Rouen toujours en deuil cinq ans après la mort du père Jacques Hamel

Père Jacques Hamel dans son église de Saint-Étienne-du-Rouvray en Normandie. Père Jacques Hamel dans son église de Saint-Étienne-du-Rouvray en Normandie.  

Rouen toujours en deuil cinq ans après la mort du père Jacques Hamel

À l’occasion du cinquième anniversaire de l’assassinat du père Hamel par deux terroristes islamistes, l’archevêque de Rouen, Mgr Dominique Lebrun, accorde un entretien à Radio Vatican-Vatican News et évoque les premiers enseignements du prêtre de Saint-Étienne-du-Rouvray, dont le dossier en vue d’une éventuelle béatification a été remis à la Congrégation pour la Cause des Saints.

Entretien réalisé par Jean Charles Putzolu – Cité du Vatican

Le 14 septembre 2016, au cours de la messe de suffrage en l’honneur du père Jacques Hamel, assassiné le 26 juillet de la même année dans son église de Saint-Étienne-du-Rouvray, le Pape François avait évoqué ainsi le martyre du prêtre: «Le père Jacques Hamel a été égorgé sur la Croix, précisément alors qu’il célébrait le sacrifice de la Croix du Christ […] Il a donné sa vie pour nous, il a donné sa vie pour ne pas renier Jésus. Il a donné sa vie dans le sacrifice même de Jésus sur l’autel et de là, il a accusé l’auteur de la persécution: ‘Va-t-en, Satan!».

En marge de cette célébration, à laquelle participaient 80 pèlerins de Rouen et des membres de la famille du prêtre, le Saint-Père s’était adressé à leur archevêque, Mgr Dominique Lebrun, pour lui demander de faire vénérer le père Hamel. Aujourd’hui, à l’occasion d’un entretien pour le cinquième anniversaire de la mort du religieux, l’archevêque de Rouen témoigne de la manière dont il a mis en œuvre cette invitation pressante du Saint-Père.

Entretien avec Mgr Dominique Lebrun

Le Saint-Père, m’a dit très clairement  »vous pouvez le faire vénérer ». Il est bienheureux et en même temps, j’ai conscience, et le Pape aussi je crois, qu’il n’est pas béatifié, donc c’est vraiment dans un attachement personnel que je prie le père Hamel. En accueillant tous ceux qui viennent prier dans l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray, je suis toujours très touché par le livre d’or et par les intentions qui sont confiées au père Hamel. Moi-même, je vais de temps en temps prier. Je privilégie parfois sa tombe qui se trouve être tout près dans le cimetière en face de la basilique Notre-Dame du Bon Secours. Je vais prier la Vierge Marie, par exemple, pour des prêtres autour d’une intention particulière du diocèse. Je vais la confier sur sa tombe.

Que pouvez-vous nous dire sur l’état du procès en béatification du père Hamel?

Comme vous le savez, le Pape nous a dispensé du délai de cinq ans pour ouvrir la cause, ce qui a permis de réaliser l’enquête diocésaine. Et si je puis dire, providentiellement, cette dispense a été la bienvenue puisqu’il y a quelques semaines, le premier témoin oculaire, Jeanine Coponet, est décédée, juste avant les cinq ans. Ensuite, nous avons déposé il y a deux ans les actes de l’enquête diocésaine. Il y a un an, nous avons reçu le décret de validité, ce qui veut dire que l’enquête est valable. Maintenant, tous les témoignages sont consignés à la Congrégation pour la Cause des Saints et cela ne nous appartient plus. Nous attendons sagement et je pense que c’est bien que le délai de cinq ans soit bien respecté.

Peut-on parler d’un héritage Jacques Hamel? Comment le faire fructifier?

Pour l’instant, je ne parlerais pas d’un héritage parce que nous sommes encore dans le deuil, nous sommes encore dans l’histoire au présent. Comme je le disais, ce cinquième anniversaire se déroule quelques semaines à peine après la disparition d’un premier témoin, Jeanine Coponet, et six mois avant l’ouverture du procès d’éventuels complices. Nous sommes donc encore dans l’histoire, dans le présent de ce qui s’est passé. Ce que nous pouvons constater, c’est que petit à petit se décante un message, se décante quelque chose que nous pouvons comprendre. Je suis très frappé par la manière dont la mort du père Hamel éclaire sa vie et comment sa vie, son ministère, éclaire sa mort. Nous avons dépouillé toutes ses homélies et finalement, il prêchait l’amour de Dieu, l’amour de Jésus. Toutes ses homélies étaient pour montrer comment Jésus voulait aimer tout le monde, qu’il n’y avait jamais à désespérer de l’amour. Et finalement, il a été convoqué au moment de sa mort dans l’espérance que sa mort était unie avec celle de Jésus pour la résurrection, pour témoigner encore de l’amour.

Priez-vous le père Hamel? Que lui demandez-vous pour vous, votre diocèse et pour la France?

Écoutez, cela reste un peu dans mon cœur. Ce sont des prières, des intentions particulières que je dirais du quotidien de ma vie d’évêque; évidemment, davantage quand il y a des moments de souffrance, des moments de difficultés plus fortes. Finalement, je rejoins le peuple de Dieu, je suis membre de ce peuple de Dieu. Quand je regarde les intentions qui sont déposées sur le cahier dans l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray, je vois que les gens viennent confier au père Hamel tout ce qu’ils confient à un prêtre: les examens d’un enfant, la maladie d’une grand-mère, la division dans une famille, la joie du pardon, des retrouvailles. Et c’est tout cela que je crois pouvoir confier au père Hamel, qui est un prêtre simple, humble, qui a accompli son ministère dans le quotidien de la vie du monde et de la vie de l’Église.

Dans une coupure de presse, on pouvait lire récemment que le père Jacques Hamel était le premier martyr d’Europe du XXIe siècle. Est-ce que, aujourd’hui encore, selon vous, l’Église doit vivre sous la menace de persécutions ?

Je ne sais pas si c’est le premier martyr du XXIe siècle, car nous savons bien que dans beaucoup de régions du monde, il y a des martyrs dont nous pouvons peut-être élargir un peu la notion. Tous ceux qui sont persécutés d’une manière ou d’une autre, pour leurs convictions ou tout simplement aussi parfois pour leur vie droite, pour le refus du mensonge, pour leur refus de compromissions et qui sont persécutés de manière soit très violente, sanglante, mais aussi par des pressions psychologiques, idéologiques qui minent un peu la personne dans sa liberté. Alors, évidemment, je pense qu’aujourd’hui, nous avons une conscience plus universelle de cela. Nous pouvons penser à la Chine dont nous, occidentaux peut être, nous avons fait silence pendant bien longtemps sur ce qui se passait dans ce pays contre les chrétiens d’une manière générale, ou même les croyants. C’est sûr que pour suivre Jésus, il faut aimer jusqu’au bout et certainement accepter les croix qui sont sur notre chemin, sans nécessairement les rechercher, en luttant et en réclamant la liberté, mais surtout sans abandonner la force du témoignage intérieur, d’une vraie liberté d’aimer, et d’aimer sans cesse, quoiqu’il arrive.

Source: VATICANNEWS, le 25 juillet 2021

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