25.12.2021: JÉSUS DE NAZARETH

Atelier de Rembrandt, L’Adoration des bergers, 1646

L’ange dit aux bergers: «Il vous est né aujourd’hui, dans la ville de David, un sauveur qui est le Christ Seigneur; et voici le signe qui vous est donné: vous trouverez un nouveau-né enveloppé de langes et couché dans une mangeoire.»
(Luc 2 :11-12)

Des langes : étrange signe pour manifester un sauveur… Ils évoquent la faiblesse et la dépendance. Or nous imaginerions plutôt un Sauveur fort et puissant, à l’image des super-héros de notre enfance. Comment un personnage aussi démuni qu’un bébé enveloppé de langes pourrait-il nous sauver? Et nous sauver de quoi, d’abord?

Il y a bien des choses dont nous aimerions être sauvés. De la mort, de la maladie, de la souffrance, de la vieillesse, de nos insuffisances… bref de tout ce qui nous limite ou nous fait mal. Nous nous rêvons parfaits, invulnérables, immortels, omnipotents, omniscients… Aussi, lorsque nous imaginons Dieu, nous l’imaginons à la hauteur de nos rêves.

Et voilà qu’en Jésus-Christ, Dieu se révèle bien différent. Le sauveur n’est pas un surhomme mais un bébé emmailloté de langes. Car ce n’est pas de nos imperfections que Dieu entend nous sauver, mais de notre inhumanité. Pour nous montrer le chemin de l’humanité véritable, il prend l’apparence d’un enfant. Dieu dans les langes. Dieu fragile, vulnérable, livré entre nos mains humaines.

Ça peut nous surprendre, ça, que Dieu se rende dépendant de nous. C’est choquant de penser qu’il a besoin de nous. Et pourtant. Si vous y réfléchissez bien, que deviendrait Dieu si aucun homme ne croyait plus en lui? Si aucun homme ne lui parlait plus, ne l’écoutait plus? Il continuerait d’exister bien sûr. Mais il existerait absolument seul, comme nous le serions si on nous coupait de la présence et de l’amour d’autres êtres vivants.

Dieu n’a pas créé les humains pour faire joli dans le paysage; il les a créés pour les aimer et pour entrer en relation avec eux. Si plus aucun être humain ne voulait de cette relation, ce serait pour Dieu comme s’il n’existait pas. Quand on est un Dieu amoureux de ses créatures, un Dieu qui a soif de relations, c’est comme si on n’existe plus quand on n’existe pour personne. On est très vulnérable quand on aime. On ne peut pas forcer l’autre à nous aimer (ce ne serait plus de l’amour mais de la dictature sentimentale), alors on se rend complètement dépendant du bon vouloir de celui qu’on aime.

Voilà pourquoi les chrétiens disent qu’en Jésus de Nazareth, Dieu révèle son vrai visage: un visage vulnérable. L’enfant de Noël nous montre Dieu tel qu’on n’aurait jamais osé l’imaginer. Dieu n’est plus le Très-Haut mais le Très-Bas. Non plus le Tout-Puissant que l’on craint et que l’on invoque, mais le Tout-Faible qui sollicite notre aide et nos bons soins.

Elle est là, la grande révolution, la grande originalité du christianisme. Elle nous présente Dieu comme celui qui renonce à sa toute-puissance pour entrer en relation avec nous, par amour pour nous. Elle retourne comme un gant tout ce que les hommes avaient toujours cru savoir sur Dieu. Qui donc penserait que le salut de l’homme, ce n’est pas de sortir de l’humain pour accéder au divin, mais de devenir de plus en plus humain?

Dieu dans les langes… pour nous montrer que le chemin de la véritable humanité n’est pas celui de la grandeur ni de la puissance. Etre pleinement humain, c’est se savoir petit, faible, dépendant, et l’accepter; mieux, même, que l’accepter: l’apprécier. Car c’est lorsqu’on se montre petit, faible et dépendant qu’on peut entrer dans une relation authentique, profonde et aimante, avec Dieu et avec les autres; une relation sans compétition, sans faux-semblants, sans jalousie, sans domination ni soumission. Une relation cœur à cœur.

Il vous est né un Sauveur qui est le Christ, le béni de Dieu, Fils du Très-humble. Le signe qui vous le fera reconnaître, c’est qu’il vient à vous emmailloté de langes, dans la petitesse, dans la vulnérabilité. C’est là toute la gloire de notre Seigneur.

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