08.02.2026 – HOMÉLIE DU 5ÈME DIMANCHE ORDINAIRE – MATTHIEU 5, 13-16

Le goût de soi

Évangile selon saint Matthieu 5, 1-12a

Quelle saveur avez-vous ? Quand le Christ dit « Vous êtes le sel de la Terre », c’est bien que nous avons une saveur propre que chacun peut apprécier. Sommes-nous conscients de notre saveur pour les autres, du goût qu’ils ont de nous ? Pourquoi ceux qui nous aiment nous aiment-ils ? Qu’est-ce qui leur plaît en nous ?

Au-delà, c’est le Christ qui nous dit : « Vous êtes le sel de la Terre ». Ainsi avons-nous du goût, de la saveur aux yeux de Dieu : « Tu as du prix à mes yeux, tu as de la valeur et je t’aime » dit le Père dans le Livre d’Isaïe (43, 4). Qu’est-ce qui plaît tant à Dieu en nous ? Quelles raisons Dieu a-t-il de nous aimer ?

Peut-être, d’ailleurs, certains pensent-ils ne pas avoir beaucoup de saveur aux yeux de Dieu. Quand nous arriverons face à lui, quel goût aura la réception ? « Si le sel devient fade comment lui rendre de la saveur ? Il ne vaut plus rien : on le jette dehors et il est piétiné par les gens. ». N’y a-t-il pas un risque inouï à arriver sans saveur devant Dieu, ou pire, suscitant son dégoût ?

Le judaïsme ancien était fort une affaire de goût. Pour Jésus et ses contemporains, Dieu résidait effectivement dans le Saint des Saint du Temple. La crainte était alors que Dieu déserte sa résidence terrestre, qu’il quitte finalement le Temple de Jérusalem, dégoûté par l’odeur du péché du peuple. De là, les innombrables piscines rituelles alentour ; de là, l’hygiène corporelle et spirituelle rigoureuse pour s’en approcher ; de là, l’encens qu’on brûle à foison pour parfumer l’édifice. Pour un Juif, Dieu est une personne de goût, que le péché dégoûte.

Le christianisme a spiritualisé ces notions. Ce n’est pas tant, pour nous, que Dieu a le nez fin, qu’il veuille vivre en nous, en notre âme. Nous n’avons plus de bains rituels, sinon le baptême. L’hygiène corporelle, dans le christianisme, se réduit à la santé du corps. Car effectivement, l’incarnation de Dieu en Jésus change la donne : par le Christ, le corps humain devient en soi digne de Dieu. Il n’y a plus besoin de rituellement le purifier, sinon la première fois, à son baptême, pour recevoir l’onction de l’Esprit-Saint. Pour nous, Chrétiens, Dieu habite volontiers en l’homme et s’y sent bien. Nous avons uniquement gardé le rite de l’encensement. Et vous aurez remarqué que ce sont les corps que le christianisme encense, non les bâtiments. L’encensement est ainsi, pour nous, le signe de notre volonté d’avoir de la saveur aux yeux de Dieu.

Le Christ, lui-même, n’est pas vite dégoûté, qui traîne avec des va-nu-pieds, à qui des pharisiens et des scribes reprochent que ses disciples prennent leurs repas avec des mains impures (Mc 7, 1-5 ; Mt 15, 1-2). Dans le christianisme, Dieu proclame le corps humain parfaitement digne de lui. Nous sommes la seule religion professant un tel dogme.

La seule pureté rituelle qui soit attendue de nous est ainsi celle de notre âme, l’ouverture de notre cœur à l’amour de Dieu. A cet égard, l’Église est accueillante de toutes nos petites misères, qui se contente d’un kyrie au début de la messe, et de l’absolution des péchés, quand nous nous sentons en délicatesse avec Dieu. Le Christ, et l’Église à sa suite, est accueillant des âmes tourmentées, pourvu qu’elles soient honnêtement désireuses de salut. 

Que le Christ proclame que le sel affadi mérite d’être jeté et piétiné est une affirmation théologique radicale, qui parle de la fin des temps. Il s’agira bien, en effet, d’avoir finalement quelque saveur pour Dieu. Mais nous savons tout autant qu’il n’est pas fine bouche et qu’il a le palais miséricordieux.

La question du sel qui s’affadit est aussi, bien sûr, de la part de Jésus, un enseignement actuel pour la vie spirituelle de ses disciples.

Qu’arrive-t-il si l’impression nous gagne d’avoir perdu de la saveur aux yeux de ceux qui nous aiment – aux yeux de notre entourage, voire de Dieu ? Que dire à celui qui pense ne pas plaire aux autres, voire ne jamais pouvoir plaire ? Que dire à celle qui a perdu la saveur d’elle-même, jusqu’à parfois penser ne plus mériter l’amour ? Voilà le sujet de la parabole du sel de la Terre : la saveur spirituelle que nous pensons avoir, le goût de notre âme. Parce que, comme dans le judaïsme, à mesure du dégoût que nous éprouverons en notre âme, nous penserons que Dieu voudra la déserter. Un jeune m’a dit un jour : « Dieu ne m’aime pas ! », ce qui signifiait : « Je ne m’aime pas. Comment Dieu pourrait-il donc m’aimer ? ».

Nous avons une saveur inouïe aux yeux de Dieu, comme l’avait prophétisé Isaïe. Le Christ est venu en apporter la preuve formelle, nous embrasser. Dieu veut s’incarner en nous et il est très volontaire : il s’inquiète de la brebis perdue (Lc 15, 4-7 ; Mt 18, 12-14) ; il bondit de joie au retour du fils prodigue (Lc 15, 11-32).

Nous pensons perdre de la valeur aux yeux de Dieu, ou de nos proches, dès que nous perdons la saveur de nous-même. L’urgence est alors de s’aérer l’âme, qui renferme trop d’esprit nauséabond. Parce qu’à habituer son âme au dégoût, on risque de perdre le goût de la vie, que l’on ne verra finalement plus bonne qu’à jeter et piétiner.

Dès que l’on perd un tant soit peu le goût de soi, la saveur de vivre, il convient de faire le parcours de la parabole du sel de la Terre à l’envers : du sentiment de piétinement, se poser la question que Jésus pose : « Si le sel devient fade, comment lui rendre de la saveur ? »

Nous le savons : c’est en ressuscitant en nous le sentiment d’amour : celui d’être infiniment aimé de Dieu malgré notre trouble, mais aussi celui d’être bien plus être aimé de nos proches que nous le pensons. La perte du goût de vivre est avant tout une perte du goût de soi à travers les autres, qui pourtant nous aiment encore. Nous sommes infiniment plus aimés que nous le pensons – et de Dieu et de nos proches.

Si notre vie sent le renfermé, parfumons-nous l’âme, ouvrons grandes les portes de notre cœur et laissons-y entrer quelque parfum d’amour. Il y a, à l’extérieur de nous, des personnes qui nous aiment, Dieu en premier. La perte du goût de soi vient de la perte du goût de l’amour. On rend de la saveur au sel de la vie en se souvenant à quel point, même au fond de la ténèbre, il y a des proches pour nous aimer.

Fr. Laurent Mathelot

Source : RESURGENCE.BE, le 2 février 2026

08.02.2026 – HOMÉLIE DU 5ÈME DIMANCHE ORDINAIRE – MATTHIEU 5, 13-16

«  Que votre lumière brille devant les hommes. »

Mot d’accueil


L’Église de France nous propose aujourd’hui de célébrer le dimanche de la santé. Il nous est proposé aujourd’hui de porter dans notre prière celles et ceux qui, au quotidien, veillent sur les malades, qui les réconfortent, les visitent, les entourent d’affection et de délicatesse. Il s’agit aussi d’avoir au cœur les chercheurs, ceux qui, dans les laboratoires, font avancer les traitements et la compréhension de certaines affections. Nous ne pourrons oublier également les innombrables métiers de l’hôpital ainsi que les familles et les bénévoles d’aumônerie ou d’associations laïques qui, par leur action adoucissent la vie des personnes malades, âgées, handicapées.

LITURGIE DE LA PAROLE

1ère lecture Is 58,7-10: Isaïe répond à un peuple qui se plaint d’être abandonné par Dieu…

Psaume Ps 111, 1.4-9: Ma lumière et mon salut c’est le Seigneur ! Alléluia !

2ème lecture 1Co 2,1-5: Annoncer Jésus Christ, c’est avant tout révéler l’Amour de Dieu…

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Lumière du monde, Jésus Christ, celui qui marche à ta suite aura la lumière de la vie. Alléluia.

Évangile Mt 5,13-16: Resplendir, pour révéler combien Dieu est resplendissant…

Pistes pour l’homélie par l’Abbé Jean Compazieu


Textes bibliques : Lire


Les textes bibliques de ce dimanche nous révèlent un Dieu qui nous guide vers la vraie Lumière. Le prophète Isaïe (1ère lecture) s’adresse à un peuple qui revient d’une longue captivité. Il reste encore des douloureuses séquelles de cette terrible période. Malgré tout, la pratique religieuse s’est remise en place. Pleins de bonne foi, ces gens veulent plaire à Dieu. Mais il y a un problème ; et c’est là qu’Isaïe intervient. Beaucoup pensent que Dieu attend les plus somptueuses cérémonies et les meilleurs fruits de la terre. C’est normal qu’on veuille se prosterner devant le créateur du ciel et de la terre.

Mais le vrai Dieu n’est pas comme cela ; il n’exige rien pour lui ni pour sa gloire personnelle. Son bonheur c’est de voir que le droit et la justice animent les relations entre nous. Sa grande joie c’est que nous vivions ensemble comme des frères. Notre attention doit se porter vers les plus faibles et les plus pauvres : “Partage ton pain avec celui qui a faim…. Ne te dérobe pas à ton semblable.” Nous ne pouvons pas aimer Dieu sans aimer le prochain. Le Dieu de la Bible est un Dieu libérateur et miséricordieux. Ce qu’il nous demande c’est d’avoir le même comportement. C’est important car nous sommes faits pour être à l’image de Dieu.

L’apôtre Paul (2ème lecture) a lui aussi le souci de nous montrer celui qui est la vraie lumière. Son message n’a rien à voir avec la sagesse des hommes. Lui-même n’est pas un “accrocheur” à la parole convaincante. Contrairement aux gens de Corinthe, il n’a rien d’un tribun éloquent. II n’a aucun don pour manier les foules. Mais il croit en l’amour fou d’un Dieu qui se laisse crucifier. Pour les corinthiens, c’était inimaginable. Et pourtant, c’est de cela qu’il veut témoigner de toutes ses forces. Il ne cherche pas à convaincre les foules avec des arguments humains. Mais il croit en l’Esprit Saint qui agit en lui et par lui. Il a compris que la foi ne repose pas sur la sagesse des hommes mais sur la puissance de Dieu.

Que pouvons-nous retenir de ce texte ? On parle actuellement de nouvelle évangélisation. Le pape François nous recommandait souvent de rejoindre les “périphéries”. Mais aujourd’hui comme aux premiers temps, il y a une chose que nous ne devons jamais oublier : ce n’est pas nous qui agissons dans le cœur des gens ; c’est le Christ qui agit en nous et par nous. Il nous envoie son Esprit Saint pour que notre témoignage porte du fruit. Ce qui nous est demandé comme à Paul, c’est de nous effacer devant celui que nous montrons. Si nous recherchons l’admiration, la considération et la popularité, nous faisons fausse route. C’est la foi qu’il s’agit de susciter en témoignant du Christ mort et ressuscité.

Dans l’Évangile, nous voyons des disciples rassemblés autour de Jésus sur la montagne. Il leur dit : “vous êtes la lumière du monde”. C’est aussi cela qu’il redit à chacun de nous qui sommes rassemblés autour de lui. C’est à nous, disciples du Christ, d’être des reflets authentiques de la vie et de l’enseignement de Jésus. Il nous confie d’être ce qu’il est lui-même “lumière du monde”. C’est toute la communauté chrétienne qui est appelée à devenir “lumière des peuples”. Il s’agit pour nous de nous engager activement dans des actions de salut, de libération et de défense des pauvres.

En écoutant ce message, nous pensons bien sûr à ceux qui exercent un ministère dans l’Église. Ils sont amenés à proclamer explicitement le message de l’Évangile. Mais il y a une autre forme de témoignage qui peut se passer des mots de la foi : c’est celle du rayonnement de la vie. Avant d’écouter les chrétiens, on les regarde vivre. S’ils ont le sens de l’accueil, du partage et de la solidarité, leur vie parlera plus que leurs paroles. Dans son Évangile, saint Matthieu insiste très fortement sur ce point : que la vie des chrétiens, leurs actes et leurs “belles actions” aient une force d’attraction, de rayonnement et d’attirance. C’est notre façon de vivre et de “bien agir” qui doit poser question à tous ceux et celles que nous rencontrons.

En ce jour, tous les diocèses de France célèbrent le dimanche de la santé. Il a pour thème « Que votre lumière brille »; reprenant l’appel du Christ dans l’Évangile « Que votre lumière brille devant les hommes ; alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux » (Mt 5, 16). L’Église invite les communautés chrétiennes à prier pour toutes les personnes fragilisées par la maladie, l’âge ou le handicap mais aussi pour toutes celles et ceux, qui par leur engagement, prennent soin d’eux, les accompagnent et les soutiennent. Et nous rendons grâce au Seigneur pour tous leurs gestes de dévouement au service des plus fragiles.

« Que votre lumière brille devant les hommes. » Il nous revient avec humilité, de porter cette lumière de l’amour du Christ, il nous revient de la faire rayonner pour que chacun s’y réchauffe, y puise énergie et réconfort, douceur et tendresse, trouve son chemin… Toutefois, il n’est pas question d’être brillant mais de laisser briller, c’est autre chose. Il s’agit sans cesse de revenir à la Source, pour y puiser la force de mettre en pratique l’amour du Christ pour chacun.

En venant à l’Eucharistie, nous sommes accueillis par celui qui est la Lumière du monde. C’est parce que nous sommes rassemblés autour de lui “sur la montagne” que nous pouvons devenir à notre tour Lumière du monde. C’est lui qui nous envoie pour être ses témoins dans ce monde qui en a bien besoin. En ce jour nous le supplions : “Toi qui est lumière, Toi qui est l’amour, mets dans nos ténèbres ton esprit d’amour.” Amen

PRIÈRE UNIVERSELLE
Confiants dans l’amour de Dieu, qui écoute le cri de ses enfants, élevons notre prière.

1) Pour l’Église, afin qu’elle soit toujours un signe de miséricorde et de réconfort pour les malades. Prions…

2) Pour tous les malades, confinés à l’hôpital ou chez eux, afin qu’ils aient à leurs côtés des « bons samaritains » qui les regardent, s’approchent d’eux et les accompagnent dans leur longue souffrance, leur solitude ou leur incertitude. Prions…

3) Pour ceux qui prennent soin des malades, afin que le Seigneur renouvelle en eux la force, la patience et la sérénité qui les aident à vivre dans l’espérance. Prions…

4) Pour les professionnels de santé, afin que, avec la grâce du Saint-Esprit, ils exercent leur vocation avec sagesse, respect et compassion. Prions…

5) Pour ceux qui dirigent les nations et les institutions sanitaires, afin que leurs politiques organisationnelles garantissent et offrent la santé comme un droit pour tous et non comme un privilège pour quelques-uns. Prions…

6) Pour cette communauté, afin que nous obéissions au mandat de la Vierge Marie et à celui de Jésus de Nazareth, et que nous fassions du bien à nos frères et sœurs malades, en étant la présence de Dieu au milieu de leur souffrance. Prions…

Abbé Jean Compazieu

Source : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 1er février 2026