Raymond naît en 1175, au château de Peñafort en Espagne.
Ce Catalan est professeur de philosophie à l’Université de Barcelone et décide de se rendre à Bologne, la plus grande Université de Droit de son temps, pour y étudier puis enseigner le droit civil et canonique.
Le Pape Grégoire IX (Ugolino dei Conti di Segni, 1227-1241), qui savait détecter les gens intelligents, lui confie la rédaction d’une « Somme des cas pénitentiaux », puis celle des « Décrétales » qui serviront de Code de Droit canonique à l’Église catholique romaine jusqu’en 1917.
Il rencontre alors saint Dominique de passage à Bologne et, dès son retour à Barcelone, il entre dans l’ordre des Dominicains à 47 ans. Il en deviendra le Maître Général et encourage l’apostolat de ses frères auprès des juifs et des musulmans qui sont en Espagne.
Préoccupé par l’Islam, il encourage saint Thomas d’Aquin à écrire la « Summa contra Gentiles » (Somme contre les Gentils) et fonde simultanément l’ordre de Notre-Dame de la Merci pour la libération des chrétiens captifs des Sarrasins.
C’est un esprit indépendant, et l’on raconte même que le roi ayant voulu le retenir dans l’île de Majorque, Raymond étendra son manteau sur la mer et la traversera ainsi jusqu’à Barcelone.
Prétextant son grand âge, il demande à être relevé de la charge de Maître de l’Ordre, ce qui ne l’empêchera pas de mourir centenaire (1275).
Il employa les trente-cinq dernières années de sa vie à se préparer plus spécialement à la mort.
Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 2,1-12.
Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui. »
En apprenant cela, le roi Hérode fut bouleversé, et tout Jérusalem avec lui. Il réunit tous les grands prêtres et les scribes du peuple, pour leur demander où devait naître le Christ. Ils lui répondirent : « À Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète : ‘Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Juda, car de toi sortira un chef, qui sera le berger de mon peuple Israël.’ » Alors Hérode convoqua les mages en secret pour leur faire préciser à quelle date l’étoile était apparue ; puis il les envoya à Bethléem, en leur disant : « Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant. Et quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. » Après avoir entendu le roi, ils partirent. Et voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’orient les précédait, jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter au-dessus de l’endroit où se trouvait l’enfant.
Quand ils virent l’étoile, ils se réjouirent d’une très grande joie. Ils entrèrent dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Mais, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.
Acclamons et partageons la parole de Dieu !
COMMENTAIRE :
Saint Raphaël Arnáiz Barón (1911-1938)
moine trappiste espagnol
Écrits spirituels, 06/01/1937 (trad. Cerf 2008, p. 287)
« En entrant dans la maison, ils virent l’enfant »
Adoration des rois : les puissants de ce monde baissent leur tête devant l’humble berceau d’un enfant. De l’or, de l’encens, de la myrrhe venus d’Orient ; anxiété dans les cœurs, poussière des chemins parcourus la nuit, guidés par une étoile. « Où est-il, celui qui vient de naître ? »… Vingt siècles sont passés : beaucoup d’âmes parcourent les chemins de la terre comme les mages d’Orient et continuent à demander en passant : « Avez-vous vu celui qu’aime mon âme ? » (Ct 3,3) C’est aussi une étoile de lumière qui, illuminant notre chemin, nous conduit à l’humilité d’une crèche, et nous montre ce qui nous a fait sortir « en dehors des murailles de la ville » (He 13,13; cf Lc 16,27). Elle nous montre un Dieu qui, tout en étant Maître de tout, manque de tout. Le Créateur de la lumière et de la chaleur du soleil souffre du froid ; celui qui vient au monde par amour pour les hommes est oublié des hommes. Maintenant aussi, comme alors, il y a des âmes qui cherchent Dieu… Par malheur, tous n’arrivent pas à le trouver, ils ne regardent pas tous l’étoile qui est la foi ; ils n’osent pas non plus s’aventurer sur ces chemins qui conduisent à lui, qui sont l’humilité, le renoncement, le sacrifice et presque toujours la croix… Quand cette nuit, dans le chœur, je me souvenais, sans le vouloir, de mes jours d’enfance, de ma maison, des rois, mon habit monastique me disait autre chose : moi aussi, comme les mages, je suis venu à la recherche d’une crèche. Je ne suis plus un enfant auquel il faut donner des jouets : les rêves sont maintenant plus grands et ils ne sont pas de cette vie. Les rêves du monde, comme les jouets des enfants, font le bonheur quand on les attend, mais ensuite tout n’est que du carton. Les rêves de ciel — rêve qui dure toute la vie et ne déçoit pas après. Comme ils ont dû s’en retourner heureux, les mages, après avoir vu Dieu ! Moi aussi je le verrai, il s’agit seulement d’attendre un peu. Le matin arrivera bientôt, et avec lui la lumière. Quel heureux réveil ce sera !
LECTURES :
Livre d’Isaïe 60,1-6.
Debout, Jérusalem, resplendis ! Elle est venue, ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi. Voici que les ténèbres couvrent la terre, et la nuée obscure couvre les peuples. Mais sur toi se lève le Seigneur, sur toi sa gloire apparaît.
Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore. Lève les yeux alentour, et regarde : tous, ils se rassemblent, ils viennent vers toi ; tes fils reviennent de loin, et tes filles sont portées sur la hanche. Alors tu verras, tu seras radieuse, ton cœur frémira et se dilatera. Les trésors d’au-delà des mers afflueront vers toi, vers toi viendront les richesses des nations. En grand nombre, des chameaux t’envahiront, de jeunes chameaux de Madiane et d’Épha. Tous les gens de Saba viendront, apportant l’or et l’encens ; ils annonceront les exploits du Seigneur.
Psaume 72(71),1-2.7-8.10-11.12-13.
Dieu, donne au roi tes pouvoirs, à ce fils de roi ta justice. Qu’il gouverne ton peuple avec justice, qu’il fasse droit aux malheureux !
En ces jours-là, fleurira la justice, grande paix jusqu’à la fin des lunes ! Qu’il domine de la mer à la mer, et du Fleuve jusqu’au bout de la terre !
Les rois de Tarsis et des Îles apporteront des présents. Les rois de Saba et de Seba feront leur offrande. Tous les rois se prosterneront devant lui, tous les pays le serviront.
Il délivrera le pauvre qui appelle et le malheureux sans recours. Il aura souci du faible et du pauvre, du pauvre dont il sauve la vie.
Lettre de saint Paul Apôtre aux Éphésiens 3,2-3a.5-6.
Frères, vous avez appris, je pense, en quoi consiste la grâce que Dieu m’a donnée pour vous : par révélation, il m’a fait connaître le mystère. Ce mystère n’avait pas été porté à la connaissance des hommes des générations passées, comme il a été révélé maintenant à ses saints Apôtres et aux prophètes, dans l’Esprit. Ce mystère, c’est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile.
Nigeria : face aux persécutions oubliées ici, les prêtres locaux s’arment
Au Nigeria, les prêtres célèbrent la messe un fusil à pompe à la main. Image déroutante qui s’explique par le danger extrême dans lequel vivent les prêtres et les pasteurs nigérians. Et pour cause : cette année encore, alors que la joie est l’apanage des fêtes de Noël et de la nouvelle année, les chrétiens de cet État d’Afrique subsaharienne sont en deuil et pleurent les 200 morts tombés le 23 décembre dernier.
Dans l'indifférence, le massacre de masse des chrétiens se poursuit au Nigeria : les prêtres célèbrent la messe avec comme enfant de chœur un fusil à pompe; au moins, eux, ils luttent pendant qu'on se tait et se terre !pic.twitter.com/nFH2duwSMO
Selon un rapport de l’ONG protestante Open Doors, près de 90 % des chrétiens persécutés dans le monde se trouvent au Nigeria. InterSociety chiffre à quelque 4.500 le nombre de chrétiens tués en 2023 dans le pays, rapporte Le Point. Entre le 1er octobre 2021 et le 30 septembre 2022, pas moins de 4.726 chrétiens y ont été enlevés.
L’islamisme, composante essentielle de la persécution
Les causes sont multiples, explique à BV un prêtre responsable de plusieurs prieurés de missions dans le sud du pays. Tout d’abord, la misère financière pousse au kidnapping dans le but de tirer une rançon à bon prix. Ensuite, le phénomène migratoire du nord vers le sud engendre un conflit ethnique d’une grande violence. Les éleveurs musulmans nomades du nord déferlent sur les terres des chrétiens sédentaires du sud et ravagent leurs cultures. Ce conflit crée des bandes armées ultra-violentes et met en branle les rouages d’un grand banditisme auquel nul n’échappe. Enfin, le djihad entend soumettre toutes les régions du Nigeria. Des groupes de terroristes islamiques – Boko Haram et des membres de l’État islamique – sèment la mort dans le pays.
Les régions les plus persécutées sont au nord. Malgré cela, nous dit ce prieur de mission, « il y a dans cette région de très beaux diocèses, très menacés. Les évêques s’y font plutôt discrets pour ne pas réveiller davantage les velléités des musulmans. »
Traditionnellement, le gouvernement est dirigé par un musulman, ce qui ne favorise pas la protection des chrétiens en danger. Bola Tinubu, le président actuel, est accusé, de surcroît, de corruption. Pour ce prêtre, le Nigeria est aux mains d’« un gouvernement très corrompu. Ces gens-là laissent faire jusqu’à ce que les faits soient trop criants. Le banditisme est de fait assez protégé. »
Silence en Occident
S’il n’y aucune aide à attendre du pays lui-même, les pays occidentauxne semblent pas plus alarmés par la situation désastreuse du Nigeria. Le pape François a exprimé son inquiétude dans une courte prise de parole au Vatican, après le dernier angelus de l’année 2023, avant de détourner rapidement son attention vers les conflits plus médiatiques, les « peuples martyrisés d’Ukraine, de Palestine et d’Israël ». Quant aux pouvoirs politiques, ils restent silencieux.
En juin 2022, après le massacre d’une paroisse chrétienne à Owo, le député européen François-Xavier Bellamy (LR) se révoltait déjà contre l’inaction de l’Europe : « Nous parlons beaucoup ici, mais les chrétiens n’ont droit qu’au silence, un silence qui devrait nous couvrir de honte », lançait-il devant un Parlement presque vide. « L’Europe doit tellement à la foi chrétienne, elle a le devoir de protéger les chrétiens persécutés dans le monde entier », poursuivait-il. En 2023, l’Europe est restée silencieuse.
Les Nations unies, dont le rôle est de faire respecter les droits élémentaires dans toutes les régions habitées du globe, si promptes à intervenir habituellement, n’ont fait paraître qu’un communiqué d’une dizaine de lignes. Volker Türk, haut-commissaire du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, déclare que« le cycle de l’impunité qui alimente les violences récurrentes doit être brisé de toute urgence ». Au sujet des attaques de ce Noël noir, il mentionne des « gunmen », c’est-à-dire des tireurs, omettant de préciser que lesdits tireurs étaient des musulmans et les victimes, des chrétiens. La violence est dénoncée, mais on passe la persécution des chrétiens, une fois de plus, sous silence.
« C’est la foi que portait en lui Arnaud Beltrame qui m’a amenée à trouver Dieu » confie l’ex-otage de Trèbes
Sauvée par Arnaud Beltrame lors de l’attentat de Trèbes en 2018, Julie Grand s’est exprimée pour la première fois sur ce drame qui a marqué sa vie. Auteur du livre à paraître « Sa vie pour la mienne » (Artège), elle évoque également son parcours de conversion à la foi catholique.
Cinq ans après le drame, le souvenir d’Arnaud Beltrame demeure indélébile dans l’esprit de Julie*. Cette quadragénaire était caissière du Super U de Trèbes lorsque Redouane Lakdim, 25 ans, s’est introduit dans le supermarché et l’a prise en otage après avoir tué d’abord Christian, le boucher, puis Hervé, un client, chacun d’une balle dans la tête. La suite, tragique, tout le monde la connaît : après s’être proposé en otage à la place de Julie, Arnaud Beltrame, 44 ans, perd la vie. Pour la première fois depuis cet attentat, Julie s’est confiée, auprès du Figaro et de TF1, le 4 janvier.
« C’était un homme d’exception. Ce n’est pas juste que l’on perde une personne comme lui », confie-t-elle ainsi à TF1. « Je sentais le canon de l’arme sur mon crâne, et je sentais aussi que dans l’esprit du terroriste, je n’existais plus, je n’étais plus qu’un pantin. (…) Je pensais mourir à ce moment-là. » La délivrance, inattendue et que beaucoup considèreront risquée, n’arrive qu’avec le lieutenant-colonel Beltrame. « J’entends : “Vos gueules, reculez, je prends !”, puis “Prends-moi à la place de la petite dame, elle n’a rien fait. Je représente l’État, on va discuter” », se souvient Julie.
C’est la foi que portait en lui Arnaud Beltrame qui m’a amenée à trouver Dieu, je me suis dit que, si cet homme d’exception croyait en Dieu, alors il fallait que j’aille voir ce qu’il en était.
Se décrivant comme une « athée dure-dure », c’est par le geste d’Arnaud Beltrame et le témoignage de Marielle avec laquelle il devait se marier le 9 juin 2018, que Julie va progressivement trouver la foi catholique. Le gendarme avait eu unitinéraire spirituel teinté de paradoxes. Initié à la Grande Loge de France, il s’était ensuite converti au catholicisme sur le tard, alors âgé de 33 ans. « Dieu est arrivé dans ma vie comme les cailloux du petit Poucet, de manière discrète », confie Julie au Figaro. Pour elle, c’est bien à Arnaud Beltrame qu’elle doit sa conversion : « C’est la foi que portait en lui Arnaud Beltrame qui m’a amenée à trouver Dieu, je me suis dit que, si cet homme d’exception croyait en Dieu, alors il fallait que j’aille voir ce qu’il en était ».
S’appuyer sur la prière
Julie se voit offrir une médaille miraculeuse, se rend à son tour à l’abbaye de Lagrasse. Séparée de son premier mari, elle rencontre son deuxième époux dans sa paroisse. Progressivement, elle s’immerge totalement dans une vie de foi qui la conduit à demander le baptême. Elle le reçoit à Pâques 2023. Pas de guérison psychologique « spectaculaire » cependant, tient-elle à tempérer. Sa vie est loin d’être redevenue un fleuve tranquille, mais elle s’accroche à la prière. « J’ai une dette envers lui [Arnaud Beltrame, ndlr]. Je me dois de donner tout ce que j’ai comme amour. C’est pour cela que je prie. La prière me ramène vers la lumière. »
*Prénom modifié pour préserver l’anonymat
Pratique :
Sa vie pour la mienne, de Julie Grand, à paraître le 10 janvier 2024, Artège, 180 pages, 16.90€.
Attentat islamiste déjoué contre la cathédrale catholique de Cologne
Le cardinal Rainer Maria Woelki de Cologne a exprimé sa gratitude aux forces de sécurité
Joachin Meisner Hertz
La ville de Cologne a vécu un réveillon de Noël et du Nouvel An en état d’alerte maximale en raison d’une menace terroriste. Malgré la présence massive d’un millier de policiers et des mesures de sécurité supplémentaires, un sentiment de tension et d’inquiétude a marqué les festivités de la Saint-Sylvestre. Lors d’une conférence de presse exceptionnelle, Herbert Reul, ministre de l’Intérieur de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, a informé le public que trois personnes avaient été arrêtées dans le cadre d’un projet d’attentat présumé.
La ville avait été placée en état d’alerte maximale après avoir été informée d’un risque d’attentat islamiste. La police a sécurisé la cathédrale et ses environs pour assurer la sécurité pendant les célébrations. Malgré la tension accrue, le cardinal Rainer Maria Woelki a exprimé sa gratitude aux forces de sécurité au cours de la messe de la Saint-Sylvestre pour leur dévouement à protéger la liberté religieuse au milieu des menaces.
La veille du Nouvel An, une quatrième personne a été arrêtée dans le cadre des projets d’attentat présumés. Selon la police de Cologne, toutes les personnes détenues semblent être liées à un réseau plus large opérant à travers plusieurs autorités fédérales et États, ainsi qu’à l’échelle internationale. Alors qu’un juge a décidé de mettre fin à la détention de trois des suspects, une quatrième personne est restée en garde à vue.
Le recteur de la cathédrale, Monseigneur Guido Assmann, s’est félicité de l’engagement et de la détermination des policiers de la cathédrale de Cologne. Il a noté que cette situation particulière avait uni la communauté, démontrant ainsi sa solidarité en ces temps difficiles.
Les mesures de sécurité resteront en vigueur jusqu’à nouvel ordre, une enquête étant prévue pour déterminer si les restrictions peuvent être assouplies à l’avenir. L’accès à la cathédrale restera réservé aux fidèles, qui devront se soumettre à des contrôles de sécurité et à des fouilles corporelles avant d’entrer.
Fête du nouvel an : influences babyloniennes et démarcations dans la Bible
Comment les auteurs bibliques se sont inspirés de coutumes mésopotamiennes
Il apparaît clairement que les auteurs bibliques opérant dans l’exil babylonien se sont ouverts à l’intellectualité du monde qui les entourait et l’ont sans doute trouvée supérieure à la leur et donc digne d’être prise en compte. Ainsi, dans le contexte de la vie à Babylone – qui est un contexte de nouveaux savoirs – est apparue la nécessité pour les Israélites d’adapter leurs propres traditions au niveau des connaissances babyloniennes, afin de rester compétitif sur le plan scientifique. Nous présentons ici deux exemples qui pourraient indiquer comment les auteurs bibliques se sont inspirés de coutumes mésopotamiennes lors des célébrations du Nouvel-An : le premier est tiré du livre d’Isaïe, le second du livre d’Ézéchiel.
Dans le livre d’Isaïe
La tradition du Deutéro-Isaïe (Is40–55) remonte à un prophète anonyme actif dans l’exil babylonien, ou à un groupe de prophètes, et a été intégrée au livre d’Isaïe. Le prologue avec sa représentation d’une procession aussi puissante que miraculeuse de YHWH à travers le désert pour retourner à Sion semble être basé sur les expériences de Judéens exilés ayant assisté à la célébration monumentale du Nouvel-An à Babylone, avec ses fastueuses processions de dieux, pour lesquels le retour de leur propre Dieu à Jérusalem ne saurait être un événement moins grandiose, mais au contraire encore plus prodigieux :
« Une voix crie : Dans le désert, frayez le chemin de YHWH ; dans la steppe, aplanissez une route pour notre Dieu. Que toute vallée soit comblée, toute montagne et toute colline abaissée, que les lieux accidentés se changent en plaine et les escarpements en large vallée. » (Is 40, 34)
Dans Isaïe 40,3, on appelle à tracer une route processionnelle pour Dieu, afin qu’il puisse retourner dans son sanctuaire à Sion/Jérusalem. Cette description d’Isaïe n’est vraiment compréhensible qu’avec la célébration du Nouvel An babylonien en toile de fond et elle montre que la sphère numineuse du Dieu biblique ne pouvait pas rester en deçà de celle de ses équivalents mésopotamiens.
La célébration du nouvel an babylonien
La fête du Nouvel An babylonien, appelée Akitu du mois de Nisanu, marque l’équinoxe de printemps et dure douze jours pendant lesquels sont célébrés les dieux Marduk et Nabû, ainsi que la ville de Babylone.
Le terme « équinoxe » vient du latin æquinoctium, qui lie æequs (égal) à nox (nuit), et désigne le moment où la durée du jour est égale à celle de la nuit. Pour l’équinoxe de printemps, cela se produit généralement le 20 ou le 21 du mois de mars selon les années.
Le point d’orgue de la fête babylonienne est atteint le huitième jour, au moment de la procession rassemblant les souverains humain et divin. Cette cérémonie a lieu sur la Voie processionnelle et passe sous la célèbre Porte d’Ištar – toutes deux reconstituées au Pergamon Museum de Berlin – pour s’achever en dehors des remparts, au temple de l’akitu, où des rituels sont accomplis lors des derniers jours de la fête.
Cette fête, la plus importante et la plus solennelle du calendrier babylonien, résultait de la confluence de deux courants de pensée religieuse : un culte de la fertilité qui se rattachait au rite du ‘mariage sacré’, et un concept cosmogonique qui impliquait une remise en cause annuelle de l’ordre du monde. L’akitu était à l’origine, manifestement, une fête saisonnière de la fertilité et du renouveau ; elle est devenue, on ne sait par quel processus, le point cardinal de la religion assyro-babylonienne.
Les douze jours de fête étaient centrés sur le culte de Mardouk. Le roi recevait le pardon pour ses péchés (ceux du pays), et où avait lieu une représentation théâtrale du combat primordial de l’Enuma Elish(Épopée de la Création : texte mythologique affirmant la suprématie de Marduk, faisant de lui le roi des dieux et le créateur du monde selon la théologie babylonienne). Dans une société agricole comme la Mésopotamie, on saisit donc l’importance d’une telle cérémonie. Tous les grands dieux du pays, par le biais de leur statue de culte, venaient de Babylone et de Borsippa lui rendre hommage. Le roi lui-même guidait le dieu suprême. Le souverain était censé participer à ce rituel, mais lorsqu’il lui était impossible d’être présent, il pouvait se faire représenter par son manteau d’apparat, brodé de pourpre. Les dieux se réunissent dans le palais du roi, le saluent avec crainte, se tiennent agenouillés devant lui pendant que les destins se fixent irrévocablement pour l’année entière. Les gens chantaient alors toutes sortes de chansons. La suppression de ces solennités, en temps de guerre ou de malheurs publics, était une calamité dont on faisait mention dans les annales de la cité. Les cérémonies incluaient des rites de caractère magique et d’exorcisme pour expulser les « démons du chaos ».
Le déroulement des célébrations
Au premier jour, on ouvre les portes du temple du dieu (Esagil).
Le deuxième jour, le grand prêtre de Marduk (appelé « grand frère ») se lave dans les eaux sacrées du fleuve (l’Euphrate) et demande les faveurs du dieu pour son peuple et son pays.
Au troisième jour, il fait forger deux statuettes, une en cèdre, l’autre en tamaris.
Le quatrième jour, au matin, le prêtre récite une prière au dieu dans le temple qu’il bénit ensuite. Le soir du même jour, il récite l’Enuma Elish à son dieu.
Le cinquième jour, on purifie le temple puis on sacrifie un bélier qui est ensuite jeté dans le fleuve, emportant les péchés du peuple avec lui. À Babylone, la statue de Nabû, fils de Marduk vient de la ville voisine de Borsippa pour se rendre aux festivités. Le soir, le roi entre en scène. Il se rend au temple où il remet ses insignes au grand prêtre qui ensuite l’humilie devant le dieu pour assurer le pardon des péchés de son peuple. Cette journée, probablement la plus importante du rituel, se clôt par le sacrifice d’un taureau.
Le sixième jour, les deux statuettes conçues le troisième jour sont brûlées devant Nabû, elles aussi pour emporter avec elle les mal commis du peuple.
Les informations concernant les deux jours suivants nous manquent.
Le neuvième jour, le roi se rend dans le temple et il installe la statue du dieu (donc le dieu lui-même), avec celles d’autres divinités, dans une chapelle spéciale. Cette assemblée est ensuite conduite le long de la Voie Processionnellejusqu’au beit akitu, un temple dédié à ce rituel, où les dieux restent deux jours (dixième et onzième jours) avant de retourner dans le temple du dieu, et décider du « destin du pays ». La journée s’achève par un banquet.
Le douzième jour, les dieux qui s’étaient rendus à la fête du Nouvel An rentrent dans leur ville.
Tablette décrivant le déroulement de la fête akitu de Babylone, copie de la fin du Ier millénaire av. J.-C. Musée du Louvre. Photo : Wikipédia
Dans le livre d’Ézéchiel
Le livre d’Ézéchiel situe son protagoniste dans le groupe des Judéens déportés dès 597 av. J.-C. à Babylone avec le roi Joachin (2 R24,14). Le roi Joachin est même évoqué dans des documents babyloniens listant les rations de nourriture pour des personnes à la cour royale babylonienne.
Les descriptions des visions dans le livre d’Ézéchiel ne sont elles aussi compréhensibles qu’avec Babylone et ses cérémonies religieuses en toile de fond. Au cours de la vision qui accompagne sa vocation, Ézéchiel voit des êtres munis de quatre ailes et de pattes de taureau (Ez 1,6) qui portent le plateau céleste (Ez 1,22) au-dessus duquel trône la splendeur de Dieu (Ez 1,25-28):
« 4 Je regardai : c’était un vent de tempête soufflant du nord, un gros nuage, un feu jaillissant, avec une lueur autour, et au centre comme l’éclat du vermeil au milieu du feu. 5 Au centre, je discernai quelque chose qui ressemblait à quatre animaux dont voici l’aspect : ils avaient une forme humaine. 6 Ils avaient chacun quatre faces et chacun quatre ailes. 7 Leurs jambes étaient droites et leurs sabots étaient comme des sabots de bœuf, étincelants comme l’éclat de l’airain poli. […] 22 Il y avait sur les têtes de l’animal quelque chose qui ressemblait à une voûte, éclatante comme le cristal, tendue sur leurs têtes, au-dessus, 23 et sous la voûte, leurs ailes étaient dressées l’une vers l’autre ; chacun en avait deux lui couvrant le corps. […] 26 Au-dessus de la voûte qui était sur leurs têtes, il y avait quelque chose qui avait l’aspect d’une pierre de saphir en forme de trône, et sur cette forme de trône, dessus, tout en haut, un être ayant apparence humaine. 27 Et je vis comme l’éclat du vermeil, quelque chose comme du feu près de lui, tout autour, depuis ce qui paraissait être ses reins et au-dessus ; et depuis ce qui paraissait être ses reins et au-dessous, je vis quelque chose comme du feu et une lueur tout autour ; 28 l’aspect de cette lueur, tout autour, était comme l’aspect de l’arc qui apparaît dans les nuages, les jours de pluie. C’était quelque chose qui ressemblait à la gloire de Yahvé. Je regardai, et je tombai la face contre terre ; et j’entendis la voix de quelqu’un qui me parlait. » (Ez 1, 47.2223.2628)
Une comparaison d’Ézéchiel 1 avec le programme pictural d’un sceau-cylindre ancien-oriental de l’époque d’Assurbanipal (669-627 av. J.-C.) illustre combien cette vision est influencée par des exemples mésopotamiens :
La scène représentée montre en son centre une divinité ailée debout sur un cheval et reliée, au niveau des hanches, à un plateau porté par deux hommes-taureaux. En haut à gauche apparaît une étoile à huit rayons, en haut à droite se voient les restes d’un croissant de lune. L’image est encadrée à gauche par un prêtre en costume de poisson et à droite par un homme qui prie en direction de la divinité. Cet ensemble indique clairement qu’il s’agit de la représentation anthropomorphique du dieu du soleil, qui est rattaché au firmament céleste, lequel est à son tour porté par des êtres hybrides.
Cette constellation cosmologique constitue la toile de fond d’Ézéchiel 1. Dans le même registre que le programme pictural du sceau, le livre d’Ézéchiel dépeint un plateau céleste, porté par des êtres hybrides, séparant la sphère terrestre de la sphère divine. Mais à la différence de la représentation sur le sceau, le livre d’Ézéchiel ne situe pas la figure divine près du plateau lui-même, mais place son trône en élévation au-dessus. La proximité comme la distance de l’œuvre d’art sigillaire et du texte biblique, aussi significatifs l’une que l’autre, semblent évidentes.
Emanuelle Pastore
Bibliographie
Konrad Schmid, Les origines de la Bible, Genève, Labor et Fides, 2021.
Cousin Laura, « Babylone, ville des dieux et des rois », Histoire urbaine, 2019/3 (n° 56), p. 11-33.
Angélus: écoutons les enfants qui nous parlent de Dieu
Adorons le Seigneur et trouvons le temps de regarder les tout petits qui nous parlent de Dieu. C’est l’invitation lancée par le Pape François lors de l’Angélus ce samedi place Saint-Pierre, à l’occasion de la solennité de l’Épiphanie. Le Saint-Père, après avoir présidé la messe en la basilique Saint-Pierre, est revenu sur l’adoration des Mages qui reconnurent en l’Enfant Jésus le Seigneur de la vie.
Xavier Sartre – Cité du Vatican
En cette solennité de l’Épiphanie, manifestation du Seigneur à tous les peuples, le Pape François a voulu s’arrêter sur cette scène relatée dans l’Évangile selon saint Matthieu, celle où les Mages se prosternent devant Jésus et lui offrent «de l’or, de l’encens et de la myrrhe». Ces «sages chercheurs» «reconnaissent la présence de Dieu dans un simple enfant» de «pauvres gens», dans les «petits yeux innocents» duquel «ils perçoivent la lumière du Créateur de l’univers».
Être plus simples et meilleurs comme les Mages
Dans la mesure où «nous voyons Dieu fait homme» en l’Enfant Jésus, a expliqué François, «regardons-le, émerveillons-nous de son humilité». «L’adorer, ce n’est pas perdre son temps, mais c’est donner un sens au temps; c’est retrouver le chemin de la vie dans la simplicité d’un silence qui nourrit le cœur». D’où cette invitation lancée par l’évêque de Rome à nous arrêter comme les Mages devant la crèche mais aussi à trouver le temps «de regarder les enfants», ces petits «qui nous parlent aussi de Jésus, avec leur confiance, leur immédiateté, leur émerveillement, leur saine curiosité, leur capacité à pleurer et à rire spontanément, à rêver. Dieu est ainsi: enfant, confiant, simple, amoureux de la vie».
En se tenant devant l’Enfant Jésus, «nous apprendrons à nous émerveiller et nous en ressortirons plus simples et meilleurs, comme les Mages. Et nous saurons porter des regards nouveaux et créatifs sur les problèmes du monde», a poursuivi le Pape avant de prier Marie, Mère de Dieu, pour qu’elle fasse grandir notre amour pour l’Enfant Jésus et pour tous les enfants, «en particulier pour ceux qui sont éprouvés par les guerres et les injustices».
Membres d’un cortège sur les Mages lors de l’angélus place Saint-Pierre
Épiphanie: le Pape invite à redécouvrir l’adoration de Dieu
Demander la grâce d’adorer Dieu, de ne jamais perdre le courage d’être des chercheurs de Dieu, des hommes d’espérance, des rêveurs intrépides qui marchent pour apporter à tous la lumière du Christ: le Pape François a présidé ce samedi matin, en la solennité de l’Épiphanie, la messe en la basilique Saint-Pierre. Il a centré son homélie sur trois aspects des Rois mages: ils ont le regard tourné vers le ciel, les pieds qui marchent sur la terre, le cœur prosterné en adoration.
Xavier Sartre – Cité du Vatican
Les Mages sont «l’image des peuples en chemin à la recherche de Dieu», «des étrangers», «des personnes qui sont loin», «de tous les égarés» à qui s’est révélée la gloire du Seigneur, incarnée dans «la chair de l’Enfant de Bethléem». C’est ainsi que le Pape François, dans son homélie en la solennité de l’Épiphanie, décrit les Mages dont il relève trois aspects caractéristiques.
Le regard tourné vers le ciel
Ils ont tout d’abord «le regard tourné vers le ciel», «habités par la nostalgie de l’infini». Ils attendent «une lumière qui éclaire le sens de leur vie, un salut qui vienne d’en haut», ce qui leur permet de voir une étoile qui brille plus que les autres. Pour le Saint-Père, «si nous vivons enfermés dans le périmètre étroit des choses terrestres, si nous marchons tête baissée, otages de nos échecs et de nos regrets, si nous sommes affamés de biens et de consolations mondaines au lieu de rechercher lumière et amour, notre vie s’éteint». En somme, les Mages «nous enseignent à regarder vers le haut», «car notre aide vient du Seigneur».
Nous avons besoin de regarder vers le haut, insiste François, pour nous faire accompagner par le Seigneur. Mais aussi pour que notre foi «ne se réduise pas à un ensemble de pratiques religieuses ou à un habit extérieur, mais qu’elle devienne un feu qui brûle en nous et qu’elle nous fasse devenir des chercheurs passionnés du visage du Seigneur et des témoins de son Évangile».
L’Église aussi a besoin d’élever son regard, estime l’évêque de Rome, car au lieu de se diviser selon leurs «idées», ses membres sont appelés «à remettre Dieu au centre», «à abandonner les idéologies ecclésiastiques pour trouver le sens de la Sainte Mère l’Église». «Lui, pas nos idées ou nos projets», souligne-t-il. D’où cette exhortation à repartir de Dieu: «Cherchons en Lui le courage de ne pas nous arrêter devant les difficultés, la force de surmonter les obstacles, la joie de vivre dans la communion et dans la concorde».
Les pieds qui marchent sur la terre
Second aspect sur lequel le Pape revient dans son homélie: ils ont les pieds en marche sur la terre. «En levant la tête, ils sont poussés à descendre; en cherchant Dieu, ils sont envoyés pour le trouver dans l’homme», explique le Saint-Père. «Le don de la foi» nous fait «marcher sur les routes du monde comme témoins de l’Évangile». La lumière qu’est Jésus est faite aussi pour «ouvrir des trous de lumière dans les ténèbres denses qui enveloppent tant de situations sociales» poursuit-il. Nous trouvons Dieu «en cherchant les signes de sa présence dans les réalités de chaque jour et, surtout, en rencontrant et en touchant la chair des frères». «Contempler Dieu est beau mais cela est fécond si seulement nous prenons des risques: le risque du service est de porter Dieu» ajoute-t-il.
François insiste: il faut «rencontrer Dieu en chair et en os, sur les visages qui passent chaque jour à nos côtés, en particulier ceux des plus pauvres». Les Mages «nous enseignent que la rencontre avec Dieu nous ouvre à une espérance plus grande qui nous fait changer de style de vie et qui nous fait transformer le monde». Citant Benoît XVI, le Pape souligne que le monde a besoin d’hommes qui nourrissent une grande espérance et qui possèdent donc un grand courage.
Le Pape lors de l’homélie
Le cœur prosterné en adoration
Les Mages, enfin, souligne le Saint-Père, ont le cœur prosterné en adoration. Devant le mystère d’un roi venu nous servir, d’un Dieu qui s’est fait homme, «nous sommes appelés à plier le cœur et les genoux pour adorer […] le Dieu qui vient dans la petitesse». Or, «nous avons perdu l’habitude d’adorer» regrette le Pape. «Redécouvrons le goût de la prière d’adoration. Reconnaissons Jésus comme notre Dieu et Seigneur et adorons», ce qui manque aujourd’hui, reconnait-il.
D’où cette demande de «ne jamais perdre le courage» «d’être des chercheurs de Dieu, des hommes d’espérance, des rêveurs intrépides qui scrutent le ciel», d’avoir le courage de persévérer dans la marche sur les routes du monde, «avec le courage de regarder le Seigneur qui illumine chaque homme», et d’adorer.