« La Bible, livre du peuple du Seigneur, patrimoine de tous »

Le pape François s’adressant aux membres de l'Association biblique italienne © Vatican Media
Le Pape François S’adressant Aux Membres De L’Association Biblique Italienne © Vatican Media

« La Bible, livre du peuple du Seigneur, patrimoine de tous »

Discours du pape aux membres de l’Association biblique italienne

Je suis heureux de vous rencontrer tous, membres de l’Association biblique italienne et professeurs d’Écriture Sainte, réunis à Rome pour la 47e Semaine biblique nationale. Le thème que vous avez choisi pour ces rencontres : « Alliance et pactes entre universalisme et particularisme », me tient à cœur et constitue l’une des préoccupations majeures de l’Église aujourd’hui. Les trois alliances sur lesquelles vous réfléchissez impliquent en effet étroitement ses relations avec le monde contemporain.

L’alliance avec Noé est centrée sur la relation entre l’humanité et la création. L’alliance avec Abraham concerne les trois grandes religions monothéistes dans leur origine commune : la foi en Dieu comme condition d’unité et de fécondité. L’alliance du Sinaï, enfin, concerne le don de la Loi et l’élection d’Israël comme instrument de salut pour tous les peuples.

Ce sont des thèmes qui traversent entièrement l’Ancien et le Nouveau Testament, avec des tensions et des reformulations qui oscillent constamment entre l’universalisme de l’amour de Dieu pour l’humanité, sans exclusion, et le particularisme de l’élection, unis par un caractère unificateur : l’irrévocabilité des dons et de l’appel de Dieu (cf. Rm 11, 29), son offre constante et multiple de communion, comme l’a dit saint Jean-Paul II (cf. Rencontre avec la communauté juive, Mayence, 17 novembre 1980, n° 3).

Réfléchissons donc un instant à la pertinence de ces trois thèmes et, à la lumière de ceux-ci, à la valeur de votre travail.

Comme nous l’avons dit, l’alliance avec Noé comporte une référence claire au rapport entre l’homme et la création. Dans le récit du déluge (cf. Gn 6, 9), Dieu redonne espoir et salut à l’humanité, ravagée par la haine et la violence, grâce à la justice du patriarche. Cette justice a en elle-même une dimension écologique inaliénable, en redécouvrant et en respectant « les rythmes inscrits dans la nature par la main du Créateur » (Lettre encyclique Laudato si’, 71). L’alliance noachique, qui n’a jamais failli de la part de Dieu, continue donc à nous inciter à un usage juste et sobre des ressources de la planète, ce qui est une préoccupation très sérieuse à l’heure actuelle.

Le deuxième thème a pour icône l’alliance d’Abraham, commune aux trois grandes religions monothéistes. Cette image est également très actuelle. En effet, comme l’enseigne le Concile Vatican II, en un temps bouleversé par les échos de la mort et de la guerre, la foi commune en un Dieu unique nous invite et nous encourage à vivre en frères. C’est en elle que, « appelés à une seule et même vocation humaine et divine, sans violence et sans déception, nous pouvons et devons travailler ensemble à construire le monde dans une paix véritable » (Constitution pastorale Gaudium et spes, 92).

Enfin, le troisième thème est celui du don de la loi et de l’élection du peuple d’Israël. Il est lui aussi important. En effet, dans la Bible, contre toute tentation de lecture exclusiviste, le particularisme de l’élection est toujours en fonction d’un bien universel et ne tombe jamais dans des formes de séparation ou d’exclusion. Dieu ne choisit jamais quelqu’un pour exclure les autres, mais toujours pour inclure tout le monde. L’élection de Dieu a toujours cette dimension sociale et missionnaire. C’est un avertissement important pour notre temps, où les dérives toujours plus grandes de la séparation creusent des fossés et érigent des clôtures entre les personnes et entre les peuples, au détriment de l’unité du genre humain, qui souffre, et du Corps du Christ lui-même, selon le dessein de Dieu.

Mais votre rencontre rappelle une autre valeur que je tiens à souligner : celle du travail en commun au service de la Parole. Elle s’inscrit en effet dans le cadre d’un vaste travail de coopération que l’Association biblique offre en permanence à l’Église en Italie. Elle a été l’une des premières associations théologiques de ce pays et elle est encore très présente dans les différents diocèses, notamment à travers l’animation des semaines bibliques diocésaines, qu’elle soutient en collaboration avec l’Apostolat biblique de la Conférence épiscopale italienne. Je souhaite que cette présence se développe sur tout le territoire, en évitant toute forme d’élitisme et d’exclusion. L’Association biblique travaille également en collaboration avec l’Institut biblique pontifical, à un moment décisif de la réforme des universités pontificales, où l’alliance entre les institutions académiques n’est pas toujours facile. Cependant, pour de nombreux membres de l’Association, l’Institut biblique pontifical reste « l’alma mater » qui les a formés à la recherche et à l’apostolat. C’est là un exemple de la synergie qu’il est urgent de favoriser, à Rome et ailleurs, entre les différents instituts d’études, afin de ne pas courir le risque d’une disparition irrémédiable.

Chers amis, poursuivez votre mission pour aider le peuple de Dieu à se nourrir de la Parole, afin que la Bible soit toujours davantage le patrimoine de tous : « le livre du peuple du Seigneur qui, en l’écoutant, passe de la dispersion et de la division à l’unité » (Lettre apostolique Aperuit illis, 4). C’est un peu la « dynamique du Seigneur » : il envoie et semble donc disperser, mais il rassemble ensuite dans l’unité. Je vous bénis de tout cœur. Et n’oubliez pas de prier pour moi ! Je vous remercie.

Traduction Zenit

Source : ZENIT.ORG, le 14 septembre 2023

Mel Gibson annonce une suite à La passion du Christ

Jim Caviezel dans La Passion du Christ © USA Today
Jim Caviezel Dans La Passion Du Christ © USA Today

Mel Gibson annonce une suite à La passion du Christ

Ce sera un film sur la Résurrection

Mel Gibson a déclaré en 2016 qu’il souhaitait une suite à « La Passion du Christ », qui traiterait naturellement de la Résurrection. Jim Caviezel, qui a interprété le rôle de Jésus dans cette première production, a fait savoir que la préproduction de la deuxième partie du film, dans laquelle il jouera à nouveau, est en bonne voie.

Le tournage et la production de « La Passion du Christ : la résurrection », réalisés par Mel Gibson, auront lieu en 2024. Dans une interview accordée à USA Today, Caviezel explique que le film aura pour thème la résurrection de Jésus-Christ. Les attentes sont grandes et Mel Gibson a déclaré : « Ce sera l’un des films les plus importants de l’histoire ».

Les portails spécialisés World of Reel et IMDB estiment que le tournage et la sortie du film auront lieu l’année prochaine. Les seuls acteurs actuellement connus sont Caviezel dans le rôle de Jésus, Maia Morgenstern dans celui de Marie et Francesco de Vito dans celui de Pierre.

Il n’est pas certain que la production ait plusieurs rôles. Caviezel a déclaré qu’il y en aurait trois. Jordan Ruimy, journaliste, critique et créateur du blog de cinéma World of Reel, rapporte que les préparatifs sont en cours depuis un certain temps et que Gibson, aidé du scénariste Randall Wallace a déjà travaillé sur six versions successives. Selon USA Today, il a déclaré : « Nous essayons de le faire d’une manière cinématographique, persuasive et révélatrice, pour apporter un éclairage nouveau, sans tomber pour autant dans l’étrange ».

Gibson a confirmé que le film s’appellerait « Resurrection » et traiterait des événements qui ont suivi la passion et la mort de Jésus. Comme pour « La Passion du Christ« , la version originale sera en hébreu, en araméen et en latin. Le réalisateur ne souhaite pas se contenter de décrire ce qui s’est passé : « C’est un sujet très vaste qui doit être étudié, car nous ne voulons pas faire une simple représentation, une simple lecture de ce qui s’est passé, mais expérimenter et en explorer le sens profond, ce qui demandera un certain travail », a-t-il déclaré à Greg Laurie lors de la Harvest Crusade.

Gibson a également déclaré que le film commençait par la mort de Jésus, le Vendredi saint. Le 29 août, Jordan Ruimy a rapporté que « le scénario sera plus philosophique et poétique que la simple histoire ». D’après lui, Gibson voit ce film comme un voyage où Jésus va « dans d’autres royaumes ».

La Passion du Christ » est un film indépendant qui a fait date dans l’histoire du cinéma. Sans bailleurs de fonds, Gibson a investi 30 millions de dollars de sa poche à travers sa société de production : le film a rapporté 612 millions de dollars au box-office, auxquels s’ajoutent les ventes de produits dérivés et de DVD.

Source : ZENIT.ORG, le 15 septembre 2023

Le pardon n’a pas de limite, par Mgr Follo

Détail De L’œuvre De Rembrandt « Le Retour Du Fils Prodigue »

Le pardon n’a pas de limite, par Mgr Follo

« La gratuité est un des noyaux de l’Évangile »

Rite Romain

Is 56,1.6-7; Ps 66; Rm 11,13-15.29-32; Mt 15,21-28

1) Une mesure démesurée

L’Evangile de ce dimanche reporte ce que Pierre demanda au Christ sur le nombre de fois où il devait pardonner à son prochain. Le Messie, le porteur de l’évangile de la miséricorde répondit qu’il devait pardonner « non pas sept fois, mais soixante-dix fois sept » (Mt 18,21s), c’est-à-dire toujours. En effet le nombre « soixante-dix » par « sept » est symbolique et ne signifie pas une grande quantité déterminée, mais une quantité infinie, démesurée.

En disant qu’il faut pardonner « soixante-dix fois sept », Jésus enseigne que le pardon chrétien n’a pas de limites et que, seul, le pardon sans limites ressemble au pardon de Dieu.
Ce pardon divin est la raison et la mesure du pardon fraternel. C’est parce que Dieu le Père nous a fait objet d’un pardon sans mesures, que nous devons pardonner sans mesure.

Le pardon fraternel est la conséquence du pardon paternel de Dieu à invoquer sur ceux qui nous offensent, en priant : « Notre Père qui est au cieux … pardonne nous nos offenses s comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés » et en nous appropriant la prière du Christ sur la Croix lorsqu’en s’adressant au Père, il supplia : « Père pardonne-leur parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23.34).

« Pardonne-leur » est la parole prononcée par le Christ à qui on a fait tant de mal, de façon injuste et sans mesures. Le Messie mourant pardonne et ouvre l’espace de l’amour infini à celui qui l’offense et qui le tue. Il prononce cette parole du cœur qui révèle un Dieu infiniment bon : le Dieu du pardon et de la miséricorde.

Comment pouvons-nous, nous pauvres êtres limités, mettre en pratique cet amour illimité ?
En premier lieu, en mendiant la miséricorde de Dieu, parce que nous ne pouvons donner ce que nous n’avons pas. Le Patron, celui dont parle le Christ dans la parabole d’aujourd’hui, se laisse attendrir par la supplication du serviteur et lui efface toute sa dette, en révélant un amour non seulement patient mais sans limites dans sa miséricorde. L’erreur à éviter, après avoir reçu ce pardon, est de ne pas reconnaître qu’en ce pardon il y a son amour pour nous et que cet amour grandit en nous si nous le partageons.

En deuxième lieu, en prenant conscience que l’accueil du pardon de Dieu se concrétise en sachant pardonner aux autres et qu’en pardonnant à celui qui nous a offensé, nous aimons le prochain comme nous-même et nous réalisons non seulement son bonheur et sa joie mais également notre bonheur et notre joie.

En troisième lieu, il faut prendre conscience que le pardon n’est pas seulement un acte que nous sommes appelés à faire un nombre infini de fois, mais que c’est une façon d’être qui doit influencer toute notre vie quotidienne pendant toute notre existence. C’est une dimension « religieuse » au vrai sens du terme parce qu’elle exprime notre communion avec Dieu dont l’amour transforme. « Pardonner ce n’est pas ignorer mais transformer :  Dieu doit entrer dans ce monde et opposer à l’océan de l’injustice un plus grand océan du bien et de l’amour » (Benoît XVI, 24 juillet 2005).

Un grand exemple, humain de ce pardon nous vient de la Vierge Marie qui souvent est invoquée comme Mère de Miséricorde. Aux pieds de son Fils crucifié, Marie nous pardonna, acceptant comme ses fils les hommes par lesquels le Christ avait été mis sur la Croix et par lesquels il mourrait. Avec ce « oui » (fiat) elle devint pour toujours, sans limites, notre Mère, Mère du pardon, comme auparavant elle se mit pleinement à disposition de Dieu et devint la mère de Jésus, le visage humain de la divine Miséricorde. Marie est ainsi devenue et reste pour toujours la « Mère de la Miséricorde » modèle et exemple de pardon.

              2) Pardon et gratuité

              La parabole d’aujourd’hui nous donne aussi un autre enseignement : le pardon ne doit pas seulement être pour toujours mais il doit aussi être gratuit car il ne faut pas séparer le rapport avec Dieu de celui avec le prochain. En effet le serviteur des paraboles de l’Evangile d’aujourd’hui est condamné parce qu’il garde le Pardon pour lui et qu’il ne permet pas que le pardon reçu devienne joie et pardon pour les autres aussi.

L’erreur de ce serviteur est de séparer le rapport avec Dieu du rapport avec le prochain. C’est en fait un rapport unique : comme il y a un rapport de gratuité, d’amour accueillant entre Dieu et les hommes, ainsi il doit y être la même chose entre l’homme et ses frères.

Je pense que la parabole veut souligner que l’amour de Dieu envers nous n’est pas avant tout circulaire, réciproque mais expansif et oblatif. Il est gratuit. Dieu ne se laisse pas enfermer dans l’étroite réciprocité. Donc, celui qui croit en Dieu et parle de Dieu doit élargir l’espace du pardon qui réalise la vraie justice.

L’important est de comprendre et vivre le fait que « la justice de Dieu est son pardon (Misericordiae vultus, 20). Le pape François écrit : « La miséricorde n’est pas contraire à la justice mais elle exprime le comportement de Dieu envers le pécheur en lui offrant une possibilité ultérieure de se convertir et de croire » (Id, 21). Nous devons être Eglise « en sortie » regardant les autres avec les yeux de Jésus : des yeux d’amour et non d’exclusion, certains que Dieu est tout et seul Amour. Parce qu’il est Amour, il est accueil et dialogue. Dans sa relation avec nous, hommes pécheurs, Il est compassion, grâce et pardon : miséricorde.

Les vierges consacrées sont particulièrement appelées à être des témoins de cette miséricorde du Seigneur dans laquelle nous sommes tous sauvés.

L’existence de ces femmes est une vive expérience du pardon de Dieu parce qu’elles vivent dans la conscience d’être des personnes sauvées, d’être « grandes » lorsqu’elles se reconnaissent « petites », de se sentir renouvelées et enveloppées par la sainteté de Dieu lorsqu’elles reconnaissent leur propre péché.

La vie consacrée reste donc une école privilégiée de la « componction du cœur », de la reconnaissance humble de sa propre misère, mais est aussi une école de la confiance en la miséricorde de Dieu, en son amour qu’il n’abandonne jamais.

En effet, plus nous sommes près de Dieu, plus nous sommes utiles aux autres.
Avec le don total d’elles-mêmes, les vierges consacrées expérimentent la grâce, la miséricorde et le pardon de Dieu non seulement pour elles-mêmes mais aussi pour les frères parce que leur vocation est de porter dans le cœur et dans la prière les angoisses et les attentes des hommes, particulièrement de ceux qui sont loin de Dieu.

La virginité est le fruit d’une amitié prolongée et mûrie avec Jésus par l’écoute constante de sa parole, dans le dialogue de la prière, dans la rencontre eucharistique. Pour cela les vierges consacrées sont des témoins crédibles de la foi. Elles doivent être des personnes qui vivent pour le Christ, avec le Christ et dans le Christ en transformant leur propre vie selon les plus grandes exigences de la gratuité.

La gratuité est un des noyaux de l’évangile. Tout est Grâce. « Personne » ne peut rien prétendre, tout est donné.

Comme Paul, il faut dire : « Qui donc t’a mis à part ? As-tu quelque chose sans l’avoir reçu ? Et si tu l’as reçu, pourquoi te vanter comme si tu ne l’avais pas reçu ? » (1 Cor 4,7). La gratuité n’est pas de faire les choses sans raison mais de les faire avec la plus grande de motivations, qui est la foi qui devient active par la charité (cf. Gal5,6)

Lecture patristique

Saint Augustin (354 – 430)
Sermon 83, 2.4

PL 38, 515-516.

Le Seigneur a raconté pour notre instruction la parabole du débiteur impitoyable, et, comme il ne veut pas que nous périssions, il y a joint cet avertissement : C’est ainsi que votre Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère de tout son cœur (Mt 18,35). Vous le voyez, mes frères, la parole est claire, l’avertissement utile ; ils réclament notre obéissance, ce moyen de salut très efficace, qui nous rend capables d’observer le commandement.

Tout homme, il est vrai, est débiteur de Dieu, et tout homme a un frère qui est son débiteur. Y a-t-il quelqu’un qui ne doive rien à Dieu, sinon celui en qui on ne peut trouver de péché ? Et quel est l’homme qui n’a pas un frère pour débiteur, sinon celui que personne n’a offensé ? Pourrait-on, à ton avis, en trouver un seul dans le genre humain, qui ne soit comptable de quelque manquement envers un frère ?

Donc, tout homme est débiteur envers quelqu’un, et il a, lui aussi, un débiteur. Dès lors, le Dieu juste t’a donné une règle à suivre envers ton débiteur, règle qu’il appliquera lui-même envers le sien. Il existe, en effet, deux œuvres de miséricorde qui peuvent nous libérer. Le Seigneur lui-même les a formulées brièvement dans son évangile : Remettez, et il vous sera remis ; donnez, et l’on vous donnera (Lc 6,37-38). La première a pour objet le pardon, et la seconde, la charité.

Le Seigneur parle du pardon. Or, tu désires obtenir le pardon de tes péchés, et tu as aussi des péchés à pardonner à quelqu’un. Il en va de même pour la charité : un mendiant te demande l’aumône et tu es le mendiant de Dieu, car nous sommes tous, quand nous le prions, les mendiants de Dieu. Nous nous tenons, ou plutôt nous nous prosternons devant la porte de notre Père de famille ; nous le supplions en nous lamentant, désireux de recevoir de lui une grâce, et cette grâce, c’est Dieu même. Que te demande le mendiant ? Du pain. Et toi, que demandes-tu à Dieu ? Simplement le Christ, qui dit : Je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel (Jn 6,51). Vous voulez être pardonnes ? Pardonnez. Remettez, et il vous sera remis. Vous voulez recevoir ? Donnez, et l’on vous donnera.

Oui, vraiment, si nous considérons nos péchés et passons en revue les fautes que nous avons commises par action, par la vue, par l’ouïe, par la pensée, par tant de mouvements de notre cœur, j’ignore si nous pourrions nous endormir sans sentir peser tout le poids de notre dette. Voilà pourquoi chaque jour nous présentons à Dieu des demandes, chaque jour nos prières vont frapper à ses oreilles, chaque jour nous nous prosternons en disant : Remets-nous nos dettes comme nous les avons remises nous-mêmes à ceux qui nous devaient (Mt 6,12).

Quelles dettes veux-tu te faire remettre ? Toutes, ou une partie ? Tu vas répondre « Toutes. » Fais-donc de même pour ton débiteur. C’est la règle que tu formules et la condition que tu poses. Tu les rappelles lorsque tu pries en accord avec ce pacte et cette alliance, et que tu dis : Remets-nous nos dettes comme nous les avons remises nous-mêmes à ceux qui nous devaient.

Source : ZENIT.ORG, le 16 septembre 2023

Le pardon n’a pas de limite, par Mgr Follo

Détail De L’œuvre De Rembrandt « Le Retour Du Fils Prodigue »

Le pardon n’a pas de limite, par Mgr Follo

« La gratuité est un des noyaux de l’Évangile »

Rite Romain

Is 56,1.6-7; Ps 66; Rm 11,13-15.29-32; Mt 15,21-28

1) Une mesure démesurée

L’Evangile de ce dimanche reporte ce que Pierre demanda au Christ sur le nombre de fois où il devait pardonner à son prochain. Le Messie, le porteur de l’évangile de la miséricorde répondit qu’il devait pardonner « non pas sept fois, mais soixante-dix fois sept » (Mt 18,21s), c’est-à-dire toujours. En effet le nombre « soixante-dix » par « sept » est symbolique et ne signifie pas une grande quantité déterminée, mais une quantité infinie, démesurée.

En disant qu’il faut pardonner « soixante-dix fois sept », Jésus enseigne que le pardon chrétien n’a pas de limites et que, seul, le pardon sans limites ressemble au pardon de Dieu.
Ce pardon divin est la raison et la mesure du pardon fraternel. C’est parce que Dieu le Père nous a fait objet d’un pardon sans mesures, que nous devons pardonner sans mesure.

Le pardon fraternel est la conséquence du pardon paternel de Dieu à invoquer sur ceux qui nous offensent, en priant : « Notre Père qui est au cieux … pardonne nous nos offenses s comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés » et en nous appropriant la prière du Christ sur la Croix lorsqu’en s’adressant au Père, il supplia : « Père pardonne-leur parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23.34).

« Pardonne-leur » est la parole prononcée par le Christ à qui on a fait tant de mal, de façon injuste et sans mesures. Le Messie mourant pardonne et ouvre l’espace de l’amour infini à celui qui l’offense et qui le tue. Il prononce cette parole du cœur qui révèle un Dieu infiniment bon : le Dieu du pardon et de la miséricorde.

Comment pouvons-nous, nous pauvres êtres limités, mettre en pratique cet amour illimité ?
En premier lieu, en mendiant la miséricorde de Dieu, parce que nous ne pouvons donner ce que nous n’avons pas. Le Patron, celui dont parle le Christ dans la parabole d’aujourd’hui, se laisse attendrir par la supplication du serviteur et lui efface toute sa dette, en révélant un amour non seulement patient mais sans limites dans sa miséricorde. L’erreur à éviter, après avoir reçu ce pardon, est de ne pas reconnaître qu’en ce pardon il y a son amour pour nous et que cet amour grandit en nous si nous le partageons.

En deuxième lieu, en prenant conscience que l’accueil du pardon de Dieu se concrétise en sachant pardonner aux autres et qu’en pardonnant à celui qui nous a offensé, nous aimons le prochain comme nous-même et nous réalisons non seulement son bonheur et sa joie mais également notre bonheur et notre joie.

En troisième lieu, il faut prendre conscience que le pardon n’est pas seulement un acte que nous sommes appelés à faire un nombre infini de fois, mais que c’est une façon d’être qui doit influencer toute notre vie quotidienne pendant toute notre existence. C’est une dimension « religieuse » au vrai sens du terme parce qu’elle exprime notre communion avec Dieu dont l’amour transforme. « Pardonner ce n’est pas ignorer mais transformer :  Dieu doit entrer dans ce monde et opposer à l’océan de l’injustice un plus grand océan du bien et de l’amour » (Benoît XVI, 24 juillet 2005).

Un grand exemple, humain de ce pardon nous vient de la Vierge Marie qui souvent est invoquée comme Mère de Miséricorde. Aux pieds de son Fils crucifié, Marie nous pardonna, acceptant comme ses fils les hommes par lesquels le Christ avait été mis sur la Croix et par lesquels il mourrait. Avec ce « oui » (fiat) elle devint pour toujours, sans limites, notre Mère, Mère du pardon, comme auparavant elle se mit pleinement à disposition de Dieu et devint la mère de Jésus, le visage humain de la divine Miséricorde. Marie est ainsi devenue et reste pour toujours la « Mère de la Miséricorde » modèle et exemple de pardon.

              2) Pardon et gratuité

              La parabole d’aujourd’hui nous donne aussi un autre enseignement : le pardon ne doit pas seulement être pour toujours mais il doit aussi être gratuit car il ne faut pas séparer le rapport avec Dieu de celui avec le prochain. En effet le serviteur des paraboles de l’Evangile d’aujourd’hui est condamné parce qu’il garde le Pardon pour lui et qu’il ne permet pas que le pardon reçu devienne joie et pardon pour les autres aussi.

L’erreur de ce serviteur est de séparer le rapport avec Dieu du rapport avec le prochain. C’est en fait un rapport unique : comme il y a un rapport de gratuité, d’amour accueillant entre Dieu et les hommes, ainsi il doit y être la même chose entre l’homme et ses frères.

Je pense que la parabole veut souligner que l’amour de Dieu envers nous n’est pas avant tout circulaire, réciproque mais expansif et oblatif. Il est gratuit. Dieu ne se laisse pas enfermer dans l’étroite réciprocité. Donc, celui qui croit en Dieu et parle de Dieu doit élargir l’espace du pardon qui réalise la vraie justice.

L’important est de comprendre et vivre le fait que « la justice de Dieu est son pardon (Misericordiae vultus, 20). Le pape François écrit : « La miséricorde n’est pas contraire à la justice mais elle exprime le comportement de Dieu envers le pécheur en lui offrant une possibilité ultérieure de se convertir et de croire » (Id, 21). Nous devons être Eglise « en sortie » regardant les autres avec les yeux de Jésus : des yeux d’amour et non d’exclusion, certains que Dieu est tout et seul Amour. Parce qu’il est Amour, il est accueil et dialogue. Dans sa relation avec nous, hommes pécheurs, Il est compassion, grâce et pardon : miséricorde.

Les vierges consacrées sont particulièrement appelées à être des témoins de cette miséricorde du Seigneur dans laquelle nous sommes tous sauvés.

L’existence de ces femmes est une vive expérience du pardon de Dieu parce qu’elles vivent dans la conscience d’être des personnes sauvées, d’être « grandes » lorsqu’elles se reconnaissent « petites », de se sentir renouvelées et enveloppées par la sainteté de Dieu lorsqu’elles reconnaissent leur propre péché.

La vie consacrée reste donc une école privilégiée de la « componction du cœur », de la reconnaissance humble de sa propre misère, mais est aussi une école de la confiance en la miséricorde de Dieu, en son amour qu’il n’abandonne jamais.

En effet, plus nous sommes près de Dieu, plus nous sommes utiles aux autres.
Avec le don total d’elles-mêmes, les vierges consacrées expérimentent la grâce, la miséricorde et le pardon de Dieu non seulement pour elles-mêmes mais aussi pour les frères parce que leur vocation est de porter dans le cœur et dans la prière les angoisses et les attentes des hommes, particulièrement de ceux qui sont loin de Dieu.

La virginité est le fruit d’une amitié prolongée et mûrie avec Jésus par l’écoute constante de sa parole, dans le dialogue de la prière, dans la rencontre eucharistique. Pour cela les vierges consacrées sont des témoins crédibles de la foi. Elles doivent être des personnes qui vivent pour le Christ, avec le Christ et dans le Christ en transformant leur propre vie selon les plus grandes exigences de la gratuité.

La gratuité est un des noyaux de l’évangile. Tout est Grâce. « Personne » ne peut rien prétendre, tout est donné.

Comme Paul, il faut dire : « Qui donc t’a mis à part ? As-tu quelque chose sans l’avoir reçu ? Et si tu l’as reçu, pourquoi te vanter comme si tu ne l’avais pas reçu ? » (1 Cor 4,7). La gratuité n’est pas de faire les choses sans raison mais de les faire avec la plus grande de motivations, qui est la foi qui devient active par la charité (cf. Gal5,6)

Lecture patristique

Saint Augustin (354 – 430)
Sermon 83, 2.4

PL 38, 515-516.

Le Seigneur a raconté pour notre instruction la parabole du débiteur impitoyable, et, comme il ne veut pas que nous périssions, il y a joint cet avertissement : C’est ainsi que votre Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère de tout son cœur (Mt 18,35). Vous le voyez, mes frères, la parole est claire, l’avertissement utile ; ils réclament notre obéissance, ce moyen de salut très efficace, qui nous rend capables d’observer le commandement.

Tout homme, il est vrai, est débiteur de Dieu, et tout homme a un frère qui est son débiteur. Y a-t-il quelqu’un qui ne doive rien à Dieu, sinon celui en qui on ne peut trouver de péché ? Et quel est l’homme qui n’a pas un frère pour débiteur, sinon celui que personne n’a offensé ? Pourrait-on, à ton avis, en trouver un seul dans le genre humain, qui ne soit comptable de quelque manquement envers un frère ?

Donc, tout homme est débiteur envers quelqu’un, et il a, lui aussi, un débiteur. Dès lors, le Dieu juste t’a donné une règle à suivre envers ton débiteur, règle qu’il appliquera lui-même envers le sien. Il existe, en effet, deux œuvres de miséricorde qui peuvent nous libérer. Le Seigneur lui-même les a formulées brièvement dans son évangile : Remettez, et il vous sera remis ; donnez, et l’on vous donnera (Lc 6,37-38). La première a pour objet le pardon, et la seconde, la charité.

Le Seigneur parle du pardon. Or, tu désires obtenir le pardon de tes péchés, et tu as aussi des péchés à pardonner à quelqu’un. Il en va de même pour la charité : un mendiant te demande l’aumône et tu es le mendiant de Dieu, car nous sommes tous, quand nous le prions, les mendiants de Dieu. Nous nous tenons, ou plutôt nous nous prosternons devant la porte de notre Père de famille ; nous le supplions en nous lamentant, désireux de recevoir de lui une grâce, et cette grâce, c’est Dieu même. Que te demande le mendiant ? Du pain. Et toi, que demandes-tu à Dieu ? Simplement le Christ, qui dit : Je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel (Jn 6,51). Vous voulez être pardonnes ? Pardonnez. Remettez, et il vous sera remis. Vous voulez recevoir ? Donnez, et l’on vous donnera.

Oui, vraiment, si nous considérons nos péchés et passons en revue les fautes que nous avons commises par action, par la vue, par l’ouïe, par la pensée, par tant de mouvements de notre cœur, j’ignore si nous pourrions nous endormir sans sentir peser tout le poids de notre dette. Voilà pourquoi chaque jour nous présentons à Dieu des demandes, chaque jour nos prières vont frapper à ses oreilles, chaque jour nous nous prosternons en disant : Remets-nous nos dettes comme nous les avons remises nous-mêmes à ceux qui nous devaient (Mt 6,12).

Quelles dettes veux-tu te faire remettre ? Toutes, ou une partie ? Tu vas répondre « Toutes. » Fais-donc de même pour ton débiteur. C’est la règle que tu formules et la condition que tu poses. Tu les rappelles lorsque tu pries en accord avec ce pacte et cette alliance, et que tu dis : Remets-nous nos dettes comme nous les avons remises nous-mêmes à ceux qui nous devaient.

Source : ZENIT.ORG, le 16 septembre 2023

RUSSIE – Lettre pastorale des Évêques catholiques à Moscou : la « mission créatrice » des baptisés ne se plaint pas des « temps difficiles »

Foto: Studija ‘Kana’

Moscou (Agence Fides) – « Ce ne sont pas nos plans pastoraux, ni nos projets personnels qui font grandir l’Eglise, mais le témoignage humble et persévérant que nous lui rendons. Rappelons-nous les paroles de Benoît XVI : l’Église grandit et se répand non par le prosélytisme, mais par l’attraction du Christ lui-même (cf. Homélie au Sanctuaire d’Aparecida, 13 mai 2007) ».

C’est ce qui ressort de la Lettre aux catholiques de l’archidiocèse de la Mère de Dieu à Moscou pour l’année pastorale 2023-2024, signée par l’archevêque Paolo Pezzi et Nikolaj Dubinin, son évêque auxiliaire. Le document, daté du 8 septembre, sera largement diffusé le dimanche 17 septembre, jour du début de la nouvelle année pastorale.


S’inspirant d’une expression utilisée par le Pape Benoît XVI le 26 septembre 2009 sur le vol Rome-Prague, les deux évêques demandent aux fidèles de ne pas se laisser décourager par la petitesse numérique des petites communautés catholiques auxquelles ils appartiennent, mais de mettre en œuvre une « mission créative ». « 

Au début du christianisme et à plusieurs reprises au cours de l’histoire, les chrétiens étaient une minorité : de petites communautés qui sanctifiaient le monde autour d’elles, non seulement avec une nouvelle doctrine, mais aussi avec un style de vie qui attirait les gens vers le Christ. Même s’ils rejetaient l’enseignement chrétien, de nombreux juifs et païens ne pouvaient s’empêcher d’admirer les relations d’amour mutuel, de vraie miséricorde, de caritas, qui existaient dans ces communautés ».

La voie suggérée par les deux Évêques n’est pas de rester dans une attitude attentiste vis-à-vis du monde extérieur, mais d’embrasser la réalité environnante en partant de ce que l’on est : « Parfois, lorsque nous visitons des paroisses », poursuivent les Évêques, « nous entendons dire que (nous, catholiques, ndlr) sommes incapables de faire quoi que ce soit de bon parce que nous vivons dans des temps difficiles ». C’est ce que beaucoup de gens pensent et cela nous tue.

Cependant, la mission créative n’attend pas les circonstances favorables : elle diffuse simplement le témoignage de la communion que nous vivons (ou, malheureusement, que nous ne vivons pas) ».

Poursuivant leur invitation à ne pas se laisser écraser par un sentiment d’impuissance et de perte d’espérance, Mgr Pezzi et Mgr Dubinin ont demandé aux baptisés de faire le bien avec le peu qu’ils ont : « Nous pouvons nous plaindre que le conflit en Ukraine perdure, mais en fin de compte, nous ne pouvons guère soulager notre conscience. Si nous nous tournons vers le Christ, des initiatives surgissent, peut-être même très simples, mais profondes et durables.

Nous ne pouvons pas résoudre le « problème » des réfugiés, nous ne pouvons pas établir la paix, mais nous pouvons aller vers des personnes concrètes et leur transmettre notre paix intérieure, si nous “en avons une”. L’attention aux besoins, non seulement matériels mais aussi spirituels, de chaque personne est indiquée dans le document comme une dimension essentielle de la vie communautaire.

En effet, face au nombre croissant de catholiques qui s’éloignent de l’Église, les évêques nous invitent à ne pas nous attarder sur les chiffres du problème, mais à regarder chaque personne dans son unicité, comme une âme qui a besoin de Dieu et, par conséquent, de la proximité des frères et sœurs dans la foi.

Le point de départ pour être créatif dans la mission, même si nous sommes peu nombreux, est la relation avec Jésus présent ici et maintenant, « à travers les personnes par lesquelles chacun de nous a rencontré le Christ, à travers les sacrements, à travers l’Église dans le concret d’une certaine paroisse, d’une certaine communauté ou d’un certain charisme, à laquelle chacun de nous appartient ».


La lettre annonce également la participation de Mgr Pezzi et d’Oksana Pimenova – une jeune laïque de Moscou, impliquée depuis longtemps dans la pastorale des jeunes du diocèse – au prochain Synode des évêques à Rome, ainsi que la création d’une Commission du Jubilé pour 2025, qui coordonnera les différentes initiatives locales pour l’Année jubilaire.


En conclusion du Document, les évêques portent à l’attention des catholiques du diocèse la prière de consécration à la Vierge Marie du Père combonien Pietro Tiboni MCCJ (1925-2017), prière qui demande l’intercession de la Vierge pour que « le Christ donne à tous les hommes le même goût de la vie nouvelle qu’il nous a donné ».


L’archidiocèse de la Mère de Dieu couvre un territoire de 2 629 000 kilomètres carrés et comprend une centaine de petites ou très petites communautés catholiques. Il n’existe pas de chiffres précis sur le nombre de catholiques présents dans la Fédération, mais comme l’a déclaré Mgr Pezzi à l’agence RIA Novosti en juillet dernier, le nombre de catholiques baptisés est vraisemblablement inférieur à un million.

Source : Agence Fides, le 16 septembre 2023

17.09.2023 – Homélie – En communauté, gardons les yeux fixés sur Celui qui fait miséricorde

Brooklyn Museum
Recommandation aux apôtres, par James Tissot, Brooklyn Museum.

Curé de la paroisse de Rochefort, le père Mickaël Le Nézet commente les lectures du 24e dimanche du temps ordinaire (Si 27, 30-28, 7 ; Rm 14, 7-9 ; Mt 18, 21-35). Dans toute communauté, il n’y a que des pécheurs. Notre manière d’être avec nos frères est chemin de guérison et de paix pour nous-mêmes.

« Combien  de fois dois-je lui pardonner ? » (Mt 18, 21.) C’est Pierre qui vient poser la question à Jésus sur le pardon qui doit être accordé au frère qui a commis des fautes contre un autre frère. Pierre qui recevra l’autorité de la part du Seigneur sur la communauté naissante. Pierre qui conduira l’Église à la suite du Christ. Pierre qui fera aussi l’expérience du pardon gratuit du Seigneur après l’avoir renié trois fois. La question posée par l’apôtre Pierre évoque ainsi les relations entre frères, entre membres d’une même famille ou encore membres d’une même communauté. Pierre a fait l’expérience dans sa propre vie comme dans celle des disciples du Christ de la capacité de l’homme à ressentir ce que saint Paul encouragera à faire disparaître de notre vie : « Tout ce qui est amertume, emportement, colère, éclats de voix ou insultes, ainsi que toute espèce de méchanceté » (Ep 4, 31).

Dieu se laisse toucher

Pierre s’approche de Jésus pour lui poser une question. N’est-ce pas ce qu’il convient de faire toujours en toute circonstance ? S’approcher de Jésus pour tout recevoir de lui. S’approcher de Jésus pour se laisser sans cesse enseigner par lui qui a les paroles de la vie éternelle (Jn 6, 68). S’approcher de Jésus pour apprendre comment doit vivre un disciple du Christ. S’approcher de Jésus pour lui demander de nous éclairer de nous guider de nous conduire. Il s’agit de se laisser soi-même toucher par l’attitude du Maître et de s’en inspirer. Comme l’écrivait saint Charles de Foucauld : « En toute circonstance se demander ce que ferait Jésus et alors le faire. » 

Dieu se laisse toucher en plein cœur par l’attitude de l’homme à genoux devant lui implorant sa miséricorde. 

Dans cette parabole, Jésus nous révèle ainsi comme est bon et miséricordieux le Seigneur Dieu. Comme ce maître dans l’Évangile, Dieu, sans se lasser, patiente et prend pitié lui qui est tendre et miséricordieux, lent à colère et plein d’amour (Ex 34, 6). Il est saisi de compassion devant l’homme qui se tourne vers lui et le supplie. « Un pauvre cri, le Seigneur entend » (Ps 33, 7). N’est-ce pas encore ce que décrit le psalmiste : « Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé ; tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un cœur brisé et broyé » (Ps 50, 19). Dieu se laisse toucher en plein cœur par l’attitude de l’homme à genoux devant lui implorant sa miséricorde. Car « Dieu est riche en miséricorde à cause du grand amour dont il nous a aimés » (Ep 2, 4). Et quand on aime, on ne compte pas ! Non pas sept fois mais 70 fois sept fois (Mt 18, 22), c’est-à-dire chaque fois. 

Nous sommes tous des pécheurs

Si tel est Dieu envers l’homme, telle doit être aussi l’attitude fondamentale des disciples de Jésus envers tous leurs frères. « Lorsque mon frère commettra des fautes, combien de fois dois-je lui pardonner ? » (Mt 18, 21). Pierre parle de son frère, c’est-à-dire de la communauté des disciples. Il fait l’expérience dans cette petite communauté qui préfigure l’Église, des risques de divisions, des tensions qui peuvent exister, des conflits inévitables. Il sait que tous, comme lui-même sont pécheurs. Dans toute communauté comme dans celle que nous formons, il n’y a que des pécheurs. Nous sommes tous en chemin et nous avançons avec ce que nous sommes, nos tempéraments, nos sensibilités, nos histoires, nos souffrances, notre péché. Mais lorsque nous nous laissons aller aux bavardages, aux commérages, aux jugements hâtifs, aux paroles blessantes, aux condamnations violentes contre des frères, comme l’homme de l’Évangile vis-à-vis de son débiteur, c’est le signe que nous avons oublié qui nous sommes et d’où nous venons. 

Nous sommes tous des pécheurs, c’est la meilleure définition de ce que nous sommes.

Nous sommes tous des pécheurs, c’est la meilleure définition de ce que nous sommes, dira le pape François. Raison de plus pour, en communauté, garder les yeux fixés sur Celui qui nous a fait miséricorde et qui nous a sauvés de la mort et du péché révélant ainsi l’amour dont il nous a aimés. Lorsque nous oublions qu’à nous aussi il a été fait miséricorde, c’est là que nos relations fraternelles risquent de se détériorer et de s’abimer. Dans la première lecture, l’auteur écrit ainsi que si nous pardonnons, notre prière sera entendue (Si 28, 2). Si nous aimons à la manière de Dieu alors nous serons nous aussi pardonnés et guéris. Notre manière d’être avec nos frères est chemin de guérison et de paix pour nous-mêmes. C’est encore ce qui sera dit de la femme pécheresse : « Ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés, puisqu’elle a montré beaucoup d’amour » (Lc 7, 47).

Vivre en cohérence avec notre foi

Enfin, nous dit la parabole, certains sont attristés en voyant l’attitude de celui à qui le maître avait remis sa dette (Mt 18 , 31). Il est devenu objet de scandale pour ceux qui le connaissent. « Ne soyez un obstacle pour personne, ni pour les Juifs, ni pour les païens, ni pour l’Église de Dieu », dira saint Paul (1 Co 10, 32). Il nous faut ainsi vivre chaque jour en cohérence avec notre foi. Il nous faut toujours veiller à l’unité de nos paroles et de nos actes, nos manières d’être et de faire et notre foi concrète pour ne pas être objet de scandale pour les autres. « À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jn 13, 35). Et « si quelqu’un dit : “J’aime Dieu”, alors qu’il a de la haine contre son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, est incapable d’aimer Dieu, qu’il ne voit pas. Et voici le commandement que nous tenons de lui : celui qui aime Dieu, qu’il aime aussi son frère » (1 Jn 4, 20-21). Qu’en ce début d’année pastorale, en communauté nous sachions nous engager sur ce chemin. C’est alors que nos communautés seront missionnaires et appelantes.

Source : ALETEIA.ORG, le 16 septembre 2023

François aux fidèles sud-coréens: «l’avenir ne se construit pas avec des armes»

Samedi 16 septembre, le Pape a reçu à Rome un groupe de fidèles de Corée du Sud, à l’occasion de l’installation dans une niche de la basilique Saint-Pierre d’une statue du martyr saint André-Kim-Taegon. (VATICAN MEDIA Divisione Foto)

François aux fidèles sud-coréens: «l’avenir ne se construit pas avec des armes»

Le Pape a reçu ce samedi 16 septembre à Rome un groupe de fidèles de Corée du Sud, à l’occasion de l’installation dans une niche de la basilique Saint-Pierre d’une statue du martyr saint André Kim Taegon. Le Saint-Père a cité la figure du saint coréen comme un exemple à suivre pour l’Église, et notamment pour les jeunes, en vue des prochaines Journées mondiales de la Jeunesse prévues en 2027 à Séoul. 

Vatican news

En s’adressant au peuple sud-coréen, représenté par quelque 200 pèlerins venus au Vatican pour assister à la bénédiction d’une statue du martyr André Kim Taegon dans une niche extérieure de la basilique Saint-Pierre, le Pape François a exprimé son «rêve de paix» pour la péninsule coréenne. Selon le Saint-Père, la dévotion du saint coréen témoigne «que l’avenir ne se construit pas avec la force violente des armes, mais avec celle, douce, de la proximité».

Saint André Kim Taegon, une «semence précieuse»

Dans son discours, le Saint-Père est d’abord revenu sur son voyage en Corée du Sud en août 2014, à l’occasion de la VIe Journée de la jeunesse asiatique. Pendant cette visite, François s’est rendu au sanctuaire de Solmoe, près de la maison où saint André Kim, premier prêtre coréen, est né et a grandi, et où le Souverain pontife a prié en silence «pour la Corée et pour les jeunes». «Lorsque je pense à la vie intense de ce grand saint, les paroles de Jésus me viennent au cœur: « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jn 12, 24)» a déclaré le Pape, avant de préciser que le saint André Kim est «une semence précieuse: lui, le premier prêtre martyr coréen, a été tué très jeune, peu de temps après avoir été ordonné». À l’image de ce martyr, l’Église coréenne, selon François, nous rappelle «qu’on ne peut se proclamer chrétien sans être disposé à suivre jusqu’au bout le chemin de l’amour».

Le Pape a également souligné la «grande ardeur pour la diffusion de l’Évangile» du martyr coréen, qui s’est «consacré à l’annonce de Jésus avec noblesse d’esprit, sans reculer devant le danger et malgré de nombreuses souffrances», relatant que son grand-père et son père avaient été martyrisés avant lui, contraignant sa mère à vivre comme une mendiante.

Le don au Pape de la statue de Saint-André Kim Taegon des pèlerins sud-coréens.

Le don au Pape de la statue de Saint-André Kim Taegon des pèlerins sud-coréens. 

Devenir des « apôtres de la paix »

En prenant pour exemple la dévotion du martyr coréen, François a appelé l’Église coréenne, riche en «vocations sacerdotales», à «chasser» et «envoyer» les prêtres en mission, sans quoi «il y aura plus de prêtres que de personnes». Il a enjoint les fidèles sud-coréens à continuer à annoncer l’Évangile, mais en «construisant toujours la communion».

François les a également invités à redécouvrir la vocation «d’ »apôtres de la paix » dans tous les domaines de la vie». «Alors qu’Andrew Kim étudiait la théologie à Macao, il a dû assister aux horreurs des guerres de l’opium; pourtant, dans ce contexte conflictuel, il a réussi à être une graine de paix pour beaucoup» a détaillé le Souverain pontife. «C’est une prophétie pour la péninsule coréenne et pour le monde entier: c’est un encouragement à devenir des compagnons de route et des témoins de la réconciliation; c’est le témoignage crédible que l’avenir ne se construit pas avec la force violente des armes, mais avec celle, douce, de la proximité. Confions à saint André Kim le rêve de paix de la péninsule coréenne, qui est toujours dans mes pensées et mes prières».

Confier l’Église aux jeunes à l’approche des JMJ 2027 

Le Pape a conclu en rappelant que les Journées mondiales de la Jeunesse de 2027 se tiendraient à Séoul, et qu’il souhaitait ainsi confier l’Église coréenne aux jeunes, tout en les mettant en garde contre «les faux mythes de l’efficacité et de la consommation». Or, selon François, «le cœur des jeunes cherche autre chose, il est fait pour des horizons beaucoup plus vastes». Il appelle donc les fidèles présents à prendre soin des jeunes, à les chercher, les écouter et leur annonce la beauté de l’Évangile «afin que, intérieurement libres, ils deviennent des témoins joyeux de la vérité et de la fraternité».

60 ans de relations diplomatiques

Cette année marque les soixante ans des relations diplomatiques entre la Corée du Sud et le Saint-Siège. À cette occasion, selon l’agence de presse coréenne Yonhap News Agency, le conseiller présidentiel pour la société civile Kang Seung-kyoo est en déplacement au Vatican jusqu’au lundi 18 septembre. D’après le communiqué de presse du bureau présidentiel, le représentant sud-coréen est chargé de transmettre la gratitude du président sud-coréen au tout premier État à avoir envoyé une délégation diplomatique en Corée après la libération de la colonisation japonaise (1910-1945).

Source : VATICANNEWS, le 16 septembre 2023

La mission des carabiniers, rendre la société plus juste et plus humaine

La mission des carabiniers, rendre la société plus juste et plus humaine

Le Pape a appelé quelques milliers de carabiniers italien, réunis place Saint-Pierre en la mémoire du vice-brigadier Salvo D’Acquisto, «à combattre l’injustice, à défendre les plus faibles et offrir un sens de protection à nos villes», comme le fit ce Servant de Dieu tués en 1943 par les nazis en lieu d’une vingtaine d’otages.

Marie Duhamel – Cité du Vatican

À l’instar de Jésus qui a donné sa vie pour libérer les hommes du pouvoir de la mort, il y a 80 ans dans un village à l’ouest de Rome, un jeune vice-brigadier s’est empressé de s’accuser à la place de 22 personnes innocentes retenues en otages par les Nazis, convaincant ces derniers qu’il était le seul à devoir être exécuté. «La fausseté de l’accusation portée contre (les otages), la rage aveugle de la vengeance dont ils étaient victimes, la puissance de la haine qui l’emportait sur la pitié, ont été brisées par la générosité de ce jeune homme», affirme le Pape.

Salvo D’Acquisto a été exécuté par les SS le 23 septembre 1943. Le Servant de Dieu a été fait depuis héros de la Patrie par l’État italien.

Un témoignage extrême

Le «témoignage extrême» dont a fait preuve ce Salvo D’Acquisto, et «son esprit d’abnégation», doivent être célébrés mais «pas pour rester dans le passé». Le Pape invite les officiels et militaires rassemblés place Saint-Pierre à se souvenir de lui pour «retrouver des motivations solides sur lesquelles construire le futur» et renouveler l’engagement pris par chacun au sein de son institution, au service du bien, de la vérité, et de la société.

Son histoire est une mise en garde d’actualité. Alors, le monde était en guerre, en Europe les persécutions raciales faisaient rage et la logique de la haine semblait prévaloir. Aujourd’hui, poursuit François, «nous vivons une époque polluée par l’individualisme et l’intolérance envers les autres, ainsi que par l’exacerbation de tant de formes de violence et de haine». Hier comme aujourd’hui, son témoignage délivre un message «chargé de la puissance de l’amour».

Des carabiniers lors de leur audience avec François.

Des carabiniers lors de leur audience avec François.

Une société plus juste et plus humaine

 «Combien nous avons besoin de légalité aujourd’hui !» dans le contexte actuel, et face à son auditoire composé de personnes qui sont engagées quotidiennement au service de la justice et de la légalité, François rappelle que «tout trouve sa raison et sa fin ultime dans l’amour». La justice, poursuit-il, ne tend pas seulement à infliger des punitions à ceux qui ont mal agi, mais à rétablir les personnes au nom du respect et du bien commun. Pour le Pape, les carabiniers ont une «grande mission»: celle de rendre «la société plus juste et plus humaine».

Et François se réjouit de voir des «passionnés comme Salvo D’Acquisto», des serviteurs de l’État et du bien commun, qui «combattent l’injustice, défendent les plus faibles, offrent un sens de protection à nos villes».

Un appel à ne jamais se décourager

Leur mission requiert sacrifice, engagement, discipline, volonté et dévouement. Le Pape pense en particulier à ceux qui sont «immergé dans des contextes difficiles», appelés à «lutter contre tous les types d’illégalité, contre le crime organisé et contre un sentiment d’impunité parfois malheureusement enraciné, contre la mentalité mafieuse». François salue également ceux qui enquête «pour que les mensonges soient démasqués» ou ceux qui travaillent dans «des lieux de conflit et dans des contextes internationaux» où ils s’emploient à devenir des artisans de paix en allant à la rencontre des populations locales. Enfin le Pape remercie les carabiniers qui travaillent «dans les rues de nos villes et dans les recoins de nos quartiers».

Quelle que soit la spécificité de leur mission, le Pape les invite à ne jamais se décourager. «Ne cédez jamais à la tentation de penser que le mal est plus fort, que le pire n’a pas de fin et que votre engagement est inutile». En regardant Salvo D’Acquisto, il les appelle à se laisser animer par la passion du bien et à manifester leur proximité aux personnes sur leur chemin. 

Le Pape, le ministre italien de l'Intérieur et des membres des carabiniers, un des sept corps des forces de l'ordre italiens.

Le Pape, le ministre italien de l’Intérieur et des membres des carabiniers, un des sept corps des forces de l’ordre italiens.

Source : VATICANNEWS, le 16 septembre 2023