Sainte Marguerite-MarieAlacoque Confidente du Sacré-Cœur
Marguerite-Marie Alacoque, cinquième enfant de Claude Alacoque et Philiberte Lamyn, naît dans un village du charolais, à Verosvres (Vroules en patois charolais), le 22 juillet 1647. Son père, notaire royal, décède quand elle a huit ans.
À 10 ans elle est très malade et elle fait vœu de devenir religieuse si Notre Dame la guérit. Ayant retrouvé la santé, elle oublie sa promesse, mais un peu plus tard la maladie de sa mère la lui rappelle. C’est pourquoi, bien que sa famille soit contre, le 25 mai 1671, elle entre au monastère de la Visitation de Paray-le-Monial où elle prend l’habit des visitandines le 25 août 1671.
Marguerite-Marie fait profession le 6 novembre 1672. Elle épouse dès ce moment-là le Christ souffrant, le Christ en agonie. Jusque-là, elle a bien souvent entendu la voix du Seigneur au fond d’elle.
Mais le 27 décembre 1673, le Christ lui apparaît physiquement, lui révélant son divin Cœur rayonnant comme un soleil, portant la trace du coup de lance, la couronne d’épines. Une croix le domine. Il lui adresse alors ce premier message : « Mon divin Cœur est si passionné d’amour pour les hommes, et pour toi en particulier, que ne pouvant plus contenir en lui-même les flammes de son ardente charité, il faut qu’il les répande par ton moyen. » Le Christ alors unit le cœur de Marguerite-Marie au sien, et dès cet instant Marguerite-Marie gardera toujours une douleur au côté. La mission laissée à la sainte n’est pas petite : faire connaître aux hommes l’Amour débordant de Dieu… C’est la première des trois grandes apparitions.
La deuxième grande apparition a lieu l’année suivante, un premier vendredi du mois. Le Christ lui apparaît de nouveau manifestant son divin Cœur, “tout rayonnant de gloire avec ses cinq plaies brillantes comme cinq soleils”. Le Christ alors se plaint que les hommes soient si loin de son Amour, et le lui rendent si peu. Il lui dit alors : « Tu communieras […] tous les premiers vendredis de chaque mois. Et, toutes les nuits du jeudi au vendredi je te ferai participer à cette mortelle tristesse que j’ai bien voulu sentir au jardin des Olives […] Et, pour m’accompagner […] tu te lèveras entre onze heures et minuit pour te prosterner pendant une heure avec moi ». De plus, le Christ lui rappelle alors l’importance de l’obéissance, car Satan « n’a point de pouvoir sur les obéissants ».
Durant l’octave du Saint-Sacrement, en 1675, c’est la troisième grande apparition, et sans nul doute la plus connue. De nouveau, le Christ lui révèle son divin Cœur, et lui laisse ces paroles : « Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes, qu’il n’a rien épargné jusqu’à s’épuiser et se consommer pour leur témoigner son amour ; et pour reconnaissance, je ne reçois de la plupart que des ingratitudes, par leurs irrévérences et leurs sacrilèges, et par les froideurs et les mépris […] Mais ce qui m’est encore le plus sensible est que ce sont des cœurs qui me sont consacrés qui en usent ainsi. » Il lui demande alors que soit instaurée la fête du Sacré-Cœur, un culte public ! Marguerite-Marie, petite visitandine dans une petite ville, voit alors évidemment mal par quel moyen elle pourrait y répondre ! Plusieurs visions suivront jusqu’en 1677.
Au début elle passe pour possédée, mais, heureusement, elle est soutenue par son confesseur, le père Claude La Colombière (canonisé le 31 mai 1992) qui, quand Marguerite-Marie lui ouvre sa conscience, voit en elle l’œuvre de Dieu, la rassure et l’encourage. Peu à peu la communauté accepte et vénère le Sacré Cœur (cœur souffrant entouré de flammes et d’une couronne d’épines).
La « dévotion au Sacré-Cœur » va se répandre dans toute la chrétienté et, en 1899, le pape Léon XIII (Vincenzo Gioacchino Pecci, 1878-1903) instituera la fête du Sacré-Cœur (3e vendredi après la Pentecôte).
En 1689, Marguerite-Marie reçoit un dernier message du Seigneur : elle doit faire savoir au roi, Louis XIV, qu’il doit se consacrer au Sacré Cœur, ainsi que tous les grands du royaume, et Lui construire un lieu de culte. Le message arriva-t-il au destinataire ? Nul ne sait, mais toujours est-il qu’il n’y eut point de suite.
En octobre 1690, elle annonce à ses sœurs, incrédules, que le Seigneur veut la rappeler à Lui, et en effet, sœur Marguerite-Marie rend saintement son âme à Dieu le 17 octobre. Depuis son corps repose à la basilique de Paray-le-Monial.
Déclarée vénérable en 1824 et bienheureuse en 1864, Marguerite-Marie à été canonisée le 13 mai 1920 par le pape Benoît XV (Giacomo della Chiesa, 1914-1922).
Martyrologe Romain : À Paray-le-Monial en Bourgogne, l’an 1690, la naissance au ciel de sainte Marguerite-Marie Alacoque, dont la mémoire a été célébrée la veille.
Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 11,29-32.
En ce temps-là, comme les foules s’amassaient, Jésus se mit à dire : « Cette génération est une génération mauvaise : elle cherche un signe, mais en fait de signe il ne lui sera donné que le signe de Jonas. Car Jonas a été un signe pour les habitants de Ninive ; il en sera de même avec le Fils de l’homme pour cette génération. Lors du Jugement, la reine de Saba se dressera en même temps que les hommes de cette génération, et elle les condamnera. En effet, elle est venue des extrémités de la terre pour écouter la sagesse de Salomon, et il y a ici bien plus que Salomon. Lors du Jugement, les habitants de Ninive se lèveront en même temps que cette génération, et ils la condamneront ; en effet, ils se sont convertis en réponse à la proclamation faite par Jonas, et il y a ici bien plus que Jonas. »
Acclamons et partageons la parole de Dieu !
COMMENTAIRE :
Livre d’heures du Sinaï (9e siècle)
Canon en l’honneur de la croix et de la Résurrection, SC 486 (Sinaiticus graecus 864; trad. Sr Maxime Ajjoub; éd. du Cerf, 2004; p. 373-375)
« Jonas a été un signe, il en sera de même avec le Fils de l’homme »
Dans les entrailles du montre marin, Jonas, les bras étendus en forme de croix, préfigurait clairement la Passion qui nous sauve et, en en sortant le troisième jour, il esquissait ta Résurrection transcendante, Christ notre Dieu, qui dans ta chair as été cloué au bois et, en te relevant le troisième jour, as illuminé le monde. Toi le Fils par nature, le Verbe mû par la piété, tu as assumé dans ton être la forme des fils de la terre, déchue de sa dignité, et tu portes en toi l’une et l’autre forme, je veux dire celle de la divinité, consubstantiel que tu es au Père, et celle de l’humanité, mortel que tu es également en toute vérité : ce pour quoi, dans ta nature mortelle, tu as supporté les souffrances de la Passion. (…) Les morts reprennent vie, tous à la fois ils surgissent de leurs tombeaux, tandis que tu es fixé à la croix, ô Christ, car l’Enfer redoutait de t’affronter, dans la crainte de cette vie nouvelle qui fait qu’il s’est retrouvé seul, captif et sans recours : mais à la fin, compté parmi les morts, après lui avoir fait dégorger ceux qu’il avait avalés, tu es ressuscité le troisième jour.
LECTURES :
Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 1,1-7.
Paul, serviteur du Christ Jésus, appelé à être Apôtre, mis à part pour l’Évangile de Dieu, à tous les bien-aimés de Dieu qui sont à Rome. Cet Évangile, que Dieu avait promis d’avance par ses prophètes dans les saintes Écritures, concerne son Fils qui, selon la chair, est né de la descendance de David et, selon l’Esprit de sainteté, a été établi dans sa puissance de Fils de Dieu par sa résurrection d’entre les morts, lui, Jésus Christ, notre Seigneur. Pour que son nom soit reconnu, nous avons reçu par lui grâce et mission d’Apôtre, afin d’amener à l’obéissance de la foi toutes les nations païennes, dont vous faites partie, vous aussi que Jésus Christ a appelés. À vous qui êtes appelés à être saints, la grâce et la paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ.
Psaume 98(97),1.2-3ab.3cd-4.
Chantez au Seigneur un chant nouveau, car il a fait des merveilles ; par son bras très saint, par sa main puissante, il s’est assuré la victoire.
Le Seigneur a fait connaître sa victoire et révélé sa justice aux nations ; il s’est rappelé sa fidélité, son amour, en faveur de la maison d’Israël.
La terre tout entière a vu la victoire de notre Dieu. Acclamez le Seigneur, terre entière, sonnez, chantez, jouez !
Couronne de la statue pèlerine no 1, sertie de la balle qui a atteint le pape Jean-Paul II le 13.05.1981Rose en or offerte par le pape François en 2017
Petit concert de guitare du Père Evode après le souper :
Le Pape appelle à protéger les monastères du Haut-Karabakh
Après l’angélus, le Souverain pontife s’est exprimé dimanche 15 octobre sur la crise dans le Caucase du Sud, exprimant sa préoccupation pour la protection du patrimoine spirituel et architectural de l’enclave montagneuse du Haut-Karabakh.
Delphine Allaire – Cité du Vatican
«Ma préoccupation concernant la crise du Haut-Karabakh n’a pas faiblie. Outre la grave situation humanitaire des déplacés, je voudrais également lancer un appel spécial pour la protection des monastères et des lieux de culte de la région», a déclaré le Pape, espérant qu’à partir des autorités et de tous les habitants, «ils puissent être respectés et protégés en tant que partie de la culture, de la culture locale, expressions de la foi et signe d’une fraternité qui rend capable de vivre ensemble dans les différences».
Cet appel du Pape François intervient alors que le président azerbaïdjanais Ilham Aliev a hissé ce dimanche 15 octobre le drapeau de son pays pour la première fois dans la capitale du Haut-Karabakh,Stepanakert.
Le Haut-Karabakh, région berceau
Le patrimoine spirituel plurimillénaire du Haut-Karabakh en fait le berceau de l’Arménie. Cette région charnière comprend des centaines d’églises, de monastères et pierres tombales datant du XIe au XIXe siècle. Montagneuse, elle n’a pas été évangélisée en même temps que l’Arménie. Mais le christianisme du Haut-Karabakh est dû principalement à l’action du roi Vatchagan le Pieuxmonté sur le trône en 484. Il a répandu le culte des reliques des saints et la région lui doit la construction du monument religieux le plus ancien du Karabakh, qui est le mausolée de Grigoris, petit-fils de saint Grégoire l’Illuminateur et catholicos d’Albanie du Caucase. Ce monument est aujourd’hui le monastère d’Amaras, à l’est de l’Artsakh. L’histoire de l’Arménie et de l’Albanie caucasienne sont liées depuis la christianisation des deux pays au début du IVe siècle.
Angélus: le temps consacré à Dieu allège les cœurs et sauve du mal
Dans sa catéchèse délivrée place Saint-Pierre dimanche 15 octobre, le Souverain pontife a détaillé la relation de paternité et de filiation que Dieu «propose, et jamais n’impose», s’appuyant sur l’Évangile du jour selon Matthieu (Mt 22, 1-14), centré sur la parabole du roi préparant les noces pour son fils. «Dieu est très respectueux de la liberté», a assuré l’évêque de Rome.
Devant 22 000 fidèles et pèlerins rassemblés place Saint-Pierre, le Pape François a évoqué la parabole du roi préparant un banquet de noces pour ce fils, invitant tout le monde, ne contraignant personne (cf. Mt 22, 1-14).
Dieu propose une relation de paternité et de filiation non contrainte
«Notons-le: il prépare un banquet, offrant gratuitement une occasion de rencontre, de fête. C’est ce que Dieu prépare pour nous: un banquet, pour être en communion avec Lui et entre nous. Nous sommes donc tous les invités de Dieu. Mais un banquet de mariage demande du temps et notre implication: cela demande un « oui »», a déclaré le Saint-Père, rappelant que Dieu nous offre ce type même de relation fondée sur le libre-arbitre: «Il nous appelle à être avec lui, en nous laissant la possibilité d’accepter ou non l’invitation. Il ne nous propose pas un rapport de soumission, mais une relation de paternité et de filiation, qui est nécessairement conditionnée par notre libre assentiment».
Saint Augustin utilise à cet égard une très belle expression: «Dieu qui t’a créé sans toi ne te sauvera pas sans toi» (Sermon 169, 13). «Et ce n’est certainement pas parce qu’il n’en a pas la capacité -il est tout-puissant!- mais parce que, étant amour, il respecte jusqu’au bout notre liberté. Dieu propose, il n’impose pas, jamais», a ajouté François.
Consacrer du temps à Dieu allège le cœur
Le Souverain pontife a de ce fait regretté que «nous aussi», tant de fois, «nous ne tenons pas compte de l’invitation de Dieu parce que nous sommes préoccupés par nos propres affaires!»
«Nous luttons souvent pour avoir notre propre temps libre, mais aujourd’hui Jésus nous invite à trouver le temps qui nous libère: le temps à consacrer à Dieu, qui allège et assainit le cœur, qui fait croître en nous la paix, la confiance et la joie, qui nous sauve du mal, de la solitude et de la perte de sens», a exhorté l’évêque de Rome, rappelant l’importance de la messe, de la Parole de Dieu, de la prière, de la charité.
Faire de la place à Dieu dans son temps
«Cela en vaut la peine, parce qu’il est bon d’être avec le Seigneur», s’est-il exclamé, même si «beaucoup pensent que ces choses sont des « pertes de temps », et s’enferment dans leur monde privé». C’est triste, tant de cœurs tristes car fermés, a déploré le Saint-Père, invitant ultimement les fidèles à s’interroger ainsi: «Comment puis-je répondre aux invitations de Dieu? Quelle place je lui laisse dans la journée? Ma qualité de vie dépend-elle de mes affaires et de mon temps libre ou de mon amour pour le Seigneur et pour mes frères, en particulier pour ceux qui sont le plus nécessiteux?». Marie, elle, «a fait de la place à Dieu par un « oui »». Elle seule peut nous aider à «ne pas rester sourds à ses invitations».
Exhortation sur sainte Thérèse de Lisieux, la grâce de la confiance
L’exhortation apostolique consacrée à sainte Thérèse de Lisieux intitulée «C’est la confiance» est parue dimanche 15 octobre, à l’occasion du 150e anniversaire de la naissance de la sainte normande, mais aussi du centenaire de sa béatification. En 27 pages en français, le Pape ausculte le génie spirituel et théologique de Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte Face.
Delphine Allaire – Cité du Vatican
«Seule la confiance, et “rien d’autre”, il n’y a pas d’autre chemin pour nous conduire à l’Amour qui donne tout.» La date de cette publication, mémoire de sainte Thérèse d’Avila, a pour but de présenter sainte Thérèse de l’Enfant Jésus «comme un fruit mûr de la réforme du Carmel et de la spiritualité de la grande sainte espagnole», explique le Souverain pontife en préambule, touché par «la lumière et l’amour extraordinaires» rayonnant de la jeune religieuse morte à 24 ans, patronne des missions, patronne de la France. Lire l’intégralitéde l’exhortation.
L’évangélisation «par attraction»
Dès le premier chapitre, le Pape revient surl’âme missionnaire de la carmélite entrée dans les ordres«pour sauver les âmes».[1] Les dernières pages de l’Histoire d’une âme[2]sont un testament missionnaire, affirme François, saluant sa manière de concevoir l’évangélisation «par attraction»,[3]«non par pression ou prosélytisme».
«Cette grâce libère de l’autoréférentialité», note le Saint-Père, sondant le cœur de Thérèse dans lequel «la grâce du baptême devient ce torrent impétueux qui se jette dans l’océan de l’amour du Christ, emportant avec lui une multitude de sœurs et de frères».
La primauté de la grâce divine sur l’action humaine
Le Pape François revient sur «la petite voie» de la confiance et de l’amour, cœur de la spiritualité thérésienne. Thérèse raconte cette découverte de la petite voie dans l’Histoire d’une âme :[4] «Je puis donc, malgré ma petitesse, aspirer à la sainteté; me grandir, c’est impossible, je dois me supporter telle que je suis avec toutes mes imperfections; mais je veux chercher le moyen d’aller au Ciel par une petite voie bien droite, bien courte, une petite voie toute nouvelle».[5]
«Face à une conception pélagienne de la sainteté,[6] individualiste et élitiste, plus ascétique que mystique, qui met surtout l’accent sur l’effort humain, Thérèse souligne toujours la primauté de l’action de Dieu, de sa grâce», observe le Souverain pontife, précisant que cette façon de penser ne contredit pas l’enseignement catholique traditionnel sur la croissance de la grâce. Mais Thérèse préfère souligner la primauté de l’action divine et enseigne au fond que, puisque nous ne pouvons avoir aucune certitude en nous regardant nous-mêmes,[7] nous ne pouvons pas non plus être certains de posséder des mérites.
«L’attitude la plus appropriée est donc de mettre la confiance du cœur hors de soi-même, en la miséricorde infinie d’un Dieu qui aime sans limites et qui a tout donné sur la Croix de Jésus-Christ»,souligne le Pape, estimant que telle confiance illimitée encourage ceux qui se sentent fragiles, limités, pécheurs «à se laisser conduire et transformer pour atteindre le sommet».
L’abandon quotidien
23. Le Successeur de Pierre invite à ne pas comprendre la confiance que Thérèse promeut «seulement par rapport à la sanctification et au salut personnels», mais dotée d’un sens intégral qui embrasse la totalité de l’existence concrète et s’applique à toute notre vie où nous sommes souvent envahis par les peurs, par le désir de sécurité humaine, par le besoin de tout contrôler. C’est là qu’apparaît l’invitation à un saint «abandon», qui libère «des calculs obsessionnels, de l’inquiétude constante pour l’avenir, des peurs qui enlèvent la paix».
L’héroïsme du feu et de la foi dans la nuit
25. Thérèse a aussi vécu la foi la plus forte et la plus certaine «dans l’obscurité de la nuit et même dans l’obscurité du Calvaire». Son témoignage atteint son apogée dans la dernière période de sa vie, dans sa grande «épreuve contre la foi»,[8]commencée à Pâques 1896. Dans son récit [9], elle relie cette épreuve à la douloureuse réalité de l’athéisme en cette fin du XIXe siècle, «âge d’or» positiviste et matérialiste. Lorsqu’elle écrit que Jésus avait permis que son âme «fût envahie des plus épaisses ténèbres»,[10] elle désigne ces ténèbres de l’athéisme et le rejet de la foi chrétienne. «Thérèse perçoit, dans ces ténèbres, le désespoir, le vide du néant [11]»,assure le Saint-Père, rappelant comment «l’experte en science de l’amour» a vaincu le mal. «Le récit de Thérèse montre le caractère héroïque de sa foi, sa victoire dans le combat spirituel face aux tentations les plus fortes. Elle se sent la sœur des athées et se met à table, comme Jésus, avec les pécheurs (cf. Mt 9, 10-13)».
«Elle vit, même dans l’obscurité, la confiance totale de l’enfant qui s’abandonne sans crainte dans les bras de son père et de sa mère». Pour Thérèse, en effet, Dieu brille avant tout par sa miséricorde, clé pour comprendre tout ce qui est dit de Lui. Selon le Pape, c’est l’une des découvertes les plus importantes de Thérèse pour le peuple de Dieu. «Elle est entrée de manière extraordinaire dans les profondeurs de la miséricorde divine et y a puisé la lumière de son espérance sans limites».
Espérance et charité
29. Le Souverain pontife rappelle à cet égard que le péché du monde est certes immense, mais il n’est pas infini comme l’est l’amour miséricordieux du Rédempteur. «Thérèse est témoin de la victoire définitive de Jésus sur toutes les forces du mal par sa passion, sa mort et sa résurrection. Mue par la confiance, elle ose écrire: ‘’Jésus, fais que je sauve beaucoup d’âmes, qu’aujourd’hui il n’y en ait pas une seule de damnée. Jésus, pardonne-moi si je dis des choses qu’il ne faut pas dire, je ne veux que te réjouir et te consoler’’.[12]»
31. L’Histoire d’une âme est aussi un témoignage de charité, relève le Successeur de Pierre. L’acte d’amour “Jésus, je t’aime”, continuellement vécu par Thérèse comme une respiration, est la clé de sa lecture de l’Évangile. Elle habite l’Évangile avec Marie et Joseph, Marie Madeleine et les Apôtres.
La grâce dans la plus grande simplicité
36. Thérèse vit la charité dans la petitesse, dans les choses les plus simples de la vie quotidienne. «En effet, alors que les prédicateurs de son temps parlaient souvent de la grandeur de Marie de manière triomphaliste, éloignée de nous, Thérèse montre, à partir de l’Évangile, que Marie est la plus grande dans le Royaume des Cieux parce qu’elle est la plus petite (cf. Mt 18, 4), la plus proche de Jésus dans son humiliation», écrit encore le Saint-Père, ajoutant: «Elle voit que, si les récits apocryphes sont remplis de passages frappants et merveilleux, les Évangiles nous montrent une existence humble et pauvre, vécue dans la simplicité de la foi». Ainsi Marie a été la première à vivre la «petite voie» dans la foi pure et l’humilité, rappelle encore le Pape.
Le corps et le cœur de l’Église
38. François développe ensuite l’amour de Thérèse pour l’Église, hérité de sainte Thérèse d’Avila: «Elle a pu atteindre les profondeurs de ce mystère». 39. Au chapitre 12 de la première Lettre de saint Paul aux Corinthiens, l’Apôtre utilise la métaphore du corps et de ses membres pour expliquer que l’Église comprend une grande variété de charismes ordonnés selon un ordre hiérarchique. Mais cette description ne suffit pas à Thérèse, note le Pape. Elle poursuit ses recherches, lit l’“hymne à la charité” du chapitre 13, y trouve sa réponse: «La Charité me donna la clef de ma vocation. Je compris que si l’Église avait un corps, composé de différents membres, le plus nécessaire, le plus noble de tous ne lui manquait pas, je compris que l’Église avait un Cœur, et que ce Cœur était brûlant d’amour. Je compris que l’Amour renfermait toutes les vocations, que l’Amour était tout, qu’il embrassait tous les temps et tous les lieux… en un mot, qu’il est éternel!»
40. «Ce n’est pas le cœur d’une Église triomphaliste, c’est le cœur d’une Église aimante, humble et miséricordieuse», remarque le Saint-Père, jugeant qu’une telle découverte du cœur de l’Église est aussi une grande lumière pour nous aujourd’hui, «afin de ne pas nous scandaliser des limites et des faiblesses de l’institution ecclésiastique, marquée par des obscurités ou des péchés». «“Je serai l’amour” est le choix radical de Thérèse, sa synthèse définitive, son identité spirituelle personnelle», proclame François.
À la fin, seul compte l’amour
45. C’est ainsi la confiance qui nous conduit à l’Amour, libère de la peur, aide à détourner le regard de nous-mêmes, écrit le Saint-Père. «Cela nous laisse un immense torrent d’amour et d’énergies disponibles pour rechercher le bien des frères. Et ainsi, au milieu de la souffrance de ses derniers jours, elle pouvait dire: «Je ne compte plus que sur l’amour».[13] À la fin, seul compte l’amour. La confiance fait jaillir les roses et les répand comme un débordement de la surabondance de l’amour divin.»
Au chapitre 4, le Pape François aborde sainte Thérèse non seulement comme une mystique, mais comme une «Docteurde la synthèse» 47. L’exhortation permet au Pape de rappeler que, dans une Église missionnaire, «l’annonce se concentre sur l’essentiel, sur ce qui est plus beau, plus grand, plus attirant et en même temps plus nécessaire. La proposition se simplifie, sans perdre pour cela profondeur et vérité, et devient ainsi plus convaincante et plus lumineuse».[14]«Le cœur lumineux c’est la beauté de l’amour salvifique de Dieu manifesté en Jésus Christ mort et ressuscité».[15]
Docteur synthétique géniale
48. Tout n’est pas central, car il y a un ordre ou une hiérarchie entre les vérités de l’Église, rappelle François -et «ceci vaut autant pour les dogmes de foi que pour l’ensemble des enseignements de l’Église, y compris l’enseignement moral»-,[16] mais le centre de la morale chrétienne est la charité, réitère le Pape. 49. Et François d’affirmer là que l’apport spécifique de la petite Thérèse comme sainte et comme docteur de l’Église n’est pas «analytique, comme pourrait l’être par exemple celui de saint Thomas d’Aquin».«Son apport est plutôt synthétique, car son génie est de nous conduire au centre, à l’essentiel, au plus indispensable», conclut le Souverain pontife.
Audace et liberté intérieure
50. «Théologiens, moralistes, penseurs de la spiritualité, ainsi que les pasteurs et chaque croyant dans son milieu, nous devons encore recueillir cette intuition géniale de Thérèse et en tirer les conséquences tant théoriques que pratiques, tant doctrinales que pastorales, tant personnelles que communautaires. Il faut de l’audace et de la liberté intérieure pour y parvenir», exhorte le Pape. 52. Du ciel à la terre, l’actualité de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face demeure dans toute sa «petite grandeur», ajoute-t-il, concluant l’exhortation par cette litanie pour notre temps:
«En un temps qui nous invite à nous enfermer dans nos intérêts particuliers, Thérèse nous montre qu’il est beau de faire de la vie un don. À un moment où les besoins les plus superficiels prévalent, elle est témoin du radicalisme évangélique. En un temps d’individualisme, elle nous fait découvrir la valeur de l’amour qui devient intercession. À un moment où l’être humain est obsédé par la grandeur et par de nouvelles formes de pouvoir, elle montre le chemin de la petitesse. En un temps où de nombreux êtres humains sont rejetés, elle nous enseigne la beauté d’être attentif, de prendre soin de l’autre. À un moment de complexité, elle peut nous aider à redécouvrir la simplicité, la primauté absolue de l’amour, la confiance et l’abandon, en dépassant une logique légaliste et moralisante qui remplit la vie chrétienne d’observances et de préceptes et fige la joie de l’Évangile. En un temps de replis et d’enfermements, Thérèse nous invite à une sortie missionnaire, conquis par l’attrait de Jésus Christ et de l’Évangile.»
[6] Cf. Exhort. ap. Gaudete et Exsultate (19 mars 2018), nn. 47-62 :AAS 110 (2018), pp. 1124-1129.
[7] Le Concile de Trente l’expliquait ainsi : « Quiconque se considère lui-même, ainsi que sa propre faiblesse et ses mauvaises dispositions, peut être rempli d’effroi et de crainte au sujet de sa grâce » (Décret sur la justification, IX : DS, n. 1534). Le Catéchisme de l’Église Catholique le reprend lorsqu’il enseigne qu’il est impossible d’avoir une certitude sur nos propres sentiments ou sur nos œuvres (cf. n. 2005). La certitude de la confiance ne se trouve pas en nous-mêmes ; le propre moi ne fournit pas la base de cette certitude, qui ne repose pas sur une introspection. D’une certaine manière, saint Paul l’exprimait ainsi : « Je ne me juge même pas moi-même. Ma conscience ne me reproche rien, mais ce n’est pas pour cela que je suis juste : celui qui me soumet au jugement, c’est le Seigneur » (1 Co 4, 3-4). Saint Thomas d’Aquin l’expliquait ainsi : puisque « la grâce est de quelque manière imparfaite en ce sens qu’elle ne guérit pas totalement l’homme » (Summa I-II, q. 109, art. 9, ad 1), « il reste aussi une certaine obscurité d’ignorance dans l’intelligence » (ibid., co).
Prier pour demander à Dieu la paix en Terre Sainte
Le Vicaire du Pape pour le diocèse de Rome, le cardinal Angelo De Donatis, ouvrira les portes de la Basilique romaine Sainte-Marie-Majeure dimanche soir 15 octobre pour une prière pour la paix en Terre Sainte. Mardi 17, à l’invitation du patriarche latin de Jérusalem, une journée d’abstinence, de jeune et de prière sera également observée.
Federico Piana et Jean-Charles Putzolu – Cité du Vatican
Rome répond à la violence qui ensanglante la Terre Sainte par la puissante «arme» de la prière. Devant l’icône de la Vierge Marie Salus Populi Romani, exposée sur le parvis de la basilique Sainte-Marie-Majeure, le rosaire sera récité dimanche 15 octobre à 21h00 pour invoquer le don de la paix, pour la Terre Sainte et pour le monde entier.
Espérer au-delà de toute espérance
Tout le monde est invité à participer, a déclaré le cardinal Angelo De Donatis, vicaire du Pape pour le diocèse de Rome, aux médias du Vatican. «Nous avons décidé de prier en tenant compte de la situation dramatique que nous vivons. Et nous le ferons avec un chapelet médité pour demander, avec insistance, l’impensable à Dieu». Le cardinal explique également que «ce sera une prière audacieuse, capable d’espérer l’inespéré, car nous nous sentons très pauvres face à cette situation. Le seul moyen fort dont nous disposons est la prière. L’Évangile nous exhorte: Demandez, on vous donnera; cherchez, vous trouverez; frappez, on vous ouvrira».
Au-delà de la prière, du jeûne et de l’abstinence
De nombreuses communautés chrétiennes s’associent à l’appel des Ordinaires de Terre Sainte pour une journée de prière, de jeûne et d’abstinence mardi 17 octobre. Les évêques italiens ont invité les diocèses à se joindre à l’initiative. En France, plusieurs évêques ont aussi annoncé leur adhésion. À Rennes, Mgr d’Ornellas appelle les fidèles de son diocèse à prier «pour la paix en Israël et chez les Palestiniens, […] pour la paix en Ukraine, en Arménie et dans différents pays du monde où la violence est présente». Trois semaines après la visite du Pape pour les rencontres méditerranéennes, le cardinal Jean-Marc Aveline invite lui aussi la communauté catholique et «plus largement tous les croyants qui aiment se confier à Marie» à s’associer à l’appel du patriarche latin de Jérusalem.
«L’Ukraine, l’Arménie, et maintenant le Proche-Orient qui s’embrase une nouvelle fois: la violence se déchaine! Des milliers de morts, de blessés, de disparus, d’otages. Civiles ou militaires», récite le communiqué du diocèse de Marseille, soulignant que la plupart des victimes sont des innocents, «qui doivent quitter leurs maisons dans la peur, périssent dans des massacres insoutenables et meurent sous les bombes qui pleuvent». Le communiqué rappelle les propos récents du Pape François: «La guerre et le terrorisme ne résolvent rien, ils n’apportent que la violence, la soif de vengeance et la mort! La paix, elle, ne se construit que par le souci de la justice, l’audace du dialogue, le pari de la fraternité».
Une prière mondiale
Au fil des heures, la liste des communautés, des diocèses et des conférences épiscopales s’allonge. Au Royaume-Uni, le cardinal Nichols rejoint l’initiative de prière, exhortant les catholiques à poursuivre leurs prières pour la paix. «Les horribles atrocités commises par le Hamas en Israël méritent toutes les condamnations», affirme le président de la conférence des évêques d’Angleterre et du pays de Galles, appelant également «à la retenue et à l’évitement total de propos et d’actions haineuses».
Aux États-Unis aussi, l’appel du cardinal Pierbattista Pizzaballa a été entendu. Mgr José Gómez demande aux fidèles du diocèse de Los Angeles de rester unis par la prière «avec nos frères et sœurs de Terre Sainte», précisant que «l’impact de la guerre et de la violence se fait sentir dans nos cœurs et dans notre communauté». De nombreux autres diocèses américains répondront également à l’invitation à la prière pour la paix.
Le mouvement Pax Christi international appelle «tout le monde à se joindre à l’observation d’une journée de jeûne, d’abstinence, et prière le mardi 17 octobre, dans le but commun de poursuivre la paix, la justice et la réconciliation en cette période marquée par le chagrin et le découragement».