05.06.2022 – SOLENNITÉ DE LA PENTECÔTE

La Pentecôte
(saint Jean-Paul II, audience générale du 31 mai 2000)

Lecture: Ac 2, 1-4

1. « La Pentecôte chrétienne, célébration de l’effusion de l’Esprit Saint, présente divers aspects dans les écrits néotestamentaires.
        Nous commencerons par celui dont nous avons à présent entendu la description dans le passage des Actes des Apôtres. Il s’agit du plus immédiat dans l’Esprit de tous, dans l’histoire de l’art et dans la liturgie elle-même.    
        Luc, dans sa seconde oeuvre, place le don de l’Esprit à l’intérieur d’une théophanie, c’est-à-dire d’une solennelle révélation divine, qui dans ses symboles renvoie à l’expérience d’Israël au Sinaï (cf. Ex 19). Le fracas, le vent impétueux, le feu qui évoque la foudre, exaltent la transcendance divine. En réalité, c’est le Père qui donne l’Esprit à travers l’intervention du Christ glorifié. Pierre le dit dans son discours: « Jésus… exalté par la droite de Dieu, a reçu du Père l’Esprit Saint, objet de la promesse, et l’a répandu. C’est là ce que vous voyez et entendez » (Ac 2, 33). 
        À la Pentecôte – comme l’enseigne le Catéchisme de l’Eglise catholique – l’Esprit Saint « est manifesté, donné et communiqué comme Personne divine… En ce jour est pleinement révélée la Trinité Sainte » (CEC, nn. 731-732).    

2. Toute la Trinité est en effet concernée par l’irruption de l’Esprit Saint, répandu sur la première communauté et sur l’Eglise de tous les temps comme le sceau de la Nouvelle Alliance annoncée par les Prophètes (cf. Jr 31, 31-34; Ez 36, 24-27), pour soutenir le témoignage et comme source d’unité dans la pluralité. 
        En vertu de l’Esprit Saint les Apôtres annoncent le Ressuscité, et tous les croyants, dans la diversité de leurs langues, donc de leurs cultures et de leur histoire, professent l’unique foi dans le Seigneur, « publiant les merveilles de Dieu » (Ac 2, 11).    
        Il est significatif de noter qu’un commentaire hébraïque de l’Exode, en réévoquant le chapitre 10 de la Genèse dans lequel on dresse une liste des soixante-dix nations qui, l’on pensait, constituaient l’humanité dans sa plénitude, les reconduit au Sinaï pour écouter la Parole de Dieu: « Au Sinaï la voix du Seigneur se divisa en soixante-dix langues, afin que toutes les nations puissent comprendre » (Exode Rabba’ 5, 9). De même, dans la Pentecôte de Luc la Parole de Dieu, à travers les Apôtres, est adressée à l’humanité pour annoncer à toutes les nations, dans leur diversité, « les grandes oeuvres de Dieu » (Ac 2, 11).    

3. Il existe cependant dans le Nouveau Testament un autre récit que nous pourrions appeler la Pentecôte de Jean. 
        Dans le quatrième Evangile, en effet, l’effusion de l’Esprit Saint est située le soir même de Pâques et est intimement liée à la Résurrection. On lit chez Jean: « Le soir, ce même jour, le premier de la semaine, et les portes étant closes, là où se trouvaient les disciples, par peur des juifs, Jésus vint et se tint au milieu et il leur dit: « Paix à vous! »; Ayant dit cela, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie à la vue du Seigneur. Il leur dit alors de nouveau: « Paix à vous! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie ». Ayant dit cela, il souffla sur eux et leur dit: « Recevez l’Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus » » (Jn 20, 19-23).    
        Dans ce récit de Jean également, resplendit la gloire de la Trinité: du Christ Ressuscité qui se montre dans son corps glorieux, du Père qui est à la source de la mission apostolique et de l’Esprit répandu comme don de paix. Ainsi s’accomplit la promesse faite par le Christ, à l’intérieur de ces mêmes murs, lors des discours d’adieu aux disciples: « Mais le Paraclet, l’Esprit Saint, que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit » (Jn 14, 26). La présence de l’Esprit dans l’Eglise est destinée à la rémission des péchés, au souvenir et à l’accomplissement de l’Evangile dans la vie, à la réalisation toujours plus profonde de l’unité dans l’amour.    
        L’acte symbolique de souffler veut évoquer l’acte du Créateur qui, après avoir modelé le corps de l’homme avec de la glaise du sol, « insuffla dans ses narines une haleine de vie » (Gn 2, 7). Le Christ ressuscité communique un autre souffle de vie, « l’Esprit Saint ». La rédemption est une nouvelle création, oeuvre divine à laquelle l’Eglise est appelée à collaborer à travers le ministère de la réconciliation.    

4. L’Apôtre Paul ne nous offre pas un récit direct de l’effusion de l’Esprit, mais il parle de ses fruits avec une telle intensité que l’on pourrait parler d’une Pentecôte de Paul, elle aussi présentée sous le signe de la Trinité. 
        Selon deux passages parallèles des Epîtres aux Galates et aux Romains, en effet, l’Esprit est le don du Père, qui nous rend fils adoptifs, en nous faisant participer à la vie de la famille divine elle-même. Paul affirme donc: « Aussi bien n’avez-vous pas reçu un esprit d’esclaves pour retomber dans la crainte; vous avez reçu un esprit de fils adoptifs qui nous fait nous écrier: Abba! Père! L’Esprit en personne se joint à notre esprit pour attester que nous sommes enfants de Dieu. Enfants, et donc héritiers; héritiers de Dieu, et cohéritiers du Christ » (Rm 8, 15-17; cf. Gal 4, 6-7).   

        Avec l’Esprit Saint dans le coeur nous pouvons adresser à Dieu l’appellation familière abba’, que Jésus lui-même utilisait à l’égard de son Père céleste (cf. Mc 14, 36). Comme lui, nous devons marcher selon l’Esprit dans la liberté intérieure profonde: « Mais le fruit de l’Esprit est charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi » (Ga 5, 22).    

Nous concluons notre contemplation de la Trinité dans la Pentecôte par une invocation de la liturgie d’Orient: 
         « Venez, peuples, adorons la Divinité en trois personnes: le Père dans le fils avec l’Esprit Saint. Car le Père de toute éternité engendre un fils coéternel et régnant avec Lui, et l’Esprit Saint est dans le Père, glorifié avec le Fils, puissance unique, unique substance, unique divinité… Trinité Sainte, gloire à Toi! » (Vêpres de la Pentecôte).    

        La Pentecôte célèbre l’effusion de l’Esprit qui « est manifesté, donné et communiqué comme Personne divine » (CEC, nn. 731-732). La Trinité est donc tout entière présente dans l’irruption de l’Esprit, qui donne aux Apôtres la force d’annoncer à toutes les nations le Christ ressuscité.  
        L’événement de la Pentecôte fait resplendir la gloire de la Trinité: le Christ se manifeste dans son corps glorieux, le Père est la source du don de l’Esprit réalisant la promesse de l’envoi du Paraclet. En soufflant sur les disciples rassemblés au Cénacle, Jésus fait aussi apparaître que la rédemption est une nouvelle création, une action divine à laquelle l’Eglise est appelée à collaborer à travers le ministère de la réconciliation. »

Homélie du Pape Benoît XVI 

Place Saint-Pierre
Dimanche 4 juin 2006

Chers frères et sœurs! 

Le jour de la Pentecôte, l’Esprit Saint descendit avec puissance sur les Apôtres ; ainsi commença la mission de l’Église dans le monde. Jésus avait lui-même préparé les Onze à cette mission en leur apparaissant plusieurs fois après sa résurrection (cf. Ac 1, 3). Avant son ascension au Ciel, il leur donna l’ordre de « ne pas quitter Jérusalem, mais d’y attendre ce que le Père avait promis » (cf. Ac 1, 4-5) ; il leur demanda en fait de demeurer ensemble pour se préparer à recevoir le don de l’Esprit Saint. Ils se réunirent en prière avec Marie au Cénacle, dans l’attente de l’événement promis (cf. Ac 1, 14).

Demeurer ensemble fut la condition posée par Jésus pour accueillir le don de l’Esprit Saint ; la condition nécessaire pour l’harmonie entre eux fut une prière prolongée. Une formidable leçon pour toute communauté chrétienne est présentée ici. On pense parfois que l’efficacité missionnaire dépend essentiellement d’une programmation attentive, suivie d’une mise en œuvre intelligente à travers un engagement concret. Le Seigneur demande certes notre collaboration, mais avant toute réponse de notre part, son initiative est nécessaire : le vrai protagoniste de l’Église est son Esprit. Les racines de notre être et de notre action se trouvent dans le silence sage et prévoyant de Dieu.

Les images utilisées par saint Luc pour indiquer l’irruption de l’Esprit Saint – le vent et le feu – rappellent le Sinaï, où Dieu s’était révélé au peuple d’Israël et lui avait accordé son alliance (cf. Ex 19, 3sq). La fête du Sinaï, qu’Israël célébrait cinquante jours après Pâques, était la fête du Pacte. En parlant de langues de feu (cf. Ac 2, 3), saint Luc veut représenter la Pentecôte comme un nouveau Sinaï, comme la fête du nouveau Pacte, dans lequel l’Alliance avec Israël est étendue à tous les peuples de la Terre. L’Église est catholique et missionnaire depuis sa naissance. L’universalité du salut est démontrée de manière significative par la liste des nombreuses ethnies auxquelles appartiennent ceux qui écoutent la première annonce des Apôtres (cf. Ac 2, 9-11).

Le Peuple de Dieu, configuré pour la première fois, au Sinaï, est aujourd’hui élargi au point de ne plus connaître aucune frontière de race, de culture, d’espace ou de temps. Contrairement à ce qui s’était produit avec la tour de Babel (cf. Gn 11, 1-9), lorsque les hommes, désireux de construire de leurs mains un chemin vers le ciel, avaient fini par détruire leur capacité même de se comprendre les uns les autres, à la Pentecôte, l’Esprit, à travers le don des langues, montre que sa présence unit et transforme la confusion en communion. L’orgueil et l’égoïsme de l’homme créent toujours des divisions, dressent des murs d’indifférence, de haine et de violence. L’Esprit Saint, en revanche, rend les cœurs capables de comprendre les langues de tous, car il rétablit le pont de la communication authentique entre la Terre et le Ciel. L’Esprit Saint est Amour.

Mais comment entrer dans le mystère de l’Esprit Saint, comment comprendre le secret de l’Amour ? La page de l’Évangile nous conduit aujourd’hui dans le Cénacle où, la dernière Cène étant terminée, un sentiment de désarroi rend les Apôtres tristes. La raison en est que les paroles de Jésus suscitaient en effet des interrogations inquiétantes : Il parle de la haine du monde envers Lui et envers les siens, il parle de son mystérieux départ, et de nombreuses choses restent encore à dire, mais pour le moment les Apôtres ne sont pas en mesure d’en porter le poids (cf. Jn 16, 12). Pour les réconforter, il explique la signification de son départ : il partira, mais reviendra ; en attendant, il ne les abandonnera pas, il ne les laissera pas orphelins. Il enverra le Consolateur, l’Esprit du Père, et ce sera l’Esprit qui fera savoir qu’une œuvre du Christ est une œuvre d’amour : amour de Celui qui s’est offert, amour du Père qui l’a donné.

Tel est le mystère de la Pentecôte : l’Esprit Saint éclaire l’esprit humain et, en révélant le Christ crucifié et ressuscité, il indique la voie pour devenir davantage semblables à Lui, c’est-à-dire être « expression et instrument de l’amour qui émane de Lui » (Deus caritas est, n. 33). Recueillie avec Marie, comme lors de sa naissance, l’Église prie aujourd’hui :  « >>> Veni Creator Spiritus » – « Viens, Esprit Saint, remplis les cœurs de tes fidèles et embrase-les du feu de ton amour ! ». Amen.