18.01.2026 – HOMÉLIE DU 2ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – JEAN 1, 29-34

L’Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde

Évangile selon saint Jean 1, 29-34

Nous voici revenus dans le Temps Ordinaire de la liturgie, mais l’Évangile porte encore un parfum d’Épiphanie, nous méditons toujours le baptême de Jésus. Cette transition douce entre l’extraordinaire de l’incarnation divine et l’ordinaire de la vie chrétienne est heureuse et symbolique : nous sommes appelés à rayonner l’amour baptismal de Dieu dans notre quotidien.

De notre longue méditation sur l’incarnation de Dieu, que nous avons initiée au début de l’Avent, nous avions conclu, dimanche passé, que la véritable manifestation de Dieu au sein de l’Humanité, c’est quand il surgit dans nos vies affrontées au péché, jusqu’à vouloir prendre notre place face au mal. Nous l’avions remarqué du baptême où il prend la position de converti jusqu’à la crucifixion où il agonise parmi les bandits. La certitude du Salut vient de cette conviction que le Christ désire se substituer à nous face au mal, à la souffrance et à la mort. « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ». Je vous propose de méditer cette phrase, que nous disons à chaque élévation de l’Eucharistie.

Commençons par l’entrée du péché dans le monde – le péché originel. Vous connaissez le récit : Dieu crée l’homme et la femme et les place dans un jardin luxuriant dont ils peuvent abondamment manger les fruits, sauf ceux de « l’arbre de la connaissance du bien et du mal » (Gn 2, 9). Alors, le serpent trompe Eve et Adam qui se mettent à douter de la parole de Dieu. Ils goûtent donc à la connaissance du mal et le péché entre ainsi dans le monde. Il a été beaucoup dit sur la faute d’Adam – et surtout sur celle d’Eve – qui a induit beaucoup de culpabilité, certains allant jusqu’à conclure que l’homme était fondamentalement pécheur – et la femme, de surcroît, tentatrice. Pour le dire platement, Adam s’est laissé berner par sa femme qui répercutait les persiflages du serpent. Et ainsi, les maux sont-ils entrés dans le monde. Poussant à bout cette logique caricaturale, le péché est ainsi devenu génétiquement transmissible et la sexualité, l’acte d’amour qui donne la vie, intimement coupable.

Je préfère lire le récit du péché originel non comme une accusation qui nous culpabilise, mais comme une explication théologique de la manière dont les maux se sont répandus dans le monde. Dieu a créé l’homme libre, mais à cause de sa finitude, il lui donne une limite à ne pas franchir : celle de ne pas goûter à la connaissance du bien et du mal – ce qui, dans le jardin de tous les biens, revient à goûter au mal. Au fond, le plan de Dieu est de nous vouloir libres, en nous avertissant des limites de cette liberté, au-delà desquelles nous souffrons et risquons la mort.

Il faut, je crois, s’affranchir de la culpabilité du péché originel : au fond, ce n’est pas moi qui ai répandu le péché dans le monde, c’est Adam. Et comme lui, j’ai été crée fondamentalement bon. Je crois important de toujours se souvenir de la primale bonté de l’être humain, et ainsi de la nôtre. Pour le dire dans un langage enfantin, en matière d’offense, ce n’est pas moi qui ai commencé. Je suis né avec l’intention pure d’aimer. Ce n’est qu’ensuite que le péché m’a atteint et brisé le cœur. Si la faute d’Adam est là pour nous enseigner que c’est la désobéissance aux limites posées par Dieu qui est la source de tous les maux, contrairement à Adam, je ne suis pas né au paradis mais bien, comme le Christ, dans un monde qui s’affronte au mal. Au baptême, en surgissant dans nos vies, le Christ nous délivre de la culpabilité du péché originel.

La symbolique de l’ « Agneau de Dieu », vous le savez, est centrale dans l’Évangile de Jean. Jésus est l’agneau qu’on sacrifie à Pâques, en commémoration de la délivrance du peuple d’Israël. Il est la brebis qu’on conduit à l’abattoir dans le Livre d’Isaïe, celle qui passe par la porte étroite pour être immolée au Temple dans les Évangiles (Matthieu 7, 13-14 ; Luc 13, 24). Il est le bouc émissaire qui porte et enlève les péchés du monde, celui qui se sacrifie pour nous. La symbolique est très forte qui réaffirme la volonté du Christ de se substituer aux pécheurs face au mal.

Revoici le Temps Ordinaire de la vie chrétienne où nous sommes appelés à imiter le Christ au quotidien, le temps de notre confrontation banale aux péchés du monde munis de l’amour inouï de Dieu pour l’humanité. Cette vie chrétienne ordinaire, nous pouvons la vivre dans la honte de nos faiblesses et de nos fautes – une vie désenchantée ployant sous le poids de la culpabilité, une vie de sacrifices nécessaires pour racheter la faute d’Adam. Mais nous pouvons aussi la vivre dans la joie de la perspective du Salut, muni de la certitude de la présence de Dieu dans nos vies et de sa volonté inflexible de racheter nos fautes, de vouloir toujours se substituer à nous face à la mort – une vie enchantée par l’effectivité du Salut, une vie où les nécessaires sacrifices sont consentis par amour. Dans l’ordinaire de la vie chrétienne, nous sentons-nous coupables de vivre ou puissamment délivrés ? Parce que de ce sentiment quotidien de Salut effectif, dépend notre regard sur les pécheurs, en particulier sur celui que nous sommes.

A l’élévation de l’Eucharistie, quand nous chanterons l’Agnus Dei, méditons-le sous l’angle du Salut : Voici l’Agneau de Dieu qui me délivre au quotidien du mal et de la culpabilité.

Fr. Laurent Mathelot

Source : RESURGENCE.BE, le 14 janvier 2026

18.01.2026 – HOMÉLIE DU 2ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – JEAN 1, 29-34

“Voici l’Agneau de Dieu”


Homélie
par l’Abbé Jean Compazieu


Textes bibliques : Lire


Nous entrons aujourd’hui dans le cycle du temps ordinaire. Ce Jésus dont nous venons de fêter la naissance a une bonne nouvelle pour notre humanité. Cette bonne nouvelle a été annoncée aux bergers puis aux mages. Les Évangiles nous font découvrir les merveilles que le Seigneur a accomplies pour le salut du monde.

Cette libération était déjà annoncée plusieurs siècles avant par le prophète Isaïe. Nous avons entendu son message adressé à un peuple qui a été déporté en terre étrangère. Il y a été victime de toutes sortes de brimades. Mais Dieu voit la souffrance des siens et il envoie son prophète pour leur annoncer la libération. Tous, même les plus humiliés et les plus méprisés, sont amenés à découvrir qu’ils ont du prix aux yeux de Dieu.

Nous avons là un message d’espérance pour tous les prisonniers et les exclus d’aujourd’hui. Nous pensons à tous ceux qui sont enfoncés dans leur mauvaise réputation à cause de leur passé et de leurs actes. Mais le Seigneur ne les abandonne pas. Il leur envoie des prophètes, des prêtres, des témoins pour leur dire qu’ils ont du prix aux yeux de Dieu. Il ne veut pas qu’un seul se perde ; et il compte sur nous pour être des porteurs d’espérance et de lumière pour toute l’humanité.

C’est aussi ce message d’espérance que nous trouvons dans la lettre de saint Paul aux Corinthiens. Il s’adresse à des nouveaux convertis. Parmi eux, se trouvent des petites gens, des personnes peu recommandables. Le monde les méprise ; mais ils sont amenés à découvrir que le Christ est venu pour tous. Les uns et les autres sont invités à devenir disciples et missionnaires. Jésus les appelle tous à la sainteté, y compris ceux qui sont tombés très bas. Ils ont tous du prix aux yeux de Dieu.

L’Évangile de ce dimanche nous montre Jésus qui vient à Jean Baptiste. Nous n’oublions pas que le nom de Jésus signifie : “Le Seigneur sauve”. Or voilà qu’en ce jour, nous le voyons rejoindre l’humanité blessée par son péché. C’est lui qui a l’initiative. L’humanité a bien besoin d’être sauvée. Cela, nous le constatons tous les jours. Nous risquons peut-être de nous décourager car ce salut nous paraît bien lointain. Mais saint Jean nous rappelle que Dieu ne nous abandonne pas. Il “nous a aimés le premier”. Nous venons de fêter Noël : c’est l’irruption de Dieu chez les hommes pour leur apporter le salut.

C’est ainsi que Jean Baptiste découvre Jésus sous un jour nouveau. Nous l’avons entendu dire par deux fois : “Je ne le connaissais pas”. Et pourtant, ils sont cousins ; ils avaient bien dû se rencontrer dans leur enfance. Nous aussi, nous avons aussi fait cette expérience. Dans nos relations, il peut y avoir des personnes que nous pensions bien connaître. Mais au bout d’un certain temps, nous les découvrons sous un jour nouveau. Nous n’aurions jamais imaginé les retrouver ainsi.

Quand Jean Baptiste nous dit qu’il ne connaissait pas Jésus, il veut nous parler de son mystère. Il découvre en lui “l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde”. En lui, c’est la promesse d’Isaïe qui se réalise bien au-delà de toutes nos espérances. Le Christ prend sur lui tout le péché du monde pour nous en libérer. Un jour, il dira que “le Fils de l’Homme est venu pour chercher et sauver ceux qui étaient perdus”. La bonne nouvelle c’est que le Christ n’est pas seulement un personnage du passé. Il continue à nous rejoindre au cœur de nos vies, de nos joies et de nos épreuves.

Mais pour trouver le Christ, il faut le chercher ou plutôt se laisser trouver par lui. Il est toujours là. Il ne demande qu’à nous rejoindre. Mais c’est souvent nous qui sommes ailleurs. Aujourd’hui, nous sommes invités à accueillir cette présence du Christ pour en être les témoins auprès de ceux qui ne le connaissent pas. Le meilleur endroit pour le rencontrer c’est l’Eucharistie. C’est un cadeau qu’il nous offre gratuitement pour perpétuer sa présence au milieu de nous. Plus nous nous approcherons de l’Eucharistie, plus nous nous conformerons à lui et plus grandiront notre présence et notre amour.

En ce jour, nous te prions, Seigneur : “Aide-nous à reprendre une intimité plus grande avec toi, moins rare, moins courte. Donne-nous faim de toi. Donne-nous soif de ta Parole. Fais-nous vivre avec toi, familièrement, joyeusement, dans l’intimité du Père et de l’Esprit. Amen

Abbé Jean Compazieu

Source : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 11 janvier 2026