03.04.2025 – Cap Fatima – Lettre de liaison n° 172

Lettre de liaison n° 172

Dans son quatrième mémoire, Lucie raconté qu’à la fin de l’apparition du 13 octobre, avant de remonter au ciel, Notre-Dame ouvrit les mains et « les fit se réfléchir sur le soleil ». Et quelques instants après, le soleil se mettait à danser.

Le geste de Notre-Dame

C’est la quatrième fois que Notre-Dame fait ce geste d’ouvrir les mains. Voici comment Lucie décrit ces quatre gestes dans son quatrième mémoire :

13 mai :  Elle ouvrit pour la première fois les mains, et nous communiqua, comme par un reflet qui émanait d’elles, une lumière si intense que, pénétrant notre cœur et jusqu’au plus profond de notre âme, elle nous faisait nous voir nous-mêmes en Dieu qui était cette lumière, plus clairement que nous nous voyons dans le meilleur des miroirs.

13 juin :  Elle ouvrit les mains et nous communiqua, pour la seconde fois, le reflet de cette lumière immense. En elle, nous nous vîmes comme submergés en Dieu. Jacinthe et François paraissaient être dans la partie de cette lumière qui s’élevait vers le Ciel, et moi dans celle qui se répandait sur la terre.

13 juillet :  Elle ouvrit de nouveau les mains, comme les deux derniers mois. Le reflet parut pénétrer la terre et nous vîmes comme un océan de feu, et plongés dans ce feu, les démons et les âmes, etc. (Suit la description des démons.)

13 octobre : Ouvrant alors les mains, elle les fit se réfléchir sur le soleil et, pendant qu’elle s’élevait, le reflet de sa propre lumière continuait à se projeter sur le soleil.

Voyant le reflet des mains de Notre-Dame sur le soleil, Lucie s’écria : « Elle s’en va !… Regardez le soleil ! » Lucie expliqua sa réaction de la façon suivante : « Mon but n’était pas d’attirer par-là l’attention du peuple, car je ne me rendais même pas compte de sa présence. Je le fis seulement poussée par un mouvement intérieur qui m’y entraînait. »

Ainsi, par quatre fois, Notre-Dame ouvrit les mains desquelles sortit ce que Lucie appelle un “reflet”, reflet qu’elle qualifie aussi de “lumière intense” ou “lumière immense”. Cette lumière qui émane des mains de Notre-Dame représente les grâces qu’elle accorde à ceux qui les lui demande. Cette lumière rappelle les rayons qui émanèrent également des mains de Notre-Dame à la rue du Bac.
En effet, le 27 novembre 1830, vers 17h30, sainte Catherine Labouré eut une apparition de Notre-Dame debout, les pieds posés sur un globe terrestre et tenant entre ses mains un globe plus petit surmonté d’une croix d’or. Tout à coup les doigts de ses mains se remplirent d’anneaux porteurs de diamants qui jetèrent des rayons de tous côtés… La Sainte Vierge dit alors : « C’est l’image des grâces que je répands sur les personnes qui me les demandent. » Et pour expliquer les pierres qui ne projetaient pas de rayons, elle ajouta : « C’est l’image des grâces que l’on oublie de me demander. »

Ainsi, à la rue du Bac et à Fatima, Notre-Dame nous révèle qu’elle est la médiatrice de toutes les grâces. Aux trois petits voyants de Fatima, elle accorda la grâce de « se voir en Dieu », c’est-à-dire de se connaître comme Dieu les voyait (13 mai et 13 juin), puis la grâce de voir les conséquences des péchés mortels (13 juillet).
Ces grâces sont particulièrement importantes. Se connaître soi-même et savoir comment Dieu nous voit nous conduit à mieux Le connaître. Et plus nous Le connaîtrons, plus nous serons conduits à L’aimer. Et en nous voyant comme Dieu nous voit, nous connaîtrons mieux nos défauts pour nous en corriger ; car nous ne les voyons pas toujours. Nous verrons aussi mieux les qualités que Dieu nous a accordées et qu’il nous faut développer et mettre au service de notre prochain. Enfin, la pleine connaissance des conséquences du péché mortel et la crainte de l’enfer sont également des grâces précieuses pour nous dont la volonté est blessée et affaiblie par le péché originel. Aussi une claire connaissance des peines de l’enfer est-elle une aide particulièrement utile pour nous éviter de succomber aux tentations du démon.
Toutes ces grâces peuvent nous aider à vivre selon la volonté de Dieu et ainsi faire notre salut. Voilà pourquoi il est important de les demander. Mais qui le fait ? Veillons à ce qu’elles ne restent pas parmi les grâces « que l’on oublie de demander » à Notre-Dame.

Le geste du 13 octobre montre également que Notre-Dame est non seulement médiatrice de toutes grâces mais qu’elle a aussi un pouvoir sur les éléments naturels puisque ce geste a déclenché la danse du soleil. Comme nous avons déjà abordé l’importance de ce miracle (voir lettres de liaison n° 61 et n° 155), nous ne nous étendrons pas sur ce point.

Les quatre gestes de Notre-Dame montrent donc toute la puissance que Dieu a voulu accorder à sa Mère, aussi bien dans le domaine temporel que spirituel. Il est important de bien comprendre cet enseignement de Fatima, car de nos jours, nombreux sont ceux qui contestent cette médiation de Notre-Dame, y compris des ecclésiastiques. Par exemple, lors du concile Vatican II, un groupe d’évêques avait demandé d’attribuer le titre de médiatrice à la Sainte Vierge. Le cardinal Montini, qui allait devenir pape l’année suivante, s’y opposa, jugeant la proposition “condamnable” (“damnosa” en italien). Pourtant avant lui, de nombreux saints et plusieurs papes avaient affirmé la réalité de cette médiation. Plusieurs d’entre elles ont été citées dans la lettre de liaison n° 99.

Les trois tableaux

Pendant que la foule des témoins observait la danse du soleil, les trois petits voyants de leur côté virent trois tableaux. Dans son quatrième mémoire, Lucie les décrit de la façon suivante :

Notre Dame ayant disparu dans l’immensité du firmament, nous avons vu, à côté du soleil, saint Joseph avec l’Enfant-Jésus et Notre Dame, vêtue de blanc avec un manteau bleu. Saint Joseph et l’Enfant-Jésus semblaient bénir le monde avec des gestes qu’ils faisaient de la main, en forme de croix.
Peu après, cette apparition s’étant évanouie, j’ai vu Notre Seigneur, et Notre Dame qui me donnait l’impression d’être Notre Dame des Douleurs. Notre Seigneur semblait bénir le monde de la même manière que Saint Joseph.
Cette apparition disparut et il me sembla voir encore Notre Dame sous l’aspect de Notre Dame du Carmel.

Dans une autre narration, Lucie donna les détails suivants :

J’ai vu saint Joseph et l’Enfant-Jésus à côté de Notre-Dame. L’Enfant-Jésus était dans les bras de saint Joseph. Il était tout petit, un an environ. Tous deux étaient habillés de rouge clair (encarnado). Ensuite, j’ai vu Notre-Seigneur qui bénissait la foule. Puis Notre-Dame s’est montrée, vêtue comme Notre-Dame des Sept-Douleurs, mais sans le glaive dans la poitrine. Enfin, je l’ai vue vêtue d’une autre manière ; je ne sais pas comment dire, il me semble que c’était comme Notre-Dame du Mont-Carmel. Elle était habillée de blanc avec une mante bleue, et quelque chose pendait de sa main droite.

L’importance de ces visions est soulignée par le fait que Notre-Dame les avait annoncées lors des deux précédentes apparitions.
En effet, le 19 août, Notre-Dame avait dit : « Saint Joseph viendra avec l’Enfant Jésus, pour donner la paix au monde. Notre-Seigneur viendra bénir le peuple. Viendra aussi Notre-Dame du Rosaire et Notre-Dame des Douleurs. »
Et le 13 septembre, elle avait précisé : « En octobre, viendront aussi Notre-Seigneur, Notre-Dame des Douleurs, Notre-Dame du Carmel et saint Joseph avec l’Enfant Jésus pour bénir le monde. »

Ces trois tableaux sont une illustration des différents mystères du Rosaire : les mystères joyeux, douloureux et glorieux. Ils sont ainsi une confirmation de ce que Notre-Dame avait révélé quelques instants avant : « Je suis Notre-Dame du Rosaire » et la marque de l’attachement de Notre-Dame à la récitation du chapelet ou du Rosaire. Ainsi, au cours de ses six apparitions de 1917, neuf fois, elle aura demandé la récitation du chapelet ; cinq fois, elle aura parlé de Notre-Dame du Rosaire ; et pour finir, elle aura présenté trois tableaux sur les mystères du Rosaire.
Ces trois tableaux indiquent également que, pour Notre-Dame, le Rosaire est constitué de trois groupes de mystères. De plus, lorsque Notre-Dame demanda la récitation quotidienne du chapelet, elle dit en portugais : « Recem o terço todos os dias » (Récitez le chapelet tous les jours). En effet, en portugais, “terço” signifie à la fois “un tiers” et aussi un chapelet, c’est-à-dire un tiers du chapelet. En conséquence, dans la formulation employée par Notre-Dame à Fatima, un Rosaire est constitué de trois chapelets. Les mystères lumineux ne font donc pas partie du Rosaire. Et depuis que le pape Jean-Paul II les a proposés par la lettre apostolique Rosarium Virginis Mariae, aucune révélation du Ciel n’est venue confirmer qu’ils faisaient partie du Rosaire. D’ailleurs, la lettre apostolique ne change pas la constitution du Rosaire : elle ne fait que suggérer de méditer de temps en temps sur d’autres mystères que les mystères traditionnels, ce qui a toujours été dans la tradition de l’Église même si petit à petit un consensus s’est fait sur 15 mystères. Voilà pourquoi, les Rosaires vivants organisés par Cap Fatima, ne comportent que trois chapelets. Il y a encore de nombreuses autres raisons pour conserver la composition traditionnelle du Rosaire. Pour ne pas rallonger cette lettre, nous renvoyons les lecteurs à la lettre de liaison n° 111.

Notre-Dame du Mont Carmel et le scapulaire

Dans le dernier tableau, celui qui symbolise les mystères glorieux, Notre-Dame apparut aux petits voyants sous les traits de Notre-Dame du Mont Carmel. Quand on lui demandait ce qui lui faisait penser qu’il s’agissait de Notre-Dame du Mont Carmel, Lucie répondait : « C’est que quelque chose pendait de sa main». La demande de porter le scapulaire ne figure pas parmi les paroles prononcées par Notre-Dame à Fatima. Mais elle a bien été faite implicitement lors de la dernière apparition, au cours de ce troisième tableau, en se montrant aux petits voyants sous les traits de Notre-Dame du Mont Carmel, dernière vision qu’ils auront d’elle.

Lucie attachait donc une très grande importance au port du scapulaire. Plusieurs fois, elle insista sur ce point. Notamment le 15 octobre 1950 au père Rafferty, elle déclara :

— Notre-Dame tenait le scapulaire en ses mains parce qu’elle veut que nous le portions.
— Dans beaucoup de livres sur Fatima, fit remarquer le père Rafferty, les auteurs ne mentionnent pas le scapulaire lorsqu’ils présentent le message de Fatima.
— Ah ! Qu’ils ont tort, s’écria la voyante, le scapulaire est le signe de notre consécration au Cœur Immaculé de Marie.

Le père Rafferty voulant savoir si les dirigeants de l’Armée bleue avaient raison d’insister sur le port du scapulaire, sœur Lucie répondit :
— Oui, cette pratique est indispensable pour accomplir les requêtes de Notre-Dame de Fatima.
— Diriez-vous que le scapulaire est aussi indispensable que le rosaire ?
— Le scapulaire et le rosaire sont inséparables.

En effet, l’habit marque l’appartenance de celui qui le porte à la personne ou l’organisme de qui il l’a reçu, avec en retour l’assurance d’être sous sa protection. Ainsi, dans toute armée, l’engagement à servir entraîne le port d’un uniforme. De même, l’adhésion à certaines corporations conduit au port d’un habit particulier : avocats, académiciens, … De la même façon, le scapulaire manifeste, de la part de celui qui le porte, l’appartenance à Marie et, de la part de Notre-Dame, l’engagement à le secourir en toute occasion, particulièrement à l’heure de la mort.

Brève histoire du scapulaire

Le mot « scapulaire » vient du latin « scapulae » qui signifie épaules. Le scapulaire est une longue bande d’étoffe couvrant les épaules, souvent munie d’un capuchon et descendant jusqu’aux pieds devant et derrière. La plupart des religieux le portent sur leur tunique. Le scapulaire du Mont-Carmel qui en est une réduction, est composé de deux morceaux de laine tissée brune, de forme rectangulaire ou carrée, reliés entre eux par deux fils de manière à pouvoir être portés, un morceau sur la poitrine et l’autre sur le dos. Une pieuse coutume, non impérative, y place en plus une image de la Sainte Vierge. Les privilèges attachés au scapulaire remontent à saint Simon Stock.

Né en Angleterre vers la fin du XIIe siècle, Simon Stock fut élu prieur général de l’ordre des Carmes vers le milieu du XIIIe siècle. Or à cette époque, un grand nombre de ses religieux passaient vers d’autres ordres mendiants, les Franciscains ou les Dominicains, au point de menacer l’existence même de l’ordre du Carmel. Devant ce danger, Simon Stock se tourna vers Marie en lui disant chaque jour dans ses prières, d’un cœur tout dévot : « Fleur du Carmel, Vigne fleurie, Splendeur du Ciel, Vierge féconde, Unique, Douce Mère, mais qui ne connut pas d’homme, aux Carmes accorde tes faveurs, Étoile de la mer. » La Mère de Dieu répondit à son attente en lui apparaissant, vraisemblablement le 16 juillet 1251. Voici ce que rapporte un document ancien :

Simon, homme de grande tempérance et de dévotion envers Marie, priait souvent avec humilité et instance la Vierge, glorieuse Mère de Dieu, patronne de l’ordre des Carmes, afin qu’elle accordât un privilège à cet ordre qui se distinguait par son nom. Or, un jour, Notre-Dame lui apparut entourée d’une multitude d’anges, tenant à la main un scapulaire. La Vierge dit à Simon : « Voici un signe pour toi et un privilège pour tous les Carmes : celui qui mourra revêtu de cet habit sera préservé des flammes éternelles ».

La vision fut bientôt reconnue par le pape Innocent IV, et la nouvelle du merveilleux présent fait par la Mère de Dieu à l’ordre du Carmel se répandit rapidement. De partout, on vit accourir des personnes de toutes conditions, avides de participer aux grandes faveurs promises. En effet, le don du scapulaire avait été fait à l’Église entière, car la Sainte Vierge avait dit : « Quiconque mourra avec le signe de l’ordre… ». En s’agrégeant à la confrérie du scapulaire, les laïcs aussi pouvaient bénéficier du message de salut donné aux Carmes, et, pour qu’ils puissent le porter discrètement, la taille du scapulaire fut réduite.
Cette promesse de salut a été reconnue depuis par l’Église et est en parfaite cohérence avec les paroles de Notre-Dame du 13 juin 1917 : « À qui embrassera cette dévotion [du Cœur Immaculé de Marie], je promets le salut ; ces âmes seront chéries de Dieu, comme des fleurs placées par moi pour orner son trône. » Car le port du scapulaire fait justement partie des cinq pratiques de cette dévotion.

Une protection pour l’âme et pour le corps

L’histoire montre que de très nombreuses grâces de protection, autant pour l’âme que pour le corps, ont été obtenues par le scapulaire. Voici un exemple.

Un prêtre français se rendait à l’église en vue de célébrer la sainte Messe, en un lieu de pèlerinage à la Sainte Vierge. En chemin, il s’aperçut qu’il a oublié de mettre son scapulaire. Bien que déjà assez loin de son domicile, il n’hésita pas à rebrousser chemin pour aller chercher 1’habit de Marie, sans lequel il ne voulait pas célébrer. Tandis qu’il offrait le Saint Sacrifice, un jeune homme s’avança vers l’autel, brandit un pistolet et tira à bout portant sur le prêtre. Celui-ci, à la stupéfaction générale, continua cependant à dire les prières de la messe comme si rien ne s’était passé. On pensa d’abord que la balle avait providentiellement manqué son but. Il n’en était rien : le prêtre la retrouva, adhérant et comme collée au scapulaire du Mont-Carmel, chétif morceau de tissu qui avait été la cuirasse du soldat de Jésus-Christ. Plusieurs soldats, à des époques diverses, bénéficièrent du même prodige : la balle ennemie qui devait les tuer s’écrasa sur leur scapulaire.

Et il y de très nombreux exemples d’une protection particulière pour ceux qui le portent. (Voir la page du site : https://www.fatima100.fr/le-port-du-scapulaire)

Le port du scapulaire est un acte très simple qui n’exige qu’un petit effort, celui de se le faire imposer par un prêtre, puis de le porter constamment sur soi. Malheureusement, cette pratique est souvent délaissée alors que l’effort qu’elle réclame est plus facile que la récitation quotidienne du chapelet, par exemple. C’est d’autant plus dommage qu’au port du scapulaire est attachée la grâce de la persévérance finale. Alors, pour ceux qui n’ont pas encore reçu le scapulaire, faites-vous-le imposer sans tarder. Toutes les informations nécessaires sur l’origine, les grâces obtenues, le rituel d’imposition, etc. sont données sur la page du site précitée.

Premier samedi du mois

Le Jubilé des 1ers samedis du mois de Fatima (https://jubile2025-fatima.org/) poursuit son œuvre. Le mois dernier, le 1er samedi a été solennisé dans la Sainte Maison de la Sainte Vierge au sanctuaire de Lorette en Italie (voir le compte-rendu de cet événement). Pour le mois d’avril, il sera solennisé au monastère de la Grande Chartreuse auquel s’associeront plusieurs monastères dans le monde (voir la présentation de l’événement). Le programme de la cérémonie est donné ci-après. Unissons-nous à ces célébrations en pratiquant pieusement la communion réparatrice ce jour-là. Et faisons également connaître ces événements pour que la pratique des premiers samedis du mois se répandent de plus en plus dans le monde.

10e anniversaire de Cap Fatima

Demain, ce sera le 10e anniversaire de Cap Fatima. C’est en effet le 4 avril 2015, qui était un premier samedi du mois, que l’initiative a été lancée. Remercions le Ciel de toutes les grâces accordées par le Cœur Immaculé de Marie au cours de ces dix années.

En union de prière dans le Cœur Immaculé de Marie.
Yves de Lassus

06.04.2025 – HOMÉLIE DU 5ÈME DIMANCHE DE CARÊME – JEAN 8,1-11

Qui peut juger ?

Homélie par le Fr. Laurent Mathelot

Évangile selon saint Jean 8, 1-11

Le passage de l’Évangile de ce dimanche qui relate l’histoire de la Femme adultère est le seul du Nouveau Testament qui mentionne que Jésus écrive. Par deux fois, Jésus se baisse et écrit sur le sol. Ce n’est pas tant le fait que Jésus sache lire et écrire qui importe ici – c’était le cas de beaucoup de ses contemporains juifs. Ce n’est pas non plus ce que Jésus écrit sur le sol qu’il s’agit interpréter, le texte ne le mentionne pas. Le détail qui importe ici, c’est que Jésus écrive par deux fois. Ce n’est pas anodin. C’est même la clé de compréhension du texte.

Au cœur de cet Évangile : la Loi. Non pas le principe même de la Loi – Jésus ne conteste pas le bien-fondé de la Loi qu’il respecte par ailleurs – mais la manière de l’appliquer. « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir » (Mt 5, 17).

L’exemple choisi par Jean pour nous le montrer est frappant à dessein : il s’agit d’une femme ; il s’agit d’un adultère et les faits ne sont pas contestables : elle a été prise en flagrant délit ; elle a effectivement trompé son mari ; la loi, dès lors, la condamne à mort. Tout pour exciter les instincts les plus vils d’un auditoire essentiellement masculin. C’est le propos : faire appel au sentiment avec lequel on juge, celui avec lequel on applique la Loi. Il y a en effet toute la place pour la frustration et le ressentiment d’un homme dans le jet d’une seule pierre, qui en projetant ses propres difficultés matrimoniales, qui ses propres déviances.

Notre manière de juger dépend fortement de notre état d’esprit. Lorsque nous souffrons voire sommes simplement irrités, nous jugeons plus sévèrement ; lorsque nous aimons, nous sommes bien plus miséricordieux. Sans doute, sommes-nous aussi plus cléments envers ceux qui partagent les faiblesses et les torts dont nous nous accommodons. Comme nous sommes certainement plus implacables envers ceux qui témoignent de mauvais penchants contre lesquels personnellement nous luttons. Un principe du droit affirme que la justice est aveugle et ses allégories la représentent comme une femme aux yeux bandés, pesant les faits sur une balance, pour bien signifier qu’une bonne justice ne se rend pas sur des sentiments.

« Celui qui est sans péché, qu’il soit le premier à jeter une pierre.» Notre péché teinte notre manière de juger. Il nous rend partiaux. Il faut un cœur sans tache pour juger avec impartialité et nous sommes tous quelque peu le jouet de nos préférences et sentiments. Ainsi seul Dieu juge valablement ; lui seul conserve un regard impartial, le regard de la plus parfaite miséricorde, du plus pur amour.

En faisant appel à leur raison – qui êtes-vous pour juger ? – le Christ renvoie les justiciers implacables à leur propre faiblesse, provoquant un à un leur renoncement à condamner quand ils mesurent leur péché. Voici l’occasion pour nous de scruter nos jugements les plus implacables, les attitudes, les comportements qui voient surgir notre dureté de cœur, voire notre mépris. Ces jugements durs qui nous viennent au cœur sont le reflet de notre sentiment d’impuissance face aux maux dont nous souffrons, que nous les subissions, que nous les commettions. Les jugements implacables, la dureté de cœur sont toujours le signe du péché qui nous affecte – le nôtre, celui d’autrui. Savoir les repérer, nous éclaire sur nous-même.

Ensuite, après avoir renvoyé chacun à la miséricorde qu’il a envers lui-même quand il s’égare, Jésus écrit une deuxième fois sur le sol et rend sa sentence : « Moi non plus, je ne te condamne pas. » Lui, l’homme sans péché, le juge au cœur impartial montre la miséricorde de Dieu : « Va, et désormais ne pèche plus. »

Ces deux écritures dans la poussière du sol représentent la Loi. L’ancienne et la nouvelle loi données par Dieu. L’ancienne renvoyait chacun à son péché ; la nouvelle loi est celle de la miséricorde de Dieu, celle qu’incarne le Christ. Avant, l’affirmation de principes implacables ; désormais, celle de l’incarnation de l’amour divin. C’est ainsi l’amour qui précède la justice, et non l’inverse.

C’est dans la poussière de notre âme que Dieu inscrit sa Loi, là où affleure notre péché. Mais c’est dans la tendresse de notre cœur que le Christ inscrit désormais son application. L’objectif de la Loi n’est ainsi plus tant la répression des fautes que la promotion de l’amour.

Nos jugements implacables reflètent les limites de notre cœur. Voici que s’ajoute à nos efforts de carême, le combat contre sa rigidité. Quelles sont les personnes que je lapiderais volontiers de mon cœur de pierre ? Voilà les blessures en moi que l’amour de Dieu n’a pas encore rejointes.

Enfin, je voudrais évoquer nos jugements implacables envers nous-même. Cela nous arrive tous de parfois de nous trouver fautifs, misérables, honteux voire, pour certains, méprisables. L’Évangile de la femme adultère est aussi une invitation à la miséricorde envers nous-même. La dureté de cœur envers soi, voire le mépris de soi sont des maux bien plus redoutables que les comportements qu’ils prétendent juger. La rigidité de nos jugements sur nous-même est avant tout un signe de désespérance de soi, laquelle ne pourra mener qu’au découragement et ultimement à la peur du regard de Dieu, au risque ultime de s’enfermer dans une peur de la miséricorde elle-même. On ne conçoit plus alors que Dieu puisse porter sur nous un autre regard que la honte, voire le mépris que nous avons de nous-même.

Seigneur, donne-nous de voir qu’au-delà de tous nos petits jugements sur les autres et sur nous-même, il y a une manière plus juste d’aimer et de s’aimer : celle qui fait confiance en ta miséricorde et ton pardon, celle qui incarne ton amour inconditionnel pour tous.

Fr. Laurent Mathelot

Source : RÉSURGENCE.BE, le 2 avril 2026

06.04.2025 – HOMÉLIE DU 5ÈME DIMANCHE DE CARÊME – JEAN 8,1-11

Dieu libérateur

Textes bibliques : Lire


Pistes pour l’homélie par l’Abbé Jean Compazieu


Les textes bibliques de ce dimanche nous révèlent un Dieu qui veut libérer et sauver ceux qui étaient perdus. Le prophète Isaïe (1ère lecture) s’adresse à un peuple qui vient de vivre une longue période de captivité. Il lui annonce une bonne nouvelle : c’est aujourd’hui que Dieu intervient pour sauver son peuple. Ce dernier va pouvoir revenir vers la Terre promise ; le désert qu’il va traverser sera jalonné d’oasis ; il faut y voir le signe que Dieu peut redonner vie et espérance aux cœurs les plus arides.

Cette bonne nouvelle nous concerne tous aujourd’hui : dans ce monde qui est le nôtre, beaucoup vivent dans la désespérance. C’est dans ce monde tel qu’il est que nous sommes envoyés. Notre mission, c’est d’y révéler la Source d’eau vive, celle qui fait fleurir tous les déserts, ceux de nos familles, ceux de notre vie et ceux de notre monde. Cette source inépuisable c’est celle de l’amour qui est en Dieu. C’est auprès de lui que nous sommes invités à puiser chaque jour.

Dans la seconde lecture, saint Paul nous donne son témoignage. Sa rencontre avec le Christ sur le chemin de Damas a provoqué un renversement radical dans sa vie. Au départ, il était un ardent défenseur de la loi juive. Il poursuivait les chrétiens et les faisait enfermer. Mais après sa conversion, il n’a désormais d’autre fierté et d’autre ambition que de « connaître le Christ » et de « parvenir à la résurrection des morts » en communiant aux souffrances de sa Passion. Pour nous comme pour Paul, la vraie libération c’est celle qui vient du Christ. C’est un don que Dieu nous fait par pure miséricorde. C’est avec lui que nous trouverons la force de nous libérer de tout ce qui nous enferme sur nous-mêmes.

L’Évangile de saint Jean nous montre la miséricorde qui libère. Dimanche dernier, Jésus en parlait sous la forme d’une parabole, celle du fils prodigue. Mais aujourd’hui, nous le voyons confronté à une situation bien réelle : on lui amène une femme coupable d’adultère. Ses accusateurs sont des scribes et des pharisiens, des experts de la loi de Moïse, des personnes reconnues pour leur ferveur religieuse. D’après la loi de Moïse, cette femme doit être lapidée. Mais s’ils se tournent vers lui, c’est pour le piéger. S’il refuse de la condamner, il est en contradiction avec la loi de Moïse ; et s’il la condamne, il est en contradiction avec la miséricorde qu’il prêche.

Mais Jésus opère un renversement : il ouvre un nouveau procès, celui des accusateurs : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre. » Pendant que Jésus a la délicatesse de baisser les yeux, chacun examine sa conscience et… se retire. Il reste un homme sans péché, Jésus ; lui seul aurait eu le droit de condamner, mais il ne le fait pas : « Moi non plus, je ne te condamne pas, va et désormais ne pèche plus. » La menace de mort disparaît, le chemin d’une vie nouvelle s’ouvre pour cette femme.

En lisant cet Évangile, nous pensons à tous les scandales, petits ou grands. Certains sont connus seulement de l’entourage familier. D’autres sont répandus par la Presse, la télé et Internet. Alors les langues vont bon train. Bien sûr, on ne lapide plus les pécheurs et les pécheresses. Mais on ricane, on dénonce celui qui a fauté ; on l’enfonce dans sa mauvaise réputation. On ne lui laisse aucune chance de s’en sortir.

C’est alors qu’il nous faut revenir à cette parole du Christ : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre. » Devant Dieu, nous sommes tous des pauvres pécheurs. Avant de faire la leçon aux autres, nous sommes invités à enlever la poutre qui est dans notre œil. Cette poutre c’est l’orgueil, c’est le mépris à l’égard de celui qui a fauté. En agissant ainsi, nous allons contre le Christ qui est venu chercher et sauver ceux qui étaient perdus. C’est par amour pour eux et pour le monde entier qu’il est mort sur une croix.

Comprenons bien, le péché est un mal que nous devons combattre de toutes nos forces. Mais le pécheur c’est quelqu’un qu’il faut guérir et sauver. Il a besoin qu’on l’aide à retrouver sa place dans la communauté chrétienne. La vie chrétienne est un combat de tous les jours contre les forces du mal. Mais pour ce combat, nous ne sommes pas seuls. Jésus est avec nous pour nous montrer le chemin. Marie est là aussi ; comme aux noces de Cana, elle nous redit : « Faites tout ce qu’il vous dira… » Puisez à la Source de Celui qui est l’Amour… Soyez les témoins et les messagers de sa miséricorde dans le monde d’aujourd’hui. Si nous voulons que ce carême soit vraiment libérateur, il n’y a qu’un seul commandement : aimer comme Jésus aime.

Seigneur, en ce dimanche, nous sommes venus à toi avec notre désir d’accueillir ta Parole et de nous laisser transformer par elle. Tu peux changer nos cœurs de pierre en cœurs de chair. Que ta présence nous apporte la joie d’aider, de soutenir, de consoler et d’aimer. Que ta Parole soit Lumière pour notre monde et que ton amour apaise tous ceux qui souffrent.

Abbé Jean Compazieu

Source : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 30 mars 2025