Fidèles au passé ou fidèles à l’avenir? Un texte de Robert Prevost datant de 2010

Le Pape Léon XIV signe le premier exemplaire du livre contenant ses interventions datant de l’époque où il occupait la charge de prieur général de l’Ordre de Saint-Augustin.  

Fidèles au passé ou fidèles à l’avenir? Un texte de Robert Prevost datant de 2010

Le premier exemplaire du nouveau livre «Liberi sotto la grazia» (LEV), sera disponible dès demain lundi 4 mai: un discours de grande valeur prononcé aux Philippines par le futur Pape. Quelle attitude les croyants et communautés chrétiennes doivent-ils adopter face aux changements, maintenir le statu quo ou «aller à la rencontre du monde» ?

Vatican News

Liberi sotto la grazia”: «Libres sous la grâceÀ l’école de Saint Augustin face aux défis de l’histoire» (Librairie Éditrice Vaticane), un recueil d’interventions et de discours de Robert Francis Prevost lorsqu’il était prieur de l’Ordre de Saint Augustin, paraîtra demain lundi 4 mai en librairie.

Cet ouvrage, promu par l’Ordre de Saint-Augustin à l’occasion du premier anniversaire de l’élection du Pape Léon XIV, sera présenté mercredi 6 mai à Rome (à 17 h, Institut pontifical Augustinianum) lors d’une rencontre à laquelle participeront le Secrétaire d’État, le cardinal Pietro Parolin, le prieur général de l’Ordre de Saint-Augustin, le père Joseph Farrell, le préfet du Dicastère pour la Communication, Paolo Ruffini, l’écrivaine Maria Grazia Calandrone et le directeur des médias du Vatican, Andrea Tornielli. Le texte, édité par les augustins Rocco Ronzani, Miguel Ángel Martín Juárez et Michael Di Gregorio, est en cours de traduction dans 30 pays à travers le monde.

Nous présentons ici le texte de l’homélie prononcée par le prieur de l’époque, Robert Francis Prevost, à l’occasion de l’inauguration du Chapitre général intermédiaire de la Province du Santo Niño de Cebu, qui s’est tenue dans l’église Saint Agustín de Intramuros, à Manille, (Philippines) le 19 septembre 2010.

Robert Francis Prevost

En 2008, les Augustins ont célébré en ce lieu le 500e anniversaire de la naissance d’Andrés de Urdaneta, un navigateur célèbre et très expérimenté qui, après avoir passé des années à combattre, a découvert dans l’enseignement de saint Augustin une invitation à changer de vie: il a appris que la seule véritable réponse au désir du cœur humain se trouve en Dieu et en son amour. Cette vérité a changé sa vie: de marin et navigateur accompli, il est devenu membre de l’Ordre de Saint-Augustin. Urdaneta est devenu célèbre pour avoir découvert ce que l’on appelle le «tornaviaje», une route maritime de retour sûre et rapide entre les Philippines et le Mexique. Ce «tornaviaje» est devenu une importante voie de transport et de commerce entre l’Asie et l’Amérique. Mais Urdaneta a vécu un «tornaviaje» bien plus important dans sa propre vie. Sa conversion et son entrée dans la vie religieuse symbolisent un tout autre type de retour: le retour ou la conversion à Dieu.

La figure du «tornaviaje», ou «voyage de retour», peut être une image très appropriée pour nous, Augustiniens, qui sommes ici réunis au début de notre Chapitre général intermédiaire. Nous aussi, nous sommes appelés à entreprendre un voyage et à découvrir que le seul voyage véritable et significatif est celui qui nous conduit vers le Christ. Nous avons tous entrepris ce voyage, qui commence, bien sûr, avec la naissance et, pour ceux qui sont chrétiens, avec la première rencontre avec le Christ, lors du baptême. Pour certains, cependant, cela se produit au moment où ils ont entendu la Parole, comme ce fut le cas, par exemple, pour Augustin, dont le voyage vers le Christ s’est déroulé au cours des années de sa longue expérience de conversion, bien avant sa décision de recevoir le baptême. Et il s’est poursuivi, de différentes manières, après le baptême, dans la recherche de Dieu en tant que moine, prêtre et évêque.

Pour nous, religieux consacrés, le cheminement est une existence au service du Christ, en particulier en tant que communauté de disciples. En tant qu’Augustiniens, c’est un cheminement vécu dans la vie commune et les services apostoliques, et à travers eux. Mais il peut arriver, à un moment donné de ce parcours, que nous ralentissions, que nous nous reposions sur nos lauriers et que nous nous laissions distraire, voire que nous restions immobiles et stagnions dans notre vie spirituelle et notre travail pastoral. La même chose peut nous arriver en communauté, et la vie de nos communautés locales et de nos circonscriptions peut perdre sa capacité à inspirer et à attirer d’autres personnes. L’enthousiasme débordant d’énergie, typique des jeunes, peut progressivement disparaître et nous glissons facilement dans la routine quotidienne, toujours la même, qui ne change jamais.

Le courage et l’esprit d’aventure d’Urdaneta, qui a découvert le «tornaviaje», peuvent être retrouvés ici, en ce lieu historique où nous sommes venus célébrer la liturgie d’ouverture de notre Chapitre. Peut-être que le changement, ou la nouvelle voie que nous recherchons, peut émerger de certaines questions: voulons-nous conserver ce que nous avons, rester où nous sommes, ou bien souhaitons-nous écouter notre cœur inquiet, écouter dans la prière, prêter attention à la Parole de Dieu et écouter aussi ceux d’entre nous qui cherchent et lisent les signes des temps? Sommes-nous ouverts à la possibilité de choisir quelque chose de différent, pour un sens nouveau et renouvelé de la mission dans notre vie?

«Nul serviteur ne peut servir deux maîtres; car ou il haïra l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et la richesse» (Lc 16, 13). Je suis frappé par le fait que la phrase lue dans l’Évangile d’aujourd’hui pourrait se traduire ainsi: sommes-nous tiraillés entre notre désir de suivre le Christ, quel qu’en soit le prix, et notre désir de rester où nous sommes, satisfaits et peu enclins ou capables de changer le chemin que nous suivons? Ici, en ce lieu, il convient de nous demander si nous aussi avons besoin de découvrir une nouvelle direction, un tournant, une nouvelle conversion.

Il y a eu une large réflexion, dans différents contextes de la vie religieuse, sur la question «conservation ou mission?». Je souhaite la partager avec vous tous ce matin, convaincu qu’elle pourra nous aider également au cours des deux prochaines semaines. Sommes-nous simplement en train de maintenir les choses telles qu’elles sont, ou bien l’esprit missionnaire est-il vivant dans nos cœurs? Pour nous aider à réfléchir à ces questions, je propose quelques comparaisons.

Concernant le sens du ministère, la communauté qui ne souhaite que se conserver affirmera: «Nous devons rester fidèles à notre passé»; tandis qu’une communauté animée d’un esprit missionnaire dira: «Nous devons être fidèles à notre avenir».

Pour évaluer son efficacité, la communauté soucieuse de la préservation se demandera: «Dans quelle mesure cet apostolat est-il financièrement viable?»; tandis que celle engagée dans la mission se posera une question différente: «Comment faire de nombreux disciples?».

Face au changement et à la possibilité d’agir différemment, ceux qui souhaitent maintenir le statu quo affirment: «Si cela pose des problèmes à certains d’entre nous, nous n’en voulons pas». La question principale, en revanche, pour ceux qui sont engagés dans la mission sera: «Si cela nous aide à atteindre certains de ceux qui sont loin, nous acceptons le risque de le faire».

Le style de leadership, dans la mentalité de ceux qui préfèrent la conservation, est avant tout managérial, bien organisé et efficace: dans ce cas, les leaders cherchent à maintenir l’ordre et à faire en sorte que tout se passe bien. Une communauté, en revanche, si elle est dotée d’une vision prophétique et d’une vie consacrée à la mission, poursuivra un type de leadership différent: le style de celui qui guide sera avant tout transformateur, capable d’offrir la vision de ce qui peut être, avec la volonté d’aller loin et d’affronter de nombreux risques pour que cette vision devienne réalité.

La communauté soucieuse de sa survie pensera avant tout à sauver sa propre congrégation. La communauté vouée à la mission pensera avant tout à atteindre le monde. «Nul serviteur ne peut servir deux maîtres; car ou il haïra l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et la richesse» (Lc 16, 13). Dans son commentaire sur le Sermon sur la montagne, livre II, Augustin, expliquant l’impossibilité de servir deux maîtres, souligne qu’on ne finit pas par «haïr Dieu» lorsqu’on devient serviteur d’un autre maître. Ce sont plutôt l’indifférence ou le compromis qui prennent le dessus, en tenant Dieu et sa grâce pour acquis. Cela pourrait très bien être notre situation: ayant perdu l’enthousiasme initial, nous nous contentons de ce que nous faisons déjà. L’Évangile d’aujourd’hui nous rappelle à tous la nécessité de faire un choix radical, un don total de notre vie à Dieu et à la mission de l’Évangile. Aujourd’hui, souvenons-nous du choix que nous avons fait, nous sommes invités à renouveler notre engagement à vivre la mission évangélisatrice. Que l’Esprit Saint nous guide et nous éclaire!

© Ordre de Saint-Augustin

© Dicastère pour la communication – Librairie Éditrice Vaticane

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Source : VATICANNEWS, le 3 mai 2026

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