Le martyre du père Hamel, une journée qui a changé la France

Le martyre du père Hamel, une journée qui a changé la France

Le 26 juillet 2016, la nouvelle frappe l’Église et le monde comme un coup de tonnerre : en France, un prêtre de 85 ans vient d’être assassiné au pied de son autel par deux terroristes islamistes. Inconnu du grand public quelques heures plus tôt, le père Jacques Hamel devient le visage d’une fidélité silencieuse poussée jusqu’au martyre.

26 juillet 2016. « Va-t’en, Satan ! » L’injonction résonne deux fois sous les voûtes de l’église Saint-Étienne de Rouvray. Quelques instants plus tard, les 48 coups de couteau s’abattent sur le père Jacques Hamel, avant le dernier, fatal, porté à la gorge. Le sang macule les dalles du lieu saint. Le père Hamel est mort en martyr. 

Comme tous les matins de semaine, le prêtre de 85 ans célèbre la messe. Il a été ordonné 60 ans plus tôt, en 1958, dans l’archidiocèse de Rouen. Durant ces six décennies de sacerdoce, Jacques Hamel est demeuré sur cette terre normande qu’il aimait tant. Né le 30 novembre 1930 à Darnétal, près de Rouen, il grandit dans une famille catholique avant de ressentir l’appel de la prêtrise. Après son ordination, il devient un homme de paroisse, de proximité, de ces prêtres qui connaissent les visages avant de connaître les noms inscrits sur les registres. L’écrivain Étienne de Montety, qui s’est inspiré de Jacques Hamel pour son roman La Grande Épreuve, voyait en lui l’un de ces prêtres « selon Bernanos » : « Jacques Hamel ressemblait aux prêtres de sa génération. En apparence peu spectaculaire et pourtant fermement enraciné dans son ministère, par sa foi au Christ », confie-t-il à Aleteia.

Un sacerdoce discret

Au fil des années, il sert dans plusieurs paroisses du diocèse de Rouen. Il n’est pas un homme de grands discours ni de lumière médiatique. Sa vie se construit dans la simplicité des gestes quotidiens : célébrer une messe, accompagner une famille endeuillée, baptiser un enfant, écouter une solitude. Ceux qui l’ont côtoyé décrivent un prêtre discret, attentif et qui, malgré l’avancée en âge, refuse de raccrocher. En 2016, alors qu’il a déjà atteint largement l’âge de la retraite, il continue de servir la paroisse en tant que prêtre auxiliaire, permettant ainsi au curé de Saint-Étienne de Rouvray de s’accorder quelques jours de repos. L’homme que les terroristes vont assassiner ce matin-là n’est en réalité rien d’autre qu’un prêtre façonné par soixante années de fidélité, un témoin silencieux d’une époque où Dieu est oublié, l’Église dépassée. Et où lui, prêtre jusqu’ici insignifiant pour l’Histoire, a continué à porter la même mission.

Avait-il senti sa mort venir ? Sa sœur, Roseline, raconte dans son livre Sœurs de douleur (éditions XO, 2025) que depuis plusieurs semaines Jacques Hamel dort mal. En proie à un sommeil agité, il fait toujours le même cauchemar. « C’est toujours le même scénario. Je sors de mon église. Il n’y a personne dans la rue. J’entends des pas derrière moi, on court derrière moi… Je me retourne et deux galopins m’agressent, personne pour me porter secours. Là-dessus je me réveille en nage, essoufflé, perturbé… »

WEB2-SAINT-ETIENNE-DU-ROUVRAY-PERE-HAMEL-APL-ALETEIA.jpg
Église de Saint-Étienne-du-Rouvray (Seine-Maritime). APL/ALETEIA

Ce 26 juillet 2016, une poignée de fidèles a répondu présents à la messe quotidienne, malgré la période estivale : Guy et Janine Coponet, et trois religieuses des Sœurs de Saint Vincent de Paul, Hélène Decaux (83 ans), Danièle Delafosse (72 ans) et Huguette Péron (79 ans). Tous ont choisi, eux aussi, de servir sans compter dans ce quartier populaire où se dressent ces HLM disgracieux. Visite aux personnes âgées, soutien scolaire : les petites sœurs ne comptent pas leur temps.

La fin de la messe sonne. « Allez dans la paix du Christ », lance le père Hamel. Mais alors que les fidèles s’apprêtent à se disperser, deux hommes entrent brusquement par la porte de la sacristie, armés de couteaux. Ils vocifèrent des paroles de guerre en arabe. « Allah Akbar ». Les adorateurs de la Croix doivent périr. Le père Hamel, ferme, comme à son habitude, leur intime l’ordre de se calmer. Pendant qu’un terroriste inflige la torture à Guy Coponet de filmer la scène, l’autre saisit le père Hamel, le traîne jusqu’à l’autel, avant de lui asséner les coups mortels. Guy Coponet connaît ensuite le même acharnement sous les yeux de sa femme. Mais l’homme de 87 ans survivra.

Prêtre pour l’Eternité 

À plus de 1.500 kilomètres de là, des centaines de milliers de jeunes catholiques sont alors rassemblés à Cracovie pour les Journées mondiales de la jeunesse. Quelques heures plus tard, le pape François demande que l’on prie pour le père Jacques Hamel et salue déjà celui qu’il considère comme un témoin de la foi jusque dans le don de sa vie.

Il est 10h30, la cloche de Saint-Étienne sonne. La vie du père Hamel s’est arrêtée entre ces murs saints, au pied de l’autel qu’il a servi toute sa vie. Bientôt, le silence de l’église laisse place au fracas de la nouvelle qui se répand dans tout le pays : un prêtre vient d’être assassiné au pied de son autel. Depuis la Terreur, la France n’avait plus connu un tel sacrilège. Les deux islamistes eux, sont morts criblés de balles après s’être précipités sur les hommes de la BRI au sortir du massacre. Ils s’appelaient Abel Malik Petitjean et Adel Kermiche. Mais aujourd’hui, pas grand monde ne s’en souvient. Celui que l’Histoire a retenu, c’est Jacques Hamel, prêtre pour l’Éternité.

Depuis sa mort, une cause en béatification a été ouverte pour le père Jacques Hamel. En 2017, avec une dispense exceptionnelle accordée par le pape François, l’archevêque de Rouen a pu lancer l’enquête diocésaine sans attendre le délai habituel de cinq ans. Le dossier, qui rassemble des milliers de pages de témoignages et de documents sur sa vie et son assassinat, a été transmis en 2019 au Vatican, où il est désormais étudié par le Dicastère pour les Causes des saints. La procédure pourrait aboutir à une béatification au titre du martyre, l’Église devant reconnaître qu’il a été tué « en haine de la foi » (in odium fidei). À ce jour, Jacques Hamel est toujours déclaré « serviteur de Dieu » et n’a pas encore été proclamé bienheureux.

Source : ALETEIA, le 25 juillet 2026

Laisser un commentaire