« Lazare » à Rome, témoignages exclusifs : «Ce soir, je vais pleurer en repensant à ce que j’ai vécu»

Freddy, de "Lazare", à Nantes, à la Trinité-des-Monts © Hélène Ginabat

Freddy, De « Lazare », À Nantes, À La Trinité-Des-Monts © Hélène Ginabat

« Lazare » à Rome, témoignages exclusifs : «Ce soir, je vais pleurer en repensant à ce que j’ai vécu»

Zenit rencontre Freddy, Thierry, Joseph, Nicolas, Kader, Alexandre, Alix, Antony et Vianney

Freddy, Thierry, Joseph, Nicolas, Kader, Alexandre, Alix, Antony et Vianney : Zenit a rencontré neuf membres de l’association Lazare, en pèlerinage à Rome, ce samedi 28 août 2021. Des « colocs », qui ont goûté l’épreuve de la rue et qui vivent aujourd’hui en colocation avec des jeunes professionnels « bénévoles » : c’est le défi relevé par « Lazare » depuis dix ans.

Ils ont été reçus par le pape François ce 28 août 2021, dans la salle Paul VI du Vatican. Ils se sont ensuite reposés de leurs émotions dans la fraîcheur de la Trinité des Monts. Hélène Ginabat les a rencontrés et elle a recueilli leurs impressions à chaud sur l’audience du matin. Certains avaient déjà rencontré le pape François à d’autres occasions.

Le pape avait reçu des représentants de « Lazare » le 21 mai dernier au Vatican : ils les avait déjà reçus le 29 mai 2020 et lors des Journées mondiales des pauvres.

AB

Freddy, témoignage d’une « coloc » qui a témoigné avec Alix devant le Saint-Père.

Je viens de Nantes. C’est le week-end national de tous les « Lazare » français, européens et internationaux et à l’audience tout à l’heure à midi avec le pape François, on était 200. Moi-même j’ai témoigné avec Alix, une ancienne coloc. Et là je peux rentrer à Nantes : j’ai vu le pape. Oui, c’était émouvant. Tout le monde a témoigné. Il avait prévu un discours qu’il a donné à Loïc, le responsable de Lazare. Donc il a improvisé et il a parlé de la puerta, la porte. La porte c’est le corazon, le cœur et si on le laisse fermé, on ne fait rien de ce que Jésus a dit. Ou si on frappe et si on l’ouvre mais qu’on referme la porte aussitôt… Il a dit : Lazare est la puerta ouverte mais qui ne se referme pas. C’est ce que je retiens de son discours. Je pense que ce soir, en m’endormant, je vais pleurer en repensant à ce que j’ai vécu.

Parce que Lazare est une grande famille. Ce qui a été dur pour moi au début, c’était le départ des filles, parce qu’à Lazare il y a un roulement. J’ai vécu 11 mois, j’étais la dernière arrivée des 8 et 11 mois après, il y avait 3 départs et 3 arrivées le même jour. Ça a été pénible. Mais aujourd’hui, je dis : il fallait s’agrandir. Il y a des anciens colocs qui restent dans mon cœur et il y a les colocs actuels et les futurs colocs. Mais il n’y a pas que les colocs, il y a les amis de l’extérieur. Et il y a les voisins. Comme à Nantes, moi je parle à tous les voisins. Donc c’est vraiment une grande, grande famille.

A Lazare, je dirais qu’on partage tout sauf le lit ! (rire) On n’a pas le droit de recevoir dans sa chambre. Mais on partage tout, nos peines, nos joies… Moi je conseille, on me conseille… tout ça dans la bienveillance, dans le respect. On partage vraiment tout, on connaît même les parents des colocs, les frères et sœurs, c’est « wouah ! »

Mon souhait pour Lazare, c’est qu’il grandisse, c’est à nous aussi de l’aider. Là où on met des petites gouttes, ça fera une rivière, et après un océan. Oui, que Lazare grandisse. Et je souhaite à tous de vivre l’expérience Lazare parce que c’est vraiment une expérience enrichissante et humaine. Je le souhaite à tout le monde. Parce que l’homme n’est pas fait pour vivre seul.

Aujourd’hui j’étais stressée et émue parce que non seulement je témoignais devant le pape, mais je témoignais aussi devant la grande famille Lazare. Il y avait 200 personnes. Je voulais revoir le même pape que celui que j’avais vu en 2018. En 2018, c’était la 2èmeJournée mondiale des pauvres et j’ai eu l’honneur de venir à Rome et à la basilique j’ai demandé à une coloc si elle avait vu le pape et elle m’a dit « oui, c’est lui qui portait la croix ». Je ne l’avais pas vu et quand il est sorti je l’ai bien regardé et je l’ai trouvé fatigué. Après on déjeunait dans la Salle Paul VI, et nous étions juste à côté de la porte. Et la porte s’est ouverte et c’était vraiment le soleil, mais mille fois… : c’était le soleil argentin qui rentrait dans la pièce, il était vraiment radieux, vraiment transparent d’espoir, de joie de nous rencontrer : on était plusieurs associations de pauvres.

Et là, aujourd’hui, j’ai vu le soleil mais c’était il y a trois ans ; il a vieilli, il boîte mais il était vraiment assis tout près de nous et il s’est levé après chaque témoignage pour nous tendre la main, et je pense que ça doit être nous aussi qui lui donnons la force et il faut prier pour lui. Il y a un peu plus d’un an, on avait eu une rencontre en visioconférence avec le pape François et à la fin on lui a demandé si ce serait possible d’avoir « un Lazare au Vatican », et à la fin il a dit « il faut prier pour le pape », il n’a pas dit « pour moi », il a dit « pour le pape, pour lui donner du courage, pour faire Lazare au Vatican ». Le pape François, il est vraiment humain, il est proche…

Thierry (Bruxelles) 

Le Vatican, cette image religieuse, c’est impressionnant mais surtout le plus beau cadeau que Lazare a reçu pour ses 10 ans c’est que le Vatican a accepté que toute la communauté internationale de Lazare puisse se réunir à Rome, et être reçue au Vatican par le pape. Ça nous a émerveillés parce qu’on ne s’y attendait pas. Non seulement on avait un contact direct avec le pape, mais en plus quelques personnes ont pu parler en tête à tête avec le pape et lui parler par rapport à la question qu’il avait posée : si, à nos yeux, à l’heure actuelle, l’Eglise fait assez ou pas. Je suis venu et je lui ai dit « Enchanté, Padre » (moi, je l’appelle mon Père) et je lui ai expliqué très vite mon parcours, ma vie, la galère que j’ai rencontrée, la chance d’avoir rencontré la famille Lazare parce que ça m’a donné un 2ème souffle pour recommencer, pcq moi j’ai connu la galère dans l’héroïne pdt 24 ans, ça fait 9 ans que j’ai arrêté la consommation. Abstinence sur toutes les drogues, c’est un dur travail… J’ai demandé au pape : comment est-ce possible qu’au XXème siècle l’Eglise ne s’intéresse pas plus à toute la misère qui se trouve dans toutes les capitales européennes ? C’est insensé. Je ne comprends pas. Quelque chose ne tourne pas rond dans le système. Les gouvernements ferment les yeux et ils devraient les ouvrir, être plus objectifs et s’intéresser à ce qui se passe réellement dans la vie… (…) Depuis la pandémie, les gens qui se sont retrouvés dans la rue, est-ce qu’on pense à eux ? Moi j’ai fait comprendre au pape que je prie pour eux.

Le pape a été surpris, parce qu’il a vu que, dans mon témoignage, il y avait de l’émotion.

Grâce à la famille Lazare qui fait les choses correctement pour donner un second souffle aux colocs. Moi, chez Lazare, on m’a ouvert la porte et je peux enfin décompresser.

Le message du pape : nous les êtres humains, pour rester dans le droit chemin et pour toujours garder espoir, il faut considérer la vie comme une porte et ne pas avoir peur d’entrer au lieu de rentrer par la fenêtre, il faut entrer par la porte. Il a dit de ne pas avoir peur de la traverser, pour découvrir plein de nouvelles choses qui concernent la vie et qui donnent un peu d’espoir. C’était ça son message, et c’est un message qui nous a tous touchés. Il a été franc. Il nous a dit : « Il faut toujours garder espoir dans la vie. » Même si Lazare n’est qu’une petite goutte dans l’océan, mais rien qu’à partir de ce que Lazare a concrétisé, maintenant Lazare s’est agrandi comme une très grande famille. Il y a la maison de Mexico qui vient d’ouvrir, les Espagnols à Madrid, la Belgique…

Joseph (bénévole, Nantes)

Très content d’avoir vu le pape, parce que j’avais des a priori sur le pape, pour être honnête ; et j’avoue que là, j’ai été très heureux de voir que justement il a fait de sa grande grande force un peu ce que Lazare a fait, de ré-impliquer les pauvres, tout le message autour de la pauvreté. Il a utilisé la métaphore de la porte, il nous parlé 10 minutes spontanément sur la porte qu’il fallait ouvrir au prochain. Ça peut prendre plusieurs dimensions mais c’était ce concept d’ouvrir la porte et d’accueillir son prochain qui vient et d’être disponible. Ce que j’ai beaucoup aimé c’est qu’il nous a parlé de ce qu’il maîtrisait le mieux et ce message de l’Evangile qu’il a remis au goût du jour, qui est « soyez simple », la notion du non-jugement, de l’accueil simple et de la chaleur humaine, de tout ce qu’on peut donner et des moyens pour se rapprocher de Dieu.

Nicolas (bénévole, Lyon) 

Ce qui m’a le plus touché c’est son écoute attentive et bienveillante. J’ai l’impression que les gens peuvent se livrer facilement quand il est là. On a vu des colocs se lever spontanément pour donner leur témoignage improvisé, ça fait plaisir de voir un pape accessible, qui se rend disponible avec cette écoute. Au lieu de lire son discours il a dit : « Je vais réagir à ce que vous m’avez dit ». Ça montre qu’il écoute les personnes qu’il rencontre et qu’il est capable de réagir personnellement face à son interlocuteur.

Kader (un ancien coloc de Lyon)

Aujourd’hui, j’ai rencontré le pape et je lui ai dit « merci » parce que l’Eglise m’accueillait comme musulman. J’avais frappé à toutes les portes qui ne m’avaient pas accueillies. Et là, j’ai fondu en larmes parce que franchement que l’Eglise ouvre sa porte à un musulman, ça fait chaud au cœur et le pape a dit : « C’est moi qui te remercie d’être venu chez nous ». J’ai pleuré comme une Madeleine. D’habitude je ne pleure jamais, mais là, en plus ça faisait deux ans qu’on nous disait qu’on allait voir le pape et ça a été repoussé à cause du coronavirus. C’est une grande fierté de l’avoir rencontré en chair et en os. Je l’ai trouvé franchement ouvert à tous. J’avais regardé trois fois le film « Le pape, un homme de parole » le même jour. Et on m’a dit que Jean-Paul II avait commencé à réunir toutes les religions et je trouve ça magnifique que le pape François continue sur ce chemin.

Alexandre (coloc de Lyon) 

C’est la deuxième fois que je vois le pape mais c’est la première fois que je lui ai serré la main. Pour moi, j’ai ressenti une bénédiction parce que le pape c’est le signe de la présence de Jésus-Christ sur la terre, un signe d’amour et de paix pour toutes les civilisations, c’est important d’avoir un pape. Je lui ai dit : « El Señor es con tigo » (« Le Seigneur est avec toi ! »). C’était une présence pleine d’amour et d’espérance. Il m’a tapoté la main. J’ai ressenti une joie et une espérance profonde parce que Jésus-Christ est vivant. Moi j’ai été baptisé à 37 ans : on ne parlait pas de Jésus, de Marie dans ma famille. Et puis avec la paroisse, j’ai fait des pèlerinages à Lourdes, et j’ai eu des guérisons physiques. J’ai fait 32 ans de psychiatrie, encore aujourd’hui je suis suivi en psychiatrie. J’ai été interné 23 ou 24 fois. Mais la psychiatrie ne m’a jamais montré le chemin. Je répétais toujours les mêmes erreurs. Et un jour j’ai rencontré une femme qui m’a emmené à l’Eglise, mais il fallait que je me déshabitue de mon comportement sans Dieu.

Alix (ancienne coloc, a témoigné avec Freddy)

Quand le pape est arrivé, on était tous en train de chanter, il y avait une ambiance très forte autour du pape, c’était assez émouvant et quand on a pris la parole avec Freddy, j’avais l’impression de parler à un homme normal et c’était très beau de pouvoir parler hyper simplement avec le pape. Ce qui m’a plus touchée, c’est le regard qu’il avait, il ne suivait pas la traduction de ce qu’on disait sur son papier, mais il nous regardait, nous, et aussi la manière dont il a salué Freddy m’a touchée. Un pape vraiment proche de nous. Il semblait très fatigué mais il avait un grand sourire et un beau regard. Pour moi, c’est un signe hyper fort d’avoir pu être là avec Lazare parce que la foi n’est pas forcément quelque chose de facile pour tous, de pouvoir être tous réunis autour d’un homme qui est plein de sagesse et dont le discours s’adapte vraiment à chacun. Il a parlé de l’image de la porte et ça a parlé à chacun, c’était pertinent pour chacun. Il nous a aussi dit que le plus gros risque pour Lazare serait d’oublier qu’on est petit. Ça m’a marquée, je me suis dit qu’il fallait s’en souvenir. S’étendre, pour partager notre joie, oui, mais rester petit, se savoir petit, savoir que ce qu’on a, on l’a reçu.

Je connaissais Lazare depuis 5 ans, en faisant des maraudes, et je m’étais dit qu’après mes études, j’y ferais une expérience. Entretemps, j’ai passé un an au Rocher à Toulon et un des piliers du Rocher, c’est le ‘vivre avec’. Habiter dans la cité avec des personnes de la cité a fait grandir en moi le désir de vivre encore plus proche avec des personnes en difficulté. Dans le même appart. J’avais le désir d’oser la rencontre encore plus. Le projet a muri, et ce désir de vivre à Lazare brûlait en moi. Quand j’ai trouvé mon boulot d’ingénieur, je n’avais pas du tout envie que ma vie soit réduite au métro-boulot-dodo et j’ai foncé. J’avais envie de donner de moi au Seigneur et aux autres.

Antony (bénévole à Nantes depuis 2 ans, Egyptien, copte orthodoxe)

Le pape est très simple, j’ai répondu à une de ses questions sur ce que nous a apporté notre expérience à Lazare, et j’ai dit qu’avant Lazare j’étais beaucoup à l’église, je lisais la Bible, j’apprenais les psaumes par cœur, mais à Lazare  j’ai appris à mettre la Bible en pratique en me donnant aux autres, en rendant service… Tous les chrétiens, quelle que soit notre appartenance, on a la même Bible, les mêmes actes pour rendre service aux autres, pour appliquer ce que dit la Bible. J’ai été frappé par son regard, son sourire, ses paroles, l’image de la porte qui est Dieu, qui est grande et qui accueille tout le monde, c’était compréhensible pour tous. Il a salué la moitié du groupe, toujours souriant, simple…

Je suis arrivé à Lazare parce que j’avais du mal à trouver un logement et j’ai entendu parler du projet, j’ai rencontré la responsable, les autres colocs, et j’ai décidé de me lancer dans l’aventure. Au début ce n’était pas très facile. J’ai déjà fait des maraudes, rendu des services à des personnes en galère, mais vivre avec, au début ce n’était pas très facile pour moi dans ma tête, mais après j’ai découvert que c’est facile et qu’au fond de chacun, il y a quelque chose de bien et il faut le découvrir, c’est une expérience très riche.

Vianney, responsable à Bruxelles

Ce n’est pas la première fois qu’on rencontre le pape François. J’ai été touché, toujours, par sa proximité, son sourire, son écoute, sa capacité à improviser. Et son discours très simple sur Dieu qui est la porte dans nos vies, lui ouvrir la porte pour nous mais aussi pour les autres. Il a salué tous les colocs en serrant la main. Il y a une coloc qu’il avait rencontrée assez longuement en mai, elle était restée un peu en arrière cette fois-ci pour laisser la place aux autres, et le pape l’a vue, l’a reconnue et l’a interpellée par son prénom et lui a dit « on se connaît ». Il l’a appelée, elle est Colombienne, ils ont parlé en espagnol… Il se rappelait d’elle !

Propos recueillis par Hélène Ginabat

Source: ZENIT.ORG, le 28 août 2021

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