Journée mondiale du malade : «à Lourdes, nous vivons à hauteur de fauteuil»

Prière devant la grotte de Massabielle, le 16 juillet 2021Prière devant la grotte de Massabielle, le 16 juillet 2021 (AFP or licensors)

Journée mondiale du malade : «à Lourdes, nous vivons à hauteur de fauteuil»

À l’occasion de la fête de Notre-Dame de Lourdes et de la 30e Journée mondiale du malade, le recteur du sanctuaire de Lourdes, Mgr Olivier Ribadeau-Dumas, revient sur la notion de fragilité et l’importance de la miséricorde, dans un contexte où la pandémie vient bouleverser les relations. 

Adélaïde Patrignani – Cité du Vatican

Cette 30e Journée mondiale du malade a une résonnance particulière au sanctuaire de Lourdes, où le 11 février est aussi la fête de Notre-Dame de Lourdes et l’anniversaire de la première apparition de la Vierge Marie à sainte Bernadette, en 1858.

Cette année, la journée instituée par saint Jean-Paul II se déroule suivant un thème cher au Pape François: «Soyez miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux» (Lc 6, 36).

La miséricorde, les fidèles en font l’expérience dans leur chair et leur âme, souvent blessées, lorsqu’ils viennent dans le sanctuaire pyrénéen. Auprès de Marie et grâce à l’attention des personnes rencontrées, leur espérance est ravivée. Et elle pourra l’être dès ce vendredi d’une manière encore plus symbolique, puisqu’après deux années de fermeture en raison de la pandémie, la grotte de Massabielle devient à nouveau accessible au public.

Une étape tout autant significative qu’attendue, comme nous l’explique Mgr Olivier Ribadeau-Dumas, recteur du sanctuaire Notre-Dame de Lourdes depuis 2019:

Que signifie la réouverture de la grotte de Massabielle après deux années de fermeture aux fidèles ?

Le sanctuaire de Lourdes est un sanctuaire dans lequel la piété populaire a une place toute particulière. Cette piété populaire s’exprime par des gestes qui sont des signes de Lourdes aussi: l’eau, la lumière et le rocher.

Et pour les pèlerins, toucher le rocher, c’est un signe de confiance extraordinaire dans la Vierge Marie. Et donc, ne pas pouvoir le faire pendant deux ans a été pour eux quelque chose de douloureux, même si nous avons organisé des catéchèses à l’entrée de la grotte pour leur permettre de prier de manière toute spécifique devant cette grotte. Mais le fait de pouvoir y rentrer à nouveau, c’est la manifestation pour eux de cette confiance, de cette certitude que Marie veille sur eux, non seulement sur eux, mais aussi sur tous ceux qui sont avec eux par la prière, lors de leur séjour à Lourdes.

La grotte, lieu d’apparition entre Bernadette et la Vierge Marie: quelle signification revêt ce lieu pour les fidèles, 160 ans plus tard?

La grotte, c’est le signe même du rocher, c’est-à-dire c’est le signe du Christ. Et dans les apparitions de Lourdes, tout renvoie au Christ.

La Vierge Marie va inviter Bernadette à aller au fond de la grotte pour trouver la source, et la source, nous rappelle cette source vivifiante qui jaillit du côté ouvert du Christ.

Marie va inviter Bernadette à prier pour les pécheurs, et c’est donc une invitation à vivre le don du pardon que Dieu nous fait, par son Fils.

Et lorsque, le 25 mars 1858, Marie se présentera comme l’Immaculée Conception, elle nous rappellera que la miséricorde de Dieu, qu’il l’a préservée du péché, cette même miséricorde nous est promise à nous aussi lorsque nous demandons le pardon de Dieu.

Donc tout dans le mystère de Lourdes, dans ce dialogue et cette rencontre entre Marie et Bernadette, nous renvoie vers le Christ. Et c’est beau de se dire que Marie, mère de Dieu, ne cesse de nous montrer son fils pour que nous puissions marcher à sa suite.

Ce vendredi marque la 30ème Journée mondiale des malades. Qu’est ce qui perdure à Lourdes au long de ces journées? Est ce qu’il y a un fil rouge qui se dégage d’année en année?

Lourdes est inséparable de la présence des malades. Nous ne pouvons pas concevoir Lourdes sans les malades, et cela implique pour nous un accueil de tous et tout spécialement des plus fragiles. [La fragilité], qui est le maître mot de tous ceux qui œuvrent au sanctuaire, qu’il s’agisse des hospitaliers en lien avec plus particulièrement les malades, mais aussi de la communauté de travail, des salariés, des religieux, des religieuses, des prêtres et de tous ceux qui œuvrent au sanctuaire. À Lourdes, nous vivons à hauteur de fauteuil, c’est-à-dire que nous ne pouvons pas penser comme si nous étions dans un bureau, mais il faut que nous pensions toujours à la hauteur de ce que peuvent vivre les malades pour eux, pour être à leur service.

Et c’est bien l’écoute et le service qui sont la grande continuité de Lourdes depuis 164 ans, pour nous permettre d’être ce regard bienveillant et ce regard de compassion sur les plus fragiles de nos frères et sœurs.

La Journée mondiale du malade est axée cette année sur la miséricorde, que vous vivez quotidiennement à Lourdes. En quoi la période que nous traversons est-elle un temps favorable pour la miséricorde?

Aujourd’hui, cette miséricorde s’incarne d’une manière toute particulière, dans le souci que nous avons et que nous devons avoir de ceux qui, par cette pandémie, ont été isolés, ont été frappés par la maladie, par le deuil aussi.

Et c’est une attitude profonde du cœur qui fait que, comme le cite le Pape dans son message, lorsque la douleur vient nous isoler, nous renfermer sur nous, elle est en même temps un appel à l’autre.

Cette période a montré que nous avions besoin les uns des autres, que nous ne pouvions pas vivre seuls. Les plus faibles ont besoin d’un bras qui vient à leur secours, mais surtout d’un regard et d’un sourire qui les encouragent, et que les plus forts ont aussi besoin les uns des autres… parce que finalement, dans cette période, qu’est-ce que nous avons tous vécu? C’est la vulnérabilité. La vulnérabilité qui a frappé chacun par l’incertitude qui régnait, par cette ambiance de mort aussi, et par cette difficulté que nous avions de vivre des relations sociales normales.

Et cette vulnérabilité, c’est une invitation, me semble-t-il, à ne pas la cacher, mais à la vivre pleinement, en acceptant qu’elle soit comme transfigurée par la dignité de toute personne que l’on reconnaît – et à Lourdes, c’est particulièrement fort- et en même temps par la fraternité.

La vulnérabilité est invivable si elle n’est pas liée à cette fraternité qui permet de la supporter, et d’en faire comme une possibilité d’entrer en relation avec l’autre d’une manière et d’une manière simple.

Donc, je pense que cette époque nous invite à vivre cette miséricorde comme le lien à l’autre, comme l’appel à l’autre, comme cette main tendue à l’autre, qui est la figure de la main tendue à Dieu. Nous sommes mendiants de Dieu, et nous sommes aussi mendiants des autres.

Hormis cette réouverture de la grotte, y a-t-il d’autres projets prévus cette année pour le sanctuaire?

Oui, dans un accent particulièrement mis sur la présence des jeunes, notamment dans la perspective, dans un an, en 2023, des JMJ de Lisbonne, mais également avec l’utilisation d’un très bel outil que nous avons créé, le Village des jeunes, un petit peu à l’extérieur du sanctuaire et qui va être beaucoup amélioré, sur lequel nous voulons vraiment permettre que les jeunes aient une vie de rencontres, de partages, de prières, de fête et de vie.

Et puis, nous avons aussi cette mission particulière d’accueillir les pèlerins qui viennent non pas tant en pèlerinages organisés, mais de manière individuelle. Ils sont extrêmement nombreux et la pandémie nous a permis de mettre en lumière.

Le sanctuaire se doit d’avoir une attitude missionnaire, pour annoncer à ceux qui entrent dans ce sanctuaire – sans savoir toujours ce qui s’y vit -, pour annoncer la grâce qui se déroule et qui se déploie ici.

Et je pense que Lourdes, petit à petit, est sortie de la mémoire collective parce que les plus anciens n’ont pas transmis aux plus jeunes générations ce qui se vivait ici.

Nous avons donc à faire redécouvrir ce qui se vit ici, à annoncer simplement, et à permettre à tous ceux qui viennent de goûter la joie et la paix, la fraternité de ce lieu unique, dans une atmosphère de prière.

Source: VATICANNEWS, le 11 février 2022

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