Le P. Olivier Maire, disciple de saint Louis-Marie Grignion de Montfort

Le père Olivier Maire (1960-2021).Le père Olivier Maire (1960-2021)

Le P. Olivier Maire, disciple de saint Louis-Marie Grignion de Montfort

La semaine dernière, le meurtre du père Olivier Maire, provincial des pères montfortains, a suscité une très vive émotion en France. Le père François-Marie Léthel ocd, professeur à l’université Teresianum de Rome, avait travaillé avec lui sur la cause de doctorat de saint Louis-Marie Grignion de Montfort. Il rend hommage au prêtre assassiné en revenant sur la spiritualité du père de Montfort.

Cyprien Viet – Cité du Vatican

Le meurtre du père Olivier Maire, le lundi 9 août à Saint-Laurent-sur-Sèvre, a placé la discrète communauté des montfortains sous une exposition médiatique inhabituelle. Du président Emmanuel Macron à l’Église locale, de nombreuses voix se sont élevées pour saluer la mémoire de ce prêtre connu pour sa bonté, sa compassion, son sens de la charité.

Les circonstances de son assassinat, par un homme que sa communauté hébergeait après sa sortie de prison pour l’incendie de la cathédrale de Nantes, ont suscité de nombreuses interrogations. Mais cette mort tragique est surtout le signe d’une radicalité évangélique qui s’inscrit dans la filiation de saint Louis-Marie Grignion de Montfort (1673-1716), apôtre des plus pauvres dans la France rurale de la fin du règne de Louis XIV. Depuis plusieurs décennies, son nom est évoqué comme potentiel futur « docteur de l’Église ».

Ardent propagateur d’une théologie mariale qui a rayonné bien au-delà des frontières françaises, et sur laquelle s’est notamment appuyé Jean-Paul II tout au long de sa formation spirituelle et de son pontificat, saint Louis-Marie Grignion de Montfort est à l’origine d’une famille spirituelle qui continue à porter ses fruits dans de nombreux pays.

Le père carme François-Marie Léthel, professeur à l’université Teresianum, à Rome, avait travaillé avec le père Olivier Maire à la cause de doctorat de cette figure de l’École française de spiritualité. Il lui rend hommage et souligne la portée toujours actuelle de la spiritualité montfortaine.

J’ai été très touché par cet assassinat du père Olivier Maire parce que je le connaissais bien, depuis des années. Nous avions travaillé ensemble sur la doctrine du père de Montfort en vue de son doctorat. C’était l’un des meilleurs connaisseurs de saint Louis-Marie de Montfort.

Un saint prêtre aussi! Il était provincial des montfortains en France, donc c’était vraiment l’une personnalités les plus importantes de la famille montfortaine pour la diffusion de cette doctrine. Il aurait dû donner la semaine prochaine à Lourdes une conférence sur «Marie consolatrice des affligés, selon le père de Montfort».

Je le vois comme un martyr de la charité, avec cet accueil qu’il a vécu au péril de sa vie. Cette mort a énormément touché le monde entier et spécialement la France. Il a été assassiné à Saint-Laurent-sur-Sèvre, là où est mort saint Louis-Marie de Montfort il y a un peu plus de 300 ans

Mais tout de suite, on a reparlé de Louis-Marie de Montfort, des montfortains. Donc je pense que, du Ciel, maintenant, le père Olivier Maire invite la France mais aussi le peuple de Dieu plus largement, à redécouvrir le trésor, l’importance, l’actualité de saint Louis-Marie de Montfort. Donc je pense qu’il faut voir cette mort dans la lumière, dans la lumière de Dieu. C’est un évènement douloureux, bouleversant, mais sa signification, c’est certainement que maintenant le père Olivier Maire se retrouve avec saint Louis-Marie, auprès du Seigneur et de la Vierge Marie.

Saint Louis-Marie Grignion de Montfort a eu une vie marquée par l’évangélisation des campagnes de l’Ouest de la France qui étaient des régions alors très pauvres à la fin du règne de Louis XIV. En quoi est-il un modèle pour aujourd’hui, notamment dans cette perspective de l’évangélisation des périphéries dont parle souvent le Pape François ?

C’est une question très importante. Dès le départ, dès son ordination en 1700, il y avait chez saint Louis-Marie une option préférentielle pour les pauvres. Il avait reçu une excellente formation théologique à Paris, à Saint-Sulpice, dans la ligne de l’école française du cardinal de Bérulle, mais il va mettre toute cette connaissance profonde qu’il a du mystère au service de l’évangélisation donc c’est très profondément un missionnaire.

Il est allé à Rome en 1706 pour rencontrer le Pape. Il y avait à l’époque de grands champs de mission, surtout pour la France : l’Extrême-Orient, le Vietnam et aussi le Canada, et donc il pensait être missionnaire au loin. Mais le Pape lui a dit : «Non, tu seras missionnaire dans ton pays». Donc «France, pays de mission», ce n’est pas nouveau, et à cette époque dans laquelle il vit, et donc à la fin du règne de Louis XIV, c’est une période extrêmement critique.

Il y a le jansénisme, à la fin du siècle il y aura la Révolution française, et il y a une déchristianisation. L’œuvre de Louis-Marie, ce sera une réévangélisation de ces régions, de la Vendée, de la Bretagne, du Poitou toujours pour les plus pauvres.

Alors que parfois ses contemporains, y compris les missionnaires, considéraient ces chrétiens qui ne savaient ni lire ni écrire un peu comme des «chrétiens à gros grain», et leur proposaient une religion d’interdits, lui, il propose une religion d’amour, en considérant que les petits et les pauvres sont les préférés de Jésus. Il leur propose un chemin de sainteté qui consiste à se donner à Jésus par les mains de Marie. Il s’adresse à tous les états de vie, on le voit même avec ce prisonnier qui est un voleur, qui va être pendu. Il veut faire aimer Jésus par tous. «Jésus et Marie je vous aime», ça revient constamment dans ses cantiques.

Quel a été le rôle de saint Louis-Marie Grignion de Montfort dans la diffusion de la piété mariale en France, et ensuite au-delà des frontières françaises ?

Il a été considérable. Son chef-d’œuvre bien sûr, c’est le Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, qu’il écrit dans les dernières années de sa vie, après toute son expérience personnelle mais aussi son expérience de missionnaire. Il va être capable de donner une synthèse de la théologie mariale, mais ce texte majeur ne sera découvert qu’en 1842, plus de 100 ans après sa mort. 

Au XIXe siècle, il sera traduit notamment en anglais et en italien et deviendra un classique de la spiritualité mariale, qui va inspirer de nombreux saints, jusqu’à Jean-Paul II. C’est une spiritualité mariale forte, qui ne se base pas sur des révélations mais sur la foi, sur les Écritures, sur le baptême, sur l’eucharistie, sur les réalités de la vie chrétienne à vivre avec Marie.

Quel était le lien entre le Pape polonais et saint Louis-Marie Grignion de Montfort ?

C’est un lien essentiel ! En rencontrant personnellement Jean-Paul II, je l’ai entendu raconter comment en 1940, quand il avait 20 ans et qu’il travaillait dans une carrière, un laïc, Jan Tyranowski, lui avait donné les œuvres de saint Jean de la La Croix et le Traité de la vraie dévotion, en polonais. Jean de La Croix a marqué sa vie mais encore plus saint Louis-Marie donc il a fait cette consécration et à partir de ce moment-là le Totus tuus est devenu comme la respiration de son âme, comme je l’ai vu en travaillant sur ses manuscrits dans le cadre de son procès en béatification, il écrivait sur les premières pages la formule brève de la consécration :

« Totus tuus ego sum, et omnia mea tua sunt. […] Accipio te in mea omnia, praebe mihi cor tuum, o Maria » : «Je suis tout à toi et tout ce qui est à moi est à toi. Je te prends pour tout mon bien, donne-moi ton cœur, ô Marie»

Saint Louis-Marie invite les fidèles à la fin du Traité, afin de se préparer à recevoir Jésus dans la sainte communion. Le Totus tuus est adressé à Marie, mais pour recevoir Jésus.

Lorsque j’ai été invité à prêcher la retraite de Carême de la Curie romaine en 2011, j’ai consacré trois conférences au lien entre Jean-Paul II et saint Louis-Marie Grignion de Montfort. Et à la fin de son pontificat, le 8 décembre 2003, Jean-Paul II avait adressé une magnifique lettre à la famille montfortaine, en montrant en particulier l’accord parfait de la doctrine de saint Louis-Marie avec l’enseignement du Concile Vatican II sur Marie. Jean-Paul II était un Pape marial et un Pape montfortain !

Quel serait le sens d’un doctorat de de saint Louis-Marie Montfort pour l’Église du XXIe siècle ?

J’ai travaillé en même temps pour le doctorat de Thérèse de Lisieux qui a abouti en 1997, et pour le doctorat de saint Louis-Marie de Montfort qui n’a pas encore abouti. Il y a eu des malentendus, des incompréhensions, mais la question reste ouverte. Je pense que ce serait d’une très grande importance, surtout dans cette époque de grandes souffrances à l’intérieur de l’église, ces scandales, et aussi ces souffrances qui sont dues à la pandémie.

Marie est restée près de la Croix et donc le peuple de Dieu a besoin d’une doctrine mariale forte, non pas basée sur des apparitions qui ne sont jamais quelque chose d’absolument certain, mais fondée sur la foi, sur le dogme, sur l’Écriture, sur les sacrements.

On a donc un formidable manuel de sainteté, un manuel de combat spirituel, comme Thérèse de Lisieux. C’est une doctrine pour tout le peuple de Dieu. Alors je pense que sa cause de doctorat repart bien, et surtout elle est liée aussi à celle de saint Jean Eudes, qui est aussi un candidat à être docteur de l’Église. C’est également un grand saint français, d’une génération précédente, au XVIIe siècle. Tous les deux sont liés à ce grand courant de l’École française de spiritualité.

Donc je pense que ce doctorat reprend, et que le père Olivier Maire, qui y avait travaillé, va contribuer, du Ciel, à ce que cette cause de doctorat puisse aboutir.

Source: VATICANNEWS, le 16 août 2021

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