. Coupe-le. Pourquoi faut-il encore qu’il épuise la terre ? ». Mais l’autre lui répondit : « Maître, laisse-le encore cette année, le temps que je bêche tout autour et que je mette du fumier. Peut-être donnera-t-il du fruit à l’avenir. Si non, tu le couperas ».

Souvent, au cœur de leur vignoble, les propriétaires plantaient un figuier dont l’ombrage des larges feuilles permettait des pauses rafraîchissantes aux ouvriers mais qui surtout offrait des fruits succulents. A quoi bon alors laisser un figuier stérile ? Mais l’intendant intervient et propose un dernier délai en retravaillant l’arbre.

Depuis que les prophètes (Isaïe 5, Jér 2, 21) avaient comparé Israël à une vigne magnifique que Dieu avait choisie et comblée de bienfaits, il était courant de comparer le temple de Jérusalem au figuier planté au centre. Reprenant cette comparaison, Jésus explique que le propriétaire, Dieu, est ulcéré : ce temple, avec ses prélats, son faste, ses sacrifices, ses illuminations a belle apparence mais il ressemble à un figuier stérile. Tout le système fonctionne mais ne produit pas des croyants qui construisent une société de droit et de justice. Comme le figuier, le temple n’est pas un élément décoratif mais doit produire des fruits.

Mais voilà que survient le Fils et, plein de miséricorde, il propose une année où il va tout faire pour opérer le changement. Certes ça fera mal, ses propos seront tranchants, ses exigences secoueront, il tancera vertement les responsables du culte, il dénoncera leur hypocrisie, il fouaillera dans les consciences assoupies. Mais tout cela pour sauver l’arbre avec une certaine espérance : « Peut-être donnera–il du fruit ??? ».

Hélas on refusera la conversion et le perturbateur finira cloué sur un arbre mort. Tandis que la révolte juive entraînera la destruction de Jérusalem et de son temple, la croix deviendra paradoxalement l’arbre de vie. La Bonne Nouvelle libérée franchira toute frontière et donnera des fruits dans tous les pays jusqu’à la fin du monde.

Conclusion

Le carême est un temps de repentance, de prise de conscience de nos fautes mais attention de nous limiter à un vague sentiment de culpabilité. Il vaut mieux parler de temps de conversion, mot qui traduit l’hébreu « shoub » qui signifie retourner, changer de direction. Il s’agit de décider de rompre avec tel comportement, de s’engager sur une autre route. Travail incessant, sans cesse à reprendre vu notre faiblesse, et qui nous démarque du comportement de la multitude toujours emportée par les trois tentations.

Aujourd’hui Jésus nous exhorte à déceler les signes de Dieu dans les événements. La météo, les procès, les guerres, les accidents : tous les événements peuvent nous solliciter à nous convertir pendant qu’il en est temps. Ne nous contentons pas « d’être au courant » : courons pour revenir sur le chemin de la vraie Vie.

Et ne nous fions pas aux succès de nos liturgies et de nos rassemblements : ce qui seul importe, c’est que nous donnions du fruit. Au sens vrai, un « pratiquant » n’est pas un pilier d’église mais quelqu’un qui met en pratique, dans toute la mesure de ses forces, ce qu’il apprend dans l’Évangile et dans l’actualité.

Fr Raphael Devillers, dominicain.