25.12.2023 – HOMÉLIE DE LA FÊTE DE LA NATIVITÉ DU SEIGNEUR – LUC 2, 1-14

L’enfant de la crèche, c’est vous

Fête de la Nativité du Seigneur — 25 décembre 2023 

Évangile selon saint Luc 2, 1-14

Homélie par le Fr. Laurent Mathelot, op

C’est le soir où la lumière divine est apparue au monde et presque personne ne s’en est aperçu. Aujourd’hui, on célèbre Noël tout autours de la planète et on peut espérer à travers le monde beaucoup de festivités et de joie. Mais il y a deux mille ans, la venue du Seigneur a été un évènement tout discret, particulièrement intime : un petit enfant est né dans une mangeoire parce que personne ne lui a fait de la place.

Replongeons-nous dans l’esprit de ce soir-là. Un moyen de le faire est de nous imaginer personnage de la crèche. Peut-être, d’abord, suis-je un des personnages absents, comme ceux qui ont refusé de céder leur place à l’étage, laissant le Christ naître à l’étable, parmi les bêtes, quelqu’un qui ne veut pas être dérangé par la venue de Dieu ? Peut-être suis-je, comme les bergers, des ces gens simples, sans grandes prétentions, qui se laissent guider par l’élan de leur cœur pour trouver Dieu ? Peut-être suis-je l’âne ou le bœuf, une bête têtue ou une bête de force qui viennent pourtant paisiblement se coucher auprès de l’enfant-Dieu ? Peut-être suis-je comme les mages venus d’Orient, venus humblement déposer leurs trésors de sagesse devant le mystère de l’incarnation de Dieu. Peut-être suis-je comme Joseph, qui doit mener un combat intime pour reconnaître comme ma chair, ce Jésus qui surgit dans ma vie ? Peut-être suis-je comme Marie, qui engendre Dieu au monde sans nécessairement comprendre toute la plénitude de ce qui se joue en moi ? On trouve dans la crèche, une prodigieuse diversité d’états, qu’il nous arrive tous, sans doute, à un moment de notre vie spirituelle, d’incarner.

Enfin et surtout, l’Esprit de Noël, c’est se mettre à la place de ce petit enfant en qui la divinité s’incarne. Avant tout, l’enfant de la crèche, c’est nous. C’est à travers nous que Dieu veut surgir au monde aujourd’hui, à travers l’innocence de notre âme, à travers la fragilité de notre vie, à travers la beauté de qui nous sommes à ses yeux.

C’est encore nous, cette innocence d’aimer qui n’est parfois pas accueillie. C’est encore nous, cette pureté enfantine que la méchanceté du monde viendra blesser et crucifier. C’est encore nous, dont la présence aimante s’affronte parfois à l’indifférence ou au mépris.

Il reste un personnage de la crèche que nous n’avons pas encore cherché à incarner : Dieu lui-même, souvent représenté par un ange. Dieu est éternel et, ce soir, il accepte d’affronter les aléas du temps. Dieu est tout-puissant mais il endosse aujourd’hui la fragilité humaine. Dieu est impassible et immortel et pourtant il accepte d’endurer la souffrance et la mort. A Noël, Dieu se dépouille de lui-même par amour pour l’humanité – pas l’humanité comme un concept, notre humanité personnelle, aujourd’hui, là, maintenant – notre esprit, notre corps et notre âme. Aujourd’hui, Dieu donne tout ce qu’il est pour surgir en nous : « moi, le Dieu tout-puissant, je suis aussi la fragile étincelle de ton cœur, la pureté de ton amour, la source enfantine de toutes tes joies, la petite étoile qui scintille au fond de toutes tes nuits ».

S’il vous plaît, un instant, laissons de côté les images que nous avons de Jésus adulte et voyons l’amour du Père comme un fragile nouveau-né qui nous serait confié. Voilà notre âme comme une crèche. Au fond de chacun de nous, au fond de chacune de nos âmes, il y a la présence totale et totalement fragile de l’amour tout-puissant de Dieu pour l’humanité. C’est fondamentalement comme ça que nous sommes intimement aimés par Dieu, comme des nouveaux-nés qui lui sont confiés. Et c’est fondamentalement comme ça que nous devons intimement aimer Dieu, comme un nouveau-né dont l’amour nous est confié.

Le sentiment de présence de Dieu dans nos vies, dans notre cœur et dans le monde est fragile. La pureté de nos intentions est fragile. Nos élans d’amour sont fragiles. Notre intimité avec Dieu est fragile. La pure joie du cœur est fragile. La paix est fragile. Vienne la méchanceté, à mesure qu’elle nous agresse, et la fragile présence de la toute-puissance d’amour de Dieu pourrait bien vaciller en nous voire, telle une bougie, s’éteindre.

A ceux qui souffrent, à ceux qui se sentent seuls ou délaissés, à ceux que les épreuves accablent, à ceux, ici, pour qui il n’y aura pas de repas de famille et ceux qui n’ont peut-être pas de toit sous lequel dormir ce soir, à ceux qui sont venus ici en marchant dans les ténèbres, à toi, au fond de ta nuit : c’est Noël. Dieu t’aime tellement qu’il se confie à toi comme la fragile présence d’un enfant. C’est dire s’il a confiance en ton amour pour lui.

C’est Noël, où nous célébrons la fragile lueur divine dans notre nuit. C’est Noël, où nous fêtons la fragile toute-puissance de Dieu dans nos vies. C’est Noël, où Dieu murmure en chacun de nous : « je t’aime et je veux naître en toi, me confier à toi, vivre en toi, aimer à travers toi, me réjouir en toi, souffrir avec toi, grandir avec toi, mourir avec toi et encore être avec toi au-delà de la mort. Je veux t’aimer pour l’éternité et, fragilement, je me confie à chaque instant de ta vie, à toute ton humanité ».

Noël, c’est le jour où nous célébrons la pureté fragile de la présence incarnée de Dieu dans nos vies. Prenons encore un temps pour méditer et célébrer intérieurement, ce que nous fêtons aujourd’hui : la présence intime, fragile comme un nouveau-né, en chacun de nous, de la toute puissance d’amour de Dieu.

Fr. Laurent Mathelot OP

Source: RÉSURGENCE.BE, le 20 décembre 2023

25.12.2023 – HOMÉLIE DE LA FÊTE DE LA NATIVITÉ DU SEIGNEUR – LUC 2, 1-14

Messes de Noël

Nuit de Noël

Textes bibliques : Lire


En cette nuit, la liturgie nous parle d’une illumination. Dieu a illuminé cette nuit très sainte de la splendeur du Christ. C’est lui la vraie lumière du monde. Malheureusement, beaucoup ont oublié le vrai sens de Noël. Nous pouvons demander à des enfants quel en est le personnage principal : nous devinons quelle sera leur réponse. Beaucoup pensent d’abord à celui qui leur apporte des cadeaux. On ne peut pas le leur reprocher. Personne ne leur en a vraiment parlé.

Il faut le dire et le redire : le personnage principal de Noël n’est pas celui qui apporte des cadeaux mais Celui qui vient nous sauver la vie. Dans la première lecture, le prophète Isaïe l’appelle “le Prince de la Paix”. En disant cela, il s’adresse à un peuple qui souffre. Le pays est dévasté par une armée étrangère. Face à ce désastre, Isaïe invite son peuple à se tourner vers l’avenir. Il lui annonce une grande joie. La naissance du petit enfant de Noël sera le point de départ d’une nouvelle espérance. Avec la distance des siècles, nous comprenons que cet oracle annonçait la naissance du Messie.

C’est cette bonne nouvelle que l’apôtre Paul annonce aux chrétiens dans la deuxième lecture : “La grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes”. Nous croyons que Jésus s’est donné pour nous et nous a sauvés. Dès lors, plus rien ne peut être comme avant : nous devons rejeter “le péché et les passions d’ici-bas pour devenir un peuple pour devenir un peuple ardent à faire le bien”. Tous les hommes sans exception sont concernés par cette bonne nouvelle. L’amour de Dieu est offert à tous. Le seul vrai cadeau de Noël, c’est celui que Dieu fait aux hommes. Il a “tellement aimé le monde qu’il lui a envoyé son Fils unique.

Dans l’évangile de saint Luc, nous lisons l’événement de Noël : le voyage de Marie et Joseph pour le recensement, la naissance de Jésus dans une étable à Bethléem. Nous avons déjà là des signes très parlants : il faut savoir que le nom de Bethléem signifie “la maison du pain”. Ce Jésus qui est déposé dans une mangeoire pour animaux à la “Maison du Pain” se présentera plus tard comme “le pain vivant venu du ciel”, un pain qu’il faut manger pour avoir la vie. C’est déjà une annonce de l’Eucharistie, de ce cadeau que Dieu nous fait pour nous faire vivre de sa vie et de son amour.

Puis nous avons ce qui se passe avec les bergers. Ils passaient la nuit à garder les troupeaux. A travers eux, c’est la bonne nouvelle qui est annoncée aux pauvres : “Aujourd’hui, vous est né un Sauveur, dans la ville de David : il est le Messie, le Seigneur”. Il est roi mais pas à la manière des hommes. Il n’est pas venu prendre le pouvoir avec force et majesté. Il nous a rejoints pour partager le sort des plus pauvres et des plus humbles. Il est celui qui a donné Dieu aux hommes et les hommes à Dieu.

Tout cela nous amène à nous poser une question : Quelle sera notre réponse ? Comment allons-nous vivre Noël en vérité ? Bien sûr, on va se réunir autour d’une bonne table, on va offrir des cadeaux. Les plus généreux vont associer les pauvres à ces festivités. Tout cela est très beau. Mais il ne faut surtout pas oublier Celui qui est à l’origine de cette joie de Noël. Le principal personnage de cette fête c’est ce petit enfant né dans des conditions misérables. C’est lui qui nous invite. Si nous l’oublions c’est un peu comme si des enfants fêtaient l’anniversaire d’un copain sans tenir compte de lui.

C’est important aussi pour nous qui sommes venus dans cette église : Certains n’y viennent que pour retrouver les chants qui ont bercé leur enfance. C’est dommage car là, on oublie l’essentiel. C’est un peu comme si on donnait plus d’importance au papier cadeau qu’au cadeau lui-même. La seule attitude qui convient pour vivre Noël en vérité c’est celle des bergers : “Rendez-vous à l’étable”. Allons à la crèche auprès de l’enfant Jésus. Allons à lui avec toutes nos souffrances. Jésus nous attend. Il nous demande de lui apporter tout ce qu’il y a de méchant et de cassé dans notre vie, nos mensonges, nos calomnies, nos cruautés, nos lâchetés… Il ne se lasse jamais de nous pardonner nos fautes.

Seigneur Jésus, tu as pris notre humanité pour nous faire participer à ta divinité. Nous voulons t’accueillir dans la joie et nous laisser renouveler par toi. Nous te confions toutes nos parts d’ombre et de désespoir. Nous avons la ferme certitude que tu nous remettras sur la voie du Salut, dans la joie et la paix. Amen

Jour de Noël

Au commencement, était le Verbe…” Commencement, c’est le premier mot de cet Évangile de saint Jean ainsi que celui de saint Marc. Ce mot nous renvoie au premier récit de la Création : “Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre… (Gn 1, 1) C’est une manière de dire que “le Verbe” est à l’origine de toutes choses. C’est ce que nous proclamons dans la troisième préface du Temps ordinaire : “C’est par ton Fils que tu as créé l’homme et c’est encore par lui que tu en as fait une créature nouvelle”.

En ce jour de Noël, c’est un nouveau “commencement” qui s’annonce : En ce petit enfant qui vient de naître dans des conditions misérables, c’est Dieu qui s’est fait homme. “Il s’est fait mortel, fragile comme nous ; il partagé notre condition humaine excepté le péché, mais il a pris sur lui les nôtres comme s’ils étaient les siens. Il est entré dans notre histoire. Il est devenu pleinement Dieu-avec-nous. La naissance de Jésus nous montre que Dieu a voulu s’unir à chacun de nous, pour nous communiquer sa vie et sa joie”. (Pape François)

Cette naissance du Sauveur n’a pas été annoncée aux grands de ce monde. Pour accueillir un tel message, il faut un cœur de pauvre. Les premiers qui l’ont entendu, ce sont les bergers. Ils passaient la nuit dans les champs à garder leurs troupeaux. C’étaient des pauvres gens qui vivaient comme ils pouvaient avec de pauvres moyens. Et surtout, ils vivaient en marge de la société. Ils ne participaient pas au culte. Aux yeux de la haute société, ils ne comptaient pas. Or voici que l’ange du Seigneur vient leur annoncer cette bonne nouvelle : “Aujourd’hui, vous est né un Sauveur ; il est le Messie, le Seigneur… Vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire.” Dès le départ, l’évangile c’est la bonne nouvelle annoncée aux petits, aux pauvres et aux exclus.

Cette bonne nouvelle retentit dans toutes les églises du monde entier : “Aujourd’hui vous est né un Sauveur…” Malheureusement, ils sont nombreux ceux et celles qui ignorent l’origine de cette fête ou qui ne veulent pas en entendre parler. Certains vont même jusqu’à saccager les crèches. D’autres ne pensent qu’à la fête profane : Tout est prévu, le sapin, le réveillon, les guirlandes… Mais on oublie l’essentiel. On oublie que Noël c’est Jésus qui est venu et qui continue à venir pour “chercher et sauver ceux qui étaient perdus.”

Avec les bergers, nous sommes tous invités à nous rendre à la crèche. C’est là que notre Sauveur nous attend. Nous venons nous imprégner de la présence de Celui qui veut naître en nos cœurs. Nous accueillons cette lumière qui est en lui pour qu’elle transforme notre vie. Puis nous sommes envoyés pour la communiquer à tous ceux et celles que nous rencontrerons sur notre route. Cette présence et cet amour de Dieu c’est comme un trésor qu’il nous faut accueillir et partager. Nous ne devons jamais oublier que Noël c’est Jésus qui continue à venir pour nous et pour le monde entier.

Ce Jésus que nous fêtons à Noël est né pauvre parmi les pauvres. Bien plus, il se reconnaît en chacun d’eux. S’il n’y a pas de place pour eux dans notre vie, c’est lui que nous rejetons. “Il est venu chez les siens et le siens ne l’ont pas reçu…” L’Évangile nous fait comprendre qu’il est impossible de fêter Noël sans eux. Si nous voulons le rencontrer et l’accueillir, c’est vers eux qu’il nous faut aller ; il est présent dans celui qui a faim et froid, celui qui est malade et seul, celui qui a perdu ou oublié sa dignité humaine. Vivre Noël c’est aussi accueillir le Christ dans la personne du pauvre et lui donner la place d’honneur.

“Le Verbe était la vraie Lumière qui éclaire tout homme, en venant dans le monde…” Plus tard, Jésus dira : “Je suis la Lumière du monde ; celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres…” C’est cette lumière que nous recevons en ce jour de Noël. Mais il ne faut pas oublier cette recommandation du Christ : “Gardez vos lampes allumées”. Cette lampe c’est celle de la foi, celle de la prière. En accueillant Jésus et en nous mettant à son écoute, nous apprenons à nous ajuster de plus en plus à l’amour qui est en lui. Avec lui, c’est comme une porte qui s’est ouverte, une lumière nouvelle, une nouvelle manière de regarder la vie.

Aujourd’hui, le Christ rejoint tous ceux et celles qui sont éprouvés par la souffrance, la maladie, le deuil, le chômage, les conflits familiaux… il ne va pas faire un miracle pour résoudre tous ces problèmes. Mais il va nous ouvrir la porte de l’espoir et du courage pour chercher encore. Notre Dieu est un compagnon qui marche avec nous. Parfois même, il nous porte. Et ce qui est extraordinaire c’est que nous pouvons toujours le rejoindre dans la prière. Il est toujours là pour nous aider et nous encourager à pousser des portes entrouvertes.

Nous vivons dans un monde enfermé à double tours, enfermé dans les murs de l’égoïsme, de l’indifférence, du racisme, de la rancune. Mais Noël nous apporte un message d’espérance offert à tous. Nous accueillons dans la joie la visite de Dieu. Elle est pour nous. Accueillons son message d’espérance. Laissons-nous faire par lui. Nous ne le regretterons pas. C’est à ce prix que nous pourrons vivre un bon Noël.

Prière universelle

Pistes pour les intentions
Aujourd’hui, sur ceux qui habitent le pays de l’ombre,
une lumière a resplendi.
Pour notre pape François, pour tous les pasteurs
qui ont mission de communiquer à leurs frères
la flamme de l’espérance qui ne déçoit pas,
prions ensemble.

Aujourd’hui naît en notre monde le prince de la Paix.
Pour tous les pays dévastés par la guerre,
pour les peuples subissant le joug d’une dictature,
prions ensemble.

Aujourd’hui le Verbe, la Parole de Dieu,
vient à nous sous les traits d’un tout- petit sans défense.
Pour les enfants en manque d’amour,
pour les jeunes qui peinent à trouver leur place dans notre société,
prions ensemble.

Aujourd’hui vient parmi les siens l’Emmanuel, Dieu avec nous.
Pour tous ceux qu’accablent la solitude
et le sentiment de ne compter pour personne,
prions ensemble.

Aujourd’hui le Fils de Dieu prend visage d’homme.
En ce jour où la prière de l’Église nous invite
à nous émerveiller de l’humanité de notre Dieu,
les uns avec les autres, les uns pour les autres,
prions ensemble.

Source : PUISERALASOURCE.FR